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jeudi 15 novembre 2018

Dongó et Mohácsi

Source:www.kezmuvesotthon.hu
Il était une fois un roi. Il avait une très belle fille. Elle avait une très jolie bague en or qui n’avait pas sa pareille au monde. La Princesse ne se séparait jamais de sa merveilleuse bague, même la nuit elle la gardait à son doigt.

Personne ne savait comment, mais un beau jour quelqu’un vola la bague. La Princesse était inconsolable. Elle pleurait à chaudes larmes et faillit mourir de chagrin. Cela fit peur au vieux roi. Il convoqua ses ambassadeurs et leur ordonna d’aller chercher la bague aux quatre coins du monde. Il fit publier au son du tambour que celui qui la retrouvera et la rendra à la Princesse, sera généreusement récompensé.

Au palais royal eut lieu d’une agitation générale: des princes, de jeunes bergers, de jeunes tziganes vinrent les uns après les autres mais nul d’entre eux ne retrouva la bague en or. Le roi les chassa, tous.
Dans la ville vivait un soldat démobilisé qui s’appelait Dongó1. Personne ne le vit jamais travailler, il vivait quand même bien. Il avait la réputation d’être diseur de bonne aventure. Il décida de monter au palais royal.

-J’ai entendu dire que la bague en or de la Princesse a été volée. Au prix de ma vie, d’ici trois  jours je vais la retrouver, dit-il.

Au début le vieux roi ne daigna même pas lui prêter attention mais quand il constata que Dongó lui répondait avec panache, il lui demanda:

-Et que demandes-tu en échange?

-Rien, uniquement que je puisse passer trois jours ici dans le palais et que l’on me donne à manger et à boire, répondit-il.

-Bon, d’accord! Mais si tu ne retrouves pas la bague, ta vie prendra fin, dit le vieux roi.

Sur ce, Dongó se chercha une belle pièce dans le palais, il s’y installa, et comme il avait l’habitude, il ne faisait rien.
Le vieux roi avait trois valets. Le premier était habillé tout en blanc, le deuxième tout en noir, le troisième tout en rouge. Il ordonna à ces valets d’apporter à boire et à manger à Dongó.

Le premier jour ce fut le valet habillé tout en blanc qui servit Dongó d’un bon plat et d’un excellent vin au déjeuner. Le valet les déposa devant Dongó qui ne dit même pas merci. Il marmonna:

-Voici le blanc! J’ai déjà eu le premier.

Dongó pensa que le premier jour était déjà presque terminé, et il ne savait rien de plus au sujet de la bague. Mais le valet commença à trembler, et il avait du mal à retrouver la porte pour sortir de la pièce.
Le lendemain c’était le tour du valet en noir de lui apporter le déjeuner. Dongó ne le remercia pas non plus, et il marmonna:

-Voici le noir! J’ai déjà eu le deuxième.

Le valait ne dit rien mais ayant peur, il faillit faire tomber la bouteille de vin.
Le troisième jour arriva, et le valet en rouge lui apporta le déjeuner. Dongó marmonna de nouveau:

-Voici le rouge! J’ai eu le troisième aussi.

Le valet trébucha sur le tapis sans que Dongó s’en soit aperçu. Il se creusa la tête à tel point qu’il n’avait même pas touché au plat. La fin du troisième jour arriva, et bientôt la fin de sa vie aussi.
Les valets se réunirent et se dirent:

-Eh bien, Dongó sait que nous sommes les voleurs de la bague. Nous ferions mieux de la lui rendre en lui demandant de ne pas révéler au roi notre identité.

Ainsi fut fait. Ils allèrent voir Dongó, lui rendirent la bague. Ils lui demandèrent avec insistance de ne pas dire au roi qui étaient les voleurs. Pour cela, ils donnèrent beaucoup d’argent à Dongó.
Celui-ci fut heureux et faisait semblant de tout savoir. Il accepta l’argent, et il ordonna aux valets de lui apporter un morceau de pâte malléable. Il y enroba la bague, ensuite il alla se promener dans le jardin du palais. Le paon de la Princesse s’y pavanait. Dongó lui jeta la pâte qu’il avala d’un seul coup, puis il rentra dans le palais pour parler au roi.

-Qu’il rentre, lui fit dire le roi.

Dongó s’inclina profondément devant le roi et annonça qu’il avait la bague, il suffisait de sortir. Le roi ne voulait pas en croire ses oreilles.

-Alors si tu l’as, montre-la-moi, répondit le roi. Vas-y, fais vite car je ne suis pas d’humeur à plaisanter.

-Elle n’est ni au ciel, ni au grenier mais elle est dans la panse du paon de la Princesse.

Alors le roi devint encore plus furieux car sa fille portait beaucoup d’affection à son paon. Si on le tuait, et que la bague reste quand même introuvable, la princesse serait morte de chagrin. Le roi dit cela à Dongó qui ne cessa d’affirmer que si le roi ne tuait pas le paon, il ne pourrait rien faire.
Le roi comprit qu’il n’avait pas d’autre solution que d’obéir. Il envoya chercher deux de ses pages,  et il fit appeler son chef cuisinier. Celui-ci tua le paon, et par miracle, la bague en or était dans sa panse.

Le roi était très heureux et fit appeler sa fille. Quand la Princesse vit sa bague en or, elle pleura d’un oeil et rit de l’autre parce qu’elle regrettait beaucoup la paon. Mais finalement elle était plutôt heureuse car elle préférait sa bague en or au paon.

-Tu es quelqu’un de très bien, dit le roi à Dongó. Vas voir mon trésorier qui te donnera deux boisseaux d’or.

Dongó le remercia très poliment, il dit adieu au roi. Quand il eut les pièces d’or, il rentra à la maison par un chemin qui traversait le jardin du palais royal.
A ce moment-là, la fille du roi se promenait dans le jardin et tenait dans sa paume un bourdon. Quand Dongó passait à côté de la Princesse, celle-ci lui dit:

-Alors si tu es vraiment un célèbre diseur de bonne aventure, dis-moi ce qu’il y a dans ma paume!

Dongó eut peur et ne savait pas quoi dire. Il laissa sortir un soupir amer:

-Pauvre Dongó, maintenant elle te tient, se dit-il.

