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lundi 9 avril 2018

Pierre le tricheur



Source: nol.hu 
Il était une fois un homme très malin. Il s’appelait Pierre le tricheur. Il allait d’une foire à l’autre et trompait honteusement tous ceux qu’il pouvait tromper.
Lors d’une foire, il acheta un chapeau en fourrure d’agneau. Puis il entra dans une auberge, et en donnant une poignée de main au patron, il lui glissa de l’argent. Il lui dit à haute voix:


- Apportez-moi une pinte de vin et du ragoût!
 

Il mangea tout de bon coeur, et au moment de régler l’addition, il saisit son chapeau en fourrure d’agneau, et le jeta par terre en faisant un bruit sourd.
- Patron, voici, l’addition est réglée! Est-ce que j’ai bien payé le déjeuner et le vin? demanda-t-il au patron.
- Bien sûr! Tu as donné même un peu plus! répondit l’aubergiste.


Il y avait du monde dans l’auberge. Tout le monde vit comment il venait de régler son compte. Le chapeau était tombé par terre avec un bruit sourd et l’addition avait été réglée! Il avait une dette, il n’en avait plus!


Trois hommes, tous du pays, étaient en train de réfléchir. Finalement l’un d’eux se posta devant Pierre le tricheur et dit:
- Ton chapeau serait-il à vendre?
- Je le vendrai volontiers s’il y avait quelqu’un qui voulait bien l’acheter, répondit-il. Il coûte trois cents florins, ni  plus, ni moins.


Les trois hommes réfléchirent. Ils se disaient que tous les trois aimaient bien manger et boire et que bien sûr cela valait la peine d’acheter le chapeau: au lieu de payer, il suffisait de le jeter par terre, et l’addition serait réglée. Ils se mirent d’accord pour réunir l’argent ensemble.
Ainsi fut fait. Ils donnèrent la somme à Pierre le tricheur.
Ensuite ils commandèrent à tour de bras: du canard rôti, du ragoût de boeuf, du vin.
A la fin du repas, l’un des trois dit:


- Nous allons voir ce que va faire le chapeau.
Il fit signe à l’aubergiste, et quand celui-ci fut devant eux, il jeta par terre le chapeau qui tomba avec un bruit sourd.
- Monsieur l’addition est-elle réglée? demanda-t-il le visage triomphant.
- Comment serait-elle payée? répondit l’aubergiste indigné.
Sur ce, il répéta son geste avec colère, et le chapeau tomba avec un bruit sourd devant l’aubergiste qui secoua sa tête.
Le troisième dit:
- Donne-le-moi compère, parce que tu ne le fais pas bien. Je veux essayer, moi aussi!
Il jeta le chapeau par terre de telle manière qu’il se déchira en lambeaux.
- Tout est payé ? demanda-t-il à l’aubergiste.
- L’addition n’est pas réglée et ne sera même pas réglée tant que vous n’ouvrirez pas votre bourse.
- Eh! Sapristi! Ce voleur était plus malin que nous! Malheur à lui si nous l’attrapons!


Mais ils le cherchèrent en vain. Pierre le tricheur était déjà depuis belle lurette près du Danube où il menait son troupeau de boeufs volés.
Il y rencontra trois hommes qui furent séduits par son troupeau.
- D’où viennent tes boeufs? demandèrent-ils.
- Je les ai tous sortis du Danube. Quelques uns se promènent encore au bord de l’eau. Allez là-bas, et sortez-en pour vous autant que vous voulez.


Deux hommes allèrent dans l’eau mais il n’y avait pas un seul boeuf dans le Danube. Ils eurent du mal à s’en sortir. Le troisième envoya la maréchaussée à la recherche de Pierre. Ils l’arrêtèrent et traduisirent en justice. Le jugement tomba:
- Afin qu’il ne puisse plus nuire à personne, Pierre le tricheur doit être mis dans un tonneau dont le couvercle sera fermé. Ensuite, le tonneau sera roulé jusqu’au Danube. Que l’eau l’emporte loin d’ici!


Ainsi fut fait. Le tonneau flottait en plein milieu du Danube avec Pierre dedans. Il descendit doucement le fleuve jusqu’à ce qu’un homme l’aperçut.
- Que j’aimerais avoir ce tonneau! Il est bien grand, il pourrait me rendre service. Mais comment pourrais-je le récupérer? se dit-il.
Regardant le tonneau, il entendit du bruit en sortir. Il tendit l’oreille. C’était Pierre le tricheur qui criait à l’intérieur.
- Un type ignoble est sous-préfet à Buda, et il le sera toujours! cria Pierre le tricheur dans le tonneau.
- Qu’est-ce que vous racontez? Pourquoi parlez-vous du sous-préfet de Buda?
- Parce qu’on veut m’emmener à Buda pour que je devienne sous-préfet, mais moi, je ne veux pas.


Entre temps, l’eau emportait le tonneau vers la rive du fleuve. L’homme le tira de l’eau et en laissa sortir Pierre le tricheur qui lui dit:
- Ecoute-moi, bonhomme! Ne voudrais-tu pas aller à Buda à ma place? Tu aurais même le tonneau, en plus!
- J’ai déjà suffisamment travaillé dans ma vie, pourquoi ne pourrais-je pas devenir un notable, se dit gaiement l’homme. Il s’installa tout de suite dans le tonneau.
Pierre le tricheur l’enferma dedans, et roula le tonneau dans l’eau. Le tonneau commença à flotter dans la direction de Buda. Sifflotant une chanson joueuse, Pierre le tricheur continua son chemin au bord du fleuve.


Tout à coup, il aperçut un petit troupeau de porcelets dans la forêt, non loin du fleuve. Ne voyant personne alentour, il se mit à poursuivre ce joli troupeau. Il s’était déjà bien éloigné quand il entendit un galop de chevaux derrière lui. Il conduisit les porcelets au profond de la forêt, et il se mit sous un saule courbé bien penché au bord du fleuve. Il se mit en dessous comme s’il le tenait. Il gémissait même quand deux gendarmes à cheval arrivèrent à côté de lui.


- Hé, bonhomme! N’as-tu pas vu passer par là un troupeau de porcelets et un homme qui le menait? demandèrent-ils sans descendre de leurs chevaux.
- Bien sûr, bien sûr que je les ai vus. Mais c’était il y a déjà un bon moment! Depuis ils ont dû  arriver à la ville, répondit Pierre le tricheur.
- Alors poursuivons-les! crièrent les gendarmes.
- Cela ne sert à rien d’aller par là, vous ne pourrez plus les rattraper. Par contre moi, je connais un raccourci, en passant par ce chemin, je peux les pincer. Mais j’aurai besoin d’un cheval, et de quelqu’un qui termine mon travail, leur dit Pierre le tricheur.
- Et quel est ton travail? demanda le gendarme.
- Je soutiens ce saule plein de nœuds pour qu’il ne tombe pas. Si vous le faites à ma place, j’irai récupérer le troupeau de porcelets auprès des voleurs!


Les deux gendarmes moustachus se mirent sous l’arbre pour le soutenir avec leur dos. Pierre le tricheur monta rapidement sur le plus beau cheval aux  poils brillants, et partit au grand galop. En passant à côté d’un lac magnifique, il pataugea au bord de l’eau avec le cheval afin qu’il laisse les traces de ses sabots. Il découpa un morceau de touffe de sa queue, et avec un crochet à long manche, il le fixa au fond du lac pour qu’un petit morceau de queue sorte de l’eau.
Ensuite il galopa gaiement jusqu’à la ville où il vendit le cheval, et retourna à pied à l’endroit où il avait laissé les gendarmes.


