samedi 12 janvier 2013

Le roi Mathias et les gens de Rátót (Version Audio)

JE VOUS INVITE À ÉCOUTER CETTE HISTOIRE, NARRÉE PAR MICHEL LEFEVRE, UN FABULEUX CONTEUR BRETON:


Conte imaginé par Endre Stankowsky 

Un jour, le roi de Hongrie, Mathias était à peine arrivé à Rátót1 qu’en plein milieu du village, l'une des roues de sa voiture attelée se cassa net. La nouvelle de l'arrivée de Mathias se répandit vite. Les autorités se dépêchèrent d’aller le voir pour le saluer.
Les édiles l’accompagnèrent dans la Maison Communale afin qu'il puisse se reposer en attendant la réparation de la roue.
Ces doctes magistrats se réunirent vite et discutèrent de ce qu'ils allaient offrir au roi Mathias.

«Offrons-lui des noix ! proposa le notaire.
 -Offrons-lui plutôt des prunes! dit le juge, parce que les prunes de Rátót sont d'une qualité exceptionnelle.»

En effet, la région était connue pour cette culture là.

En écoutant cette proposition, ils furent tous d'accord. Ils mirent des prunes dans les paniers et ils se rangèrent afin de se présenter devant le roi. Le juge leur ordonna de tout faire de la même manière que lui et de l'imiter en chacun de ses gestes.
Quand ils arrivèrent devant le roi, le juge se présenta donc le premier, trébucha sur le tapis et tous les prunes tombèrent aux pieds de Mathias. Mais les autres n'attendaient que cela. Ils trébuchèrent les uns après les autres si bien que toutes les prunes s'étalèrent aux pieds du roi.
Mathias riait tellement qu'il faillit en tomber à la renverse.

Quand les gardes royaux virent la bêtise des gens Rátót, ils se mirent en colère, empoignèrent les prunes et les jetèrent à la tête de tous ces sots.
Les magistrats sortirent complètement affolés et partirent en tous sens dans les rues du village. Quand ils furent à l'abri de la colère des gardes, ils s’arrêtèrent et l'un d'entre eux s'exclama:

«Notre juge est quand même un homme intelligent. Il savait bien qu'il fallait offrir des prunes au roi ! Vous imaginez ce qui nous serait arrivé si nous lui avions apporté des noix?»

1 Village du comitat de Vas en Hongrie












jeudi 10 janvier 2013

Yanco Grain-d'orge


Source:meseoldal.blog.hu
Il était une fois un tailleur qui avait un fils. Il était si petit que,  parvenu à l'adolescence, il devint à peine plus
grand qu'un grain d'orge. Son corps était petit mais son courage était grand. Un beau jour il se mit devant son père, se redressa de toute sa taille et dit:
«Mon cher père, je veux parcourir le monde.
-Très bien. Que la chance t'accompagne sur ton chemin.»

Son père prit une aiguille, alluma une bougie et forma une petite boule de cire fondue qu'il piqua comme une poignée sur la tête de l'aiguille. Il remit alors cette arme minuscule à son fils.
«Tiens, maintenant tu as au moins une épée pour la route», dit le tailleur.
«Merci, mon père! Je vais bientôt partir mais avant cela je voudrais partager un dernier repas avec vous», dit le fils.

Sur ce, il bondit dans la cuisine pour regarder ce que sa mère préparait. Sur le feu, dans une grande marmite quelque chose mijotait.
«Qu'est-ce que nous allons manger, ma chère mère ?» demanda-t-il, se mêlant de ce qui ne le regardait pas.

La vieille dame n'aimait pas être dérangée pendant qu'elle faisait la cuisine.
«Regarde toi-même puisque tu es si curieux», lança-t-elle.

Bien sûr qu'il était curieux puisqu'il aimait les bons plats. Il sauta sur le poêle, bascula un peu le couvercle et jeta un coup d'oeil à la marmite d'où la vapeur jaillit. Celle-ci souleva le petit bonhomme et l'emporta par la cheminée. Yanco, c'était son nom, chevauchait pendant un bon moment le petit nuage frisé. Puis, il redescendit sans difficulté sur terre, regarda autour de lui et dit:
«Ça alors, je suis dehors, c’est donc ça le vaste monde!»

