vendredi 15 mars 2013

Pourquoi le renard est-il roux?

Il était une fois un petit ruisseau qui coulait lentement. Des écrevisses nageaient gaiement dans son eau. Tout près de ce ruisseau se trouvait un terrain broussailleux habité par des renards.

Par une belle journée d’été bien chaude un renard eut très soif. Il descendit boire au bord du ruisseau. En buvant tranquillement, gorgée après gorgée de l’eau fraîche, il aperçut tout à coup une écrevisse. Elle ne nageait pas comme les autres animaux, vers l’avant, mais bien vers l’arrière. Le renard dit:

«Dis donc, heureusement que le bon Dieu n’a pas créé d’autre animal aussi incapable que toi, qui n’avance jamais vers l’avant mais vers l’arrière!»
L’écrevisse s’approcha du bord de l’eau et lui répondit:

«Peut-être, mais je cours quand même plus vite que toi, espèce de crâneur! Regarde là-bas, il y a un vieux chêne. Celui qui y arrivera le premier, gagnera la course. En plus, je te permets de commencer avec trois pas d’avance. Quand je dirai un, deux, trois, partez! cours autant que tu le peux, car de toute façon j' arriverai avant toi.»

Le renard rit de bon cœur.

«Marché conclu! dit-il en souriant. On verra qui sera le vainqueur!»

Pendant ce temps, sans se faire remarquer, l’écrevisse s’accrocha à la queue du renard avec ses pinces. Puis, elle donna le signal du départ:
«Un, deux, trois … Partez!»

Le renard s’élança. Après avoir fait un bon bout de chemin, il se dit:

«Elle m’a bien eu, celle-là. Il se peut qu’elle ne soit même pas sortie de l’eau et qu'elle m’ait quand même bien fait courir. Tant pis, je vais continuer le chemin qui me reste encore à parcourir!»

Il arriva au chêne, se retourna et à ce moment-là l’écrevisse lâcha rapidement la queue du renard. Elle se planta devant lui et dit:

«Ce n’est que maintenant que tu arrives? Moi, je suis là depuis longtemps. Qu’est-ce que tu as fait jusqu’ici? Tu vois, tu étais présomptueux et finalement c’est moi qui ai dû t’attendre!»

Le renard eut honte et devint tout rouge. C’est depuis ce temps-là que le renard a un pelage roux.



vendredi 8 mars 2013

Le roi Mathias et le pauvre bûcheron




Un jour que le roi Mathias se promenait dans la forêt, on ne sait pas comment, il se perdit. Il chercha son chemin, il erra sans retrouver la route qui l'aurait mené hors de la forêt. Il aperçut un pauvre bûcheron, il s'approcha de lui et le salua:

«Que le bon Dieu t'apporte son aide, pauvre bûcheron!
-Cela ne me ferait pas de mal», dit le bûcheron ne reconnaissant pas l'homme qui lui adressait la parole. Il prenait le roi Mathias pour un grand seigneur.
Celui-ci lui dit:

«Alors, mon pauvre homme, est-ce que tu as des enfants?
-Oui, j'en ai quatre, deux beaux garçons et deux filles.
-Dis-moi, as-tu de l’argent?
-J'ai juste ce qu'il me faut. Mais tu sais, je dois le partager en trois.
-Et comment fais-tu cela? demanda le roi.
-Je rembourse mes dettes avec une partie et je prête l'autre partie.
-Et la troisième partie?
-Je la jette dans la boue.
-Dis donc, je n'ai jamais entendu un discours pareil, dit le roi Mathias. Mais dis-moi comment je dois comprendre ce que tu viens de me dire?
-Concernant le remboursement de mes dettes, j'ai voulu dire que mon père et ma mère qui m'ont élevé, sont encore en vie et c'est moi qui les entretiens. C'est pour cela que j’ai dit que je rembourse petit à petit mes dettes.
Pour le prêt, j'ai voulu dire que chaque fois que mes fils ont besoin d’argent, je le leur en prête en espérant qu'ils me le rendront quand je serai vieux.
-Et quelle est la troisième explication?
-Jeter mon argent dans la boue veut dire que je le dépense pour mes deux filles. Je leur achète des vêtements mais elles ne me le rendront jamais. Elles vont se marier et elles vont me quitter.
-Tu as l'esprit vif! dit le roi Mathias. Mais tu sais, pauvre vieux, je me suis perdu dans cette grande forêt. Serais-tu assez gentil pour me reconduire d’ici?
-Hélas, Monsieur, je n'ai pas  le temps de reconduire quiconque. Je suis pauvre, vite je dois aller travailler.
-Je veux bien te payer la journée! Je t’en supplie, conduis-moi hors de la forêt!
-D'accord, si vous me payez, je le fais de bon cœur.»