Ils étaient toujours au même endroit et soutenaient le saule tordu. Ils n’osaient pas bouger ayant peur qu’il ne tombe. Quand ils virent de loin Pierre le tricheur, ils lui crièrent:
- Alors, où sont les porcelets? Où est le voleur? Qu’as-tu fait du cheval, toi, espèce de voyou?
- Ne me réprimandez pas! J’ai failli y laisser ma peau! Je n’ai rattrapé ni le troupeau, ni la personne qui les conduisait. Mon cheval s’est emballé en route et a sauté dans un lac. Si vous ne me croyez pas, allez voir vous-mêmes!
Ils y allèrent tous les trois.
- Accrochez-vous bien fort à la queue du cheval, il se peut que nous arrivions à le retirer du lac! dit Pierre le tricheur aux gendarmes.


Ceux-ci prirent la queue à pleines mains et s’y agrippèrent. Tout à coup le morceau de queue du cheval leur échappa des mains, et tous les deux tombèrent dans la boue. Leur vêtement était plein de vase, les gens qui passaient par là, se moquèrent d’eux.


C’est ainsi que Pierre le tricheur fut plus malin que les gendarmes. Il retourna dans la forêt où il récupéra les porcelets puis alla en ville et les vendit un bon prix.

lundi 16 mai 2016

Les pousseurs de l’église


Il était une fois un village dont l’église était sur la colline. Comme les vieux du village avaient du mal à y monter, les habitants décidèrent de déplacer l’église dans la vallée. Ils s’y mirent tous avec enthousiasme. Vu leur zèle, le juge n’hésita pas à leur donner un coup de main.
Source: quadroshop.ro

Il ôta sa veste, et la posa par terre du côté où il fallait faire descendre l’église. Il alla ensuite de l’autre côté de l’église pour la pousser vers le bas. Il voulait absolument que l’église soit déplacée vite dans la vallée.


Pendant que petits et grands s’y appliquaient, un mendiant fit son apparition. Il vit la veste du juge par terre, il la ramassa, et il partit sans dire un traitre mot.


Au bout d’un moment, le juge proposa aux autres de regarder si l’église changeait déjà de place. Il alla à l’endroit où il avait déposé sa veste, mais Seigneur, elle n’y était plus!


En courant, il s’en retourna vers les autres et dit en faisant de grands gestes:


«Arrêtez! Cela suffit! Vous avez déjà poussé l’église sur ma veste.»

samedi 12 mars 2016

La course à la bêtise II

Source:egyszervolt.hu

Le paysan ne dit rien, il se reposa un peu en regardant la vieille qui se mit à tuer et rôtir les oies. Ensuite elle prépara les provisions.

Le lendemain matin, le paysan se leva de bonne heure, sella le cheval, et il partit.

A peine eut-il quitté la maison que le marchand rentrait à la maison. Sa femme l’accueillit avec un grand sourire:

«Viens vite, j’ai des nouvelles à te dire à propos de notre fils.»

Avec un air dubitatif, le marchand regarda sa femme et dit:

«Qu’est-ce qui t’arrive  Tu es devenue folle?»

«Tu ne le crois pas? Voilà la preuve! Je lui ai envoyé le cheval. Notre fils fait le commerce avec des chiffons et des os, et il tire lui-même sa charrette. Je lui ai envoyé un peu de brioche, trois oies, et un peu d’argent de nos économies dont tu n’étais pas au courant. Et le manteau que tu as soutiré à la dame à la foire», répondit sa femme.

Le marchand respira à fond pour étouffer son immense colère.

«Qui était ce malheureux à qui tu as donné toutes ces choses?» demanda-t-il.

«C’était un homme de l’au-delà. Il est retourné directement là-bas», répondit sa femme.

«Pourvu que la bêtise cesse d’exister dans le monde. Comment tu peux être si naïve, si idiote!» cria le marchand.

Sur ce, il prit la route immédiatement pour retrouver l’homme qui s’aperçut que quelqu’un le suivait en faisant de grands pas. Il rentra dans le bois, et il attacha son cheval à un arbre. Un peu plus loin, il y avait un arbre qui était penché comme s’il voulait tomber. Il s’appuya contre cet arbre pour faire semblant de le caler.

Le marchand s’approcha et lui demanda:

«N’auriez-vous pas vu par hasard un homme passer par là sur un cheval gris?»

Le paysan constata tout de suite que le marchand était fou de colère, il lui répondit donc très paisiblement:

«Bien sût que je l’ai vu! Mais cela ne sert à rien de le suivre, c’était un homme très costaud qui ne doit avoir peur de personne.»

Le marchand prit peur. Il avala sa salive mais sa colère ne le quittait pas.

«Dites-moi, n’avait-il pas peur de vous?» demanda-t-il au paysan qui répondit toujours calmement:

«Si, il avait peur de moi.»

«Seriez-vous assez gentil de ramener ici cet homme? Je vous donne cent forints tout de suite», dit le marchand.

Le paysan se disait qu’il allait tester la bêtise du marchand, et il lui répondit:

«Je ne peux pas bouger. Je suis condamné à rester appuyé contre cet arbre. Si je ne le fais pas, mon père, ma mère et mon frère seront tous morts.»

Le marchand n’entendit même pas les paroles du paysan : il était sourd et aveugle de colère et de cupidité. Il dit au paysan:

«Je reste ici, je m’appuierai contre l’arbre moi-même, vous pouvez aller chercher l’homme qui a obtenu beaucoup de choses de ma femme.»

La paysan hocha la tête, dit adieu et monta sur le cheval. Il partit directement chez lui. En rentrant, il dit sa femme:

«Je suis rentré à la maison parce que j’ai trouvé un homme qui était aussi bête et aussi stupide que toi.»

Le marchand attendit le paysan toute la journée. Quand il eut assez d’attendre, il fit un bond sur le côté pour éviter que l’arbre ne tombe sur lui. A ce moment-là il se rendit compte que l’arbre ne tombait pas et que le paysan s’était moqué de lui, lui qui se croyait très rusé.

«Pourquoi es-tu rentré à la maison?» lui demanda sa femme têtue et enfermée dans sa propre obstination.

«Parce que j’ai trouvé quelqu’un qui est aussi bête que toi»,  répondit le marchand.

«Je te l’ai bien dit! J’ai eu raison!» réplique instantanément sa femme.

Le marchand voulait avoir la paix dans sa maison et lui dit calmement:

«Tu as eu raison. Ce n’est pas toi qui es la plus bête du monde.»

La course à la bêtise I.


Source:youtube.com
Il était une fois un paysan qui avait une femme au fort caractère. Elle voulait tout savoir,  mieux même que son mari. Mais cela n’était pas possible car elle était très bête.

Son mari avait l’habitude d’aller seul à la foire pour vendre son blé. Là, il devait se montrer très rusé car les gens riches,  surtout les marchands de blé, aimaient bien tromper les pauvres.

Quand la période des moissons fut terminée, le pauvre paysan s’apprêtait à aller à la foire pour vendre sa récolte.

Sa femme qui n’aimait pas tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler, insistait pour que cette fois-ci elle puisse aller seule au marché.

Son mari finit par lui dire:


«D’accord, vas-y alors, seule!»


Elle prit donc la route juste accompagnée de leur jeune serviteur.


Ils étaient à peine à cinq kilomètres du village quand la femme pensa qu’elle ne savait même pas combien elle allait vendre le blé. Elle avait oublié de le demander à son mari. Elle dit alors à son jeune serviteur:


«Fais demi tour, et cas à la maison et demande à combien je dois vendre le blé!»


Le jeune homme rentra en courant et lui demanda en criant par la fenêtre. Le paysan ne sortit même pas, il répondit à travers la fenêtre:


«Comme les autres le vendent.»


Peu de temps après être arrivés à la foire, un commerçant roublard s’approcha d’eux et demanda à la femme:


«Combien vendez-vous votre blé?»

«Comme les autres», répondit-elle simplement.

Le commerçant lui dit qu’il allait se renseigner sur le prix. Mais il réfléchissait déjà à ce qu’il dirait à la femme pour la tromper puisqu’elle ne voulait même pas marchander. Quand il revint, il dit:


«Le prix du blé est comme je vous le dis:la moitié est vendue à crédit, l’autre moitié en échange de l’attente.»


«Très bien, si c’est le prix, je vendrai pour ça. Et quand aurai-je l’argent?» demanda la femme.