Il partit à la recherche d’un travail. Puisque son père l’avait formé à son métier, il se fit embaucher comme aide chez un tailleur. Le maître était content de son travail et Yanco de sa place. Il n’avait qu’une objection : il n’appréciait décidément pas les plats servis à table. Au bout d'un certain temps, il perdit son calme, alla dans la cuisine et dit:
«Écoutez moi, Madame! Si vous ne nous faites pas une meilleure cuisine, demain matin je m'en vais, mais avant j’écrirai à la craie sur votre portail:

En ce lieu que des patates,
de la viande tu n’as pas le bénéfice !
Adieu, Roi des patates !
Que Dieu te bénisse !»

La femme fut saisie de colère et donna un coup de torchon au petit bonhomme qui se réfugia sous un dé d'où il lui tirait la langue.
«Attends un peu, tu vas voir ce que tu vas voir!» dit la femme.

Le temps qu'elle soulève le dé, Yanco s'était déjà caché dans le pli du torchon. Quand la maîtresse de maison secoua le torchon, Yanco, d’un seul bond bien dirigé, sautait dans une fente de la table.
«Coucou, me voilà!» dit-t-il avec moquerie tantôt sortant de la table, tantôt jaillissant du tiroir, tantôt sautant sur le dossier d'une chaise.

La maîtresse de maison finit par attraper Yanco et le jeta brusquement à la porte.

Après un long vol, le petit aide tailleur s’écrasa par terre avec fracas. Il se remit debout promptement, se débarrassa de la poussière et reprit son chemin. Il marcha et marcha longtemps jusqu'à atteindre une immense forêt. La nuit tombait. Yanco regarda autour de lui. Il cherchait un endroit pour dormir. Il trouva quelque chose qui ressemblait à un tronc d'arbre parfaitement convenable pour y passer la nuit. Il s’apprêtait à s'allonger au pied du tronc quand celui-ci bougea. En effet, ce n'était pas un arbre mais l'un des pieds d'un homme qui attrapa Yanco par le col et le souleva. Yanco eut beau se démener, mais l’homme lui serrait très fort le cou. L’ascension l’étourdit pendant quelques secondes. Quand il reprit ses esprits, il se retrouva dans le creux de la main de l’homme. En regardant autour de lui, il vit une foule de visages mal rasés. Tous le dévisageaient et haletaient si fort que le pauvre Yanco Grain-d’orge croyait sentir un ouragan passer près de ses oreilles.

«Regarde ce Goliath!» dit d'un ton moqueur l'un des hommes.
«Il vaut plus que tous les passe partout du monde entier. Il n’est pas au monde un trou de serrure si petit où il ne pourrait entrer», dit un autre.
«Écoute, mon gars! Viendrais tu avec nous dans la trésorerie du roi? Tu vas te faufiler par le trou de la serrure et tu vas nous jeter par la fenêtre tout l'argent que tu trouveras. D'accord?» demanda le troisième.

Yanco hésitait un peu, et finalement il accepta. Il comprit qu'il se retrouvait en compagnie de voleurs et en cas de refus ils l'auraient tout de même emmené de force. Il s'installa donc dans la poche de l'un des voleurs et ils allèrent à la trésorerie royale. Mais celle-ci était bien gardée. Deux soldats à baïonnette se tenaient devant la porte. Après avoir débattu entre eux un bon moment, les voleurs finirent par trouver plus judicieux de contourner la trésorerie. Ils se cachèrent dans les buissons sous la fenêtre, laissant Yanco tenter de pénétrer dans la pièce en espérant que la garde ne le remarque pas.
«Tout ira bien! Pourvu que vous ramassiez tout ce que je vais jeter par la fenêtre!» ainsi approuva-t-il le projet.

Sur ce, avec fierté et témérité, il s'approcha de la porte en fer de la chambre du trésor. Il chercha un espace en bas de la porte pour s'éviter la peine de grimper jusqu'au trou de la serrure. En un rien de temps il en trouva un suffisamment large pour s’y faufiler. Il s'avéra qu'il avait sur estimé sa petitesse et il n'avait pas été assez prudent car l'un des gardes l'aperçut.

«Tiens! Quelle vilaine araignée, là, par terre. Je vais l'écraser.» dit-il à l'autre.
«Laisse la vivre, la pauvre! Elle ne t'a pas fait de mal!» répondit son compère.

Ainsi Yanco parvint à la chambre du trésor. Il ouvrit la fenêtre et siffla doucement pour que voleurs sortent des buissons. Yanco se mit à jeter les thalers d'or1 par la fenêtre.