Sur ce, ils prirent la route. Ils marchaient doucement et bavardaient. Le roi Mathias lui demanda:

«Dis-moi, as-tu déjà vu le roi?
-Jamais, mais je voudrais bien le voir avant de mourir.
-Quand nous serons sortis de la forêt, il y aura beaucoup de gens qui travailleront dans les champs. Quand ils auront vu le roi, ils enlèveront leur chapeau. Seul le roi gardera le sien. Tu le verras à ce moment-là.»

A peine termina-t-il sa phrase qu'ils arrivèrent près des champs. En effet, beaucoup de paysans étaient en plein travail mais quand ils aperçurent le roi, ils ôtèrent tous leur chapeau.
Le pauvre homme dit:

«Regardez, Monsieur, tout le monde est tête nue. Ce n'est que nous qui avons notre chapeau. Alors qui est le roi d’entre nous? Moi ou vous?
-Il est sûr que l'un d'entre nous l’est!», dit le roi Mathias en tapant sur l'épaule du pauvre homme.

Le roi Mathias récompensa largement le pauvre et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.
Tout est vrai jusqu'à la dernière lettre. Je vois cela comme si tout s'était passé hier.


Andrásfalva (La Bucovine)


vendredi 1 mars 2013

Le Bonhomme Hiver

Il était une fois, à la lisière d’une grande forêt, une petite maison. Dans cette petite maison vivaient un vieil homme et sa femme. Pendant toute leur vie, ils furent pauvres et le restèrent, même s’ils travaillaient dur et vivaient chichement. Le vieux mit de l'argent de côté, qu’il cacha dans un vieux bas pour qu’ils aient de quoi vivre quand ils ne pourraient plus travailler.
«Cet argent tombera bien quand l’hiver arrivera», disait souvent le vieil homme, chaque fois qu’il jetait un coup d’œil sur le vieux bas.

Un jour, il alla couper du bois dans la forêt et laissa sa femme seule à la maison. Tout à coup, on frappa à la porte. La vieille regarda par la fenêtre et vit un vieillard devant la porte.
«Qui es-tu, toi, vieillard? Qui es-tu et que veux-tu?» demanda la femme.
«Je viens te demander l’aumône. Je suis le vieux Bonhomme Hiver.
-C’est toi, Hiver? Alors, rentre! Depuis longtemps, nous mettons de côté un petit pécule pour que nous ayons de l'argent quand tu vas arriver!»

La vieille femme mit dans la main du vieillard le bas avec tout l’argent que son mari avait amassé, sou par sou grâce à son dur travail. Quand son mari rentra, sa femme lui raconta gaiement:
« Le Bonhomme Hiver est venu chez nous et il a emporté notre argent!
-Oh mon Dieu! Tu ne lui as tout de même pas donné notre argent, celui qu'on a mis de côté?» se lamenta le mari.
«Bien sûr que si! Un vieillard a frappé à la porte et a dit qu’il s’appelait Hiver, je lui ai donc donné l'argent. C’est toi qui as dit qu’un jour cet argent tombera bien quand l’Hiver viendra frapper chez nous», répondit la vieille.
«Nous avons perdu tous nos biens. Il n’y a plus rien à faire, prenons nos cliques et nos claques, et allons de par le monde pour tenter notre chance», soupira le vieux.

Ainsi firent-ils. Ils se mirent en route vers le monde inconnu et ils quittèrent leur petite maison. Ils décrochèrent juste la porte et l'emportèrent avec eux pour dormir dessus pendant la nuit. Ils traversaient une épaisse forêt quand la nuit tomba. Le vieux choisit un arbre au feuillage bien fourni. Il y monta avec la porte et avec sa femme puis ils se couchèrent sur la porte. Bientôt ils s'endormirent.

