mercredi 9 janvier 2013

Le cerf merveilleux



"Le cerf merveilleux" , imaginé par Raphaëlle (7 ans)




Il y a bien longtemps dans le lointain Orient, à l'endroit où deux grands fleuves se jetaient dans la Mer bleue-comme-le-ciel, s'étendait une ville pleine de richesse et d'une merveilleuse beauté. Sa renommée s'était répandue jusqu'à la limite des terres connues. Nimrod, le roi de cette ville, avait une réputation de sage et de juste. Il allait très souvent à la chasse. Il avait deux fils dont il était très fier. L'aîné s'appelait Hunor, le cadet Magyar. Dès leur plus jeune âge, ils accompagnaient leur père dans toutes ses sorties. Avec le temps, ils devinrent de forts et vaillants gaillards et d'excellents chasseurs. A l'image de leur père, ils adoraient cet art. Ils maîtrisaient à la perfection l'arc et dans les combats leur supériorité écrasante terrassait leurs adversaires à tous les coups.

Un jour, les deux frères décidèrent d'aller à la chasse sans leur père. Chacun choisit cinquante jeunes soldats et tous partirent jusqu'à la frontière du royaume de Nimrod. Ils abattirent avec leurs flèches une centaine d'oiseaux et du gibier. Alors qu'ils s'apprêtaient à rebrousser chemin, devant eux apparut à la lisière de la forêt un cerf d’une beauté merveilleuse. Ils n'en avaient jamais vu de pareil : le cerf était blanc comme neige, ses yeux brillaient comme le diamant, ses deux bois étaient enlacés comme une couronne. Tous étaient fascinés par la beauté du cerf. Le cri tonitruant de Hunor rompit le profond silence.

«A cheval! Abattons-le!»

Rapides comme l'éclair, ils sautèrent en selle et partirent à la poursuite du gibier. Leurs chevaux coururent plus vite que l'ouragan, mais le cerf était toujours plus rapide. Les flèches volèrent , mais le cerf était toujours le plus rapide. Toute la journée, ils le poursuivirent par monts et par vaux. Au coucher du soleil, soldats et chevaux étaient tous épuisés. Ils perdirent complètement de vue le cerf merveilleux. Les deux frères et leurs soldats montèrent le camp et firent un grand feu sur lequel ils préparèrent un savoureux dîner avec le gibier fraîchement abattu.
Autour du feu de camp, ils bavardèrent longuement car ils ne parvenaient pas à oublier le cerf merveilleux.

A l'aube, Hunor et Magyar, déjà levés, s'apprêtaient à rebrousser chemin. Au moment du départ, le cerf merveilleux, comme s'il était sorti de terre ou descendu du ciel, réapparut devant eux.

«Soldat! A cheval! Je donne cent pièces d'or à celui qui l'abat», cria Magyar.

«Allez! Allez!»  crièrent les soldats qui reprirent en chasse le gibier par monts et par vaux. Ils poussèrent des cris de guerre et le tonnerre des  sabots troubla le silence de la région. Ils lancèrent des milliers de flèches, mais à chaque fois le cerf échappa aux vaillants soldats.

Cette chasse sans relâche épuisa hommes et bêtes. Après le dîner, l'humeur n'était pas aussi joyeuse que la veille. Seuls quelques soldats avaient envie de chanter et de danser. Ils pensaient sans cesse à l'animal merveilleux, si bien qu'ils se parlaient peu.

«Demain matin, nous reprendrons le chemin du retour», dit Hunor.
«Qu'il en soit ainsi!» approuva Magyar.
«Nous ne nous laisserons pas séduire par cette bête même si elle est de toute beauté», murmurèrent la plupart d'entre eux.

Le lendemain, tous étaient à cheval quand réapparut devant eux le cerf merveilleux. Il était d'une beauté céleste, il était fier, irrésistiblement beau.

Les deux frères échangèrent un regard, se comprirent sans dire un traitre mot et acquiescèrent. Les éperons enfoncés dans les flancs de leurs chevaux, les cent-deux cavaliers se lancèrent sur leurs cent-deux montures dans une poursuite infernale.
Le cerf attira et mena ses poursuivants toujours plus loin du royaume de Nimrod. Personne ne saurait dire combien de montagnes, de rivières et de plaines ils laissèrent derrière eux.

