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samedi 27 avril 2019

Le cadenas merveilleux

Source:almalin.eklablog.fr

Il était une fois une femme qui était très pauvre. Elle avait un fils.

Un jour, elle alla laver du linge pour quelqu’un, et quand elle rentra à la maison, elle ne trouva pas son fils. Où était-il allé? Qu’est-ce qui avait pu lui arriver? Personne ne pouvait le dire…

C’était normal puisque les diables l’avaient volé et l’avaient emmené directement en enfer.
Le garçon passa sept ans en leur compagnie, et pendant toutes ces années tout alla bien, aucun mal ne lui arriva. Les diables lui confièrent sept chambres à balayer, à nettoyer, à faire tout ce qu’il avait à y faire.

Dans la septième chambre se trouvait un cadenas, un magnifique cadenas. Toute la force de douze diables y logeait. Le garçon fit tout pour s’emparer du cadenas. Un jour, ses efforts furent couronnés de succès. Il réussit à s’enfuir, et il rentra directement chez sa mère. Le jeune homme lui dit:

-Vous savez ce que je vais vous dire?… Je suis en âge de me marier. Allez voir le roi et demandez lui la main de sa fille pour moi parce que je veux l’épouser.

Sa mère obéit, elle alla voir le roi, elle lui demanda sa fille en mariage, ce qui fit sourire le roi. Il trouva amusant qu’un hurluberlu veuille épouser sa fille. Il dit à la mère:

-Ecoutez-moi bien! Je veux bien donner ma fille à votre fils s’il arrive à faire ce que je lui demanderais. Il y a une grande forêt à côté du village. S’il arrive à faire en sorte que pendant une nuit cette forêt disparaisse, qu’il n’en reste rien, même pas les racines des arbres, dans ce cas, il aura ma fille, autrement il n’aura rien.

Elle rentra à la maison, et elle raconta à son fils ce que le roi lui avait dit. Son fils lui répondit:

-Si ce n’est que cela que le roi veut, ce sera fait!

Quand la nuit tomba, il sortit le cadenas, il tourna la clé dedans, et les douze diables surgirent d’un seul coup. Il leur dit:

-Allez défricher la forêt mais je veux qu’il n’en reste pas une miette de racine.

Les diables y allèrent. Le lendemain, il ne restait plus rien de la forêt, pas la moindre trace.

Le jeune homme alla voir le roi, et lui annonça que sa demande était accomplie, et il lui demanda la main de sa fille. Mais le roi ne fit que sourire et lui dit:

-Si demain matin, à la place de la forêt je vois un beau champ bien vert, alors tu auras ma fille.

Rien ne parut plus simple au jeune homme! Il sortit son cadenas merveilleux qui l’aida… Le lendemain, un beau champ vert plein de blé se trouvait à la place de la forêt.
Il alla voir le roi et lui dit:

-Majesté! L’ordre que m’avez donné, est exécuté!

Le roi regarde dehors par la fenêtre, et il constata qu’un beau champ de blé se trouvait à la place de la forêt. Mais il était très contrarié car il devait maintenant donner sa fille à ce jeune homme farfelu. Il lui dit:

-Très bien! Jusqu’ici tu as réussi toutes les épreuves. Je te donne un dernier ordre, et si tu y arrives, tu auras ma fille. Je veux que pour demain matin, devant le palais, il y ait une route en diamant. Mais ce n’est pas tout! En plus, je veux qu’au bord de la route les arbres fleurissent et qu’ils soient pleins d’oiseaux.

Le jeune homme rentra à la maison, il tourna la clé dans le cadenas, et le lendemain le roi fut émerveillé devant tout ce qu’il voyait et entendait: une route en diamant, des arbres fleuris avec  beaucoup d’oiseaux qui chantaient. C’était tellement beau qu’il avait du mal à y croire. Il pensa que le jeune homme méritait vraiment sa fille.
Celui-ci alla le voir, et le roi lui donna volontiers sa fille.

Les noces furent prévues pour le lendemain.
Le matin, au réveil, les mariés virent, dans l’air, au dessus du champ, un magnifique palais suspendu à une chaîne en or. Les fêtes eurent lieu dans ce palais merveilleux où le jeune couple s’installa. Le roi fut si fier de son gendre que même pour tour l’or du monde, il n’aurait pas voulu s’en séparer.

Un jour, le jeune marié alla à la chasse sans son cadenas merveilleux. A la maison, sa jeune épouse ne savait pas à quoi servait ce vieux cadenas tout rouillé.

Les diables avaient une comparse, une affreuse vilaine vieille sorcière. Elle habitait une île qu’elle quitta pour passer devant le palais du jeune couple en criant:
-Nouveau cadenas contre un vieux! Nouveau cadenas contre un vieux!

La jeune épouse l’entendit et fut heureuse d’avoir un nouveau cadenas à la place du vieux tout rouillé.
La vieille sorcière ne voulait que ça! Elle sortit de sa poche un nouveau cadenas, qu’elle donna en échange du cadenas, certes vieux, mais merveilleux.

A la place du palais apparut tout de suite une pauvre cabane. La fille du roi pleura et elle ne comprenait pas ce qui s’était passé. Quand son mari rentra à la maison, il fut ahuri de trouver la cabane à la place de son magnifique palais. Il comprit tout de suite que quelqu’un avait volé son cadenas.
Il interrogea sa femme pour savoir à qui elle l’avait donné. Son épouse lui répondit en pleurant à chaudes larmes, et raconta qu’elle avait donné le vieux cadenas contre un nouveau à une très vieille dame. Le jeune mari fut totalement accablé en apprenant le triste sort de son cadenas.

Il alla voir le roi pour tout lui raconter. Le roi lui dit:

-Mon fils, va voir ma Mère de Lune qui a cent ans, elle te donnera de bons conseils.

Le gendre fit ainsi. Mais la Mère de Lune de cents ans ne savait rien. Elle lui donna deux souris et l’orienta vers sa Grande Mère de deux cents ans.
Le jeune marié y alla mais elle ne lui donna qu’un chien, et le dirigea vers la Mère des Vents de trois cents ans en espérant qu’elle aurait de bonnes idées.

Le jeune marié prit la route avec les souris et le chien. Il lui fallut beaucoup de temps pour arriver chez la Mère des Vents de trois cents ans. Il lui expliqua qui l’envoyait la voir et pourquoi.
La vieille dame donna un chat au jeune marié, et lui indiqua qu’à tel endroit, dans telle mer il y avait une île où la vielle sorcière habitait et que c’était bien elle qui détenait le cadenas.

Le gendre écouta attentivement la Mère des Vents de trois cents ans et retrouva son sourire. Il obéit et suivit fidèlement ses instructions.
Pendant la route il eut beaucoup de difficultés mais finalement il arriva avec les souris, le chient et le chat sur l’île. Les animaux retrouvèrent très rapidement le cadenas et ils rebroussèrent chemin ensemble.

Arrivé à la maison, le gendre du roi tourna la clé dans le cadenas, et le palais suspendu à une chaîne en or réapparut exactement au même endroit, là où il était auparavant.

Le jeune couple vécut heureux, et ils vivent même encore aujourd’hui, s’ils ne sont pas morts entre-temps.


(Collecte de Jànos Berze Nagy)

dimanche 17 février 2019

Le diable aux cheveux d’or

source:antikvarium.hu


Il était une fois, au-delà de tous les océans un couple. Ils étaient domestiques tous les deux.
Ils avaient un garçon. Un jour, le roi alla les voir et demanda au couple lui vendre leur fils. Le roi déclara qu’il payerait volontiers pour le garçon. Mais le père et la mère commencèrent à crier:

-Majesté! Majesté! Comment y pensez-vous? Comment serait-il possible de vendre notre enfant?