La lune était déjà très haute dans le ciel quand un grand bruit et un grand tintamarre les réveillèrent. C'était des voleurs qui parcouraient la forêt. Ils se reposèrent sous l'arbre dont les branches tenaient la porte, servant de lit au vieux couple. Les brigands sortirent leur butin, beaucoup d'or et de bijoux. Ils s'apprêtèrent à le partager, mais ils se fâchèrent, car chacun voulait en garder la plus grande partie. Le chef des voleurs se mit en colère et cria :
«Que le diable vous emporte!»

Sur ce, le vieux saisit la porte et la jeta sur les brigands en criant encore plus fort que leur chef :
«Voici le diable!»
Il n'en fallait pas plus aux voleurs! Tous, autant qu'ils étaient, s'enfuirent de tous côtés en laissant le butin sur place. Les vieux descendirent de l'arbre. Ils mirent autant d'or et de bijoux que pouvaient en contenir leur tablier et leur besace. Ils rentrèrent chez eux, le vieux raccrocha la porte à sa place et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entre-temps.

Conte tzigane

vendredi 22 février 2013

Le jeune farfelu


"Le jeune farfelu",  imaginé par Petra (5ans)
Il était une fois un pauvre paysan. À sa mort, il avait légué un taureau à ses trois fils qui ne savaient pas comment partager l’héritage. Ils se mirent d’accord pour que chacun construise une étable en laissant ainsi le choix au taureau.
Les deux aînés bâtirent des étables si somptueuses que même un curé aurait pu y habiter. Le benjamin, un peu farfelu, fit une étable en branches de bouleau de piètre qualité. Quand ils lâchèrent le taureau, celui-ci rentra directement dans l’étable du benjamin.

Les aînés étaient fort contrariés, mais il n’y avait rien à faire, marché conclu, ils cédèrent le taureau à leur petit frère. Celui-ci jeta une corde au cou du taureau et l’emmena à la foire du village.

Alors qu'il se rendait au village, le vent se leva et fit siffler un vieux saule qui se trouvait sur le bord de la route.
«Oh là là!, pensa le jeune homme, il veut sûrement acheter le taureau!»
Il cria au saule:
«Dis-moi, combien m’en donnerais-tu en échange?»
Mais le saule continua de siffler.
«Ah, je vois, pensa le jeune hurluberlu, il voudrait le taureau sans ses cornes.»

Et là-dessus, il fit tomber les deux cornes du taureau. Mais le saule continua de siffler.
«Alors quoi? Maintenant tu n'as pas l'argent? Ce n'est pas grave, je passerai le prendre la semaine prochaine.»

Sur ce, il attacha le taureau au saule et rentra à la maison où ses frères l'interrogèrent:
«Alors, toi, l'imbécile heureux, as-tu vendu le taureau?
- Bien sûr que je l'ai vendu!
- Et dis-moi, à qui l'as-tu vendu? Parce que je suis certain que tu as été honteusement trompé!», dit le frère aîné en lui cherchant querelle.

«Le taureau est bien là où il est, mon petit bonhomme! Je l'ai vendu à un vieux saule pour quarante forints.», répondit le jeune farfelu.
«Où est l'argent?» demanda l'autre.
«Il va me le donner la semaine prochaine. J'irai le chercher.» répondit le benjamin.

Les deux autres éclatèrent de rire.
«Alors, toi, tu es une bonne poire! Tu l'as tellement bien vendu que tu en auras le prix quand les poules auront des dents!» répondit l'un des frères.

Le jeune farfelu l'ignora complètement. Une semaine après, il alla voir le saule, lui demanda son argent, mais celui-ci ne lui prêta pas attention.
«Je vois bien que tu n'as aucun sens de l'honneur!» dit le jeune hurluberlu.

Il saisit sa hache et frappa un énorme coup sur le saule, qui tomba aussitôt. Le jeune homme regarda de près le trou que cela avait fait et y vit un grand chaudron plein d'argent. Il dit au saule :
«Eh bien, écoute, je prendrai la somme que tu me dois et j'emporterai le reste pour les intérêts.»

Sur ce, il sortit le chaudron du trou, le suspendit au manche de sa hache qu'il lança sur son dos et rentra chez lui. 
À son arrivée, ses frères aperçurent immédiatement le chaudron plein de sous. Ils chuchotèrent entre eux et s'accordèrent pour dire que l'argent serait en meilleure place dans leur poche que dans celle de leur frère farfelu.