Au soleil couchant, la troupe fit halte à la lisière d'une immense forêt. Ils mangèrent sans faim la viande fraîchement cuite. Ils n'avaient envie ni de danser, ni de chanter, leur regard se perdait dans le vague. Les hommes, les uns après les autres rejoignirent leur couche. Hunor et Magyar firent de même. Vers minuit, réveillés par une brise qui traversa la forêt, les deux frères croyaient entendre des bribes de conversation.

Magyar partit en direction du bruit, Hunor lui emboîta immédiatement le pas. Arrachés au sommeil, les soldats se levèrent promptement, et à pas de loup suivirent les princes.Ils arrivèrent bientôt dans une clairière où ils virent chanter et danser cent-deux jeunes filles. Sans hésiter, ils approchèrent.

Hunor et Magyar choisirent parmi elles les deux princesses et se partagèrent le pays. La province du soleil couchant fut attribuée à Hunor. Ses enfants devinrent les Huns. La province du soleil levant fut attribuée à Magyar. Ses enfants devinrent les Magyars.

   

mardi 8 janvier 2013

Le renard et le loup



"Le renard et le loup" , imaginé par Maiwenn (5 ans)





Il était une fois un loup et un renard. Un jour, le renard se coucha sur le chemin. Un charretier qui passait par là, le ramassa et le mit à l’arrière de sa charrette où il y avait déjà trois fromages. Le renard en saisit un, sauta avec et s'échappa. 

En le voyant, le loup dit au renard:
«Où as-tu trouvé ce fromage?
- Viens avec moi, je vais te montrer», répondit le renard.

Ils allèrent à un étang. Il faisait noir, la lune jetait une clarté sur l'eau.
«Si tu bois toute l'eau, tu trouveras un fromage en dessous», dit le renard au loup.

Le loup se mit à boire, mais il ne pouvait pas tout vider, il tomba malade. Quand il se rétablit, ils allèrent vers une maison où il y avait de la musique et une noce.Tout à coup, ils se dirent:
«Nous ferions un meilleure festin si nous pouvions monter au grenier où il y a des poules.»

Ce fut ainsi. Quand ils furent rassasiés, ils se sauvèrent. Ils coururent pendant un bon moment quand ils trouvèrent un long piquet pointu. Le renard demanda au loup:
«Pourrais-tu sauter par-dessus?»

Le loup le fit.
«Maintenant essaie de sauter avec le dos tourné au piquet!», dit le renard au loup.

Le loup l'essaya mais le piquet lui rentra dans le ventre. Le renard lui dit:
«Secoue-toi bien! Tu vas voir, tu vas réussir à en sortir!»

Quand le piquet rentra bien dans le ventre du loup, le renard lui dit:
«Au nom du Père et du Fils,

Depuis longtemps je te tourmente,
Car tu as vendu la peau de l'ours
Avant de l'avoir tué.»

lundi 7 janvier 2013

Les braises magiques





Il était une fois deux frères. L'un était très riche, l'autre était très pauvre. Le riche avait beaucoup de terres, un grand troupeau de chevaux et de bovins. Le pauvre n'avait même pas une chèvre maigre, par contre il avait beaucoup d'enfants. Le riche, quant à lui, n'avait ni fils, ni fille.
Un jour, le pauvre envoya un de ses enfants chez son frère riche pour demander un peu de farine et de petit-lait. Le riche ne lui donna rien du tout et l'enfant rentra à la maison en pleurant.
Le pauvre homme fut affligé par le comportement de son frère. Les enfants pleuraient de faim. Le pauvre homme se mit alors en route et alla travailler dans le village voisin.
Le soir, en rentrant à la maison, il aperçut du feu dans la forêt. Il faisait tellement froid qu’il pensa s'en approcher pour se réchauffer un peu. Quand il fut tout près du feu, il vit qu'un vieil homme était assis là.                  
« Bonsoir, vieil homme, dit le pauvre.

« A toi aussi, mon fils. Que fais-tu par ici? »

Le pauvre raconta son chagrin, ensuite salua poliment le vieux et rentra. A la maison les enfants pleuraient davantage : toute la journée, ils n’avaient mangé qu’un peu de patates et ils avaient très froid.
Le pauvre homme dit à sa femme : « Va chez mon frère et dis-lui qu'il nous donne au moins un peu de braise sinon les enfants vont mourir de froid! »

La femme partit mais revint vite en pleurant car le riche ne lui avait rien donné.
« Bon, d'accord, je vais chercher la braise moi-même, dit le pauvre, mais je la trouverai ailleurs. »