Alors qu'il était en pleine action, il entendit tout à coup des pas approcher, puis la clé grincer dans la serrure. Le roi arriva pour passer en revue son trésor. Aussitôt, Yanco se cacha derrière une pile de pièces. Le roi comprit tout de suite que bien des thalers d'or manquaient. Il ne pouvait imaginer que cela soit possible: qui serait donc le voleur? Le roi gardait toujours la clé sur lui. Ni le cadenas, ni la serrure n'avaient le moindre défaut, de plus la garde était à sa place. Il médita pendant un bon moment. Ne trouvant aucune explication, il retourna dans ses appartements. En passant près des gardes, il leur dit quand même :

«Soyez plus vigilants, faites attention au trésor! Quelqu'un pille les pièces d'or!»

Les soldats prirent peur et tendirent l'oreille. Le roi parti et le silence revenu. Ils entendirent soudain le cliquetis des pièces d'or, Yanco s'était remis à la tâche. Les gardes coururent vite récupérer la clé, la glissèrent dans la serrure, l'ouvrirent et se précipitèrent dans la chambre du trésor pour surprendre le voleur la main dans le sac.

Mais Yanco fut plus rapide qu'eux. Il courut le long du mur et se cacha dans un coin, derrière une pièce d'or. On ne voyait même pas le bout de ses oreilles.
«Où suis je? Je suis ici!» cria Yanco malicieusement.

Le temps que la garde arrivât, il s'était déjà caché dans un autre coin derrière une autre pile de thalers.
«Où suis je? Je suis ici!» cria t il.

Pendant un bon moment, les pauvres soldats coururent de gauche à droite dans la chambre du trésor; mais ils se lassèrent de cette veine poursuite.
«Eh bien, soit!» pensèrent ils.

Ils fermèrent à clé la chambre du trésor, s'assirent de part et d'autre de la porte de fer et ils s'endormirent épuisés. Pendant qu'ils dormaient, Yanco jeta par la fenêtre toutes les pièces d'or. Il sortit par la fenêtre en chevauchant le dernier thaler.

Les voleurs ne cessèrent pas de le complimenter:
«En un mot: tu es un vrai héros! Voudrais tu être notre chef?»

Yanco n'avait aucune envie de le devenir.
«Que je finisse à la potence, sûrement pas!» pensa-t-il.

Néanmoins, il répondit poliment aux voleurs.
«Merci de cet honneur, mais je me dois de décliner votre offre car j'aimerais voir le monde.»
«D'accord, mais partageons au moins le butin!», répondirent les voleurs.

Mais Yanco n'en voulut pas la moindre pièce. Il attacha son épée autour de sa taille, fit ses adieux aux voleurs et reprit sa route. Il travailla ici et là mais il fut vite renvoyé de partout parce qu'il ne tolérait pas l'immobilité.

Après une longue errance, il se fit enfin embaucher par un aubergiste comme serviteur. Mais bientôt, les serveuses ne le supportèrent plus. En effet, le petit bonhomme avait surpris tous leurs secrets.
«Depuis que ce chenapan est ici, nous ne pouvons même pas chaparder une bouteille de vin dans la cave», se disaient-elles. Elles l'auraient volontiers fait disparaître de la surface de la terre.

Mais comment faire? Il fallait juste attendre que l'occasion se présente. Un jour, l'une des serveuses fut envoyée faucher l'herbe dans le jardin. Yanco s'agitait autour d'elle en gambadant d'un brin d'herbe à l'autre.
«Attends, je vais te montrer de quel bois je me chauffe, petit vaurien», pensa-t-elle.

Sur ce, elle lança sa faux et du même coup coupa l'herbe là où Yanco était assis. Il n'eut même pas le temps de dire ouf que la fille le ramassa avec le foin frais. Elle attacha le tout dans une grande toile qu'elle jeta devant le troupeau, où une grosse vache noire avala Yanco avec l'herbe d'un seul trait.

Dans la panse de la vache, régnait une obscurité dense, même pas une petite lueur de bougie. Le petit garçon se sentait très mal dans cette nuit noire. Il attendait impatiemment l'occasion de s'échapper.
Bientôt, celle-ci se présenta car l'heure de la traite arriva. Yanco cria:

«Hopp la ho! Hopp la ho!
Il est temps d'apporter les seaux!»

Mais sa voix se perdit dans le beuglement des vaches. Après la traite, l'aubergiste descendit à l'étable, s'arrêta devant la vache noire et dit:
«Demain, il faudra abattre cette bête.»

Yanco fut effrayé et se mit à hurler à pleins poumons.
«Laissez moi sortir! Je suis à l'intérieur!»
«Où?», demanda l'aubergiste, qui entendait la voix sans savoir d'où elle venait.
«Dans la vache noire!», cria Yanco.
«Tu plaisantes?», demanda avec colère l'aubergiste en croyant à une farce de son domestique. Et il s'en alla.