Ils tinrent parole, et ils ne vendirent pas leur enfant au roi qui rentra chez lui.
L’enfant grandit et grandit encore à tel point que ses parents qui étaient pauvres avaient du mal à subvenir à ses besoins. Un jour, ils s’en lassèrent, et ils mirent leur fils sur l’eau qui l’amena à un moulin où le meunier le pêcha. Il l’éleva jusqu’à ses quinze ans.
Le jeune homme était souvent au bord de l’eau. Un jour, le roi le vit et voulut l’acheter. Le roi alla voir le meunier et lui en proposa un certain prix. Le meunier dit:

-Cela m’est absolument égal, je vous le vends, Majesté!

Le roi le paya puis il donna une lettre au jeune homme pour que celui-ci l’amène à son épouse.
Ainsi fut fait. Il prit la route et arriva dans une forêt où des brigands l’attrapèrent. Ils confisquèrent la lettre et la lurent. Il était écrit:
-Il faut le décapiter.
Les brigands effacèrent la phrase et la remplacèrent par une autre:
-Donne-lui notre fille!
Ils rendirent la lettre au jeune homme, et ils le laissèrent partir.

Fatigué et déguenillé, il arriva au palais royal où il fut accueilli par la reine. Après avoir lu la lettre, elle expliqua à son jeune porteur qu’il allait se marier parce que le roi avait décidé de lui donner sa fille. Le jeune garnement se réjouit de savoir qu’il allait devenir un homme marié. Le mariage fut célébré, et le jeune couple menait sa vie.
Peu après, le roi rentra à la maison. Il constata que le jeune chenapan n’était pas mort, au contraire, tout se passait bien pour lui. Le roi se mit dans une colère terrible. Il ne prononça pas un traître mot de la journée. Il chercha dans sa tête une solution pour se débarrasser de son gendre qui manquait d’éducation.
Un jour, le roi entra dans la chambre de son gendre et lui dit:

-Ecoute mon fils, va chercher les trois cheveux d’or du diable et apporte-les, sinon tu auras des ennuis avec moi.

N’ayant pas le choix, le jeune marié dit adieu à sa belle épouse et alla de par le vaste monde.
Il marcha, il chemina tranquillement jusqu’à ce qu’il arrive à un puits gardé jour et nuit, par un gardien qui lui demanda:

-Où vas-tu? Saurais-tu par hasard ce qui est arrivé à ce puits? Avant il était plein de vin, maintenant il n’y en a plus.

Le gendre du roi répondit:

-Comment pourrais-je le savoir? Mais attends un peu! Il est possible que je puisse t’apporter des nouvelles.

-Sois gentil et fais le! répondit le gardien.

Le gendre du roi continua son chemin. Il arriva dans la cour d’un roi qui lui demanda:

-Fiston, saurais-tu pourquoi ce pommier est à sec? Il s’est complètement desséché. Auparavant, il donnait des pommes d’or, et maintenant plus rien.

Mais le pauvre, comment aurait-il pu le savoir? Il n’avait jamais vu quelque chose de pareil. Mais il promit de revenir avec des nouvelles.
Un jour, il arriva sur un grand terrain vague presque entièrement désert. Il le traversa jusqu’à ce qu’il arrive au bord d’un océan. Il y rencontra un batelier et lui demanda:

-Amène-moi de l’autre côté!

Il répondit:

-Je le ferai à condition que tu me dises pendant combien de temps je serai encore batelier.

Le gendre du roi lui promit de revenir avec la réponse, et le batelier l’amena de l’autre côté. Il continua son chemin, et arriva dans une grande forêt. Au milieu, dans un grand château, habitait le diable aux cheveux d’or.
Le gendre du roi entra et rencontra une très vieille femme. Elle était l’arrière grande-mère du diable.

-Qui cherches-tu? lui demanda-t-elle.

-Bonjour ma vieille! Je cherche le diable aux cheveux d’or. Est-il à la maison?

-Il n’est pas là mais dis-moi quel vent t’amène par ici? répondit la vieille dame.

Le gendre du roi lui révéla son identité et raconta que le roi lui demandait d’apporter les trois cheveux d’or du diable, que le gardien lui avait posé une question, que le roi l’avait interrogé sur son pommier et que le batelier voulait connaître le temps qui lui restait à faire.

-Très bien, tout ira bien! le rassura la vieille, et elle le transforma en fourmi.
Ensuite elle le cacha dans la lisière de son jupon.
Quelques minutes plus tard, le diable aux cheveux d’or arriva. A peine entré, il demanda à son arrière grande mère:

-Qui est-ce ici? Je sens l’odeur de quelqu’un…

La vieille hésita à lui répondre, elle tourna autour du pot:

-Je te jure qu’il n’y a personne.

Très fatigué, le diable bailla et s’étira. Il pencha la tête sur les genoux de la vieille et s’endormit aussitôt.

-C’est justement ça qu’il me faut! Je vais te soumettre à un interrogatoire! se dit la vieille.

Le diable aux cheveux d’or ronflait si fort que même les carreaux des fenêtres en tremblaient.
La vieille attendit encore quelques instants, ensuite elle arracha le premier cheveu d’or. Le diable gémit fortement et dit:

-Qu’est-ce qu’il y a, ma vieille?

-Rien, rien de rien mais il m’est venu à l’esprit que quelque part il y a un puits, il y avait du vin dedans. Maintenant il n’y a plus rien. Pourquoi? dit-elle.

-Pourquoi? Parce qu’il y a un crapaud dedans, dit le diable.

-Très bien, très bien, dors mon fils, répondit elle.

Le diable se rendormit. Son arrière grand-mère arracha le deuxième cheveu d’or. Le diable fit une grimace avec sa grande bouche plate comme une pelle.

-Ma vieille! Laissez-moi dormir! dit le diable.

-Tu sais mon fils, il m’est venu à l’esprit que quelque part il y a un pommier qui auparavant donnait des pommes d’or. Maintenant il est desséché. Pourquoi? demanda la vieille.

-Pourquoi? Parce qu’une souris ronge ses racines. Mais laissez-moi dormir, autrement je vais me fâcher, dit le diable.

-Dors mon fils, dors! répondit la vieille.

Elle avait déjà deux cheveux d’or, elle arracha le troisième.
Le diable bondit comme s’il était devenu fou.

-Ma vieille! Qu’est-ce que vous me faites? Je m’en vais si vous ne me laissez pas tranquille, dit le diable.

-Tu sais, il m’est venu à l’esprit qu’un batelier me demanda pendant combien de temps il sera encore batelier, dit la vieille.

-Pendant combien de temps?… Jusqu’à  ce qu’il ne cède pas à quelqu’un d’autre son aviron. Mais maintenant laissez-moi vraiment dormir! dit le diable.

-Bon d’accord! Dors, je te laisse tranquille, dit elle.

Elle put le faire facilement car elle avait déjà les trois cheveux d’or. Le diable dormit jusqu’au lendemain matin.
Après son réveil, le diable quitta la maison, et la vieille sortit la fourmi cachée sous la lisière de son jupon. Elle la transforma en homme, elle lui raconta ce que le diable lui avait dit, et lui donna les trois cheveux d’or.
Le gendre du roi la remercia de sa gentillesse, et il prit le chemin de retour.

Après avoir traversé l’océan, il dit au batelier:

-Eh bien, j’ai quelque chose à te dire.

Avant même de parler, il sauta hors de sa barque.

-Si tu arrives à céder à quelqu’un ton aviron, il deviendra batelier, et toi, tu seras libéré.

-Je te remercie de ta gentillesse à mon égard, répondit le batelier.

Ensuite le gendre du roi alla voir le roi dont le pommier était malade. Il annonça au roi qu’une souris rongeait ses racines. Pour le récompenser, le roi lui donna tant de pièces d’or que sa besace devint pleine.