Il retourna dans la forêt. Le vieux était toujours à côté du feu. Il lui demanda de la braise.
« Prends-en, mon fils, une bonne pelletée. Ce qui ne rentrera pas dans ton fourneau, tu pourras l'étaler dans ta cour. »

Le pauvre le remercia et rentra à la maison avec la braise. Elle réchauffa bien toute la maison à tel point que le pauvre mit la moitié des braises dehors.
Le lendemain, au réveil, ils virent que le fourneau était rempli de pièces d'or. Il y en avait dans la cour également. Ils les ramassèrent et voulurent les peser mais ils n'avaient pas de boisseau. Le pauvre alla chez son frère demander un boisseau.
« Je te le prête à condition que demain tu fasses tes heures de travail chez moi. »

Le pauvre le lui promit. Une fois à la maison, ils pesèrent les pièces d'or : sept boisseaux en furent pleins. Quand l'un des enfants rendit le boisseau, le riche vit briller une pièce d'or au fond. Dans sa grande précipitation, le frère pauvre ne s'était pas aperçu qu’une pièce y était restée. Quand il la trouva, le frère riche arriva en courant chez lui comme s'il avait été mordu par un chien. Il resta bouche bée quand il vit la quantité d'or.
« D'où vient cet or? », demanda-t-il avec envie.

Le pauvre lui raconta qu'il avait reçu de la braise d'un vieil homme, et qu’il avait étalé le surplus dans la cour. C'est comme cela qu'il avait eu les pièces d'or. Le riche s'en réjouit, alla tout de suite dans la forêt et prit de la braise non pas avec une pelletée mais avec un chaudron. Il rentra en courant tellement il était heureux!
« Mon frère est fou, pensa-t-il, il est vrai qu'il a toujours été comme ça. Je vais lui montrer que j'aurai plus d'or que lui. »

A la maison, il n'étala pas le surplus uniquement dans la cour mais il en mit dans la grange et au grenier. Il était incapable d'attendre le matin et il se leva à l'aube pour ramasser les pièces d'or. Ce fut sa chance, car s'il était resté au lit plus longtemps, il serait mort dans l'incendie de sa maison. Toute la maison fut réduite en cendres et il perdit tous ses biens.

dimanche 6 janvier 2013

Les questions du Roi Mathias

Le roi Mathias jouissait d’une réputation de roi équitable. Un jour, il alla en compagnie de grands seigneurs visiter ses terres. Là, il rencontra un paysan qui jadis avait fait son service militaire dans son armée. Le roi le salua:
«Mes hommages, mon vieux!
- Je remercie ma femme, Majesté, répondit le paysan.»

Le roi enchaîna:
«Dis-moi, mon brave, est-il encore loin le lointain?
- Ma parole, il est juste aux cornes de mon bœuf, Majesté!
- Dis-moi, vieil homme, combien faut-il jusqu’à trente-deux?
- Seulement douze, Majesté.
- Pour combien de sous travailles-tu?
- Pour cinq, Majesté.
- A quoi servent les cinq sous?
- Je vis de trois et j’en perds deux.
- Dis-moi, mon brave, pourrais-tu traire les boucs?
- Bien sûr, Majesté!
- Mais tant que tu ne me revois pas, je t’interdis de fournir des explications à quiconque.»

Sur ce, le roi dit adieu au paysan et alla avec son escorte dans une ferme pour déjeuner. Après le repas, le roi se reposa pendant une ou deux heures. Pendant ce temps, les grands seigneurs retournèrent chez le paysan pour l’interroger:
«Dis, quand le roi te salua ainsi: «Mes hommages, mon vieux.» et que tu lui as répondu: «Je remercie ma femme.» Que voulait dire tout cela?
- Pour cinq pièces d’or, je vais vous donner la réponse.»

Les grands seigneurs sortirent les cinq pièces d’or, les donnèrent au paysan qui répondit ainsi:
«La formule de salutation du roi: «Mes hommages, mon vieux», voulait dire que je portais une chemise propre. Et moi, je lui ai répondu que je remerciais ma femme qui lavait mes vêtements.
- C’est très bien, brave homme», dirent les grands seigneurs et ils continuèrent à lui poser des questions.
«Que voulait dire le roi quand il t’a demandé si le lointain était encore loin et que tu lui as répondu: «Ma parole, il est juste aux cornes de mon bœuf, Majesté!
- Pour dix pièces d’or, je vais répondre à cette question aussi», dit le paysan.

Après avoir mis dans sa poche les pièces d’or, il se mit à parler:
«Cette réponse voulait dire que je suis déjà âgé et je ne vois pas plus loin que les cornes de mon bœuf.»