Le lendemain matin, on abattait la vache et on en fit des petits morceaux. Par chance, Yanco ne fut pas blessé, on le mélangea à la chair à saucisse : salé, poivré et pimenté si bien qu'il ne cessait d'éternuer. Encore une poignée de lard à la recette et le boucher fit les saucisses.

Dans le boyau Yanco manquait de place. Puis, on accrocha les saucisses dans le fumoir où Yanco aurait pu rester et sécher jusqu'à la fin des temps.
Par chance, en plein hiver un hôte arriva à l'auberge et voulut à tout prix manger de la saucisse au petit déjeuner.
«Va chercher une saucisse!» dit la patronne à la fille de cuisine qui décrocha celle où Yanco passait l'hiver.

Ainsi, Yanco descendit du fumoir mais il n'était pas encore hors de danger. La femme de l'aubergiste se mit à couper la saucisse en tranches. Le couteau coupa sec, les tranches tombaient les unes après les autres tandis que Yanco agitait la tête de droite et de gauche afin d'éviter la lame. Quand avec une tranche il tomba sur la planche, il n'hésita plus et se sauva. Il avait déjà eu dans cette maison tant de malheurs qu'il ne voulait plus y rester. Il prit ses jambes à son cou, et sauve qui peut, il ne s'arrêta pas jusqu'à ce qu'il ne soit arrivé aux champs.
«Enfin, je suis au grand air», soupira t il.

Il était sur le point de prendre une grande bouffée d'air frais quand par étourderie un renard errant l'avala avec une sauterelle.
Le petit aide tailleur rassembla toutes ses forces, se campa sur ses jambes et s'accrocha bien fort à la gorge du renard pour ne pas y glisser. Il se mit à crier.
«Ecoute moi, Compère Renard! Je suis le petit Yanco Grain-d'orge, laisse moi sortir!
-Tu as bien raison! Pourquoi j'avalerais un petit de rien du tout? Si tu me promets de me donner les poules de ton père, tu pourras sortir», dit le renard.

Yanco promit. Sitôt dit, sitôt fait, le renard le laissa sortir, et le ramena chez ses parents qui se réjouirent de le revoir. En échange de leur fils, ils donnèrent au renard toute la basse cour. Mais le vieux tailleur avait de la peine car il était attaché à ses magnifiques poules blanches et noires. Voyant sa tristesse, Yanco prit place devant son père et lui dit:
«Ne pleurez pas, mon cher père, je vous ai apporté quelque chose en échange des poules.»

Avec une grande fierté, Yanco donna à son père les quelques thalers gagnés pendant son aventure.

1 Le thaler ou taler est une pièce de monnaie, existant à partir de 1518 en Bohème.

La soupe au caillou




"La soupe au caillou", imaginé par Luca (6 ans)


Il était une fois un jeune soldat qui venait de rentrer de la guerre. Affamé et vêtu de guenilles, il allait de village en village. Mais bien sûr, il n'y avait personne pour lui offrir une bouchée de pain ou un peu de soupe chaude. Il allait de maison en maison, ici on lâcha les chiens et là, on faisait semblant de ne rien avoir. Ainsi poursuivant sa route, il décida :
«Quoi qu'il m'en coûte, dans la prochaine maison où j'entrerai, c'est moi qui ferai une soupe!»
Devant un portail, il trouva un caillou, le ramassa et entra dans la première maison qui était sur son chemin. Elle appartenait à une vieille dame.

«Bonjour la vieille!
-Bonjour mon brave!
-Comment va la santé?
-Elle va comme elle va. Et la vôtre?
-Elle va comme elle peut, mais j'ai faim, je voudrais manger si vous aviez quelque chose à me donner.
-Ah, mon brave, si j'avais quelque chose à donner, je vous le donnerais. Mais moi même, je suis pauvre comme un rat d'église. Je n'ai rien, ma réserve et mon grenier sont vides.
-Alors je ne suis pas aussi pauvre que toi parce que j'ai un beau caillou dans ma poche. Je pourrais en faire une soupe mais j'ai besoin pour cela d'une marmite, dit le soldat.
-Je peux t'en prêter une, acquiesça la vieille dame. Mais je n'ai rien à y mettre.»

Le soldat lava bien le caillou et le mit dans la marmite. La vieille fit du feu. Le soldat versa de l'eau sur le caillou et mit la marmite sur le feu. Il remua plusieurs fois avec une longue cuillère en bois. La vieille dame le regardait du coin de l'oeil. Le soldat goûta la soupe.