«Lors de la prochaine foire!» lui répondit le marchand.


«D’accord mais comment allons-nous nous reconnaître?» demanda la femme.


«Je vous donne ma veste râpée, vous me donnez votre manteau. Chacun reconnaîtra ses habits, comme ça nous ne maquerons pas le rendez-vous», répondit le marchand.


La femme stupide trouva ces paroles très intelligentes. Elle enleva tout de suite son manteau, et le tendit au marchand qui lui laissa sa veste. Le marché fut conclu. Tout les deux prirent la route vers leur maison. Le marchand était content d’avoir le blé, la femme était très fière d’elle.


En arrivant à la maison, son mari lui demanda:


«Combien as-tu vendu le blé?»


«Comme les autres!» répondit-elle.


«Très bien. Où est l’argent?» demanda le paysan.


Sa femme lui répondit fièrement:


«Je n’ai pas d’argent parce que j’ai vendu la moitié à crédit, l’autre moitié en échange de l’attente.»


Le paysan fut étonné et demanda :


«Mais quand auras-tu l’argent?»


«Quand la prochaine foire aura lieu», répondit la femme.


Le paysan écarquilla les yeux, et demanda d’un ton irrité:


«Comment reconnaîtras-tu le marchand?»


Les mains sur les hanches, sa femme querelleuse par sa propre bêtise, lui répondit:


«Nous avons fait un échange de vestes. Chacun reconnaîtra sa propre veste.»


Le paysan perdit patience, et jura:


«Eh bien, moi, je m’en vais et je ne reviendrai pas tant que je ne trouve pas quelqu’un d’aussi bête que toi.»


Ce fut ainsi. Il marcha lentement parce qu’il croyait qu’il devait marcher longuement pour trouver un être humain plus bête que sa femme. A un moment donné, il traversa une forêt. De loin, il aperçut une petite lumière. Il alla dans cette direction et frappa à la porte.


«Bonsoir!» dit-il.


Une vieille dame lui répondit:


«Qu’est-ce qui vous amène ici?»


Le paysan voyait déjà ce qu’il allait faire pour tester des gens stupides. Il répliqua donc très posément:


«Je viens d’arriver de l’au-delà.»


La vieille n’était pas du tout étonnée.


«Est-ce que par hasard, vous n’y rencontreriez pas mon fils?» demanda-t-elle en chuchotant.


Le paysan fut désormais déterminé à connaître la profondeur de la bêtise humaine.


«Bien sûr que je l’ai rencontré. Il fait le commerce avec des chiffons et des os», répondit le paysan.


«C’est vrai?» dit la vieille en arrondissant les yeux.


Le paysan continua calmement:

«Il est déguenillé, sa veste est déchirée, il tire lui-même sa charrette.»

«Alors, bonhomme, vous allez y retourner?» demanda la vieille dame.


«Bien sûr, je dois être là-bas demain matin», répondit le paysan.


«J’ai un cheval gris. Seriez-vous assez gentil de lui apporter pour qu’il ne doive plus tire sa charrette?» demanda le vieille.


«Volontiers. Je lui apporte tout ce que vous voulez», rassura-t-il la dame.


«Après les fêtes, il m’est resté trois brioches et je vais rôtir trois oies. En plus, j’ai un peu d’argent mis de côté, que mon mari ignore. Et j’y pense, mon mari a triché l’autre jour à la foire, et il est rentré avec un joli manteau qui fut porté par une femme bête. Prenez ça aussi, pour que  mon fils n’ait plus froid», dit-elle.


Le paysan se dit:


«Il me semble que je suis tombé sur la bonne personne. Je ne devrais même pas aller plus loin.»


A suivre!



samedi 24 janvier 2015

Les trois sottes

Dessin de Blanka Berde
Il était une fois un homme qui avait trois filles et un garçon. Quand le temps des moissons arriva, les deux cadettes et le garçon allèrent dans les champs. L’aînée resta à la maison pour préparer le déjeuner qu’elle devait leur apporter.

Elle trouva pourtant qu’il était bien trop tôt et qu’elle aurait le temps de faire la cuisine un peu plus tard. Elle préféra aller rendre visite à sa voisine. Quand elle s’aperçut que le soleil était déjà très haut, elle prit peur. Elle rentra à la maison en courant pour éplucher les légumes et faire du feu. Une fois dans la cuisine, elle pensa qu’elle avait oublié de dire quelque chose à sa voisine. Elle s’en retourna donc chez elle. Quand elle revint, elle vit que la soupe aux haricots secs avait brûlé. Elle enleva la casserole du feu pour jeter la soupe et en faire une autre. Elle avait peur d’être sévèrement grondée par son frère à cause de la soupe brûlée. Elle était en train de verser la soupe aux cochons quand derrière elle, un veau beugla. Elle pensa que le veau irait dans le village et allait raconter à tout le monde qu’elle avait brûlé la soupe, ce qui lui rendrait le mariage impossible. Elle attrapa le veau et ne se soucia plus du déjeuner.

Midi venait de sonner, et dans les champs ils attendaient avec impatience le déjeuner. Mais personne n’arriva. Le frère envoya une des sœurs à la maison pour voir ce qui se passait. L’aînée lui raconta ce qui lui était arrivé et pourquoi elle ne lâchait plus le veau. Il ne fallut pas le dire deux fois à sa petite sœur! Elle l’aida à tenir la bête, elle aussi. Les autres attendaient toujours leur déjeuner!

Au bout d’un moment, le frère dit à sa sœur:

«Rentre à la maison, toi aussi, autrement nous n’allons jamais déjeuner!»

Ainsi fit-elle. A la maison, elle resta à côté du veau et ne bougea plus, elle non plus. Le frère n’en pouvait plus, il se décida de rentrer chez lui pour voir ce qui se passait avec ses soeurs. Quand il les vit, il s’écria:

«Trois filles maudites que vous êtes, que faites-vous là?»

Les filles lui racontèrent pourquoi elles tenaient le veau. Il se mit en colère après elles et leur dit:
«Je vais vous tuer!»

Les sœurs étaient désespérées. Elles le supplièrent de tenir plutôt le veau, lui aussi. Quand il entendit cette demande, il se dirigea vers le portail et dit en partant:

«Je m’en vais par le monde. Si je tombe sur  trois filles aussi écervelées que vous, ça ira, vous serez sauvées. Si non, je vais vous tuer!»

Ainsi fit-il.

Quand il arriva dans un village, il vit une poule et autour d’elle ses petits poussins. Une vieille femme tapait sur la poule. Il lui dit:

«Alors, ma vieille, pourquoi lui tapez-vous dessus?»
Elle répondit:
«Parce qu’elle n’allaite pas ses poussins.»
«Il ne faut pas la taper pour cela. Avez-vous de la semoule à la maison?
- Oui, j’en ai.
- Faites-en une bouillie et donnez-en aux poussins!» dit le jeune homme.

La vieille femme fit ainsi. Quand elle déposa  la bouillie, la poule appela immédiatement ses poussins pour manger. On ne lui fit plus aucun mal.

Le jeune homme continua son chemin. Plus loin, dans un autre village, des ouvriers étaient en train de construire une maison. Il les salua et dit:

«Bon courage!»

Ils lui répondirent:

«Merci mais vous savez, nous construisons cette maison depuis deux ans déjà. Nous avons une petite poutre que nous tirons à gauche, ensuite à droite pour qu’elle soit assez longue, mais on n’y arrive pas. Elle ne s’allonge pas.»

Le jeune homme sortit une autre poutre, l’ajouta à la petite et comme ça, cela allait bien.

Sur ce, il continua son chemin. Au crépuscule, il arriva dans un village et vit que dans une cour des gens agitaient des morceaux de chiffon. Il leur demanda:

«Que faites-vous là?»
Une femme lui répondit:
«Vous ne voyez pas! Nous voulons chasser les mouches au grenier.
- Pourquoi faire?» demanda le jeune homme.
«Parce qu’elles prolifèrent et dérangent nos bêtes», répondit une femme.
«Vous le faites en vain, elles vont redescendre», dit le jeune homme.
«Elles redescendraient si elles le pouvaient parce que nous allons enlever l’échelle», répondit une autre femme.