Les grands seigneurs se regardèrent et dirent au vieil homme:
«C’est très juste ce que tu dis. Mais explique-nous ce que voulait dire la question du roi : «Combien jusqu’à trente-deux?» et que tu lui as répondu : «Seulement douze, Majesté.»
- Je vais vous expliquer si vous me donnez vingt pièces d’or.»

Chacun compta les vingt pièces d’or devant le paysan sur la table et les seigneurs l’écoutèrent:
«Quand j’étais jeune et célibataire, j’avais trente-deux dents. J’en ai perdu vingt, actuellement j’en ai encore douze.»

Les grands seigneurs échangèrent un regard et approuvèrent les propos du vieux.
«Nous avons encore une question à te poser. Dis-nous ce que le roi voulait savoir quand il t’a interrogé sur l’usage de cinq sous et que tu lui as répondu que tu vivais de trois sous et que tu en perdais deux.
- Je vais vous le dire pour dix pièces d’or», dit le paysan.

Les grands seigneurs comptèrent la somme et le vieux donna l’explication suivante:
«Cela voulait dire que j’ai deux fils dont je paie les études moi-même. Quant aux filles, elles se marieront et me quitteront. Tout l’argent que je dépense pour elles, je ne le reverrai jamais. C’est comme si je le perdais.»

Les grands seigneurs se regardèrent et approuvèrent les paroles du vieux.
«Alors maintenant nous t’adressons notre dernière question. Quand le roi t’a demandé si tu pourrais traire les boucs, tu lui as répondu : «Bien sûr, Majesté !» Mais le roi t’as demandé également de ne pas donner l’explication à quiconque avant de le revoir.»

Le vieux répondit ainsi:
«Je vais éclaircir cela aussi pour trente pièces d’or.»

Chacun d’entre eux sortit les trente pièces d’or, ensuite le vieux parla ainsi:
«Messieurs, ne vous sentez pas vexés mais c’est vous qui êtes les boucs que je viens de traire.»

Il sortit les pièces d’or dans sa poche et montra le portrait du roi sur les pièces.
«Voyez, Messieurs, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas pu vous répondre avant que je ne voie le portrait du roi.»

Le roi était sûr que les grands seigneurs seraient curieux de savoir le sens des réponses du vieillard. Baissant la tête, ils partirent tous, honteux.

Ainsi finir l’histoire du roi Mathias, des grands seigneurs et du vieux.

L'homme est le plus fort

Conte imaginé par Endre Stankowsky



Un loup se traînait tristement dans la forêt. Queue et oreilles baissées, le regard rivé au sol. Il ne s’aperçut même pas qu’un ours venait en face.  Il leva la tête effrayé, seulement quand l’ours le salua :
«Bonjour, Messire Loup.
- Bien le bonjour, Compère Ours, répondit tristement le loup.
- Qu’est-ce que tu as? Tu as l’air si peiné!
- Ne m’en parle pas, Compère Ours ! Ne vois-tu pas que ma tête, mon cou, mon flan sont pleins de sang?
- Tiens, c’est vrai…Messire Loup, t’es-tu bagarré avec un autre loup?
- Mais non, mais non. Je suis tombé sur un homme et il m’a joué un vilain tour. Il m’a bien secoué!»

L’ours rit de bon cœur.
«Tu n’as pas honte, Messire Loup. Un homme te pose problème? Il ne me suffirait pas pour me rassasier!»

Le loup répliqua :
«Ne te crois pas si malin, Compère Ours! Je suis convaincu que l’homme est la bête la plus forte au monde. Je le sais par expérience.
- Comment cela?
- Simplement je suis allé au village dans l’espoir de tomber sur un morceau d’agneau rôti. Mais par malheur, le chien m’a vu, et bien que nous soyons en parenté, il a révélé ma présence à son maître… à l’homme. Celui-ci, quand il a entendu l'aboiement, est sorti de la maison avec une hache. Avec son arme, il m’a tellement battu que j’ai eu du mal à déguerpir.
- Je te dis quand même, insista l’ours, que je ne ferai qu'une bouchée de l'homme.
- Moi, j’insiste à mon tour, et je te dis que l’homme est la bête la plus forte.
- Je voudrais bien voir ça!
- Tu en auras l’occasion!»