«Pour être bonne, elle est bonne, dit le soldat en claquant la langue. Si vous aviez un peu de sel à mettre dedans, elle serait encore meilleure.
-J'ai du sel», dit la vieille.

Le soldat en ajouta dans l'eau, remua et dit:
«Vous savez, si vous aviez une cuillère de saindoux, ça l'améliorerait bien.
-J'en ai, je vous l'apporte tout de suite», dit la vieille.

Elle revint avec une cuillère de saindoux. Ils l'ajoutèrent doucement dans la marmite. Le soldat remua l'eau, goûta, et regarda du coin de l'oeil la vieille dame.

«Vous savez, je sais bien préparer la soupe mais toujours avec de la saucisse. Comme c'est bon!» dit le soldat.
«J'ai de la saucisse, je vais en chercher un morceau dans la réserve», répondit la vieille.
«Prenez en donc deux morceaux, la vieille, un pour vous, un pour moi», dit le soldat.
«J'arrive, j'arrive!» dit la vieille.

Elle revint avec deux morceaux de saucisse. Le soldat les mit dans la marmite, remua et goûta la soupe.

«Vous savez, si vous aviez quelques pommes de terre, nous pourrions les ajouter! Et si vous aviez d'autres légumes, nous la préparerions vraiment comme il se doit.
-J'ai des pommes de terre et des légumes, je vais les chercher», dit fièrement la vieille en se redressant.»

Elle revint vite avec des carottes, du persil et des pommes de terre. Ils les épluchèrent et les mirent dans la soupe. Le soldat remua, goûta et tendit la cuillère en bois à la vieille dame pour qu'elle y goûte, elle aussi.

«Allez, goûtez la, maintenant elle est vraiment bonne.»

La vieille dame s'exécuta et s'en lécha les babines.
«Je n'aurais jamais cru que l'on puisse préparer une si bonne soupe avec un caillou», admit elle.

Ils laissèrent mijoter la soupe encore quelques minutes, puis le soldat dit:
«Si par hasard vous aviez quelques grains de riz, ce serait bien.
-J'en ai», dit elle en s'empressant autour de la marmite.

Ni une, ni deux, ils jetèrent une poignée de riz dans l'eau et d'un air satisfait, le soldat se frotta le ventre.
«Maintenant elle est aussi bonne que celle que je prépare d'habitude», dit il.

Ils attendirent que la soupe soit entièrement cuite. Le soldat s'en servit dans une grande assiette, ensuite il fit pareil à la vieille dame. Ils la mangèrent, tous les deux, de bon coeur.
La vieille n'arrêta pas de s'étonner de la qualité de la soupe au caillou. Quand ils furent rassasiés, elle se tourna vers le soldat.

«Dites moi, mon brave, auriez-vous la gentillesse de me vendre ce caillou? Je n'ai souvent rien à cuisiner et avec ce caillou je pourrais concocter une bonne soupe.
-Bien sûr que si, répondit du tac au tac le soldat en riant dans sa barbe. Pour cent deniers, le caillou est à vous.»

Elle régla vite fait la somme et sortit le caillou de la marmite. Elle l'enroula dans un torchon propre, et elle le mit de côté au cas où un jour elle voudrait préparer une bonne soupe.
Cent deniers dans la poche, le soldat dit très vite au revoir à la vieille dame pour qu'elle ne revienne pas sur sa décision et qu'elle ne lui redemande pas l'argent. Maintenant qu'il était rassasié et avait cent deniers, il marcha gaiement sur la route jusqu'au soir où il trouva une autre vieille dame qui ne savait pas comment il fallait faire la soupe au caillou. Chez elle, il mangea de nouveau à sa faim.
Par contre, je suis incapable de vous dire quelle soupe elle a pu faire avec la pierre.




Le prince transformé en tulipe



"Le prince transformé en tulipe" , imaginé par Raphaëlle (7 ans)



Il était une fois un roi qui avait un fils unique. Un jour, le fils dit à son père :
« Mon cher père, maintenant je m'en vais et je ne reviendrai pas tant que je n’ai pas trouvé la fille la plus belle au monde.
- Vas-y, mon fils, dit le père, je te souhaite bonne chance. »

Le prince suivit un chemin qui le mena dans une forêt dense. Dans un buisson plein d'épines, une corneille croassa désespérément. Elle n'arrivait pas à se dégager des branches épaisses et épineuses.
Le prince, qui avait bon cœur, l'aida à se libérer. La corneille lui dit:
« Tire une des plumes de mon aile et si un jour tu rencontres des difficultés, lance-la en l'air et j'arriverai tout de suite à ton aide. »