Le jeune homme ne pouvait rien dire, il tourna les talons et rentra à la maison où il raconta à ses sœurs qu’il avait rencontré plusieurs fous donc qu’il ne les tuerait pas. Les sœurs en furent heureuses mais la nouvelle se propageait déjà et elles ne se marièrent jamais.

Si elles s’étaient mariées, ce conte aurait duré plus longtemps.

vendredi 11 avril 2014

Le petit menteur

Conte imaginé par Daniel Craymer(9ans)

Comme je suis né avant ma mère, mon père, pour se préparer à ses propres noces, m’envoya au moulin pour faire scier la farine.

Je mis mes bœufs sur une voiture à cheval et j’attelai les sacs de blé au timon. Quand les sacs arrivèrent au moulin, ils virent que celui-ci était allé au café. Je plantai mon fouet dans le sol et j’allai chercher le moulin. Je le retrouvai au bord d’une rivière, il était en train de manger son casse-croûte au lard. Je lui donnai un coup de gourdin. Pour me rassurer, il se mit à forger la farine.

Pendant ce temps, un arbre poussant de mon gourdin, arriva jusqu’au ciel. Je cherchai autour de cet arbre mes bœufs qui étaient déjà grimpés à sa cime. Je les suivis, mais, Seigneur Dieu, il y avait mille étourneaux sur ses branches. Je les mis dans ma chemise et ils s’envolèrent avec moi. Quand nous volâmes au-dessus du Maros1, les femmes qui y lavaient leur linge, furent étonnées:
«Oh là là! Quel grand oiseau!» s’exclamèrent-elles.

Je crus comprendre que je devais desserrer mon pantalon. Ce fut fait. Les étourneaux s’échappèrent de sous ma chemise, moi par contre, je tombais vers le sol. J’avais sur moi une demie poignée de son, j’en torsadai vite une corde, ainsi je pus descendre plus doucement. Mais une souris rongea la corde. Je tombai dans le Maros. Des poissons en sortirent en si grande quantité que douze chars à bœufs ne pouvaient pas les porter. Un enfant tzigane mit les poissons dans les poches de son manteau et partit en courant.

Je m’extirpai du Maros en me tirant par les cheveux. Le temps que j’atteigne la berge de la rivière, j’avais perdu ma tête. Comment pourrais-je vivre sans elle? Sur quoi mettrai-je mon chapeau? J’en fabriquai vite une avec la boue. Heureusement parce que mon père me recherchait partout. Nous emportâmes la farine à la maison pour en faire la pâte du strudel2.
A ce moment-là, j’eus très faim. Dans notre cour, des chevaux pétrissaient de la pâte avec des œufs de moineau pour en faire des épis de maïs. Je cassai moi-même un œuf. Les moineaux qui se trouvaient sur le bord, étaient en train de picorer  la coquille. Par malheur, je fis tomber dans l’œuf mon couteau. Comment pourrais-je le récupérer? J’arrachai mes sourcils pour en faire une échelle et je mis trois jours pour descendre. J’étais très malheureux, je pleurais la perte de mon couteau. Jusque tard dans la soirée j’errai au fond de l’œuf de moineau. Un hussard sans cheval s’approcha de moi. Il me consola en disant que lui, il cherchait depuis une semaine son cheval qui était parti pour paître dans l’œuf.

Alors mon père, étant très impatient, me fit dire par la fourche qu’il fallait que j’aille tout de suite chercher du vin au puits à balancier. Je sellai le cheval aubère, je montai sur le gris et je galopai sur le jaune. Le soir, je laissai paître la selle, je donnai à boire à la bride, et pour avoir un oreiller, je fourrai sous ma tête le cheval jaune.

Quand je fus réveillé, j’avais de nouveau faim. Je grimpai à l’arbre à concombre, et en le secouant je fis tomber tant de pommes de terre que beaucoup de carottes, de radis et de noisettes en tombèrent. Les écureuils arrivèrent et mangèrent ce que je voulais manger, moi-même. J’attrapai un écureuil par la queue. Son saut fut si grand qu’il me lança jusqu’au ciel étoilé où je n’étais jamais allé. Je me suis dit que puisque l’occasion se présentait, j’irai voir la femme de mon frère aîné. Elle était en plein travail. Elle raccommodait le fond du chaudron à confiture à l’aide de la flèche de l’église. Elle se réjouit de mon arrivée et en signe de reconnaissance, elle m’invita à manger une omelette qu’elle me jeta sur le dos. Elle la prépara avec des œufs de moustiques. Le reste que je ne pouvais pas manger, elle le tartina sur mes cheveux.

A peine eus-je fait un tour que je sentais déjà l’odeur des galettes au fromage blanc qui se préparaient en bas. Sept tailleurs affûtèrent le vêtement du marié qui faisait des étincelles partout.
La brioche fut taillée avec une bêche, le gâteau au chocolat caramélisé fut goudronné, les boulettes aux prunes furent rasées avec une hache qui avait couvé neuf petits.

J’eus très envie de partir puisque j’étais si attendu en bas que je risquais d’être oublié depuis longtemps. Je ramassai les moutons du ciel et j’en fis une échelle. Quand je mis mes pieds sur la terre, mon père était en train de dormir. Il était si en colère qu’il faillit mourir de rire. Il se demandait où j’étais passé depuis si longtemps puisque ma mère venait de naître. Il m’envoya chercher de l’eau pour un bain à la Tisza. Ce fut un été très chaud, l’eau de la rivière était gelée. J’ôtai ma tête pour en casser la glace, et je puisai de l’eau avec un tamis dans un sceau sans fond. Midi sonnait à minuit quand je rentrai à la maison où la fête des noces battait son plein, et je me mis à danser. Dans un coin de la pièce, le Danube, la Tisza, la Drave et la Save étaient ensachés, une ficelle leur servait d’appui avec une poignée de porte en bois sur chaque sac. Les musiciens jouèrent de la cithare de la musique de danse qui n’était autre que le chant des grillons. Quand j’arrivai au milieu des danseurs, je m’endormis. Mes éperons découpèrent les sacs du Danube, de la Tisza, de la Drave et de la Save et l’eau emporta la noce.

Je courus chez l’accoucheuse pour qu’elle me brode un crochet en forme de deux bras. Je traînai les noyés par leur nez. Depuis ce jour tout le monde a deux trous dans le nez.

Si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-même.


1 Le Maros est une rivière de 725 km de long environ. Il prend sa source est dans les Carpates Orientales en Roumanie. C’est un sous-affluent du Danube. Il rejoint la Tisza à Szeged, dans le sud-est de la Hongrie.
2 Spécialité pâtissière d’Europe centrale



vendredi 28 février 2014

Je ne te crois plus!


Conte imaginé par Endre Stankowsky



Il était une fois à l'autre bout du monde, au-delà de tous les océans, un pauvre homme qui avait trois fils.
Un jour, le roi de ce pays lointain fit annoncer dans tout le pays qu'il donnerait sa fille à celui qui saurait dire quelque chose qu'il ne pourrait pas croire.
Pierre, le fils aîné du pauvre homme, entendit cette annonce. Il prit son courage à deux mains et se rendit au château. Il s'adressa à un serviteur lui disant qu'il voulait parler au roi.
Le roi devina tout de suite l’intention du jeune homme et donna l'ordre de le faire entrer sur le champ.
Pourtant avant Pierre, il était venu des princes charmants aussi nombreux que les étoiles dans le ciel ou les brins d'herbe dans un champ! Ils avaient tous voulu épouser la fille du roi, mais leur tentatives avaient été vaines! Tout ce qu'ils avaient pu dire était tout à fait crédible et le roi n'avait donc pas été surpris par leurs propos.