Il continua son chemin, et rendit visite au gardien pour lui dire qu’il n’y avait pas de vin dans le puits parce qu’il y avait un crapaud dedans. La famille du gardien lui donna tant de pièces d’or qu’il eut du mal à les porter jusqu’à la maison.

Quand il fut arrivé,il remit à son beau-père les trois cheveux d’or du diable. Il vida aussi sa besace.

-D’où viennent ces pièces d’or? le questionna son beau-père.

Il raconta qu’au milieu de l’océan, il y avait une grande montagne, et là, n’importe qui pouvait ramasser autant de pièces d’or qu’il pouvait en porter.
Son beau-père fut encouragé par ces paroles et se dit:

-Ca alors! Le fiston s’est bien enrichi! Je tenterai ma chance moi aussi.

Ainsi fut fait. Il s’en alla mais il paya cher sa cupidité parce qu’il resta batelier sur l’océan.
Son gendre et sa fille vivaient heureux, et il se peut qu’ils soient encore en vie s’ils ne meurent pas entre-temps.



Collecte Jànos Berze Nagy dans son village natal (comitat Heves) en mars 1904

dimanche 8 janvier 2017

L’invincible

Source: meseorszag1.webnode.hu

Il était une fois un vieil homme.
Il travaillait aux champs. Il s’apprêtait à rentrer à la maison quand il vit une petite souris sur la route. Il l’attrapa aussitôt. Arrivée à la maison, elle se transforma en une jeune demoiselle.

Elle grandir, et rapidement devint une belle jeune fille. Un jour, elle dit au paysan :
«Je vais me marier à condition de trouver quelqu’un qui serait invincible.»

Le paysan alla donc chercher celui qui serait le meilleur à tous  les points de vue.
Il alla voir le Soleil. Son lieutenant lui dit que le Soleil n’était pas à la maison car il était allé éclairer la Terre. Le paysan devait donc attendre son retour.
Quand il fit noir, le Soleil rentra à la maison. Le veux paysan lui demanda d’épouser sa fille puisque c’est bien le Soleil qui est invincible.

«Mais ce n’est pas moi, répondit le Soleil. Le Nuage est plus fort que moi car il est capable de me couvrir.»

Le vieux paysan alla voir le Soleil, et lui demanda d’épouser sa fille.
«Le Vent est plus fort que moi car il est capable de me chasser», répondit le Soleil.

Le vieux paysan reprit son chemin, et il arriva chez le Vent.
«Ce n’est pas moi qui suis le plus fort parce que je ne peux pas déplacer le mont Mátra», répondit-il au paysan.

Arrivé chez le mont Mátra, il lui demanda d’épouser sa fille.
«Je ne suis pas le meilleur du monde car je ne peux pas écraser les petites souris qui courent çà et là, en bas, sous mes pieds», dit lui le Mátra.

Le vieil homme rendit visite au roi des souris. Il lui demanda d’épouser sa fille.
Le roi attela une souris à sa calèche, et il alla chercher la fille du paysan. Elle redevint souris, et aussitôt ils se marièrent.

Ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre-temps.

jeudi 17 novembre 2016

C’est en forgeant qu’on devient forgeron


Source: emf-kyron.blogspot.com 
Il était une fois un roi qui était jeune et beau. Il décida de se marier. La mariée était très belle et en plus, elle était très intelligente.

Après les noces, ils allèrent visiter leur domaine ainsi que les montagnes à l’entour. Le roi emporta son fusil, et il abattit les petits oiseaux qui se reposaient sur les arbres. La reine ne dit pas un traitre mot.

«Tu ne me fais même pas de compliments pour mon habileté?» lui demanda le roi avec un brin de déception dans la voix.

«Mais ce n’est rien, mon cher mari, c’est en forgeant qu’on devient forgeron», répondit la reine.

Le roi se vexa à tel point qu’il ne dit plus rien à son épouse.

«Tu n’es pas une épouse digne, sors tout de suite du palais royal!» ordonna-t-il à la reine.

«D’accord, je m’en vais mais d’abord donne-moi la vache qui est à l’étable», répondit la reine.

Le roi s’acquitta de sa demande, et la reine se mit en route en tenant la vache au bout de sa corde.

Elle marcha, elle chemina. Dans les montagnes, elle vit une grotte où elle trouva refuge. Sa vache était pleine, elle allait bientôt mettre bas. La reine, tous les matins, prit dans ses bras le petit veau qui était né et monta avec lui au sommet de la montagne pour redescendre ensuite, toujours avec lui, dans la grotte. Elle le fit pendant un an.

L’année suivante, le roi organisa une grande chasse. Les chasseurs remarquèrent quelque chose de bizarre sur le versant de la montagne. Ils n’arrivaient pas à distinguer les contours d’un animal. Celui-ci ressemblait à une bête mais il marchait sur deux pattes.

«Mais quelle est cette bête?» se demandèrent-ils ahuris.

Ils s’approchèrent pour mieux la voir mais dès qu’ils furent montés, ils ne voyaient plus rien. Ils suivirent les traces de pas d’une femme, et ils tombèrent sur la grotte. Ils crièrent pour appeler la personne qui était à l’intérieur.

Une voix leur répondit qu’il lui était impossible de sortir nue. Les chasseurs lui tendirent un manteau, et la femme sortit de la grotte. Elle leur raconta que c’était elle qu’ils avaient aperçue, transportant le veau sur ses épaules.

Les princes, les barons et les comtes se réunirent pour savoir comment elle avait pu monter le veau sur ses épaules.

«Je l’emmène tous les jours là-haut depuis qu’il est venu au monde. Vous savez, c’est en forgeant qu’on devient forgeron», répondit la reine.

Le roi reconnut tout de suite son épouse. Il se précipita vers elle, et il l’embrassa chaleureusement. Il lui demanda de revenir dans le palais royal. Il avoua qu’il regrettait déjà mille fois l’avoir mise impoliment dehors.

La chasse fut immédiatement interrompue. Le roi fit venir le carrosse royal, et il rentra au palais royal avec sa femme toujours très belle et intelligente. Bien sûr, ils étaient accompagnés de la vache et du veau.

Ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre temps.


vendredi 23 septembre 2016

Le petit carassin


Source:tarkabarka.cafeblog.hu 
Il était une fois un homme pauvre. Avec sa femme, aussi pauvre que lui, ils étaient les plus démunis de leur village. L’homme allait pêcher chaque jour pour qu’ils aient de quoi manger.
Un jour, quand il tira son filet, il y trouva un petit carassin.

«Puisque tu es rentré dans mon filet, je te prends. Je t’emporte à la maison, et je vais te donner à mon chat», dit le pauvre.
«Ecoute mon pauvre, dit le petit poisson, si tu ne me donnes pas au chat, en échange de ta bonne action, je te ferai du bien. Tu sais, un bienfait n’est jamais perdu.»

Le pauvre homme remit alors le petit poisson dans l’eau.
En rentrant, sa femme lui posa tout de suite la question:

«Alors, as-tu pris quelque chose?»
«Rien», répondit-il et il raconta son histoire avec le poisson. Sa femme lui dit:

«Retourne, et dis au petit poisson qu’il fasse de toi un juge.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le juge de mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, tu seras élu dimanche matin», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, tu t’en es bien tiré?»

Il lui raconta que dimanche il sera élu juge.

Ce fut ainsi. Il était le juge de son village pendant trois ans. Il ne devait plus aller pêcher puisque avec sa femme ils vécurent à l’aise de son salaire.
Un jour sa femme luit dit:

«Etre juge n’est pas assez. C’est la fonction la moins appréciée dans le village. Va voir le petit carassin et dis lui que tu veux devenir notaire.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:
«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le plus important notaire dans mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, demain tu seras élu notaire», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, ta journée, qu’est-ce qu’elle a donné?»
«Il dit que demain je serai élu le notaire le plus important du village! Mais maintenant calmons-nous!» répondit le pauvre homme.