Sur ce, l’ours arracha un buisson et il en fit des petits morceaux.
«Regarde, Messire Loup, ce que je réserverai comme sort à l'homme!
- A qui le dis-tu! Seulement l’homme ne se laisse pas faire comme le buisson.
- Qu’il se laisse faire ou pas, de toute façon je le déchiquetterai!
- Je n’y crois pas.
- Parions!
- Tope là!
- De bon cœur!»

Ils parièrent un lapin, et ils se retirèrent derrière un buisson en attendant l’arrivée de l’homme. Ils restèrent longtemps à le guetter jusqu’à ce qu’un enfant passe par là. L’ours demanda:
«C’est un homme, Messire Loup?
- Non.
- Alors quoi?
- Ce sera un homme…»

Ils continuèrent à attendre, à guetter. A un moment, un vieux mendiant passa par là.
«Est-ce un homme, Messire Loup?
- Non.
- Alors quoi?
- C'était un homme…», dit le loup.

Le temps passait, ils attendirent, ils attendirent, d’un seul coup un hussard à cheval arriva.
«Alors, celui-ci est-il un homme? demanda l’ours.
- Oui, lui, il en est un!», dit le loup.

L’ours ne se le fit pas dire deux fois, il sauta de derrière le buisson et se mit sur le chemin du hussard.
«Dis donc! cria le hussard. Sors de mon chemin. Je suis du régiment du roi!»

Il eut beau dire et faire, l’ours ne remua pas. Sur ce, le hussard dégaina de son pommeau un pistolet à deux canons, et pouf paf! tira deux fois sur l’ours. Il fut touché deux fois, mais cela ne lui fit rien du tout! Comme si on lui avait jeté deux pommes sauvages, il ne bougea pas, il secoua seulement un peu sa fourrure.
«Arrêtons-nous un instant, cria le hussard, moi, je vais te raser!»

Il dégaina son épée bien tranchante et le frappa plusieurs fois. C’était largement suffisant pour l’ours! Celui-ci prit la fuite en poussant des rugissements épouvantables. Il ne regarda ni à gauche, ni à droite, courut par monts et par vaux, comme si on lui avait arraché les yeux. Il ne s’arrêta qu’arrivé dans sa grotte.
Il fallut longtemps pour qu’il puisse se remettre debout et qu’il en sorte.
Une fois remis, il alla faire un tour et rencontra le loup!
«Alors, Compère Ours, dit le loup, c’est moi qui ai gagné le pari!
- Tu l’as gagné, c’est vrai! Ne t’inquiète pas dès que je me ressaisirai, je t’apporterai un lapin.
- Alors, es-tu d’accord avec moi pour dire que c’est l’homme qui est la bête la plus forte?
- Tu as raison, Messire Loup. C’est l’homme qui est la bête la plus forte! Je n’aurais jamais cru que je serais humilié à ce point-là! Quand je me suis rendu compte de ce qu’il m’avait fait, il m’avait déjà frappé deux fois. Cela ne me fit pas très peur mais quand il dégaina sa langue brillante et qu’il commença à me lécher avec elle, ce fut loin d’être une plaisanterie. Il vaut mieux être lâche une fois que mort pour le reste de la vie!»

Le sot du village





Il était une fois un empoté. Il croyait tout ce qu’on lui disait. Il oubliait tout ce qu’on lui confiait.
Un jour il se maria. Il vivait heureux avec sa femme. Leur bonheur durerait peut-être même aujourd’hui s’il avait eu assez de blé. Sa femme lui dit un beau matin:
«Va à la foire parce que nous n’avons plus de farine. Achète un boisseau de blé. Va le faire moudre pour que nous puissions cuire du pain.»
L’homme sot partit et pendant tout le chemin, pour ne pas oublier sa mission, il ressassa:
«Un boisseau de blé, un boisseau de blé…»
A un moment, il rencontra un paysan qui l’apostropha:
«Comment oses-tu me dire qu’il n’y a qu’un boisseau de blé? J’ai semé trois boisseaux dans mon champ. Et d’ailleurs, est-ce comme ça qu’il convient de saluer un paysan?
- Alors comment dois-je te dire bonjour?
- Dis plutôt que le Bon Dieu nous bénisse pour notre travail!
- D’accord, la prochaine fois c’est ce que je dirai.»
Il continua son chemin. Il vit au bord de la route deux hommes qui se bagarraient. Il s’approcha d’eux et enleva son chapeau.
« Que le Bon Dieu vous bénisse pour votre travail!
- Comment oses-tu nous dire une telle chose?
- Alors, comment dois-je dire?
- Dis plutôt que le Bon Dieu nous sépare!
- D’accord, la prochaine fois je dirai comme ça.»
Il reprit son chemin et rencontra un cortège de mariage. Les invités de la noce festoyaient, chantaient sur les charrettes attelées. La mariée et le fiancé étaient dans la première. Le sot sauta devant eux et dit:
«Que le Bon Dieu vous sépare!
- Nous venons de nous marier et tu nous souhaites déjà la séparation?
- Alors, comment dois-je m’exprimer?
- Tu aurais dû mettre ton chapeau sur ton bâton, tu aurais dû pousser des acclamations. «Hourrah, hourrah!»
- D’accord, la prochaine fois je ferai comme ça.»