Mais le jeune homme avait l'ouïe fine et comprit que ses frères préparaient un mauvais coup. Pendant la nuit, il s'enfuit de chez lui et alla directement au palais royal pour se plaindre auprès du roi.
Le roi avait une fille qui était toujours triste, à tel point que personne n’avait jamais réussi à la faire rire. 

Quand le jeune farfelu exposa sa plainte, elle rit tellement que son rire résonna dans tout le palais. Le roi dit :
«Eh bien, mon gars, je me suis engagé à donner ma fille à celui qui la ferait rire, et je tiens ma parole. Je vais te donner ma fille en mariage ainsi que la moitié de mon royaume et je vais chasser tes frères de ce pays.
-Majesté! Ne les chassez pas! Ils vont travailler à la ferme de Votre Majesté!
-D'accord, d'accord, comme tu le veux!» accepta le roi.

Ils donnèrent un grand repas de noces sept jours durant, pendant lesquels même les chevaux burent du vin. Ensuite, les amoureux s'assirent dans une coquille d’œuf et se laissèrent porter par le courant du Küküllö1. S'ils en descendent, qu'ils soient vos invités!


1 Küküllő, La Târnava  en roumain,  est une rivière transylvaine située en Roumanie.





vendredi 15 février 2013

Le chien, le chat et la souris

Le conte "Le chien, le chat et la souris", imaginé par Teana (3 ans)



Jadis, le chien et le chat étaient très amis. C'était vraiment il y a très longtemps, lors de la création du monde.
Un jour, le chien vendit sa maison. Il en reçut l'acte de vente, mais il ne savait pas où le mettre. Il alla voir cet animal-ci, cet animal-là. Il demanda à celui-ci, il demanda à celui-là de garder l'écrit afin qu'il ne s'égare pas. Mais parmi tous les animaux, il n'y en eut pas un seul pour accepter.

Le chien alla alors chez le chat et lui dit:
«Compère chat, je te remets cet écrit, garde-le tant que je me trouve une autre maison.
-Mais bien sûr, je le garde volontiers!» répondit le chat.

Il prit le document et l'accrocha sur la poutre maîtresse de sa maison.
Le temps passa. Un jour, le chien eut besoin de l'acte. Il courut vite chez le chat et lui dit:
«Compère chat, rends-moi le document, j'ai de nouveau une maison, moi aussi.»

Le chat monta vite jusqu'à la poutre maîtresse, sortit l'écrit et en redescendant, il le passa au chien. Celui-ci regarda le document de gauche et de droite, de tous les côtés. Mais Seigneur Dieu! il n'arrivait pas à en lire un traître mot. Pourtant, il avait été dans de nombreuses écoles, même à l'étranger. Mais il n'y avait rien à faire, la souris avait rongé le papier.

Le chien se mit fort en colère, lécha de gauche et de droite la gueule du chat et le menaça:
«Tu vas voir ce que tu vas voir, compère chat! Tu n'as pas pris soin de mon document, et tant que je serai vivant, je te poursuivrai. Je ne te laisserai pas tranquille une minute!»

Mais le chat n'en resta pas là! Il alla en courant chez la souris. Il lui mit la main au collet, la lécha de gauche et de droite et la menaça:
«Attends un peu, souris, tu as rongé le document, mais à partir de cet instant tu n'auras plus jamais une minute de tranquillité. Où que je te voie, je t'attrape et je te mange.»

Ce fut ainsi. Il dévora tout de suite la souris. Et depuis ce temps là, les chiens poursuivent les chats, et les chats les souris.


***
Suivez le lien suivant pour écouter ce conte, narré avec beaucoup d'engouement par Eliane Marny: L'Oreillette à Lulu - Emission 221



samedi 9 février 2013

Bobard

Il était une fois un fermier. Il était marié depuis quarante ans. Un jour, il bavardait avec sa femme de choses et d'autres et ils se dirent qu'il était quand même très curieux qu'ils n'aient pas d'enfant. Le fermier dit à sa femme:
«-Ne sois pas triste, ça n'en vaut pas la peine, nous pourrons encore avoir un enfant, nous aussi».
«-Ah, ça non! Je n'y crois plus! J'avais vingt ans quand je t'ai épousé. Nous vivons ensemble depuis quarante ans, aujourd'hui j'en ai donc soixante. J'ai fait mon temps, je n'aurai plus jamais d'enfant. Et si par hasard nous en avions un, comment s'appellerait-il?» dit la femme.
«-Baptisons-le Bobard, peu importe, pourvu que nous en ayons un», répondit le fermier.