Pierre entra donc chez le roi, et le salua:

«Bonjour, mon Roi!
-Bonjour, à toi aussi, mon fils. Qu'est-ce qui t'amène ici!
-Eh bien, je veux me marier, mon Roi.
-C'est très bien, mon fils, mais où iras-tu avec ta femme?
-Seul le Bon Dieu le sait. Je finirai par me débrouiller d'une manière et d'une autre... Mon père a une petite maison ainsi qu'un bout de terrain.
-Je te crois, dit le roi.
-En plus, nous avons trois boeufs.
-Je te crois.
-Il n'y a pas longtemps, dans notre cour, tant de fumier s'accumula que nous manquions de place.
-Je te crois.

Un jour notre père nous a dit:"Mes fils, jetez le fumier sur notre bout de terrain, peut être cela lui fera-t-il du bien."
-Je te crois.
-Avec mes frères, nous avons sorti le fumier pendant trois semaines sur deux chariots.
-Je te crois.
-Mais par erreur nous avons déposé tout fumier sur le terrain du voisin.
-Je te crois.
-Après être rentré à la maison, j'ai tout raconté à mon père.
-Je te crois.
-Alors mon père, mes deux frères et moi, nous sommes allés voir notre terre.
-Je te crois.
-Nous avons pris les quatre coins du terrain du voisin, nous les avons soulevés comme on a l'habitude de le faire avec une nappe, et nous avons renversé le fumier sur notre terrain.
-Je te crois.
-Ensuite nous avons semé du gazon.
-Je te crois.
-Une belle forêt y a poussé. Mon père aurait regretté de faire couper les beaux arbres, donc il a acheté un troupeau de cochon.
-Je te crois.
-Ensuite il a engagé le grand père de Votre majesté comme porcher...
-Menteur! Cela n'est plus vrai! s'écria le roi qui était prêt à le faire pendre.»

Mais il s'arrêta brusquement car son offre lui revint à l'esprit et il venait de se rendre compte qu'il avait perdu son pari.
Il fit appeler le prêtre immédiatement pour bénir l'union du fils du pauvre homme avec sa fille.
Il y eut un grand repas de noces dont la nouvelle se répandit dans sept pays. Tout le monde fut bien servi dans tout le royaume.
On donna même à un orphelin un bout de brioche gros comme mon bras. Il y eut de la viande, du pot-au-feu en si grande quantité que tous les chiens du royaume s'en remplirent le ventre.


vendredi 20 décembre 2013

Les fous




Conte imaginé par Andrea Kopacz
Il était une fois dans une lointaine contrée deux bergers. Le jeune berger dit un jour au vieux berger:

«Allons au village, je voudrais me marier.
-As-tu déjà une fiancée?» demanda le vieux berger.
«Je n’ai pas encore, mais j’en aurai», répondit le jeune homme.

Bien, ils arrivèrent dans le village et demandèrent aux gens, ici et là, dans quelle maison il y aurait une fille à épouser. Enfin, un villageois leur indiqua le chemin d’une ferme.
Ils entèrent dans la maison et firent la connaissance du fermier, de sa femme et de sa fille. Le vieux berger raconta ce qui les amenait. Finalement, le fermier et sa femme ne s’opposèrent pas à l’idée du mariage de leur fille et du jeune berger: la fille était bonne à marier, le jeune homme était adroit de ses mains, ils étaient donc faits l’un pour l’autre.
Les deux bergers s’assirent autour de la table. Le fermier envoya sa fille à la cave chercher une bouteille de vin. Elle y trouva une hachette qu’elle prit en mains et en la regardant de tous les côtés elle se sentit tout à coup affligée et se mit à soupirer.

«Mon Dieu, mon Dieu, si je me marie, j'aurai un petit garçon. Il s'appellera Clément et il aura un manteau en peau de mouton retournée et brodée. Si un jour ce petit Clément descend à la cave et trouve cette hachette, si tout à fait par hasard il se coupe, il va mourir. A qui reviendra ce manteau?»

Elle commença à pleurer à chaudes larmes ce qui lui fendit le coeur. Pendant ce temps, son père brûlait d'impatience. Il descendit donc lui aussi à la cave pour voir sa fille.

«Qu'est-ce qui t'arrive? Pourquoi pleures-tu?» demanda-t-il.

Sa fille lui raconta en pleurant à quoi elle pensait. Son père la consola en vain. Elle continua à pleurer à chaudes larmes et elle ne voulait pas remonter.
La mère suivit sa fille dans la cave. Celle-ci raconta à quoi elle pensait. Le vieux berger descendit suivi du fiancé. La fille leur raconta son histoire.

«Mon Dieu, mon Dieu, si un jour ce petit Clément décède, à qui reviendra le manteau?» dit-elle.

Le vieux berger dit au fiancé:

«Alors mon fils, je te conseille de trouver trois fous identiques avant d'épouser cette fille.
-Je vais suivre bien volontiers votre conseil», répondit le jeune berger.

Sur ce, ils laissèrent la fille seule dans la cave. Le vieux berger rentra chez lui, le jeune partit pour trouver des fous. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il arrive dans un village. Il s’arrêta dans la cour d’une maison, et il vit qu’un homme jetait des noix dans le grenier avec une fourche en fer.

«Que faites-vous, vous là?» demanda-t-il.
«Ne m’en parlez pas ! Depuis trois ans j’essaie de jeter ces noix au grenier, mais je n’y arrive pas!» répondit l’homme.
«Eh bien alors, se dit le jeune homme, j’ai déjà trouvé un fou.»

Il demanda un sac à l’homme puis il ramassa les noix et les mit dedans. Après être monté avec le sac au grenier, il redescendit, et il continua son chemin.
Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il voie une femme dans une cour. Elle était en train de filer la laine en ayant attaché le mouton à son rouet. Le jeune l’interpella ainsi:

«Que faites-vous, vous là?»
«Je file la laine, mon garçon!» répondit la femme.
«Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut faire, ma pauvre dame», répondit le jeune homme.

Il le lui montra tout de suite. Quand il eut fini de tondre la laine sur le dos du mouton, il dit à la femme:

«Maintenant, il faut laver la laine et quand elle sera sèche, vous devrez la carder, ensuite vous pourrez l’attacher au rouet.»

Sur ce, il quitta la femme et en sortant de la cour, il se dit avec satisfaction:«j’ai trouvé le deuxième fou.»

Il continua son chemin. Il arriva dans un village où les gens étaient en train de construire une église sans fenêtre. Le juge ordonna aux villageois d’apporter de la lumière dans l’église. Tout le village s’y appliqua, même les plus petits. Ils arrivèrent avec des sacs dont les ouvertures étaient tournées vers le soleil. Quand ils pensèrent que les sacs étaient pleins de lumière, ils les fermèrent rapidement et coururent avec les sacs jusqu’à l’église. Là-bas, ils les ouvrirent pour laisser sortir la lumière.

«Alors ça, c’est génial! J’ai trouvé le troisième fou, j’en ai même plus que trois!» se dit le jeune berger.

Il apprit aux gens à faire une fenêtre pour avoir de la lumière. Quand il eut fini, il fit demi-tour et alla voir sa fiancée. Le jour même ils donnèrent un grand repas de noces.

L’histoire est finie, sauve-toi avec!


Collecte d’Elek Benedek



vendredi 9 août 2013

Le village fou III - IV


Source:www.szinhaz.szeged.hu 


III.

Un jour, un voyageur arriva dans le village de Silda avec un chat sous le bras. Les habitants du village n'avaient jamais vu de chat. Et les souris proliféraient à tel point qu’elles attaquaient même les blés des greniers. Les villageois demandèrent au voyageur:

«Qu’est-ce que vous vendez?
-Un chat.
-Quelle sorte d’animal est-ce?
-Il fait disparaître les souris.
-Alors, nous avons besoin de votre chat. Combien ça coûte?
-Un boisseau de pièces d’or.
-D’accord, nous sommes preneurs», dirent les villageois.