Sa femme ne disait rien. Les années passèrent, un jour elle dit à son mari:

«Ecoute-moi! Cela ne me va plus! Sois juge du comitat!1»

Le pauvre homme alla le lieu où il rencontrait le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être juge du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, tu le seras!» répondit le petit poisson.

En rentrant à la maison, le pauvre homme dit à sa femme:

«Je souhaite que nous nous soyons d’accord pour que je reste sur ce poste. Cela me suffira!»
«D’accord!» céda sa femme.

Mais au bout de cinq ans, elle n’en pouvait plus et recommença:
«Je veux que tu sois le premier dignitaire! Sois préfet du comitat!»

Le pauvre homme alla au bord de la rivière où il avait rencontré le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être le préfet du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, ne t’inquiète de rien, tu seras élu!» répondit le petit carassin.

Six ans passés, sa femme lui dit:
«Tu sais ce que je pense? Tu dois être roi!»

Le pauvre homme cria au bord de la rivière:

«Petit carassin! Petit carassin!»
Le poisson sautilla et lui demanda:
«Dis-moi ce que tu veux, je t’écoute!»
«Je veux être roi!» dit le pauvre homme.
«Ton vœu sera exaucé», répondit le petit carassin.

Ce fut ainsi, le pauvre homme devint le roi de son pays.

Mais un beau jour la femme murmura à l’oreille de son mari:
«Chaque pays a son roi, c’est normal. Mais je veux que tu dises au petit poisson que c’est toi qui veux diriger la Lune et le Soleil.»

La pauvre homme alla voir le petit poisson et cria:
«Petit carassin! Petit carassin!»
«Que puis-je faire pour toi, pauvre homme?» répondit le carassin.
«Je veux diriger la Lune et le Soleil», répondit le pauvre homme.

Le petit carassin se mit en colère, et répondit au pauvre homme:
«Rentre chez toi pour reprendre ta vie misérable. Remercie ta femme qui n’a jamais été contente de tes fonctions et qui demandait toujours plus. Tu ne peux pas être Dieu!»

1 En latin : comitatus, en français moderne : département

jeudi 7 janvier 2016

Les douze princesses

Dessin: Eszter Bakos 

Il était une fois, dans les temps anciens, un roi qui avait douze filles. Il les soignait plus que la prunelle de ses yeux. Il les faisait dormir dans une grande chambre à coucher. Il fit mettre une barre de fer à l’extérieur de la porte qu’il cadenassa pour éviter que quiconque puisse entrer les voir. Chaque matin il constatait quand même que les douze paires de chaussures avaient été jetées dehors, qu’elles étaient usées, voire déchirées de la danse. Le roi ne pouvait pas imaginer par où ses filles sortaient la nuit. Il proclama dans tout le royaume qu’il donnerait une de ses filles à celui qui serait capable de lui dire ce qu’elles faisaient, où elles allaient la nuit.

De jeunes princes et comtes arrivèrent mais ils échouèrent, tous. Ils furent chassés sans exception du palais royal. De grandes annonces furent proclamées partout, dans toutes les villes du royaume:le roi fit la promesse de donner une de ses filles à celui qui trouverait la clé du mystère.

Un jour, un soldat s’arrêta devant une des grandes annonces et en lit le texte en soupirant:

«Comme ce serait bien si je pouvais le faire! Comme ce serait bien de devenir roi?»

Un vieil homme entendit ses paroles et lui dit:

«Je viens d’entendre ta demande. Je vais te dire comment t’y prendre.»

Le soldat s’en réjouit.

«Ecoute-moi bien! Vas tranquillement au palais royal, présente-toi et accepte la mission. Demande une chose : que tu sois logé dans une chambre dont la porte s’ouvre sur la chambre à coucher des jeunes princesses et que cette porte ne soit pas fermée. Si l’on te propose du vin, ne contredis pas, mais ne le bois pas non plus. Par contre, fais comme si tu l’avais bu, et verse dans la poche intérieure de ton manteau. Tiens, voici ce manteau, il est fin comme un papier de cigarette et il te couvrira entièrement. Quand tu l’auras revêtu, tu seras invisible. Tu as compris?» dit le vieillard.

«Oui, j’ai tout compris et je vous remercie de vos bons conseils», dit le soldat.

Sur ce, le soldat se dirigea vers le palais royal où il se présenta et annonça qu’il souhaitait relever le défi.

«C’est bien, c’est ton genre de jeune homme dont  j’ai besoin», dit le roi.

Il donna à manger et à boire à ce jeune prétendant et lui demanda.

«Aurais-tu besoin d’autre chose?»
«Non, de rien. Je voudrais juste dormir tout près de leur chambre, autrement je ne m’apercevrai pas du moment où elles partent.» dit le soldat.

Le roi donna son accord. Les demoiselles, avant de se préparer, donnèrent à boire au soldat. Elles lui préparèrent la même potion magique que pour les autres. Quand la princesse la plus âgée entra dans la chambre du soldat, celui-ci était déjà couché dans son lit.

«Alors, brave soldat, buvez de ce bon vin, les autres prétendants en ont bu aussi. Nous ne voudrions pour rien au monde que vous n’en receviez pas!» dit la princesse.

Le soldat le prit délicatement et versa dans la poche intérieure de sa veste. La princesse ne s’aperçut rien. Le soldat fit semblant de s’endormir immédiatement à tel point qu’il feignit de ronfler.

«Il dort déjà bien, nous pouvons partir», dit-elle aux autres.

Le soldat entendit le bruit des chaussures, du frôlement des robes et du ricanement des princesses.
La plus jeune princesse dit:

«Je ne sais pas comment dire mais j’ai un mauvais pressentiment!»

«Tu dis toujours de telles choses. Pourquoi as-tu ce sentiment mitigé? Ce pauvre soldat a failli s’endormir sans notre boisson ! N’entends-tu pas comme il ronfle?» répliqua l’aînée.

Tout à coup, le soldat vit que les princesses écartaient un tissu blanc qui cachait une porte secrète dissimulant une sortie. Les douze princesses sortirent par cette porte vers un lieu souterrain, vers un monde mystérieux.
Le soldat revêtit son manteau qui le rendait invisible et suivit en courant les demoiselles. Il fut si rapide que sans le faire exprès, il marcha sur la robe de la plus jeune princesse qui poussa un grand cri.

«Pourquoi hurles-tu? Qu’est-ce qui t’a fait peur?» lui demandèrent ses sœurs.
«Quelqu’un a touché ma robe», répondit-elle.
«Mais non! Ta robe s’est sûrement accrochée à un clou», lui dirent les autres.

Les princesses descendirent de nombreuses marches et arrivèrent dans une magnifique forêt en cuivre. Les arbres fleuris étaient en cuivre. En passant devant l’un d’eux, le soldat cassa une petite branche qui fit un bruit éclatant. La plus jeune princesse eut peur, poussa un grand cri et dit:

«Eh bien, qu’est-ce que c’est?»
«Sûrement un coup de feu pour nous saluer. C’est bon signe. Nous allons bientôt voir les princes», lui répondirent les autres.

Elles continuèrent leur chemin. Elles arrivèrent à une grande et magnifique prairie en argent pleine de fleurs en argent. Le soldat eut envie d’en avoir une comme souvenir. Mais la plus jeune princesse eut à nouveau peur. Les autres le répondirent et continuèrent leur chemin.

Elles arrivèrent à un vaste endroit où il y avait une prairie. Sur la prairie en or, il y avait un pommier en or. Le soldat cassa une petite branche ici aussi.
Après avoir fait une bonne marche à pied, les princesses atteignirent un grand lac où elles étaient déjà attendues par douze princes sur douze bateaux. Elles reconnurent leur prince, elles se jetèrent dans leurs bras et ils montèrent ensemble à bord.