-C’est ça, tu as deviné, dit la Princesse.

Sur ce, elle ouvrit sa paume, et le bourdon s’en vola.
Dongó voulut continuer son chemin mais la princesse le retint et lui demanda.

- Dis-moi encore une chose: qu’est-ce qui est au fond du jardin?

Dongó commençait à avoir sérieusement peur qu’il s’avère qu’il n’était vraiment pas diseur de bonne aventure et qu’il ne savait rien. Dans son embarras, il commença à se gratter: avec sa main gauche son oreille droite, et avec sa main droite son oreille gauche. Il lâcha un soupir encore plus amer que tout à l’heure.

-Même si le renard est très rusé, il tombe quand même dans le piège, dit-il.

La Princesse riait de bon coeur et dit:

-Ça aussi, tu l’as deviné.

Au fond du jardin il y avait vraiment une fosse, et un renard dedans. La Princesse n’avait plus de question à poser, et le laissa partir. Dongó ne rentra pas à la maison mais à l’auberge. Ses poches étaient pleines d’argent, et après les coups de frayeur qu’il avait eus, il avait envie de boire quelque chose.

A l’auberge, il rencontra un de ses camarades qui avait fait son service militaire avec lui. Il s’appelait Mohácsi. Ils burent un coup, ensuite ils regardèrent de tous les côtés, la possibilité d’un vol: où voler et quoi voler parce que ni l’un, ni l’autre n’aimait travailler. Dans l’embrasure de la fenêtre de la salle ils repérèrent une vieille lampe. Dongó alla régler le compte, et, pendant que l’aubergiste tournait le dos, Mohácsi cacha la lampe sous sa cape. Ils se levèrent et allèrent dans la ville. A ce moment là, il commençait à faire nuit.

Arrivant à proximité de l’église, ils entendirent du bruit et comprirent qu’il y avait des gens à l’intérieur. Ils épièrent par le trou de la grosse serrure et virent qu’autour d’un tas d’argent, des brigands de grand chemin se disputaient, ils n’arrivaient pas à le partager.

Mohácsi alla ramasser des pierres, et par l’une des fenêtres ouvertes, il commença à les jeter sur eux. Dongó alluma sa lanterne, et fit des tours autour de l’église. Entre les tombes du cimetière voisin il criait d’une voix tonitruante:

-Ceux qui reposent ici, qu’ils se lèvent! C’est le jour du jugement dernier qui est arrivé.

Les brigands de grand chemin eurent peur quand ils virent que des pierres tombaient sur la tête de l’un, sur le dos d’un autre. Ils ne le comprenaient pas, et ils sortirent tous. Ils virent un fantôme se balader entre les tombes en disant:

-Ceux qui reposent ici, qu’ils se lèvent! C’est le jour du jugement de l’église et se partagèrent l’argent. Ils en eurent suffisamment pour continuer à faire ce dont jusque là ils avaient l’habitude: ne rien faire.

1 Dongó signifie en français 'bourdon' 

Collecte de László Arany

dimanche 11 décembre 2016

Le sel


Source:vfmk.hu
Il était une fois un vieux roi qui avait trois filles. Il décida de donner son royaume à celle des trois qui l’aimait le plus. Il fit venir donc ses filles pour leur demander à quel point elles l’aimaient.
D’abord, il s’adressa à son aînée:

«Dis-moi, ma chère fille, est-ce que tu m’aimes?
-Oui, mon cher père, comme une tourterelle aime les grains de blé», répondit-elle.

Ce fut le tour de sa deuxième fille:
«Je vous aime, mon cher père comme j’aime la brise pendant la grande chaleur.»

Il s’adressa alors à sa cadette:
«Moi, je cous aime comme les gens aiment le sel», répondit-elle.

Le roi fut déçu de la réponse de sa fille. Il se fâcha tellement qu’il lui donna l’ordre de quitter le palais royal. La jeune princesse partit en pleurant. Elle se retrouva dans une grande forêt. Elle s’abrita au creux d’un vieil arbre. Elle ramassa des fraises sauvages, des mûres et des noisettes pour se nourrir. Elle vivota seule ainsi.

Une année étant passée, alors que le prince du royaume voisin passait par là. Il aperçut la princesse qui ramassait les mûres. Ayant eu peur, elle se cacha dans le creux du vieil arbre. Le prince la suivit et cria:

«Qui est là?»

La princesse tremblait comme une feuille, et elle ne dit pas un traitre mot. Le prince cria de nouveau:

«Qui est là? Dites si vous êtes un homme ou le diable sinon j’ouvre le feu!»

Sur ce, la princesse sortit du creux de l’arbre et commença à pleurer. Ses vêtements étaient sales et déchirés. Elle en avait honte, et en pleurant elle raconta son histoire au prince.
Elle plut beaucoup au jeune prince car elle était belle malgré ses vêtements sales et déchirés. Il la prit tendrement par la main et l’emmena au palais royal. Il l’habilla de robes dorées et argentées.

Ils se marièrent et firent la noce avec beaucoup d’invités. Nul n’avait jamais vu auparavant un aussi beau mariage.

Le temps passa, ils s’aimaient comme deux tourtereaux. Un jour, le roi dit à sa femme:

«Ma chère épouse, quand je t’ai vue la première fois, je n’ai pas insisté pour savoir pourquoi ton père t’avait chassée. Mais maintenant dis-moi la vérité.
-Je vais te le raconter volontiers. Mon père m’a demandé à quel point je l’aimais, et moi, je lui ai répondu : « comme les gens aiment le sel», répondit-elle.
«Très bien, tu regagneras bientôt l’amour de ton père», dit le roi.

Il s’en alla pour écrire une lettre au vieux roi et lui demanda de venir déjeuner. Trois jours plus tard, le carrosse royal tiré par six chevaux, arriva dans la cour du château. Le jeune roi accompagna le vieux roi dans la plus belle salle du palais où une table pour deux personnes était déjà mise.

Ils s’installèrent autour de la table, et les serviteurs arrivèrent avec les plats délicieux. Et ce n’était que le déjeuner! Le vieux roi se servit le premier, il goûta la soupe et posa tout de suite la cuillère car celle-là n’était pas salée du tout. Il se dit que la viande du pot au feu serait sûrement salée. Mais il n’y avait pas un grain de sel. Les rôtis arrivèrent, l’un après l’autre, mais le vieux roi les goûta à peine puisque, sans sel, ils étaient fades.