Quand le voyageur eut l’argent, il se dépêcha de quitter le village pour éviter que les gens reviennent sur leur décision. La famille du juge se demanda ce qu’il convenait de donner à manger au chat. Le juge dit à son fil:

«Rattrape le voyageur et demande-lui ce qu’il faut donner à manger au chat.»

Le garçon courut et cria après le voyeur:

«Qu’est-ce qu’il mange le chat?
-De tout», répondit-il à la hâte de loin.

Le fils du juge crut comprendre que le chat mangeait des hommes et des boeufs. Quand il rentra à la maison, il dit à son père:

«Monsieur le Juge, le chat mange des hommes et des boeufs.
-Aïe! Cela veut dire que nous sommes fichus. Maintenant, je comprends mieux pourquoi le voyageur était si pressé de partir. Nous n’avons pas le choix, il faut tuer le chat. »

Ils mirent ainsi le feu à la maison du juge, mais le chat s’en échappa et monta sur le toit du grenier. Ils incendièrent le grenier aussi. La moitié du village fut ainsi brûlée.


IV.


Un jour, le juge dit aux habitants du village:

«J’ai une idée. Si nous la réalisons, nous serons les premiers dans le comitat. Je vais monter jusqu'à la lune.
-Comment, Monsieur le Juge? demandèrent les gens.
-Comment? Comment? répliqua le juge. Vous voyez bien la montagne, là-bas. Vous voyez aussi que la lune est tout près d’elle. Nous apporterons des tonneaux sur la montagne, nous les empilons. Comme ça j’arriverai à la lune.»

Ainsi firent-ils. Les villageois empilèrent les tonneaux, et le juge grimpa là-dessus.

«Donnez-m'en encore deux. Je vais les hisser avec ma canne!» cria-t-il.
«Monsieur le juge, il n’y en a plus.
-Espèce d’idiots! Tirez alors deux des tonneaux qui sont tout en bas puisqu’on n’en a plus besoin. »

Les hommes obéirent au juge. Les tonneaux s'éparpillèrent, le juge se brisa la nuque et mourut sur le coup. Et même si le juge n’était pas mort, le village de Silda serait à ce jour habité par des gens stupides.

samedi 3 août 2013

Le village fou I - II

Source: www..nagyhazi.hu


Le grand-père de mon grand-père était allé dans le village de Silda. Il nous raconta qu'il avait rencontré là-bas des gens si farfelus qu'il n'en existe nulle part ailleurs dans le monde.

Un jour, une femme se plaignit ainsi au juge du village:

«-Ah! Monsieur le Juge, il y aura une noce chez nous, mais nous n'avons qu'une pincée de sel, et au magasin on ne peut pas en acheter.
-Alors, ma Chère, sème le sel que tu as dans une terre bien fumée et tu vas voir comment il va se multiplier», répondit le juge.

Ainsi fit-elle. Elle bécha le terrain le plus fertile de la famille, elle le ratissa et y sema sa pincée de sel. Le temps passa, beaucoup d'orties levèrent. Les hommes et les femmes du village les léchèrent et en goutèrent.

«Oh qu'elles sont petites, mais elles sont déjà bien fortes!» constatèrent-ils tous.

Ils attendaient, ils attendaient, mais les orties ne blanchissaient pas quand le jour de la noce arriva. La fiancée vint du village voisin. A Silda, les gens étaient petits ainsi que les maisons. Le cortège de noces arriva en une longue file. C'était la grande et belle fiancée qui ouvrait la marche. Elle s'immobilisa devant la porte car celle-ci était trop basse. Les gens du cortège attendaient derrière elle.

«Qu'allons-nous faire? Qu'allons-nous faire?» se demandèrent-ils ici et là. Le garçon d'honneur dit:

«Il faut couper un bout de la jambe de la fiancée.
-Ah non, pas ça! C'est la tête qui ne rentre pas, donc il faut la couper», répliqua le juge.
«Voulez-vous que j'aille chercher une hache?» dit une jeune femme.

Mais le propriétaire de la maison s'y opposa:

«Nous n'avons pas besoin de la hache, nous allons faire autrement. Je vais faire sauter d'un coup le montant de la porte.»

Mais c'est le grand-père de mon grand-père qui eut le dernier mot:

«Ne vous salissez pas! C'est le moment du banquet de noces! Ce serait mieux si la fiancée se courbait un peu!»

Ainsi fit-elle. Elle s'inclina un peu et passa facilement par la porte. Ah, tout le monde était heureux! Le propriétaire de la maison fit asseoir à la place d'honneur le grand-père de mon grand-père. Qu'il mange et qu'il boive tant qu'il veut! Tout le monde reconnut qu'il avait la tête sur les épaules pour sortir une idée pareille.

Après la noce, vint le temps de l'accueil. Tous les habitants du village s'y préparèrent. Le juge les convoqua et leur adressa ainsi la parole:

«Villageois! Le jour de la réception approche à grands pas. Par contre, les orties et les mauvaises herbes envahissent les abords de notre église. Je vous conseille d'aller vous reposer, de manger et de boire pendant une semaine. Pendant ce temps, les femmes vont travailler jour et nuit. Elles vont tresser une corde longue pour nous permettre de déplacer l'église.»

Ainsi firent-ils. Les hommes mangèrent, burent et se prélassèrent dans l'herbe pendant que les femmes tressaient la corde. Quand celle-ci fut finie, les femmes en enserrèrent l'église et le juge cria d'un ton martial:

«Allez! Tirons ensemble! Ho hisse! Ho hisse!»

La corde se tendit. Le juge demanda aux hommes:

«Alors, avance-t-elle notre église?»

Bien évidemment, elle ne bougeait pas d'un pouce! Il resta autant de mauvaises herbes devant son portail qu'il y en avait auparavant.

II.

Dans le village de Silda, au bord d'une rivière, il y avait un grand noyer qui donnait tant de noix que ses branches ployaient sous leur poids. Le juge arriva et dit aux hommes:

«Hé, vous, vous ne voyez pas que ce noyer a soif? Il faut que deux d'entre vous montent à la cime pour nous aider à tirer les branches vers le bas.»

Mais personne n'avait envie de grimper à l'arbre.

«Je n'y vais pas parce que j'ai mal aux jambes», dit l'un d'entre eux.
Un autre qui était grand et fort dit: «Je veux bien monter et pousser les branches seul.»

Les hommes s'appliquèrent avec ardeur jusqu'à ce qu’une branche craque et coupa la tête de celui qui était en haut.

«Avait-il une tête quand il est monté sur l'arbre?» demanda un homme.

Le juge répondit:

«Je ne sais pas. Allez voir sa femme!»

Ainsi fit-il.

«Alors, Rosalie, avait-il une tête ton mari quand il est parti de chez lui?
-Comment voulez-vous que je le sache? Mais je vais voir si son chapeau est là!» répondit la femme.

Elle cherchait partout le chapeau de son mari.

«Puisque je ne le retrouve nulle part, alors il devait avoir une tête», dit-elle aux hommes. Ceux-ci finalement retrouvèrent la tête et l'ensevelirent.

vendredi 7 juin 2013

Le Vent et Le Soleil



Source: gondolkodom.hu
Au bon vieux temps, le Vent discutait avec le Soleil. Ils s'étaient mis à discuter pour savoir qui était le plus fort. Un jour, le Soleil dit au Vent:

«Mettons-nous à l’épreuve avec l’homme qui marche là-bas et qui porte une cape. Tentons d’enlever sa cape de ses épaules pour savoir lequel de nous deux est le plus fort.»
C’est le Vent qui tenta d’abord sa chance. Il saisit le col de l’homme, il l’arracha, il tira la cape de tous les côtés, mais plus il la tira, plus le pauvre homme s’y enveloppa et ne le laissa pas lui enlever. Après que le Vent se soit épuisé pour rien, alors c’est le Soleil qui se mit à l'oeuvre. Il sourit sur l’homme de plus en plus chaudement. Toujours plus chaudement. Le brave homme se découvrit tout doucement, ensuite il enleva entièrement sa cape. Peu de temps après, il ôta son manteau et même son gilet.