Le soldat s’embarqua le même bateau que la plus jeune princesse. Le prince conduisit et il constata que le bateau était bien plus lourd que d’habitude.

«C’est probablement à cause de la grande chaleur!» pensa-t-il.

Ils débarquèrent en arrivant à la rive. Un énorme bâtiment était illuminé, la musique s’entendait de loin. Les douze princes prirent les douze princesses par le bras, et ils se dirigèrent vers une grande salle. Le soldat les suivit partout, couvert par son manteau invisible. Ils dansèrent, ils s’amusèrent. Le soldat emmena danser la plus jeune princesse qui lui demanda à boire. Le soldat avant de tendre un verre à la princesse, il le vida d’un trait.

«Je ne sais pas comment cela est possible, je demande à boire, je prends mon verre qui est encore plein et maintenant il est déjà vide. Cette nuit, je ne me sens pas bien!» dit la princesse.
«C’est encore toi! Arrête de parler!» rétorqua la soeur aînée.

Ils dansèrent jusqu’à l’aube mais elles devaient retourner chez elles avant le lever du soleil. Les princes les raccompagnèrent aux bateaux qui les conduisirent sur la rive opposée. Le soldat alla avec elles. Mais avant qu’elles n’arrivent en bas de l’escalier, il monta en courant dans sa chambre, il se coucha, et fit semblant dormir.

Les princesses virent le soldat et s’exclamèrent ensemble:

«Eh bien voilà, il est là. Il n’était au courant de rien. Il dort comme un bébé. Il n’y a aucun problème!»

Elles se déshabillèrent et allèrent se coucher.

Lendemain, le roi fit appeler le soldat et l’interrogea:

«Majesté, je sais des choses!» dit-il.
«Alors, raconte-moi tout!» répondit le roi.
«Je ne peux pas encore parler. Je dois rester là encore deux nuits. Après la troisième nuit, je vous raconterai tout», assura-t-il le roi.
«D’accord!» dit le roi.

La deuxième soirée arriva. Tout se passa comme la première nuit. La troisième nuit, tout se produisit de la même façon. Durant la troisième soirée, le soldat vola un verre qui était sur  la table de la salle de danse pour le monter au roi. Les noms des douze princesses étaient gravés dans le verre en or.

Elles rentrèrent comme d’habitude et trouvèrent le soldat au lit comme les autres fois.
Le roi attendait impatiemment le dernier matin. Il voulut entendre les révélations du soldat. Il le convoqua et lui dit:

«Alors maintenant, dis-moi la vérité!»
«Je vous dirai la stricte vérité. Je sais tout», dit le soldat.
«Très bien, mon fils. Je te donne une de mes filles, je te laisse choisir mais avant cela, raconte-moi tout», dit le roi.

Les princesses tendirent l’oreille derrière la porte, et elles entendirent tout ce que le soldat racontait. Elles étaient ébahies et constatèrent que le soldat disait la vérité.

«Nous n’avons rien à nier, il sait tout», se dirent-elles.

Le soldat montra ses preuves: la petite branche en or et en argent, et le verre en or. Le roi fut entièrement convaincu. Il posa la question à ses filles pour être sûr de la vérité des paroles du soldat. Elles approuvèrent tout.

«C’est très bien, mon fils. Tu peux choisir une de mes douze filles», dit le roi.
«Majesté! Je vous avoue que c’est la plus jeune qui me plairait le plus mais n’inversons pas l’ordre, je vais me contenter de votre fille ainée», dit le soldat.

Ils se marièrent, et ils eurent une grande noce qui dura sept jours et sept nuits. Même les boiteux se mirent à danser.

Conte transylvain
 


lundi 16 novembre 2015

La petite noix

Istvan Szönyi: Aratàs (Moisson)

Il était une fois un homme. Il était très pauvre et de plus, il avait autant d’enfants qu’il y a d’étoiles dans le ciel. Il leur arrivait de n’avoir rien mangé pendant trois jours. Le pauvre homme partit donc pour leur chercher un peu de nourriture. Il traversait un bois quand le diable se planta devant lui sous la forme d’un homme:

«Où vas-tu, pauvre homme?
-Je dois trouver de quoi manger à mes enfants sinon, ils vont mourir de faim», répondit-il.

Le diable lui dit:
«Ne bouge pas d’un pouce parce que je vais te donner quelque chose. Si tu l’utilises intelligemment, tu pourras t’enrichir, ainsi, ni toi, ni tes enfants ne connaîtront plus le besoin. Tiens, prends cette petite noix! Elle a une particularité: tout ce que tu souhaites, elle le réalise immédiatement.
-Qu’est-ce que je te dois en échange pour cela? demanda le pauvre homme.
-Je ne te demande pas beaucoup, donne-moi seulement quelque chose qui se trouve dans ta maison mais que tu ignores», répondit le diable.

Le pauvre homme réfléchit mais rien ne lui vint à l’esprit. Mais puisqu’il  souffrait du manque de tout à la maison, il le promit au diable. Celui-ci lui donna la noix, et ils se séparèrent.
Le pauvre homme rentra à la maison et sa femme lui demanda:

«Alors, as-tu apporté quelque chose à manger? Nous allons tous mourir de faim.
-Non, je n’ai rien apporté à manger, juste une noix qui a un pouvoir exceptionnel. Un homme me l’a donnée en disant que je peux souhaiter tout ce que je veux, elle l’accomplira », répondit le pauvre homme.
-Combien as-tu payé pour ça puisque je sais bien que personne ne donne rien gratuitement», demanda sa femme.
«Il m’a juste dit que je lui donne en échange de la noix  ce que j’ignore se trouver dans ma maison. J’ai réfléchi mais rien ne m’est venu à l’esprit donc je le lui ai promis.»

Sa femme s’emporta et lui dit:

«Qu’est-ce que tu as fait? Tu ne savais pas que j’attends un enfant et tu  lui as déjà vendu notre enfant!
-Ma femme, je suis désolé, cela doit être ainsi, on ne peut plus revenir en arrière», répondit le mari.
«Alors, petite noix, nous avons tous besoin de nourriture, de boisson et de vêtements. Je souhaite qu’il y ait tout ici, chez moi!» demanda le pauvre homme à la noix.

Ce fut ainsi. Tout le monde fut rassasié des meilleurs plats. L’homme eut envie d’avoir encore plus : il demanda à la noix qu’elle lui donne à la place de son gourbi une belle maison en pierre entourée d’un beau jardin, des champs pas loin de chez lui et des bêtes : des vaches et une basse cour.

Ce fut ainsi.

Ils travaillèrent dans leur ferme : le pauvre homme devint riche, entre temps sa femme accoucha d’un enfant. Un soir, deux vieillards frappèrent à leur porte et demandèrent de les héberger chez eux. Ils acceptèrent avec plaisir. Pendant le dîner, ils dirent au fermier:

«Nous savons que cette nuit le diable viendra chez toi pour emporter ton cadet que tu lui as promis quand tu étais dans le besoin. Nous sommes venus pour sauver cet innocent. Ecoute-nous bien et fais ce que nous te disons : quand tout le monde sera couché, mets un pain entier sur le bord de la fenêtre. Laisse-le là toute la nuit.»

Le fermier mit le pain où les deux hommes le lui avaient demandé et alla se coucher. En plein milieu de la nuit, le diable arriva sous la fenêtre du fermier et dit:

«Alors, tu te souviens encore de la promesse que tu m’as faite dans la forêt? Donne-moi ce que tu me dois, je suis venu exprès pour ça.»