Le prince rangea la plume et continua son chemin. En avançant sur la route, il aperçut un petit poisson qui s'agitait dans le creux asséché tracé par une roue de charrette. Le prince eut pitié du petit poisson, l'amena au lac et le jeta dans l'eau. Le poisson lui dit:
« Prends une écaille sur mon dos et si un jour tu rencontres des difficultés, jette l'écaille dans l'eau, et j'arriverai tout de suite à ton aide. »

Plus loin, sur son chemin, il aperçut un vieil homme qui avait faim et soif. Le prince lui donna de bon cœur à boire et à manger. Le vieil homme lui dit:
« Arrache deux de mes cheveux et si un jour tu rencontres des difficultés, lâche-les et j'arriverai tout de suite à ton aide. »

Le prince reprit son chemin et le troisième jour, il arriva à la lisière d'un village. Il entendit dire des villageois qu'un vieux roi y habitait. Il avait une très belle fille et celui qui voulait l'épouser, devrait se cacher trois fois de manière à ce que la princesse ne le retrouve pas.
« Alors, je tente ma chance », pensa le prince.

Il alla chez la princesse et la demanda en mariage. Elle lui dit qu'il devrait se cacher trois fois et que s'il réussissait à le faire au moins une fois sans qu'elle le retrouve, alors elle l'épouserait.

Le prince jeta en l'air la plume. Les corneilles arrivèrent en grand nombre et l'amenèrent au sommet d'une grande montagne. Mais la princesse y alla directement, le retrouva et se moqua de lui.

Le lendemain, le prince jeta l'écaille dans un lac. Un immense poisson nagea vers le bord du lac. Le prince se cacha dans son ventre, mais la princesse arriva avec une épuisette, pêcha le poisson et trouva le prince. Elle se moqua de lui.
Le troisième jour, il libéra les deux cheveux. Le vieil homme arriva et caressa le prince qui se transforma en tulipe. Le vieil homme fixa la tulipe sur le bord de son chapeau. La princesse le chercha en vain.

Le soir, elle annonça officiellement que son prétendant restait introuvable. A ce moment-là, le vieil homme se présenta devant la princesse et lui donna la tulipe rouge. La belle princesse donna un baiser à la fleur qui redevint immédiatement prince.
« Tu es à moi, je suis à toi », dit la princesse.

Les noces eurent lieu le soir même.

Le prince trouva ainsi la plus belle fille au monde et l'amena chez lui, dans son village.

mercredi 9 janvier 2013

Le cerf merveilleux



"Le cerf merveilleux" , imaginé par Raphaëlle (7 ans)




Il y a bien longtemps dans le lointain Orient, à l'endroit où deux grands fleuves se jetaient dans la Mer bleue-comme-le-ciel, s'étendait une ville pleine de richesse et d'une merveilleuse beauté. Sa renommée s'était répandue jusqu'à la limite des terres connues. Nimrod, le roi de cette ville, avait une réputation de sage et de juste. Il allait très souvent à la chasse. Il avait deux fils dont il était très fier. L'aîné s'appelait Hunor, le cadet Magyar. Dès leur plus jeune âge, ils accompagnaient leur père dans toutes ses sorties. Avec le temps, ils devinrent de forts et vaillants gaillards et d'excellents chasseurs. A l'image de leur père, ils adoraient cet art. Ils maîtrisaient à la perfection l'arc et dans les combats leur supériorité écrasante terrassait leurs adversaires à tous les coups.

Un jour, les deux frères décidèrent d'aller à la chasse sans leur père. Chacun choisit cinquante jeunes soldats et tous partirent jusqu'à la frontière du royaume de Nimrod. Ils abattirent avec leurs flèches une centaine d'oiseaux et du gibier. Alors qu'ils s'apprêtaient à rebrousser chemin, devant eux apparut à la lisière de la forêt un cerf d’une beauté merveilleuse. Ils n'en avaient jamais vu de pareil : le cerf était blanc comme neige, ses yeux brillaient comme le diamant, ses deux bois étaient enlacés comme une couronne. Tous étaient fascinés par la beauté du cerf. Le cri tonitruant de Hunor rompit le profond silence.

«A cheval! Abattons-le!»