«Tu vois bien que c'est moi qui suis le plus fort!» dit le Soleil au Vent.

vendredi 22 mars 2013

La fille intelligente

Sainte Elisabeth file pour les pauvres
Il était une fois un meunier qui avait une fille si intelligente et si modeste que sa réputation s’était répandue même dans des pays lointains. Le roi l’apprit et lui fit dire que le grenier du palais royal était plein de vieux chanvre qui datait de cent ans et il lui demanda d’en faire des fils d'or. 

La fille répondit que sa famille avait une haie qui datait de cent ans et elle demanda que le roi la fasse transformer en une quenouille en or sur laquelle elle filerait avec plaisir les fils d'or. Elle espérait que le roi ne souhaiterait tout de même pas qu’elle travaille sur une misérable vieille quenouille. 

Sa réponse plut au roi. Il fit dire à la fille qu’il avait une cruche percée et ébréchée et demanda qu’elle la répare si elle le pouvait. Elle répondit que le roi la fasse retourner sur l'envers car personne n'a jamais vu rapiécer quelque chose sur l'endroit.

Cette réponse plut encore davantage au roi. Il fit dire à la fille qu’elle aille le voir de façon à ce qu’elle n’y aille quand même pas, qu’elle lui dise bonjour mais qu’elle ne le fasse quand même pas, qu’elle lui apporte un cadeau mais qu'elle n'en apporte tout de même pas.

Sur ce, la fille demanda à son père de lui prêter son âne, elle y monta et se dirigea vers le palais royal. Elle emporta avec elle une colombe recouverte d'un filet. En arrivant devant le roi, elle ne dit pas un traître mot. Elle s'inclina, puis fit s'envoler la colombe de sous le filet. 

Ainsi elle alla mais elle n'alla quand même pas devant le roi, elle le salua mais elle ne le salua quand même pas, elle lui apporta un cadeau mais elle n'en apporta quand même pas. Le roi tomba amoureux de la fille et l'épousa aussitôt.

samedi 9 février 2013

Bobard

Il était une fois un fermier. Il était marié depuis quarante ans. Un jour, il bavardait avec sa femme de choses et d'autres et ils se dirent qu'il était quand même très curieux qu'ils n'aient pas d'enfant. Le fermier dit à sa femme:
«-Ne sois pas triste, ça n'en vaut pas la peine, nous pourrons encore avoir un enfant, nous aussi».
«-Ah, ça non! Je n'y crois plus! J'avais vingt ans quand je t'ai épousé. Nous vivons ensemble depuis quarante ans, aujourd'hui j'en ai donc soixante. J'ai fait mon temps, je n'aurai plus jamais d'enfant. Et si par hasard nous en avions un, comment s'appellerait-il?» dit la femme.
«-Baptisons-le Bobard, peu importe, pourvu que nous en ayons un», répondit le fermier.

Un beau jour, la femme dit au fermier:
«Ça alors, mon vieux, nous avons tant parlé de cet enfant, que ça y est, je suis sûre et certaine que je vais en avoir un».
«-C'est bien, ma femme! Comme ça nous aurons quelqu'un qui prendra soin de nous!» répondit le fermier.

Peu de temps après, un beau garçon vint au monde. Ses parents l'appelèrent Bobard.
Quand il eut vingt ans, il décida de s'engager dans l'armée. Il servit quelques années et après sa démobilisation, il rentra à la maison. Ses parents étaient ravis d'accueillir leur fils qui était devenu un bel homme, très adroit de ses mains.
«-Alors, fiston, tu as beaucoup voyagé pendant ton service militaire, tu as sûrement des choses à nous raconter!» dit le fermier.
«-Oui, je peux vous raconter des histoires que personne n'a jamais entendues dire! Mais je ne vous raconterai que ce que j'ai vu de mes propres yeux!» répondit le fils.

«-Quand nous sommes arrivés au royaume des géants, c’est avec étonnement que nous avons vu un homme si grand que le son de sa voix ne parvenait pas à nos oreilles. Nous n'avons donc pas compris ses paroles à cause de la distance, pourtant il parlait tellement fort que la terre tremblait sous nos pieds.

J'ai vu un enfant de trois ans qui était si grand qu'ici, chez nous, en se tenant debout, il serait capable de cueillir les pommes au faîte du pommier le plus haut.


J'ai vu un arbre atteignant le ciel. Puisqu'il ne pouvait pas pousser plus haut, ses branches s'écartaient d'une lieue1 sous le ciel. Il y avait dans ce pays une rivière dont la profondeur n'a jamais pu être mesurée. Un jour, un plongeur y descendit, et resta trois ans dans l'eau. Quand il en sortit, il dit qu'il avait rencontré un être merveilleux qui lui posa des questions pour savoir pourquoi il était dans l'eau et quelles étaient ses intentions. Quand il comprit ce que le plongeur cherchait à faire, il lui dit que même s'il descendait encore pendant trois ans vers le fond, il ne l'atteindrait pas. Dans un pays, j'ai même vu un oiseau dont les ailes déployées mesuraient vingt-neuf toises2.

J'ai vu un serpent qui était plus gros que n'importe quelle tour dans notre pays. Il était si long qu'il aurait pu entourer trois de nos villages.

J'ai vu un œuf de pinson qui, en plus de sa grande taille, avait une coquille si épaisse que douze forgerons la frappèrent à coups de marteau sans relâche pendant douze ans. Enfin, quand ils réussirent à casser la coquille, l'un des douze forgerons laissa échapper son marteau. Il dut y descendre avec une échelle et le chercha pendant trois mois. Finalement, il le retrouva grâce à un gardien de troupeau qu'il rencontra dans la coquille.

J'ai vu des maisons immenses dans lesquelles les habitants de trois comitats pourraient être logés.

J'ai vu une casserole qui pouvait contenir mille cinq cent soixante litres.

J'ai vu un cheval qui était si grand qu'il fallait vingt-cinq échelles pour grimper sur son dos. Il portait autour de son cou une clochette dont le son s'entendait à vingt lieues1. J'ai vu, autour du cou d'un autre cheval, une sonnaille en fonte pesant trente-six tonnes. Malgré son poids, le cheval ne sentait même pas qu'il portait quelque chose autour de son cou.

J'ai vu dans une tour une cloche qui donnait les premiers sons trois semaines après avoir été sonnée. Elle sonnait tellement fort qu'après chaque son une nouvelle montagne s'effondrait.

J'ai vu un tailleur qui avait à faire un travail délicat. Pourtant, son aiguille la plus petite était aussi grande que le plus grand hêtre de nos hautes montagnes.

J'ai vu une souris aussi grande qu'un gros porc. Dans une des rivières d'une profondeur insondable, j'ai vu un poisson qui portait sur son dos un navire de guerre muni de cent vingt canons.

J'ai vu un chat aussi grand qu'un bouvillon de cinq ans.

J'ai vu un lévrier qui avait des pattes si longues qu'il aurait pu sauter d'un bond par dessus un comitat.

J'ai vu un têtard dont le dos était si large qu'une charrette de foin tirée par quatre bœufs aurait pu faire un demi-tour sur son dos.

J'ai vu un bûcheron géant. Nous pesâmes sa hache, elle faisait soixante tonnes. Un autre géant écrivait dans sa maison, son encrier était aussi grand qu'un tonneau de cent litres. Sa plume était aussi haute que l'arbre d'un mât dans notre pays.

Dans une cave j'ai vu un tonneau de vin contenant mille trois cent cinquante-six litres.


J'ai vu une paire de bottes faites avec la peau de trente bœufs. Cependant, les bottes ne servaient à rien parce que la personne, pour qui elles étaient faites, ne rentrait pas dedans.

J'ai vu un chapeau noir fait de la peau de cinquante agneaux pour un jeune géant de douze ans. Par malheur, six mois plus tard, sa tête n'y rentrait plus, il lui fallait vendre le chapeau.

J'ai vu un pain rond aussi grand qu'une meule de dix-huit mille gerbes.