Mais personne n’entendit ces paroles dans la maison, tout le monde étant déjà dans les bras de Morphée, seul le pain répondit:

«Reste tranquille dehors, attends un peu comme je l’ai fait, moi aussi. J’ai été semé l’an dernier dans la terre, j’étais là et j’ai attendu pendant tout l’hiver. Attends maintenant, toi aussi! Quand le printemps est arrivé, j’ai commencé à pousser tout doucement et j’attendais d’avoir grandi. Attends toi aussi! Le temps de la moisson est arrivé, avec un fer crochu on me tapait, ensuite on m’a emmené sur une charrette dans le village. J’ai dû attendre. Attends toi aussi! On m’a disposé en meules, on m’a tapé dessus et j’ai dû le supporter. Fais-le, toi aussi! Ensuite on m’a jeté dans la grange et avec deux morceaux de bois bizarrement ajustés on m’a tapé dessus, mais j’ai dû le supporter. Supporte-le maintenant, toi aussi! On m’a mis dans un sac et m’a emmené dans un moulin, entre deux meules de pierre j’ai été moulu. Et j’ai dû le supporter. Fais-le, toi aussi! Quand je suis arrivé à la maison, on a versé sur moi une espèce d’eau salée, les hommes avec leurs mains, ils m’ont bien torturé et pétri. Et ce qui est le plus pénible au monde, on m’a jeté sur une grande pelle dans cheminée brûlante. J’ai dû supporter tout cela. Supporte-le, toi aussi! J’ai été bien cuit, à certains endroits j’ai même été brûlé. Ensuite avec un couteau on m’a coupé en morceaux. Alors, tu vois tout ce que j’ai supporté,  j’ai tant souffert et attendu. Maintenant souffre et attends, toi aussi.

Le diable espérait fortement avoir l’enfant à la fin du discours mais il se trompait car à ce moment le premier chant de coq retentit, et il perdit tout son pouvoir. Il s’esquiva vite dans son pays, et le fermier garda définitivement son enfant.

Le matin, le fermier et sa femme donnèrent un bon petit déjeuner à leurs hôtes et les remercièrent d’avoir sauvé du diable leur petit dernier. Les deux vieux leur dirent adieu et continuèrent leur chemin.

Le fermier vit richement avec sa femme s’ils n’ont pas perdu la petite noix entre-temps.

Conte transylvain, collecte de János Kriza

vendredi 8 mai 2015

L’oiseau qui pond des œufs d’or

Conte imaginé par Hédi Komàromi

Il était une fois, dans une lointaine contrée, une grande montagne. Au sommet de celle-ci, il y avait un arbre. Sur l’une de ses branches, il y avait un nid et dans le nid un oiseau. Mais quel oiseau! Croyez-le ou non, cet oiseau pondait un œuf d’or chaque jour.

Mais que lui arriva-t-il un jour? L’oiseau quitta son nid au moment où un chasseur passait par là tout à fait par hasard. Quand il vit l’oiseau, il grimpa à l’arbre, regarda dans le nid et Seigneur Dieu! … il vit un œuf d’or.

«Ça alors, j’ai déjà vécu le plus clair de ma vie, mais je n’ai jamais vu un oiseau qui pondait des œufs d’or ! Je vais le prendre, je vais l’emporter chez moi pour que désormais il ponde pour moi des œufs d’or. Pour moi, pour moi… pour personne d’autre!» pensa le chasseur.

Il prépara vite un collet, il le posa dans le nid, puis il descendit de l’arbre et se cacha derrière pour attendre l’oiseau. Celui-ci arriva bientôt, mais il n’aperçut pas le piège et il s’en trouva prisonnier. Le chasseur grimpa à l’arbre, il attrapa l’oiseau et il alla en courant chez lui. A peine rentré, il commença à réfléchir:

«Voilà, voilà… j’ai rapporté pour rien cet oiseau qui pond des œufs d’or! Si mes voisins le découvrent, ils vont l’envier et ils vont me dénoncer au roi qui le saisira. Je vais plutôt le lui offrir!»

Il fit ainsi.

Le chasseur alla voir le roi, lui donna l’oiseau. Le roi le mit tout de suite en cage. Il ordonna à ses serviteurs de lui donner abondamment à manger et à boire pour qu’il ponde rapidement des œufs d’or car comme tous les rois, lui aussi avait besoin de beaucoup d’argent…
A peine enferma-t-on l’oiseau dans la cage que le majordome arriva et dit:

«Majesté! Pourquoi nourris-tu gratuitement cet oiseau? Tu crois qu’il existe un oiseau au monde qui pond des œufs d’or ? Tu ferais mieux de le relâcher tout de suite!»

Le roi suivit le conseil du majordome. L’oiseau était heureux, il se posa au sommet du portail, il pondit un œuf d’or qui tomba par terre et dit:

«Tout à l’heure je me suis laissé attraper, j’ai fait une sottise. Ensuite, le chasseur en a fait une autre en m’offrant au roi, puis le roi et son majordome en ont fait encore une autre... On était fous, nous tous! Eh bien, moi, je ne ferai plus de sottise!»

Sur ce, l’oiseau regagna son nid. Si l’oiseau n’était pas revenu dans son nid, mon histoire aurait duré plus longtemps.

vendredi 27 mars 2015

Les souris

Dessin de Monika Kiss

Il était une fois, un homme très pauvre qui vivait quelque part. Il avait autant d’enfants qu’il y a d’étoiles dans le ciel, et même un de plus. A chaque fois qu’il avait un nouvel enfant, il fallait un nouveau parrain. Aussi, il en avait déjà beaucoup. Quand son dernier né vint au monde, il ne savait plus à qui demander d’en être le parrain. Il partit donc à sa recherche et, en cours de route, il rencontra un mendiant qui lui demanda:

«Où vas-tu, pauvre homme?
-Je vais chercher un parrain pour mon fils.
-Ne va plus loin, je le serai, moi, le parrain!» dit le mendiant.

Le pauvre homme n’eut pas de regrets, il accepta le mendiant, et ils rentrèrent à la maison. Après le baptême, le mendiant sortit un grand clou de la manche de son manteau brodé et le donna au pauvre homme pour qu’il le remette à son fils quand celui-ci aurait dix-huit ans. Il lui recommanda qu’à ce moment là, il aille dans une clairière et qu’il en frappe la terre : ce qu’il y trouvera, ce sera à lui. Sur ce, le mendiant s’en alla.

Le temps passa, le garçon eut dix-huit ans. Un jour, ses frères, en parlant des cadeaux de leurs parrains, commencèrent à se moquer de leur cadet qui n’avait rien eu. Celui-ci se mit à pleurer et alla voir son père pour savoir si les paroles de ses frères étaient vraies.

«Bien sûr que tu as eu quelque chose, mon fils! Voici le clou, prends-le et va à la clairière, frappe la terre, et ce que tu trouveras, sera à toi!» répondit son père.

Le garçon obéit. Il s’en alla, et frappa la terre qui s’ouvrit immédiatement. Un magnifique château  apparut devant lui. Devant sa porte, le vieux mendiant était assis. Il dit au garçon:
«Rentre dans la pièce du milieu, ce que tu trouveras, mets-le de côté, tu en auras besoin pour obtenir ta future épouse.»

Il fit ainsi, et il trouva une pièce d’argent sur un banc. Il la glissa dans sa poche, et sortit de la pièce. Quand il quitta le château par le grand portail, la terre se referma, et il alla de par le vaste monde.

Il marcha, il chemina, jusqu’à ce qu’il arrive à une rivière. En cherchant un pont, il vit une vieille dame qui jetait dans l’eau des chatons qui étaient dans son tablier. Il ne lui restait plus qu’un chaton quand le garçon arriva. Il dit à la vieille:

«Ma petite vieille, ne jetez pas ce chaton dans l’eau, je vous l’achète plutôt!»