Il ne put s’empêcher de dire au jeune roi:

«Dis-moi, comment est-ce possible d’avoir un cuisinier qui ne met pas de sel dans les plats?
-Il met toujours du sel dans les plats mais j’ai entendu dire que vous n’aimiez pas le sel. Je lui ai ordonné de ne rien saler, sinon il le paiera de sa tête.
-Mais tu t’es trompé parce que j’aime bien les plats salés. Qui t’a dit le contraire?
-Votre fille», répondit le jeune roi.

A cet instant la porte s’ouvrit, et la reine entra dans la salle. Elle n’était nulle autre que la fille cadette du vieux roi qui fut très heureux de la revoir. Il avait déjà regretté mille fois de l’avoir chassée du palais, et il la recherchait partout.

Il donna tout de suite son royaume à sa fille, et le jeune roi prit en main les affaires du palais.

Ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre temps.


samedi 18 juin 2016

Une femme bien appréciée


Source:lovagok.hu
Il était une fois un couple. Pendant que l’homme travaillait aux champs, sa femme s’occupait du ménage à la maison. Mais un jour, il trouva qu’il en faisait déjà assez, et il commença à dire à sa femme:

«Je travaille dur dans les champs pendant que tu traînes toute la journée à la maison.»


Une autre fois il lui dit:


«Je suis très fatigué contrairement à toi, qui ne dois pas l’être puisque tu n’as pas grand chose à faire à la maison.»


La femme en avait plus qu’assez et décida à ne plus écouter les reproches de son mari. Elle lui annonça qu’à partir du lendemain c’est elle qui irait travailler aux champs où elle ferait de son  mieux.

Ce fut ainsi. Le matin, elle mit sur son dos sa besace et sa houe, elle prit sa gourde dans sa main et dit à son mari:

«Reste à la maison et fais le travail d’une femme au foyer pendant que je laboure la terre. Aujourd’hui il faut cuire du pain, puis il faut baratter la crème fraîche pour avoir du beurre. La poule est avec ses poussins, il faut faire attention afin que le milan noir ne les emporte pas. Une poule couve des œufs  sous le lit. Fais attention à ce qu’elle mange, qu’elle boive et qu’elle ne casse pas ses œufs.»


Elle s’en alla. L’homme était heureux d’être seul, sans sa femme. Il alla voir le cordonnier pour fumer une pipe, c’était plus amusant d’être à deux que seul.

Ils papotaient, ils papotaient quand l’homme constata que le temps avait passé, il était déjà presque midi et il ne faisait rien : ni le levain pour le pain, ni autre chose. Il se précipita donc à la maison. Il faut savoir qu’avant de partir de chez lui, il avait attaché les pattes des poussins avec une ficelle pour qu’ils restent ensemble et pour que le milan noir ne les emporte pas. Un souci de moins, la ficelle fera l’affaire, pensa-t-il.

Mais en rentrant à la maison il constata qu’il n’y avait plus un seul poussin parce que le milan noir qui n’en voulait qu’un seul,  avait tout emporté car ils étaient tous attachés.

Que faire? Par où commencer? Il aurait dû tamiser la farine et s’occuper de la crème fraîche. Il se mit à tamiser et pour avancer plus vite, il suspendit la cruche par son anse avec un torchon en pensant que les gestes de tamisage aideraient à baratter la crèche fraîche. Mais bon, il fallait déjà pétrir la pâte pour le pain et la crème fraîche n’avançait même pas.

Il alla chercher un peu d’eau. La farine manquait, il devait aller en chercher. Dans sa précipitation, la cruche heurta le montant de la porte, et la crème fraîche coula partout : sur le mur et par terre. Il passa tout son temps à s’occuper de la crème fraîche. Ce n’était pas grave, se dit-il, mais il fallait pétrir tout de suite la pâte car le coucher du soleil n’était plus loin. Il mélangea comme il pouvait les ingrédients : le peu de crème qui lui restait, et la farine. Il n’avait pas le temps d’attendre que le four soit chaud, il mit tout de suite le pain à cuire.


Il retenait son souffle et il ferma pendant quelques secondes les yeux quand il pensa à la poule qui devait être sous le lit et qu’il ne voyait pas sur ses œufs. Il se pencha pour la regarder. Il ramassa rapidement une vingtaine d’œufs, il les mit dans le panier, et il s’installa doucement dessus. S’il n’y a pas de poule, il couvera les œufs, lui-même, pensa-t-il.


Le soir, en rentrant chez elle, sa femme trébucha sur les morceaux de la cruche, et dit:


«Alors, qu’est-ce que c’est que ça?»


Elle vit la crème fraîche qui avait coulé par terre. C’était déjà un mauvais signe. Elle alla voir la poule et les poussins. Pas de poussins ! Elle alla voir le four, et en ouvrant sa porte elle vit que la pâte coulait. Elle referma alors vite la porte du four. Le pain aussi était raté, constata-t-elle. Elle cria alors:


«Où es-tu? Où es-tu?»

«Cot-cot, cot-cot-codêêêk», répondit une voix.
«Hé, toi, où es-tu? Que se passe-t-il ici?» dit la femme.
«Cot-cot, cot-cot-codêêêk.»

Elle s’approcha du lit, regarda dessous, et elle vit son mari assis sur les oeufs.


«Ah, toi! malheureux! Que fais-tu ici?» demanda-t-elle.


«Que veux-tu que je fasse ! Le milan noir est passé par là, et il a emporté les poussins, la poule a cassé ses œufs. J’assume, je suis responsable de tout ce qui s’est passé. Je dois couver coûte que coûte moi-même les œufs.» dit-il.


Finalement, il se leva, et il éprouva une estime infinie pour sa femme. Il comprit qu’elle avait beaucoup de tâches à faire à la maison : tenir propre toute la maison, laver le linge, cuire le pain. Tout cela servait au confort de leur ménage.


Dès ce jour, il ne fit plus aucun reproche à sa femme, au contraire, il avait la plus grande estime pour elle.


Ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre temps.