Il continua son chemin .Il vit que deux bouchers menaient six cochons en direction de la ville. L’imbécile mit son chapeau sur son bâton et cria fort: «Hourrah! Hourrah!»
Les bouchers avaient déjà du mal à conduire leurs cochons, qui fonçaient à gauche, à droite. Mais quand ils entendirent le cri de cette godiche, ils partirent dans toutes les directions.

Le sot s’était pris des volées un peu partout, mais c’est ici qu’il a pris la pire !

samedi 5 janvier 2013

Ils donnent à boire au saule








Vous savez, il y a très longtemps, il y avait un grand saule tordu au bord de la rivière Szamos1 entre Csenger2 et Totfalu3. Il s'inclinait au point que son sommet n’était qu’à un empan de l’eau de la rivière.

Les gens allaient, venaient, vaquaient à leurs occupations autour de l'arbre, mais il n’était venu à l’esprit de personne que le saule pouvait avoir soif et qu’il serait bien de lui donner à boire. D'ailleurs, c’était sans doute la raison pour laquelle il était si penché. Mais dans son malheur, il ne pouvait atteindre l'eau, même en se faisant pousser des bourgeons.

Un jour, un pauvre homme passa par là et dit:
«Qu’est-ce qu’il peut avoir soif, ce pauvre saule!»

Il retourna à Csenger et demanda au juge de réunir huit autres personnes et ainsi former un groupe de dix hommes. Ensuite il proposa d’aller couper l’arbre, de le renverser dans la Szamos afin qu’il puisse s’imbiber d’eau et puis d’aller le remettre à sa place.

Les dix hommes y allèrent et se mirent à scier le grand saule. Celui-ci tomba dans l’eau. Il était déjà desséché et creux, aussi buvait-il l’eau de bon cœur. L’homme qui avait avancé cette idée dit:
«Vous voyez, Monsieur le Juge, comme il boit? Il devait vraiment avoir soif, le pauvre!
- Alors, laissons-le ici pendant une semaine. Nous reviendrons dans sept jours pour le sortir. Maintenant rentrons à la maison – dit le juge. Mais avant de partir, vérifions si nous sommes dix et assurons-nous que le grand arbre n’a pas emporté l’un d’entre nous avec lui dans l’eau.»

Le juge commença à compter, mais il ne se comptait jamais. Aussi recommença-t-il cinq fois, mais il trouvait toujours neuf. Il prit sa tête entre les mains, regarda vers le ciel et poussa un cri:
«Ohlala, l’eau a emporté l'un d'entre nous! Que vais-je faire? Je suis responsable de tous. Je ne rentrerai pas à la maison moi non plus, puisque nous avons perdu l’un des dix!»

Les autres se mirent à compter, ils ne retrouvèrent que neuf hommes, eux aussi. Le premier annonça qu’il ne rentrerait pas, lui non plus car il se sentait responsable de l’idée de venir ici et de donner à boire à l’arbre. A son tour, le dixième homme qui n’avait pas encore compté, s’y mit et dit:
«Vous savez, j’ai une idée! Égalisons ici la terre glaise, mettons-nous à plat ventre, fourrons tous le nez dans la terre glaise, ensuite nous allons compter le nombre de trou et nous allons savoir combien nous sommes.»

Ce fut ainsi. Ils se mirent à plat ventre et fourrèrent leur nez dans la terre. Cette fois, le compte était bon, il y avait dix trous. Ils sautèrent tous de joie:
«Nous sommes dix ! Ça y est ! Le compte est bon, nous sommes dix!»

Sur ce, ils rentrèrent à la maison et ils y sont encore s’ils ne sont pas morts entre-temps.

1 A prononcer "Samauche"
2 A prononcer "Tchènguère" – Ville de l’Est de la Hongrie
3 A prononcer "Tautfalou" – Ville de l’Est de la Hongrie