La vieille femme le lui donna pour une pièce d’argent. Le jeune homme mit le chaton dans sa besace, et il continua son chemin. Il marcha, il chemina jusqu’à ce qu’il arrive dans une ville dont il n’avait jamais entendu parler. Il y vit des gens qui se dirigeaient vers un beau château. Chacun d’eux avait un balai ou une fourche à la main. Il ne put pas s’empêcher de leur demander où ils allaient et ce qu’ils allaient faire.

«Viens avec nous et tu verras!» lui dit l’un d’eux.

Ils entrèrent par la grande porte du château et ils ne s’arrêtèrent pas jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une très belle pièce. Au milieu, autour d’une grande table préparée pour un repas, il y avait des chaises. Les couverts étaient tous en or et en argent car c’était la salle à manger du roi. Le roi arriva avec sa famille suivi par des princes, des comtes et des barons. Ils se mirent à table et derrière chacun d’eux, un homme se tenait debout avec un balai ou une fourche. Quand le premier plat fut servi, la table se remplit de souris. Les hommes qui étaient debout avaient beau frapper avec leurs fourches, cela ne servait à rien. Il y avait tellement de souris que personne n’en avait jamais vu autant nulle part. Il était impossible de manger ! Ahuri, le jeune regarda la scène, et il dit au roi:

«Votre Majesté! Les fourches sont absolument inutiles ici! Si vous me permettez, je vais débarrasser tout de suite votre ville des souris!
-Si tu le fais, je te donne ma fille et la moitié de mon royaume!» répondit le roi.

Le jeune homme n’hésita pas à jeter son chaton sur la table, et les souris se sauvèrent  comme elles pouvaient. Le roi et sa cour purent enfin se mettre à table et prendre leur déjeuner confortablement. Le jeune homme était à table, lui aussi, à côté de la princesse. Ils célébrèrent tout de suite les fiançailles. Le lendemain, le jeune homme rentra chez lui et apporta un sac plein de chats pour qu’il y en ait dans chaque maison.

Ils donnèrent un grand repas de noces, ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre-temps.

vendredi 13 juin 2014

La sorcière au nez de fer

Conte imaginé par Béla Tanko

Il était une fois un pauvre bûcheron. Il était tellement pauvre qu’il n’avait que la peau sur les os. Lui-même était déjà maigre, mais alors ses enfants ! Seigneur ! Ses enfants, non seulement n’avaient que la peau sur les os mais ils tombaient dès que la moindre brise soufflait.
Le pauvre bûcheron avait un chagrin immense, et son cœur se brisait à cause de ses nombreux enfants qui restaient souvent sur leur faim. Ils étaient aussi nombreux qu’il y a de trous dans une passoire. Alors, un beau jour, il se décida à mettre sa hache sur son épaule, il ne dit rien aux siens et s’en alla. Il ne savait pas où il allait, mais il avait la ferme intention de ne pas prendre de repos tant que son sort ne se serait pas amélioré. Il marcha, chemina par monts et par vaux jusqu’à ce qu’il arrive dans une forêt. La nuit tombait déjà, mais il ne s’arrêta pas. La forêt était immense, elle n’en finissait pas. "Cela m’est égal, pensa-t-il, je continue même si je dois aller jusqu’au bout du monde."

Tout à coup, il aperçut une faible lumière. Il s’arrêta, puis il continua son chemin dans la direction de la lumière. Il avança, et bientôt il se retrouva devant une maisonnette d’où la lumière venait. Il entra sans hésitation dans la petite maison. "Pas de regrets, pas même si le diable y habite, pensa-t-il, je rentre quand même." Mais il n’y trouva pas le moindre chat. La table a été joliment mise, il y avait des tas de bonnes choses à boire et à manger. Le lit aussi avait été  bien fait, mais il ne trouva pas âme qui vive dans la maisonnette.

"S’il n’y a personne, alors il n’y a personne", pensa-t-il. Il s’installa à table et mangea tant qu’il pouvait. Il voulait se rassasier au moins une fois dans la vie. Il mangea comme quatre !

Il avait encore une pipe de tabac, il l’alluma et fuma comme une cheminée. Tout à coup, il aperçut un grand chat noir assis devant lui sur la table! Il en fut très étonné, il n’arrivait pas à imaginer d’où sortait cette vilaine bête qui était laide comme un pou.
Le pauvre homme pensa la chasser, mais quand il songea à le faire, le chat n’était plus sur la table. Il avait disparu comme par enchantement.

"Ça alors, je n’ai jamais rien vu de pareil! Je ne l’ai pas vu arriver, je ne l’ai pas vu partir! Dieu seul le sait où je suis arrivé! C’est de la sorcellerie!" se dit-il.
«Tu as deviné juste, pauvre homme», dit une voix.

Sur ce, le pauvre homme eut vraiment peur. Devant lui il y avait une vieille femme laide, au nez de fer si long que celui-ci atteignait le sol. La terre résonnait chaque fois qu’elle frappait son nez avec le sol.
Le pauvre homme eut peur. Non seulement il n’avait pas vu arriver la vieille femme, de plus, elle devinait même ses pensées.

«Très bien, très bien, tu es venu dans ma maison, tu es venu au bon endroit, pauvre de toi. Je suis la sorcière au nez de fer, la mère du roi des diables. Mon fils va rentrer et il t’emportera en enfer», dit-elle.

Le pauvre homme s’agenouilla et supplia la vieille sorcière de lui laisser la vie sauve par pitié pour ses enfants qui resteraient sans parents et sans nourriture.

«D’accord, tu peux éviter l’enfer à condition que tu m’emmènes, moi aussi, dans ta maison. Tu vas m’épouser et tu verras, tu auras une belle vie. Je serai une bonne mère pour tes enfants, je serai aux petits soins pour eux», dit-elle.

Le pauvre homme fut tellement effrayé qu’il faillit tomber à la renverse. Il ne pouvait plus rien faire. Il dut consentir à emmener la vieille au nez de fer chez lui. Ils remplirent un grand sac de bonne nourriture, puis ils bourrèrent deux autres sacs avec de l’or et de l’argent. Ils les chargèrent le dos d’un âne, puis ils prirent la route du village.
Après une journée de marche, ils s’arrêtèrent dans la clairière d’une forêt pour boire, manger et se reposer. Le bon vin fit tourner la tête de la vieille dame. Le pauvre homme ne se le fit pas dire deux fois, il saisit sa hache et frappa la sorcière sur le nez qui se cassa en deux aussitôt. Elle hurla et ne put plus bouger puisqu’elle avait perdu toute sa force qui se trouvait dans son nez. Après ce coup terrible, le nez raisonna si fort que toute la forêt, et même l’enfer en furent ébranlés.
«Oh là là! Quelqu’un vient de casser le nez de ma mère. Je dois l’attraper!» s’écria le roi des diables.
Il sortit précipitamment de l’enfer comme s’il avait perdu la vue. Entre-temps, le pauvre homme qui ne restait pas inactif, enleva les sacs d’or et d’argent qui étaient sur le dos de l’âne et prit ses jambes à son cou pour rentrer à la maison au plus vite. Il entendit crier le roi des diables:

«Regarde derrière toi, pauvre homme ! Regarde derrière toi, tu ne le regretteras pas!»

Mais il ne perdit pas la raison, et il ne regarda pas derrière lui. Le roi des diables l’attrapa juste au moment où il rentrait dans la cour de sa maison.

«Hop-là! Ça y est ! Enfin, je t’ai eu, toi, malfaiteur! Tu mourras d’une mort terrible!» dit le roi des diables.
«Lâche-moi car dans cette cour c’est moi qui suis le maître!» répondit le pauvre homme.

Mais le roi ne le lâcha pas, au contraire, il le retint avec force.
Attirés par les cris, tous les enfants du pauvre homme sortirent de la maison. Ils furent heureux de revoir leur père et crurent que celui-ci apportait le diable pour le manger. Ils hurlèrent à pleins poumons :
«A moi le diable! A moi!»