 


samedi 13 février 2016

La chance du pauvre homme



Dessin: Timea Toth  Source:3szek.ro
Il était une fois, quelque part dans le monde, un pauvre homme. On ne sait pas exactement comment, ni d’où mais, il réussit à avoir deux veaux. Il les éleva, et un beau jour, il les mit sous le joug. Il laboura son lopin de terre avec eux. Il laboura, il laboura mais il était pauvre, la bonne chance lui échappait toujours. 
Vous savez, la malchance est pour les pauvres.

Un jour, l’un ses bœufs beugla fortement, donna deux coups de pied, tomba du joug et mourut sur-le-champ. Le pauvre homme s’abandonna à son chagrin, il ne comprenait pas pourquoi le bon dieu le punissait ainsi. Ne voulant pas tout perdre, il dépeça avec beaucoup de difficultés la peau du bœuf, et il prit la direction de la ville pour aller la vendre là-bas.

En cours de route, il eut très chaud sous le soleil qui tapait très fort, et il s’assit à l’ombre pour se reposer. Il étendit la peau sur un buisson pour la faire sécher. Il pensait qu’elle serait moins lourde à porter et plus facile à vendre car elle ne serait pas rêche. Il était accablé par toute la tristesse du monde quand il entendit qu’on donnait des coups de bec dans la peau qui séchait. En regardant mieux, il constata qu’un pic tapait si fortement la peau qu’elle s’était déjà trouée à tel point que ses pattes passaient à travers.

Le pauvre homme saisit l’oiseau par les pattes, il le mit dans sa besace et continua son chemin. Le soir tombait quand il décida de frapper à la porte d’une maison cossue pour demander d’être un hébergé pour la nuit. Il poussa le portail de la maison, mais en regardant par la fenêtre il ne voyait personne. Elle était vide. Il alla derrière la maison et attendit que quelqu’un arrive.

Peu de temps après, il vit arriver une femme portant une bouteille de vin dans une main, et une bouteille d’eau de vie dans l’autre. Elle leva le couvercle du coffre, et y déposa dans un coin les bouteilles. Sur le rebord de la cheminée, il y avait une assiette de beignets couverte d’une mousseline qu’elle déposa dans l’autre coin du coffre. Elle ouvrit le four et sortit une oie rôtie qu’elle déposa sur le haut de la cheminée.

Le pauvre homme avait tout comprit. Il sortit de derrière la maison, et il se mit devant le portail pour attendre l’arrivée du maître de maison. Peu de temps après, celui-ci arriva et le pauvre l’accosta pour lui demander un hébergement.

«Bien sûr, veuillez entrer!» répondit le maître de maison.

Ils rentrèrent et virent que la femme était couchée et gémissait terriblement. Son mari lui dit:

«Ma femme, nous avons faim, tous les deux. Donne-nous à manger parce qu’après une journée de labours, un bon dîner nous ferait plaisir.»

Mais la femme n’arrêta pas de se plaindre. Elle raconta qu’elle avait été tellement malade toute la journée qu’elle ne pouvait rien préparer. Le pauvre homme comprit tout de suite la situation. Il sortit son oiseau et commença à le tripoter.
Le maître lui demanda alors:

«D’où vient cet oiseau que tu tiens dans tes mains?
«Ah, lui, il est capable de faire des prédictions», répondit le pauvre homme.
«Prédire? Mais alors, ce qu’il dit, est-ce vrai?» demanda le maître.
«Il peut annoncer la vérité à celui qui souhaite la connaître», dit le pauvre homme.
«Alors, je l’écoute. Je te paieras volontiers s’il dit la vérité», répondit le maître.

La pauvre se mit à pincer en cachette les pattes de l’oiseau qui commença à criailler.

«Qu’est-ce qu’il dit ton oiseau?» demanda le maître.
«Qu’il y a sur le haut de la cheminée une oie rôtie qui vous attend», répondit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?»
«C’est exacte», répondit la femme à son mari.
«Alors, mets la table ma femme car un bon plat me fera du bien après cette journée de labours», dit le mari.

Au bout de quelques minutes, le pauvre homme pinça de nouveau son oiseau qui piailla plus fort que tout à l’heure.

«Qu’est-ce qu’il raconte encore, ton oiseau, pauvre homme?» demanda le maître de maison.
«Que dans le coin droit du coffre, il y a du vin et de l’eau de vie qui vous attendent, cher maître», dit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?» demanda le mari.
«C’est bien vrai!» répondit la femme.
«Alors, sors ces boissons qui me donneront de l’énergie pour le travail de demain dont j’aurai besoin après cette journée de labours», dit le mari.

Le pauvre homme pinça une troisième fois son oiseau qui piailla fortement.

«Alors, qu’est-ce qu’il dit ton oiseau, pauvre homme?» demanda le maître.
«Que dans le coin gauche du coffre, il y a des beignets pour vous», dit le pauvre homme.
«Est-ce vrai, ma femme?» demanda le mari.
«Oui, c’est vrai aussi», répondit la femme.
«Alors, sors-les. Je voudrais faire un gueuleton avec cet homme!» dit le mari qui s’adressa tout de suite au pauvre homme.
«Voudrais-tu bien me vendre ton oiseau? Je te le paierai un prix fort!» dit le maître.

L’affaire fut vite conclue. Le pauvre homme eut deux beaux bœufs et une grande charrette de blé. Le lendemain il renta chez lui et il se mit au travail.
Il s’appliqua si bien qu’il devint un riche fermier, même le seigneur de son village ne valait pas mieux.

Il vit même aujourd’hui s’il n’est pas mort entre-temps.


Conte transylvain



vendredi 25 septembre 2015

L’argent enterré

Source: egyszervolt.hu
Il était une fois trois marchants. Ils décidèrent d’aller à la foire. Ils furent obligés de traverser plusieurs grandes forêts quand la nuit les surprit. Mais s’il n’y avait que cela! L’obscurité était si grande que l’on aurait pu y accrocher une hache. Ils ne se voyaient plus, et l’un des trois s’aperçut qu’il tâtonnait seul dans le noir aveugle. Il ne savait pas où s’éloignaient les deux autres. Il réfléchissait à ce qu’il allait faire. Il avait beaucoup d’argent sur lui, et il avait peur de rencontrer des voleurs. Il se demandait où il pourrait cacher son argent.