Rapides comme l'éclair, ils sautèrent en selle et partirent à la poursuite du gibier. Leurs chevaux coururent plus vite que l'ouragan, mais le cerf était toujours plus rapide. Les flèches volèrent , mais le cerf était toujours le plus rapide. Toute la journée, ils le poursuivirent par monts et par vaux. Au coucher du soleil, soldats et chevaux étaient tous épuisés. Ils perdirent complètement de vue le cerf merveilleux. Les deux frères et leurs soldats montèrent le camp et firent un grand feu sur lequel ils préparèrent un savoureux dîner avec le gibier fraîchement abattu.
Autour du feu de camp, ils bavardèrent longuement car ils ne parvenaient pas à oublier le cerf merveilleux.

A l'aube, Hunor et Magyar, déjà levés, s'apprêtaient à rebrousser chemin. Au moment du départ, le cerf merveilleux, comme s'il était sorti de terre ou descendu du ciel, réapparut devant eux.

«Soldat! A cheval! Je donne cent pièces d'or à celui qui l'abat», cria Magyar.

«Allez! Allez!»  crièrent les soldats qui reprirent en chasse le gibier par monts et par vaux. Ils poussèrent des cris de guerre et le tonnerre des  sabots troubla le silence de la région. Ils lancèrent des milliers de flèches, mais à chaque fois le cerf échappa aux vaillants soldats.

Cette chasse sans relâche épuisa hommes et bêtes. Après le dîner, l'humeur n'était pas aussi joyeuse que la veille. Seuls quelques soldats avaient envie de chanter et de danser. Ils pensaient sans cesse à l'animal merveilleux, si bien qu'ils se parlaient peu.

«Demain matin, nous reprendrons le chemin du retour», dit Hunor.
«Qu'il en soit ainsi!» approuva Magyar.
«Nous ne nous laisserons pas séduire par cette bête même si elle est de toute beauté», murmurèrent la plupart d'entre eux.

Le lendemain, tous étaient à cheval quand réapparut devant eux le cerf merveilleux. Il était d'une beauté céleste, il était fier, irrésistiblement beau.

Les deux frères échangèrent un regard, se comprirent sans dire un traitre mot et acquiescèrent. Les éperons enfoncés dans les flancs de leurs chevaux, les cent-deux cavaliers se lancèrent sur leurs cent-deux montures dans une poursuite infernale.
Le cerf attira et mena ses poursuivants toujours plus loin du royaume de Nimrod. Personne ne saurait dire combien de montagnes, de rivières et de plaines ils laissèrent derrière eux.

Au soleil couchant, la troupe fit halte à la lisière d'une immense forêt. Ils mangèrent sans faim la viande fraîchement cuite. Ils n'avaient envie ni de danser, ni de chanter, leur regard se perdait dans le vague. Les hommes, les uns après les autres rejoignirent leur couche. Hunor et Magyar firent de même. Vers minuit, réveillés par une brise qui traversa la forêt, les deux frères croyaient entendre des bribes de conversation.

Magyar partit en direction du bruit, Hunor lui emboîta immédiatement le pas. Arrachés au sommeil, les soldats se levèrent promptement, et à pas de loup suivirent les princes.Ils arrivèrent bientôt dans une clairière où ils virent chanter et danser cent-deux jeunes filles. Sans hésiter, ils approchèrent.

Hunor et Magyar choisirent parmi elles les deux princesses et se partagèrent le pays. La province du soleil couchant fut attribuée à Hunor. Ses enfants devinrent les Huns. La province du soleil levant fut attribuée à Magyar. Ses enfants devinrent les Magyars.

   

mardi 8 janvier 2013

Le renard et le loup



"Le renard et le loup" , imaginé par Maiwenn (5 ans)





Il était une fois un loup et un renard. Un jour, le renard se coucha sur le chemin. Un charretier qui passait par là, le ramassa et le mit à l’arrière de sa charrette où il y avait déjà trois fromages. Le renard en saisit un, sauta avec et s'échappa. 

En le voyant, le loup dit au renard:
«Où as-tu trouvé ce fromage?
- Viens avec moi, je vais te montrer», répondit le renard.

Ils allèrent à un étang. Il faisait noir, la lune jetait une clarté sur l'eau.
«Si tu bois toute l'eau, tu trouveras un fromage en dessous», dit le renard au loup.

Le loup se mit à boire, mais il ne pouvait pas tout vider, il tomba malade. Quand il se rétablit, ils allèrent vers une maison où il y avait de la musique et une noce.Tout à coup, ils se dirent:
«Nous ferions un meilleure festin si nous pouvions monter au grenier où il y a des poules.»

Ce fut ainsi. Quand ils furent rassasiés, ils se sauvèrent. Ils coururent pendant un bon moment quand ils trouvèrent un long piquet pointu. Le renard demanda au loup:
«Pourrais-tu sauter par-dessus?»