Un beau jour, la femme dit au fermier:
«Ça alors, mon vieux, nous avons tant parlé de cet enfant, que ça y est, je suis sûre et certaine que je vais en avoir un».
«-C'est bien, ma femme! Comme ça nous aurons quelqu'un qui prendra soin de nous!» répondit le fermier.

Peu de temps après, un beau garçon vint au monde. Ses parents l'appelèrent Bobard.
Quand il eut vingt ans, il décida de s'engager dans l'armée. Il servit quelques années et après sa démobilisation, il rentra à la maison. Ses parents étaient ravis d'accueillir leur fils qui était devenu un bel homme, très adroit de ses mains.
«-Alors, fiston, tu as beaucoup voyagé pendant ton service militaire, tu as sûrement des choses à nous raconter!» dit le fermier.
«-Oui, je peux vous raconter des histoires que personne n'a jamais entendues dire! Mais je ne vous raconterai que ce que j'ai vu de mes propres yeux!» répondit le fils.

«-Quand nous sommes arrivés au royaume des géants, c’est avec étonnement que nous avons vu un homme si grand que le son de sa voix ne parvenait pas à nos oreilles. Nous n'avons donc pas compris ses paroles à cause de la distance, pourtant il parlait tellement fort que la terre tremblait sous nos pieds.

J'ai vu un enfant de trois ans qui était si grand qu'ici, chez nous, en se tenant debout, il serait capable de cueillir les pommes au faîte du pommier le plus haut.


J'ai vu un arbre atteignant le ciel. Puisqu'il ne pouvait pas pousser plus haut, ses branches s'écartaient d'une lieue1 sous le ciel. Il y avait dans ce pays une rivière dont la profondeur n'a jamais pu être mesurée. Un jour, un plongeur y descendit, et resta trois ans dans l'eau. Quand il en sortit, il dit qu'il avait rencontré un être merveilleux qui lui posa des questions pour savoir pourquoi il était dans l'eau et quelles étaient ses intentions. Quand il comprit ce que le plongeur cherchait à faire, il lui dit que même s'il descendait encore pendant trois ans vers le fond, il ne l'atteindrait pas. Dans un pays, j'ai même vu un oiseau dont les ailes déployées mesuraient vingt-neuf toises2.

J'ai vu un serpent qui était plus gros que n'importe quelle tour dans notre pays. Il était si long qu'il aurait pu entourer trois de nos villages.

J'ai vu un œuf de pinson qui, en plus de sa grande taille, avait une coquille si épaisse que douze forgerons la frappèrent à coups de marteau sans relâche pendant douze ans. Enfin, quand ils réussirent à casser la coquille, l'un des douze forgerons laissa échapper son marteau. Il dut y descendre avec une échelle et le chercha pendant trois mois. Finalement, il le retrouva grâce à un gardien de troupeau qu'il rencontra dans la coquille.

J'ai vu des maisons immenses dans lesquelles les habitants de trois comitats pourraient être logés.

J'ai vu une casserole qui pouvait contenir mille cinq cent soixante litres.

J'ai vu un cheval qui était si grand qu'il fallait vingt-cinq échelles pour grimper sur son dos. Il portait autour de son cou une clochette dont le son s'entendait à vingt lieues1. J'ai vu, autour du cou d'un autre cheval, une sonnaille en fonte pesant trente-six tonnes. Malgré son poids, le cheval ne sentait même pas qu'il portait quelque chose autour de son cou.

J'ai vu dans une tour une cloche qui donnait les premiers sons trois semaines après avoir été sonnée. Elle sonnait tellement fort qu'après chaque son une nouvelle montagne s'effondrait.

J'ai vu un tailleur qui avait à faire un travail délicat. Pourtant, son aiguille la plus petite était aussi grande que le plus grand hêtre de nos hautes montagnes.

J'ai vu une souris aussi grande qu'un gros porc. Dans une des rivières d'une profondeur insondable, j'ai vu un poisson qui portait sur son dos un navire de guerre muni de cent vingt canons.