Enfin, le jour se leva quand il sortit de la forêt. Il se retrouva dans une prairie, et il regarda bien autour de lui mais il ne voyait même pas chat, ni une seule maison. Il creusa vite un trou et il y cacha son argent. Il est vrai que lui ne voyait personne, mais le propriétaire de la prairie était là:il était caché derrière une meule de foin, et il observa ce que faisait le marchant. Quand celui-ci se fut bien éloigné, le propriétaire se dépêcha d’aller voir le trou et de déterrer l’argent.
Quand le marchant revint, il ne trouva plus trace de l’argent. Ses larmes coulèrent à flots, il ne savait plus quoi faire.

«Personne ne m’a vu enterrer l’argent mais quelqu’un me l’a dérobé quand même», se dit-il.

Il pensa à ceci, il pensa à cela, et finalement il se dit qu’il irait voir le roi qui était sage et juste, pour lui raconter son immense chagrin.

Ce fut ainsi.

Le roi écouta attentivement les plaintes du marchant et lui dit:

«D’abord, apprends qui est le propriétaire de la prairie. Ensuite, vas chez lui et dit: Mon père, je suis parti avec beaucoup d’argent mais ayant peur d’être volé j’en ai enterré une partie mais pas tout. J’ai encore sur moi la plus grande partie de cet argent. Maintenant je me demande où je devrais enterrer l’autre partie:au même endroit ou ailleurs? Eventuellement je la laisserais à une personne digne de confiance. Ecoute bien ce qu’il te répond et fais-le!»

Le marchant suivit le conseil du roi. Il alla chez le propriétaire et lui répéta mot pour mot les paroles du roi.

«C’est très simple. Pourquoi mettrais-tu ton argent à deux endroits différents? Il vaut mieux  garder tout au même endroit», répondit le propriétaire.

Celui-ci évidemment ne savait pas que le marchant était au courant du vol. Il pensa qu’il allait déterrer l’autre partie aussi. Pendant que le marchant se reposait, plus exactement pendant qu’il faisait semblant de se reposer, le propriétaire, ce menteur, remettait l’argent dans le trou pour que le marchant ne s’aperçoive pas du vol. Il attendit que le marchant s’en aille, et tout de suite il se dirigea vers le trou pour avoir enfin tout l’argent.

Mon Dieu! Il resta pétrifié quand il ne vit plus qu’une fosse vide! Mais c’était très bien comme ça!

Tout est bien qui finit bien.

dimanche 15 février 2015

Les trois vagabonds


Source:itineraireiconographique.com
Un jour, tout à fait par hasard, trois compagnons bien dégourdis se rencontrèrent. Ils avaient tout ce qui leur fallait pour cette vie terrestre, sauf de l’argent. Pourtant ils en auraient eu bien besoin car la mère de l’un des trois était très malade. Le prix de la petite maison au fin fond du village était déjà dépensé pour les médicaments, pour le docteur, pour la carriole et pour le bac. Les trois amis se creusèrent la tête pour trouver une nouvelle source d’argent.
L’un dit:

«Vous savez comment nous allons faire? Entre Eger et Pest il n’y a personne de plus avare que le passeur d’ici. Ma mère n’arrête pas de se plaindre de lui. Voilà mon idée : je me présente comme saint Pierre. Toi, mon ami, tu seras saint Paul et toi, saint Jean. Avec l’argent de la vente de mes bottes et de ma cape, nous trouverons bien un beau poisson, un  joli pain rond bien cuit et une cruche de vin. Je me charge du reste…»

Ainsi fut fait. Ils passèrent par la cabane du pêcheur et achetèrent un beau poisson. Ils allèrent chercher un grand pain rond, puis ils rentèrent dans une auberge pour une cruche de vin. Ils allèrent voir le sacristain pour lui emprunter deux chemises blanches et son manteau de soie. Saint Pierre mit le manteau, les deux autres les chemises blanches. Ils fabriquèrent deux toques en carton et les mirent sur leur tête.
Ils allèrent ainsi chez le passeur et frappèrent à sa porte.

«Entrez!» répondit le passeur.

Sur la table il y avait une petite lampe à huile. Pierre s’arrêta à côté de la table, Paul resta sur la galerie et Jean devant le portail. Le passeur qui était avare, et sa femme encore plus avare, restèrent bouche bée.

«Je suis saint Pierre. Voilà l’apôtre Paul et dehors, le troisième, c’est saint Jean», dit l’aîné de trois vagabonds.

Les deux vieux joignirent les mains. C’est la femme qui sortit les premiers mots:

«Mon Dieu! Qu’est-ce que nous avons fait pour mériter votre visite sous notre modeste toit?»

Ensuite, elle apostropha brusquement son mari.

«Dépêchez-vous, apportez-nous quelque chose!»

Puis elle se retourna vers saint Pierre:

«Excusez-nous, ne nous en voulez pas de cet accueil ! Asseyez-vous, je vous en prie!»

A ce moment-là, le vieux passeur revint avec un piètre poisson. Il dit à sa femme:

«Faites griller ce poisson!
- Je préfère le faire bouillir comme cela je n’utiliserai pas de graisse!»

Sur ce, saint Pierre intervint:

«Passez-le-moi! Saint Paul, sors avec le poisson et demande à Jean qu’il le bénisse!»

Paul l’avait emporté et revint avec le gros poisson que Pierre avait acheté au pêcheur. Les vieux étaient épatés par la taille du poisson que la femme prépara. Il aurait été suffisant pour cinq personnes même s’il n’y avait pas eu une seule miette de pain sur la table.

«Le pain n’est pas encore inventé chez vous?» demanda Pierre.

Sur ce, la vieille alla chercher un morceau qui était sec et noir comme de la terre.

«Ecoute, saint Paul, sors avec ce pain et dis à Jean qu’il le bénisse!» dit Pierre.

Il fit ainsi et revint avec un beau pain rond. Les vieux se regardèrent.

«Il n’y a rien à boire chez vous? Du vin par exemple qui irait bien avec le poisson?» demanda Pierre.

Sur ce, le vieux passeur sortit une vieille cruche de vin de piètre qualité. Il en versa dans les verres. Mais à peine Pierre eut-il mis le nez dedans, qu’il envoya Paul pour qu’il le fasse bénir. Quand il revint, la vieille cruche était pleine, ils pouvaient en boire autant qu’ils voulaient.