Le diable fut effrayé. Il n’avait jamais vu un père avec autant d’enfants et trouva que c’était loin d’être une plaisanterie. Il se voyait déjà dévoré par tant de bouches affamées.
Ce fut à son tour de supplier le pauvre homme de lui laisser la vie.

«Va-t’en! Que Dieu te bénisse!» lui dit le pauvre homme.

Le roi des diables courut autant qu’il pouvait, il n’osa plus regarder en arrière. Pourtant le pauvre homme criait:
«Regarde derrière toi, diable! Regarde derrière toi, diable! Tu ne le regretteras pas!»

Grâce aux sacs d’or et d’argent, le pauvre homme devint riche et il vit heureux comme poisson dans l’eau avec ses enfants.



vendredi 17 janvier 2014

Le rêve du roi

Source : www.mozaweb.hu


Il était une fois un roi qui avait deux fils. Il promit la couronne à l'aîné. Sur ce, le cadet déclara que ce sera bien lui qui montera sur le trône quand son père sera décédé. Le peuple ne souhaitait que l'aîné comme futur roi. Suite à ce différend, les deux princes ne se parlèrent plus.

Le roi ne dormit plus, il fut très triste. Une fois quand le clair de lune resplendit le ciel, le roi sortit sur son balcon au palais royal. Il regarda longuement la lune et il s'endormit. Il rêva qu'il avait deux peupliers devant son balcon et entre les arbres un beau lys blanc. La belle fleur poussa à tel point que les peupliers se couvrirent d'ombre et se desséchèrent. Le roi en eut peur et se réveilla. Il souhaita connaître le sens de son rêve. Il réfléchit et il pensa à un mage qu'il avait fait mettre en prison. Il fit venir le voyant et lui dit:

«Si tu résous l'énigme de mon rêve, et si c'est vrai, tu pourras sortir de prison.»

Le voyant résolut le secret. Il dit que la reine serait enceinte, elle aurait une fille. Il dit aussi que les deux princes se battraient à mort pour elle.

La reine eut vraiment une fillette. Le roi l'envoya tout de suite dans un couvent. Les princes ne surent même pas la naissance de leur petite soeur.

Un jour le roi mourut, et l'enterrement eut lieu. Après les funérailles, la reine convoqua ses fils et dit:

«Faites la paix car votre père est décédé.»

L'aîné dit:

«Je cède la couronne pourvu que nous ne soyons plus fâchés. Mais je vais me chercher une belle femme.»

La reine se réjouit de cette nouvelle. Le cadet dit à son tour:

«Je vais me chercher une belle femme, moi aussi.»

Le prince aîné alla voir son amoureuse et ils passèrent un moment ensemble. Le prince cadet arriva et surprit son frère avec son amoureuse.

Il lui dit:

«Qu'est-ce que tu es menteur! D'un côté tu t'es réconcilié avec moi, de l'autre côté tu veux me faire la peine.»

Le cadet tira l'épée et poignarda son frère en plein coeur.

La reine entendit sonner les cloches pour le prince décédé. Elle eut peur car elle en ignorait la raison. Elle apprit vite la nouvelle de la mort de son fils. A ce moment, le prince cadet arriva chez elle avec son amoureuse qu'il lui présenta. La reine reconnut sa fille et lui dit:

«Mon Dieu! Lui, c'est ton frère!»

Le prince maudit sa mère car elle lui avait caché l'existence de sa soeur. Il alla au cercueil de son frère, il se repentit et se poignarda en plein coeur.

C'est comme cela les peupliers tombèrent, et le lys resta comme le roi en avait rêvé.
La reine vécut longtemps avec sa fille.


(Conte transylvain)


vendredi 27 décembre 2013

La bride enchantée

Conte imaginé par Endre Stankowsky


Il était une fois un jeune gardien de chevaux. Il avait si grand appétit qu'il était capable de manger soixante-six boulettes sans avoir besoin de desserrer sa ceinture. Sa force physique fut semblable à son appétit parce qu'il pouvait soulever un cheval de sept ans si l'occasion se présentait.
Quand le jeune homme dépassa ses vingt-sept ans, il dit à son père:

«Ecoutez mon cher Père, il serait grand temps d'aller chercher une fiancée.»

Le vieux gardien de chevaux approuva le projet de son fils et lui dit adieu. Le jeune homme se mit en route à pied. A peine fit-il un bout de chemin, qu'il aperçut dans un champ un cheval se bagarrant avec un loup. Il ne se le fit pas dire deux fois, il sortit son fouet de lanières qu'il fit claquer si bruyamment sur le loup que celui-ci s'allongea par terre immédiatement. A ce moment-là le cheval se tourna vers le jeune homme et dit:

«Tu m'as débarrassé de mon plus grand ennemi, le roi des loups. C'est mon tour de t'aider. Je sais où tu veux aller. Ton parcours s'annonce difficile. Ta future fiancée habite loin d'ici, au delà de la rivière d'acier derrière la montagne de confiture dans la maison d'une sorcière. Enlève ma bride et mets-la dans ta besace. Si tu jettes cette bride à quelqu'un, il ira à toute vitesse jusqu'à ce que tu lui ordonnes de s'arrêter.»

Le jeune homme fit ainsi. Il tapa amicalement sur le cou du cheval et lui dit adieu.

Il était en route depuis plus de six mois quand il arriva à la rivière d'acier.

«Que va-t-il se passer?» se dit-il en se grattant la tête.

Il était complètement affligé quand un grand poisson, gueule ouverte, apparut dans la rivière.

«Va-t'en d'ici, sinon, je vais t'enfourner tout de suite.»

Yantchi parce qu'il s'appelait comme ça, ne se le fit pas dire deux fois, il sortit la bride et la jeta sur la tête du poisson. Alors, voyez le miracle! Le poisson était apprivoisé et devint doux comme un agneau. Il proposa à Yantchi de s'asseoir sur son dos pour l'emmener sur la rive d'en face.

Yantchi se mit immédiatement sur le dos du poisson qui traversa vite la rivière d'acier. Quand ils arrivèrent, Yantchi ôta la bride et sauta sur la berge.

Deux jours plus tard, Yantchi glissa sur le versant de la montagne de confiture, ses bottes s'enfonçaient partout où il mettait les pieds.

«J'aurai de gros soucis ici», se dit-il.

Subitement il s'aperçut que derrière la montagne un dragon ailé agitait sa mâchoire et regardait vers lui. Il n'hésita pas beaucoup, il sortit la bride et il se retrouva instantanément sur le dos du dragon qui galopa si vite avec Yantchi que celui-ci entendait siffler le vent dans ses oreilles.

La maison de la sorcière était au milieu d'une forêt très épaisse. Quand elle vit arriver Yantchi, elle sortit de sa maison. Ses cheveux ressemblaient à un tas de foin, ses oreilles à un éventail, son nez descendait jusqu'à sa poitrine.
Elle croassa comme un corbeau. Elle cria comme une crécerelle. Yantchi fut convaincu que leur rencontre se terminera mal mais à l'aide de sa bride miraculeuse, il sauta sur le dos de la sorcière et la poussa pendant sept jours et sept nuits dans la forêt.

Au bout du septième jour, la sorcière s'écroula. Sa peau se fendit et une merveilleuse fille s'en sortit.

Yantchi s'en réjouit, surtout quand la belle lui dit:

«Je te remercie de m'avoir libérée. Une méchante sorcière m'a enchantée et m'a obligée à apparaître et à vivre sous la forme d'une sorcière. Qui sait combien de temps j'aurais souffert si tu ne m'en avais pas délivrée. Maintenant seule la mort nous séparera.»

Yantchi ne se le fit pas dire deux fois. Il appela le cheval magique, lui posa sa bride miraculeuse, et hop-là! Ils furent à la maison.

Ils y vécurent heureux.