Après avoir quitté le royaume des géants, je vis pas mal d'autres choses ailleurs, mais maintenant je vais passer cela sous silence. Je ne vous raconte plus que la naissance du fils d'un forgeron dans une ville très lointaine. Nous avions le gîte et le couvert chez lui quand son fils vint au monde, un marteau à la main. Une heure après sa naissance, il était assis et forgeait le fer sur l'enclume».

«-Assez, assez, ne dis plus rien, fiston, dit le père, tu en as déjà dit beaucoup. Il n'existe pas au monde un seul fou qui croirait tout ce que tu viens de nous raconter.»

«-Alors, mon cher Père, dit le fils, si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-même. Ce n’est pas pour rien que vous m’avez baptisé Bobard!»


1 Une lieue correspond environ à 1600 mètres
2 Une toise correspond à un peu moins de 2 mètres

samedi 12 janvier 2013

Le gardien d'oies Mathias



Conte imaginé par Emily (7 ans)
Il était une fois une femme très pauvre qui avait un fils. Il s'appelait le gardien d'oies Mathias car il ne faisait rien d'autre que garder les oies de sa mère.
Un jour celle-ci dit à son fils:
«Va Fiston à la foire de Döbrög1 et vends seize oies là-bas. Demande au moins deux kreutzers2 pour deux oies, autrement je t'assure que tu vas voir ce que tu vas voir!»

Mathias fit entrer seize oies à la foire à Döbrög. A peine fut-il arrivé que le seigneur du lieu apparut devant Mathias et lui demanda:
«Combien valent deux oies, fiston ?
- Deux kreutzers, répondit Mathias.
- Comment ? Deux kreutzers ? Un suffira.
- Certainement pas ! dit Mathias. Au dessous de deux kreutzers je ne les vends pas même si c'est le roi qui le demande.
- Et puis quoi encore ? Je te donne tout de suite deux kreutzers.»

Le seigneur fit signe à ses gens d'armes de faire rentrer les seize oies dans sa cour. Les gardes ligotèrent Mathias qui reçut une raclée ! Vingt-cinq coups de bâtons sur le dos !

«Maintenant tu peux rentrer chez toi, dit le seigneur.
- Et l'argent? demanda Mathias en pleurant.
- Ce n'était pas assez? Encore une série de vingt-cinq!», ordonna le seigneur.

Les gens d'armes obéirent.
Après avoir reçu la deuxième série de raclée, en quittant la cour du seigneur, Mathias se retourna et le menaça:
«Retenez bien, Seigneur que la gardien d'oies Mathias vous rendra trois fois les coups de bâtons!»

Le seigneur rit de bon cœur, et fit peu état des menaces de Mathias.
Le temps passa, une année après l'autre. Mathias devint un jeune homme et il changea complètement.
Un jour, il entendit dire que le seigneur construisait un château. La pensée lui vint de se déguiser en maître charpentier. Il alla dans la ville, se dirigea directement dans la cour du seigneur. Il commença à arpenter et examiner les poutres en secouant la tête. Le seigneur s'approcha de lui et dit:

«Que regardez-vous sur ces poutres?
- Je suis venu d'un pays étranger, je suis maître charpentier, j'ai parcouru beaucoup de pays, j'ai vu construire plus d'une centaine de poutres, les unes plus belles que les autres. Mais permettez-moi de vous dire que la qualité de ce bois ne convient pas. Ici il faudrait mieux que cela.
- Si ce n'est que cela, dit le seigneur, dans ma forêt j'ai des arbres plus beaux que ceux-ci, allons-y, choisissons-en!»

Il détacha tout de suite cent bûcherons munis de haches, il monta avec Mathias dans le carrosse et ils se dirigèrent vers la forêt.
Sur place Mathias choisit les arbres à découper. Les bûcherons se mirent au travail. La forêt en trembla de tous ses arbres.
«Seigneur, je vois vraiment de beaux arbres ici, dit-il, mais je n'ai pas encore vu celui dont on aurait le plus besoin.
- Allons plus au fond», dit le seigneur.

Ils pénétrèrent bien loin dans la forêt en s'éloignant des autres. Quand ils n'entendirent plus le bruit des haches, Mathias s'arrêta devant un arbre. Il le regarda, l'examina, se frappa le front et entoura l'arbre de ses bras.
«Alors, dit-il, je crois que celui-ci ira bien. Venez Seigneur, entourez-le de vos bras, vous aussi.»

Le seigneur obéit et Mathias n'en voulait pas plus. Il attacha les poignets du seigneur et lui administra une raclée de cinquante coups de bâtons. Quand il eût fini, il ricana et dit:
«Je ne suis pas maître charpentier. Je m'appelle le gardien d'oies Mathias. Vous rappelez-vous ma promesse? Retenez bien, je vais vous frapper encore deux fois.»

Ainsi parla-t-il. Puis il quitta le seigneur et rentra chez lui.
Le seigneur ne fut retrouvé par ses bûcherons que vers le coucher du soleil. Après cette raclée, il tomba malade à tel point que les médecins ne surent plus comment le soigner. Ils firent appeler des quatre coins du monde des confrères mais aucun ne fut capable de le guérir.

Mathias apprit cette nouvelle. Il se déguisa en médecin et monta dans le château. Il se présenta comme grand médecin d'un pays étranger capable de faire des miracles en échange d'une bonne rémunération. L'entourage du seigneur en fut heureux, et l'amena devant le malade.
«Dans un jour je vais vous guérir. Que tout le personnel dont vous disposez aille dans la forêt et ne revienne qu'avec les plantes aux vertus magiques que je demanderai. Que vos gens cueillent tout ce qu'ils trouvent!» ajouta-t-il.

Le seigneur ordonna cela et même les enfants sortirent dans le bois. Nul ne resta dans le château. Et Mathias ne se le fit pas dire deux fois. Il sortit sa baguette et fouetta bien le seigneur.

«Je ne suis pas médecin, Seigneur, je m'appelle le gardien d'oies Mathias. Vous rappelez-vous ma promesse? Je vous dois encore une rossée! Mais je vous assure que je ne demeurerai pas en reste.»
Le temps passa, une année suivit l'autre sans que Mathias se rende dans la ville. Quand son histoire avec le seigneur commença à tomber dans l'oubli, il se déguisa en marchand de chevaux et alla à la foire de Döbrög.
Il fit le tour des étals, écouta les gens marchander. Il s'arrêta de temps en temps devant les chevaux et discuta leur prix, lui aussi. A un moment, il entendit vaguement qu'un homme avait deux beaux chevaux mais qu'il n'arrivait pas à les vendre car ils étaient poussifs, tous les deux. Il s'approcha de l'homme et lui dit: «Écoutez, je les achète à condition que vous criiez après le seigneur quand il arrivera: «C'est moi qui suis le gardien d'oies Mathias.»
- Si ce n'est que votre seul souhait, je le ferai avec plaisir», dit l'homme.

L'affaire fut conclue : ils se serrèrent la main et Mathias acheta les chevaux. En plein milieu de la foire, le carrosse du seigneur arriva.
«Tenez, il arrive là-bas, dit Mathias. Criez après lui : «C'est moi qui suis le gardien d'oies Mathias» et courez loin tout de suite.
- Vite, vite! ordonna le seigneur au cocher et au haïdouk. Dételez les chevaux et ramenez-moi ce voyou!»

Quand le cocher et le haïdouk s'en allèrent, Mathias, d'un bond fut à côté du carrosse et administra une raclée de vingt-cinq coups de bâtons au seigneur.
Après le dernier coup, il cria ainsi après le seigneur:
«C'est moi qui suis Mathias L'Oie, pas lui! J'ai tenu parole, n'est-ce pas? Je vous ai battu trois fois pour les oies!»

Et, je vous le dis, si Mathias avait battu encore une fois le seigneur, mon conte aurait duré plus longtemps.


1 A prononcer "Deubreugue"
2 Ancienne monnaie autrichienne et hongroise