A partir de ce moment, le vieux couple commença à croire aux miracles. Ils échangèrent un regard complice et la vieille chuchota à l’oreille de son mari.
«Ecoutez, mon homme! Nous avons un vieux paneton plein de pièces d’or. Ne devrions-nous pas profiter de saint Jean tant qu’il est là et le faire bénir?
-Si, bien sûr, ce serait bien!» dit le vieux à haute voix.

La vieille alla chercher le paneton, et saint Pierre comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire.

«Sors, Paul et dis à Jean qu’il le bénisse!» dit Pierre.

C’est Jean qui était le meilleur coureur parmi eux et dès qu’il eut le paneton plein de pièces d’or, il prit ses jambes à son cou, et il courut jusqu’à Eger.
Peu de temps après, saint Paul entra et dit:

«Je vais voir si la bénédiction a bien réussi!»

Dès qu’il fut dehors, il courut comme un zèbre.

Saint Pierre attendit quelques minutes, et poussa un soupir:

«Je vais le bénir moi aussi en espérant qu’il y en aura encore plus!»

Pierre sortit avec une mine de tartuffe mais quand il arriva dans la cour, il ne cherchait que les deux autres. Sauve qui peut! Il les suivit sans avoir enlevé son manteau de soie qui s’enroulait autour de ses jambes. Il faillit tomber à plat ventre.
Les vieux trouvèrent long le temps de la bénédiction, et le mari sortit pour savoir ce que les trois autres avaient bien pu faire. Mais il les vit tout comme moi je les vois! Les trois vagabonds n’étaient nulle part, il n’y avait même pas un chat dehors, de plus, il faisait déjà noir. Il rentra et dit à sa femme:

«Aie! Aie! Nous n’avons plus d’argent! Saint Pierre l’a emporté! Saint Paul l’a emporté! Saint Jean l’a emporté! Où devons-nous aller pour le retrouver?»

Une voix répondit de loin:

«En enfer!»


Conte transylvain, collecte de János Kriza

samedi 8 novembre 2014

Que peut supporter le grain de blé?

                                                                                                                                                  

Il était une fois, dans une lointaine contrée, un jeune homme qui était très pauvre malgré les nombreuses années de service passées chez un vieillard aux cheveux blancs. Un jour celui-ci dit au jeune homme:

«Ecoute-moi, fiston! J’ai toujours  été content de ton travail mais il est temps que tu deviennes ton propre maître et que tu fondes une famille. Viens, je vais te donner ton salaire.»

Le vieillard aux cheveux blancs lui donna un cor et lui demanda de ne pas ouvrir  le couvercle avant qu’il ne se marie.

Le jeune homme ne pouvait pas imaginer ce qu’il y avait dedans mais il le remercia poliment et prit le chemin du retour.  Après avoir marché des kilomètres et des kilomètres, une forte curiosité le titilla pour savoir ce qu’il pouvait bien y avoir dans le cor. Il força le couvercle jusqu’à ce qu’il s’ouvre. Mais il le regretta aussitôt car un grand troupeau de bœufs en sortit. L’un courait par-ci, l’autre courait par-là et le jeune homme ne savait plus où donner de la tête. Quoiqu’il fasse, il n’arrivait pas à rassembler les bœufs.

«Ah, pauvre de moi! Au lieu d’ouvrir le couvercle, il aurait mieux valu que le diable m’emporte!» se dit-il furieusement.
«Je suis là!» cria le diable et se mit à côté du jeune homme.
«Hé, là, ne sois pas si pressé, je suis bien là, moi aussi!» dit le jeune homme et il saisit le lobe de l’oreille du diable.
«Mais ne gesticule pas comme ça sinon je te transforme immédiatement en statue de sel. Tu resteras planté là comme une souche jusqu’à ton dernier jour», menaça le diable.
Le jeune était un peu intimidé et commença à supplier le diable de l’aider à rassembler le troupeau.
«Je ne ferai pas un seul geste gratuitement», répondit le diable.
«Que demandes-tu pour ton aide?» demanda le jeune homme.
«Que tu me donnes ton épouse après les noces», répondit le diable.
Tant pis, se dit-il, d’ici là beaucoup d’eau aura coulé dans le Mureş, je vais bien trouver une idée quelconque pour m’en sortir.
«Marché conclu!» dit-il au diable.

Ils échangèrent une poignée de main, puis le diable prit le cor, referma son couvercle et aussitôt le troupeau se retira à l’intérieur du cor.

«Ça alors, j’aurais pu deviner cela, moi aussi», grommela le jeune homme. Mais il n’y avait rien à faire, le marché était déjà conclu.

Bientôt il regretta encore plus d’avoir adressé la parole au diable car il tomba amoureux d’une belle jeune fille qui, par-dessus le marché, était très adroite de ses mains. Le jour de noces il n’était pas de bonne humeur parce que l’idée de donner son épouse bien aimée au diable trottait  dans sa tête. Quand les invités furent partis, il ramassa les morceaux de brioche et parsema les miettes sur le seuil.

«Je vous laisse à ma place pour que vous montiez la garde. Ne laissez personne entrer!» dit le jeune aux miettes, et il alla se coucher.
A minuit, le diable arriva, frappa à la porte et dit:
«Ouvre vite la porte!»

C’étaient les miettes qui répondirent à la place du jeune marié.

«Ici il ne rente que celui qui supporte tout ce que nous avons traversé!» dirent-elles.
«Et alors, de quoi s’agit-il?» demanda le diable.
Source: kemencehazak.hu 

«C’est une longue série de péripéties que nous devons te raconter fidèlement… D’abord on nous a semées dans la terre, ensuite on nous a ratissées avec une herse aux dents de fer. Certaines d’entre nous ont pourri, d’autres ont levé. Le soleil nous a brûlées, le gel nous a fait mal, la pluie nous a frappées, le vent nous a secouées. On nous a coupées avec une faux, entre deux meules on nous a broyées, et deux mains bien fortes nous ont pétries. Ensuite on nous a jetées dans un four bien chauffé, on nous a cuites, puis avec un couteau bien affûté on nous a  coupées en tranches fines.» répondirent les miettes de brioche.