Le loup le fit.
«Maintenant essaie de sauter avec le dos tourné au piquet!», dit le renard au loup.

Le loup l'essaya mais le piquet lui rentra dans le ventre. Le renard lui dit:
«Secoue-toi bien! Tu vas voir, tu vas réussir à en sortir!»

Quand le piquet rentra bien dans le ventre du loup, le renard lui dit:
«Au nom du Père et du Fils,

Depuis longtemps je te tourmente,
Car tu as vendu la peau de l'ours
Avant de l'avoir tué.»

lundi 7 janvier 2013

Les braises magiques





Il était une fois deux frères. L'un était très riche, l'autre était très pauvre. Le riche avait beaucoup de terres, un grand troupeau de chevaux et de bovins. Le pauvre n'avait même pas une chèvre maigre, par contre il avait beaucoup d'enfants. Le riche, quant à lui, n'avait ni fils, ni fille.
Un jour, le pauvre envoya un de ses enfants chez son frère riche pour demander un peu de farine et de petit-lait. Le riche ne lui donna rien du tout et l'enfant rentra à la maison en pleurant.
Le pauvre homme fut affligé par le comportement de son frère. Les enfants pleuraient de faim. Le pauvre homme se mit alors en route et alla travailler dans le village voisin.
Le soir, en rentrant à la maison, il aperçut du feu dans la forêt. Il faisait tellement froid qu’il pensa s'en approcher pour se réchauffer un peu. Quand il fut tout près du feu, il vit qu'un vieil homme était assis là.                  
« Bonsoir, vieil homme, dit le pauvre.

« A toi aussi, mon fils. Que fais-tu par ici? »

Le pauvre raconta son chagrin, ensuite salua poliment le vieux et rentra. A la maison les enfants pleuraient davantage : toute la journée, ils n’avaient mangé qu’un peu de patates et ils avaient très froid.
Le pauvre homme dit à sa femme : « Va chez mon frère et dis-lui qu'il nous donne au moins un peu de braise sinon les enfants vont mourir de froid! »

La femme partit mais revint vite en pleurant car le riche ne lui avait rien donné.
« Bon, d'accord, je vais chercher la braise moi-même, dit le pauvre, mais je la trouverai ailleurs. »

Il retourna dans la forêt. Le vieux était toujours à côté du feu. Il lui demanda de la braise.
« Prends-en, mon fils, une bonne pelletée. Ce qui ne rentrera pas dans ton fourneau, tu pourras l'étaler dans ta cour. »

Le pauvre le remercia et rentra à la maison avec la braise. Elle réchauffa bien toute la maison à tel point que le pauvre mit la moitié des braises dehors.
Le lendemain, au réveil, ils virent que le fourneau était rempli de pièces d'or. Il y en avait dans la cour également. Ils les ramassèrent et voulurent les peser mais ils n'avaient pas de boisseau. Le pauvre alla chez son frère demander un boisseau.
« Je te le prête à condition que demain tu fasses tes heures de travail chez moi. »

Le pauvre le lui promit. Une fois à la maison, ils pesèrent les pièces d'or : sept boisseaux en furent pleins. Quand l'un des enfants rendit le boisseau, le riche vit briller une pièce d'or au fond. Dans sa grande précipitation, le frère pauvre ne s'était pas aperçu qu’une pièce y était restée. Quand il la trouva, le frère riche arriva en courant chez lui comme s'il avait été mordu par un chien. Il resta bouche bée quand il vit la quantité d'or.
« D'où vient cet or? », demanda-t-il avec envie.

Le pauvre lui raconta qu'il avait reçu de la braise d'un vieil homme, et qu’il avait étalé le surplus dans la cour. C'est comme cela qu'il avait eu les pièces d'or. Le riche s'en réjouit, alla tout de suite dans la forêt et prit de la braise non pas avec une pelletée mais avec un chaudron. Il rentra en courant tellement il était heureux!
« Mon frère est fou, pensa-t-il, il est vrai qu'il a toujours été comme ça. Je vais lui montrer que j'aurai plus d'or que lui. »

A la maison, il n'étala pas le surplus uniquement dans la cour mais il en mit dans la grange et au grenier. Il était incapable d'attendre le matin et il se leva à l'aube pour ramasser les pièces d'or. Ce fut sa chance, car s'il était resté au lit plus longtemps, il serait mort dans l'incendie de sa maison. Toute la maison fut réduite en cendres et il perdit tous ses biens.