J'ai vu un chat aussi grand qu'un bouvillon de cinq ans.

J'ai vu un lévrier qui avait des pattes si longues qu'il aurait pu sauter d'un bond par dessus un comitat.

J'ai vu un têtard dont le dos était si large qu'une charrette de foin tirée par quatre bœufs aurait pu faire un demi-tour sur son dos.

J'ai vu un bûcheron géant. Nous pesâmes sa hache, elle faisait soixante tonnes. Un autre géant écrivait dans sa maison, son encrier était aussi grand qu'un tonneau de cent litres. Sa plume était aussi haute que l'arbre d'un mât dans notre pays.

Dans une cave j'ai vu un tonneau de vin contenant mille trois cent cinquante-six litres.


J'ai vu une paire de bottes faites avec la peau de trente bœufs. Cependant, les bottes ne servaient à rien parce que la personne, pour qui elles étaient faites, ne rentrait pas dedans.

J'ai vu un chapeau noir fait de la peau de cinquante agneaux pour un jeune géant de douze ans. Par malheur, six mois plus tard, sa tête n'y rentrait plus, il lui fallait vendre le chapeau.

J'ai vu un pain rond aussi grand qu'une meule de dix-huit mille gerbes.

Après avoir quitté le royaume des géants, je vis pas mal d'autres choses ailleurs, mais maintenant je vais passer cela sous silence. Je ne vous raconte plus que la naissance du fils d'un forgeron dans une ville très lointaine. Nous avions le gîte et le couvert chez lui quand son fils vint au monde, un marteau à la main. Une heure après sa naissance, il était assis et forgeait le fer sur l'enclume».

«-Assez, assez, ne dis plus rien, fiston, dit le père, tu en as déjà dit beaucoup. Il n'existe pas au monde un seul fou qui croirait tout ce que tu viens de nous raconter.»

«-Alors, mon cher Père, dit le fils, si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-même. Ce n’est pas pour rien que vous m’avez baptisé Bobard!»


1 Une lieue correspond environ à 1600 mètres
2 Une toise correspond à un peu moins de 2 mètres

vendredi 1 février 2013

Ce n'est pas tous les jours fête!





"Ce n'est pas tous les jours fête", imaginé par Luca (6 ans)
Le roi Mathias parcourait son royaume. Un jour, sur son chemin, il aperçut deux paysans. L'un labourait la terre avec deux bœufs, l'autre avec huit bœufs. Il s'approcha alors de ce dernier et lui demanda:
«Pourquoi ne donnes-tu pas deux bœufs à l'autre paysan, lui qui n'en a que deux? Ainsi, il en aurait quatre!»

Le paysan qui possédait huit bœufs répondit:
«Sapristi, je ne partage avec personne ! Un jour il en aura huit, lui aussi!»

Le roi Mathias, très étonné de sa réponse, décida soudain de faire cette proposition au paysan qui n'avait que deux bœufs:
«Vends tes bœufs et pour le prix que tu en obtiendras achète des chiens ! Ensuite, mène-les à Buda, à la cour royale!»

Ainsi fit le paysan. Il vendit ses bœufs et acheta des chiens. Il les mena à Buda, à la cour royale. Il se présenta aux gardes et dit qu'il souhaitait voir le roi.

Quand le roi constata que le paysan avait suivi son conseil, il lui donna assez d'argent pour qu'il puisse acheter huit bœufs. Peu de temps après, le paysan qui avait huit bœufs apprit la nouvelle. Il vendit ses bœufs, acheta des chiens et les mena à Buda à la cour royale. Il se présenta aux gardes et dit qu'il souhaitait voir le roi. Les gardes le laissèrent entrer et il présenta au roi le but de sa visite.

Le roi Mathias lui répondit très brièvement:
«Mon brave, tu peux rentrer avec tes chiens, je n'en ai pas besoin! Et retiens bien ceci, que ce n'est pas tous les jours fête1

Conte transylvain, collecte Jànos Kriza

1 Le titre hongrois de ce conte: "Egyszer volt Budàn kutyavàsàr" est un dicton dont le sens équivaut au dicton français: "Ce n’est pas tous les jours fête", signifiant au XVIIe siècle que les privilèges, les avantages accordés à l’un ne sont pas forcément répétés pour l’autre.