«Aïe!» s’écria le diable et un frisson glacé lui parcourut l’échine.
«C’est ainsi! Voudrais-tu refaire notre parcours?» demandèrent les morceaux de brioche.

Mais le diable ne les entendit même plus, on ne retrouva plus sa trace. Il se volatilisa comme s’il n’était jamais passé par là. Il se peut qu’il coure même encore aujourd’hui.

Le jeune homme s’endormit tranquillement, et il vit paisiblement si par hasard il n’est pas mort entre-temps.

vendredi 24 janvier 2014

Le jeune porcher qui était bon à rien...


Conte imaginé par Bàlint Deàk  (10 ans) 

Il était une fois au-delà de tous les océans une femme pauvre. Elle avait un fils. Il aurait dû garder des cochons s'il avait pu le faire! Mais malheureusement il ne faisait que des dégâts partout où il passait. En un mot, il était une personne inutile. Sa mère tentait en vain de lui apprendre des choses. C'était peine perdue.
Un jour, ce garçon qui ne servait strictement à rien, entendit dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher et de rester introuvable.

«Alors, petit porcher, pensa-t-il, ton moment est arrivé pour montrer ce que tu vaux en réalité. Tu peux gagner beaucoup si tu es un peu futé.»

Il rassembla vite ses affaires, il mit quelques pogatchas cuits sur la braise dans sa besace, il mit son manteau joliment brodé, et il partit.

Il marcha, il marcha par monts et par vaux, il traversa d'immenses forêts et de grandes plaines. Il n'avait presque plus de provisions. Le château du roi restait introuvable. Il marcha encore pendant une semaine entière, il mangea son dernier pogatcha mais il ne réussit pas à trouver le château.

«Qu'est-ce que je fais? Dois-je mourir de faim? Si j'avais su, je serais resté à la maison», pensa-t-il.

En marchant sur la route, il aperçut un puits. Sur la margelle du puits deux pigeons blancs étaient assis. Il s'approcha d'eux et dit :

«Alors, mes deux pigeons blancs, je vais vous manger parce que je meurs de faim.»

Les deux pigeons blancs lui répondirent.

«Ne nous mange pas, petit porcher! Donne-nous plutôt à boire parce que nous avons soif. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Les pigeons le supplièrent tellement qu'il ne les mangea pas. Il tira un sceau d'eau fraiche du puits, leur donna à boire, et il but le reste afin de remplir son ventre.

Il continua son chemin. En traversant une steppe, il tomba sur un renard qui boitait.

«Alors, mon renard, que le diable m'emporte si je ne te mange pas.»

Le renard le supplia afin qu'il ne le mange pas parce qu'il était en train d'apporter à manger à son petit.

«Un bienfait n'est jamais perdu, dit le renard. Je peux encore t'aider un jour.»

Il continua à marcher à pas lent. Il ramassa les dernières miettes dans sa besace et il les mangea. Mais ce n'était rien pour son ventre vide!

Soudainement il aperçut de loin un lac. Il décida d'aller le voir quoi qu'il arrive. Il descendit au bord du lac et vit qu'un petit poisson se débattait dans l'eau peu profonde. Il l'attrapa brusquement et le poisson lui dit :

«Ne me mange pas, mon petit porcher, un jour je serai reconnaissant envers toi. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Le jeune porcher regarda longtemps le poisson. Il eut pitié pour lui et rejeta dans l'eau. La faim est très curieuse, elle suit l'homme partout !

Il reprit son chemin. Enfin, au bout d'une très longue marche, il arriva au château. Le roi était devant l'entrée. Le jeune chenapan le salua poliment, le roi fit pareil.

«Que fais-tu ici? Que cherches-tu ici au bout du monde?»

Le jeune dit au roi le but de son arrivée:il a entendu dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher d'elle et qu'il se sentait assez courageux pour tenter cela.

«C'est bien, c'est bien fiston. Mais tu vois, il y a déjà quatre-vingt-dix-neuf têtes sur les pieux, la tienne sera la centième si tu échoues», dit le roi.
Le porcher ne se découragea pas pour autant et se dit :

«Cela finira bien par s'arranger.»

Les deux hommes entrèrent dans le château, et le porcher annonça qu'il avait faim et demanda à manger. On lui en servit autant qu'il pouvait s'empiffrer.
Lendemain, au réveil, c'est le roi qui lui rendit visite et lui demanda de se cacher avant que sa fille ne se réveille.

Le porcher chenapan se prépara lentement à sortir du lit et à s'habiller. Tout à coup, il aperçut les deux pigeons blancs sur le rebord de fenêtre. Ils lui dirent :

«Viens vite, nous t'emmenons avec nous.»

Le jeune s'en remit aux pigeons, il les suivit jusqu'à ce qu'ils soient arrivés derrière le Soleil.
Entre-temps, la princesse s'habilla convenablement, elle était prête à sortir de sa chambre. Elle descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tour sur elle-même et cria :

«Sors, jeune homme, je sais que tu es derrière le Soleil.»

Il était en colère mais n'ayant pas le choix, il dût se montrer.

Le lendemain arriva, le jeune homme se réveilla et jeta un coup d'oeil sur la fenêtre. Il vit que le renard se dressait sur la pointe des pieds et il l'attendait.
Le renard l'emmena dans la terre à un endroit qui était sept fois plus profond que celui qu'un être humain aurait été capable de creuser.
La princesse sortit dans le jardin, cueillit la plus belle rose, et fit un tour sur elle-même.

«Montre-toi, jeune homme, sors de la septième profondeur.»

Il fut obligé d'obéir.

Le troisième jour, il alla voir le petit poisson au lac. Grâce à son aide, il descendit dans un coin du lac. Quand la princesse descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tout sur elle-même, et appela le jeune homme.

«Ca y est, je suis perdu! Le centième poteau sera pour moi, se dit le porcher. Si elle m'a retrouvé trois fois, je ne pourrais pas me cacher la quatrième fois sans qu'elle ne tombe sur moi.»

Mais lendemain, à la première heure, il vit devant sa fenêtre l'un des pigeons blancs qui luit dit :

«Viens vite! Transforme-toi en rose, je ferai pareil.»

Ce fut ainsi.

La princesse descendit et chercha la plus belle rose. Elle en trouva deux. Elle les ramassa et les piqua au devant de sa robe. Elle fit un tour sur elle-même, mais elle ne voyait plus le jeune homme. Elle fit encore un tour, mais rien.

«Alors, mon père, je ne vois pas le jeune porcher. Il s'est tellement bien caché que je ne le retrouve plus.
Mais si, mais si! Fais encore un tour, peut-être cela marchera», dit le roi.

La princesse fit un troisième tour mais elle aurait pu en faire tant qu'elle voulait, elle n'aurait pas retrouvé le jeune homme.

A ce moment-là, l'une des roses transformée en pigeon s'envola de sa robe, tandis que l'autre se transforma en jeune porcher.

La princesse le regarda avec émerveillement et lui, il la serra contre lui.

«Mon bel amour! Je suis à toi, tu es à moi. Seule la mort peut nous séparer.»

Ils s'enlacèrent et s'embrassèrent longuement. Ils étaient si beaux ensemble comme un bouquet de fleur. Ils donnèrent un grand repas de noces, et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.



vendredi 6 décembre 2013

Le domestique coupable

Source : hesykhia.blog.hu 
Il était une fois un seigneur qui avait un serviteur. Celui-ci était depuis sept ans déjà à son service.
Un jour le domestique frappa à la porte du seigneur et demanda son salaire.

Le seigneur répondit:

«Comment? Que c'est moi qui paie quand c'est toi qui me dois de l'argent!»

Il dénigra avec une telle ferveur le domestique que celui-ci resta encore sept ans. La pauvre domestique était tellement déguenillé que ses chaussettes étaient en lambeaux.

Sept ans de service passèrent. Il frappa à nouveau à la porte du seigneur et demanda son salaire car il voulut se retirer.

Le seigneur lui dit:

«Tu ne peux pas quitter ton service tant que tu as des dettes.»

Et le domestique resta encore sept ans. A la fin de la septième année il alla revoir et dit:

«Je demande mon salaire, j'ai passé suffisamment de temps à votre service.
«Tant pis, dit le seigneur, va-t'en mais tu me dois encore d'après ton ancienneté.»

Le domestique sortit et pensa à mettre le feu chez le seigneur. A ce moment un vieil homme croisa son chemin et lui dit:

«Qu'est-ce que tu mijotes, mon fils?»

Le serviteur répondit:

«Je pense, cher monsieur que j'étais au service du seigneur pendant vingt-et-un ans et il ne m'a jamais donné ma rémunération. Je vais incendier tout ce qu'il a.»

Le vieillard répondit:

«Ne mets pas le feu aux biens du seigneur car c'est toi qui as l'amour du bon Dieu pas le seigneur. Si tu mets le feu à sa maison, le bon Dieu ne t'aimera plus.»

Le serviteur répondit:

«Bien, j'irai le faire quand même.»

Le vieillard dit:

«Quand tu mettras le feu, regarde derrière toi. Ensuite viens me voir pour me raconter ce que tu as vu.»

A midi pile, la propriété du seigneur prit feu. Le seigneur était en train de déjeuner  avec sa femme et sa fille. Au-dessus des flammes, trois pigeons volèrent, et on vit aussi un pilier chauffé au rouge avec une chaîne. Un homme était attaché au pilier avec la chaîne.

Le serviteur alla voir le vieillard et lui raconta ce qu'il avait vu.

Le vieil lui dit:

«Le pilier c'est toi, les trois pigeons c'est ton seigneur et sa famille.»

Ainsi dit, le vieil homme s'en alla, la terre s'ouvrit et le serviteur tomba dedans.


(Conte transylvain)

samedi 12 octobre 2013

Le diable et le porcher



Source: kincsestar.radio.hu
Un jour un porcher faisait paître ses bêtes aux champs. Le diable s'approcha de lui et dit:

«Ces animaux sont à toi?
-Non, je suis seulement le porcher.
-Alors, unissons nos efforts, allons faire du commerce puisque tu t’y entends mieux que moi en cochons. Voilà mon sac d’argent, allons au marché.»

Le diable acheta beaucoup de cochons. Le pauvre porcher par contre n’avait de l’argent que pour acheter sept cochons bien maigres. Ils lâchèrent toutes les bêtes dans une porcherie commune. Le lendemain le diable se gratta la tête.

«Nous les avons enfermés tous ensemble, mais maintenant comment allons-nous les départager? Je n’en reconnais pas un seul!
-J’ai donné un tour à la queue de chacun de ceux qui m’appartiennent», répondit le porcher. «Toutes les bêtes à la queue en tire-bouchon sont à moi.»

Connaissant bien son métier, le porcher savait que les cochons à la queue en tire-bouchon étaient en bonne santé. Ainsi il devint riche, le diable par contre s’appauvrit.
Un peu plus tard le diable sema du blé dans un grand champ. Quand les blés furent mûrs, il demanda au porcher:

«Choisis! Tu veux le haut ou le bas de la récolte de céréales?
-Je veux le haut de la récolte, autant que je puisse en ramasser avec mes deux mains», répondit le porcher. Il eut donc tous les épis.

Le diable était content d'en avoir la plus grande partie. Mais il comprit plus tard qu'il était encore une fois perdant. L'année suivante ils semèrent des oignons. Cette-fois-ci, c'était le diable qui devait choisir. Il pensa être plus malin que le porcher et il choisit la partie haute des oignons. Il eut les tiges, le porcher garda les bulbes.
Le diable s'appauvrissait de plus en plus, tandis que le porcher avait déjà gagné un sac d'argent. Le diable était en colère contre le porcher.

«Puisque j'ai déjà perdu tout mon argent, battons-nous au moins! Celui qui gagnera, aura l'argent!»

Le porcher donna son accord. Le lendemain, tôt le matin, le diable se fit apporter un énorme gourdin en fer afin de tuer le porcher et de mettre ensuite la main sur le sac d'argent. Il frappa à la porte du porcher et lui dit:

«Lève-toi, sors et battons-nous!»

Le porcher avait un bâton ferré. Il le prit et se mit face au diable. Pendant que le diable soulevait son lourd gourdin, le porcher cogna la tête du diable qui se sauva en gémissant de douleur.

Le porcher resta riche et il vit encore aujourd'hui s'il n'est pas mort entre-temps.