vendredi 21 juin 2013

Le lièvre et le hérisson

Source: magyarovi.blog.de

Un jour, par une belle journée d'été, un lièvre rencontra un hérisson dans les champs. Il commença à le taquiner en lui disant:

«Hé! Hérisson! Comment arrives-tu à marcher avec tes pattes crochues?»

Le hérisson ne se laissa pas faire et répliqua d'un ton acerbe:

«Moi, je cours plus vite avec mes pattes crochues que toi, avec tes pattes droites.
-Je ne le crois pas», répondit le lièvre.
«Si tu ne le crois pas, alors parions!» proposa le hérisson.

Après avoir fait leur pari, le lièvre demanda au hérisson:

«Quand allons-nous courir?
-Demain matin quand le train de huit heures sera passé», répondit le hérisson.
«Pourquoi pas maintenant?» demanda le lièvre.
«Parce que maintenant je dois rentrer à la maison pour manger. Mais demain matin, à huit heures pile retrouvons-nous ici, tous les deux», proposa le hérisson.

Le hérisson rentra donc à la maison. Sa femme l'attendait déjà avec un plat tout prêt. Après le dîner, le hérisson raconta à sa femme ce qui s'était passé dans les champs. Elle lui dit:

«Ne sois pas bête! Comment serais-tu capable de courir plus vite que le lièvre?
-Ne t'inquiète pas! Nous allons bien trouver une ruse!»

Le lendemain, ils se levèrent, prirent le petit déjeuner et allèrent ensemble dans les champs. Mais ils n'allèrent pas à l'endroit où le rendez-vous était fixé, mais à l'autre bout du champ. Là-bas, le hérisson dit à sa femme qu'elle se mette dans un sillon. Il lui dit:

«Quand le lièvre sera arrivé ici, dans l'autre sillon, toi, tu vas crier bien fort: "Moi, je suis déjà là!"»

Sur ce, le hérisson quitta sa femme et alla au lieu du rendez-vous.

«Bonjour, Compère Lièvre!
-Bonjour, Compère Hérisson!
-Tu es venu?» dit le hérisson.
«Oui, je suis là», répondit le lièvre.
«Alors, nous allons faire la course?» demanda le hérisson.
«Bien sûr. Mais comment allons-nous faire?» demanda le lièvre.
«Je vais courir dans un sillon, et toi, dans un autre pour que nous ne nous gênions pas l'un l'autre pendant la course», répondit le hérisson.
«D'accord, c'est très bien», acquiesça le lièvre.

Ainsi firent-ils. L'un se mit dans un sillon, l'autre dans un autre. Alors, le hérisson dit au lièvre:

«Je compte à haute voix un-deux-trois et à trois, je me lance!»

Ainsi firent-ils. Le hérisson compta:

«Un, deux, trois!»

Mais quand tous les deux se lancèrent, le hérisson ne faisait que deux sauts, ensuite il se cacha dans son sillon. Quand le lièvre arriva au bout du sillon, la hérissonne cria:

«Moi, je suis déjà là!»

Alors, le lièvre dit:

«Ce n'était pas juste! Courons encore une fois!»

Ils rebroussèrent chemin, mais la hérissonne ne fit que deux sauts, ensuite elle se cacha dans le sillon. Par contre, le lièvre courut plus vite que jamais. Quand il arriva au bout du sillon, le hérisson cria:

«Moi, je suis déjà là!
-Cela ne va pas! Courons encore une fois!» proposa le lièvre.

Il fit demi-tour. Le hérisson fit deux sauts, ensuite il se cacha dans le sillon. Par contre, le lièvre fit tout son possible pour gagner. Quand il arriva au bout du sillon, la hérissonne cria:

«Moi, je suis déjà là!
-Cela ne va pas! Courons une quatrième fois!» dit le lièvre.

Mais ses pattes étaient déjà très fatiguées des courses intensives qu’il venait de faire. Il tomba à mi-chemin, il ne pouvait plus avancer. Les hérissons riaient du lièvre et ils gagnèrent leur pari. Ils rentrèrent chez eux et vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entre-temps.




vendredi 14 juin 2013

Les trois frères


Conte illustré par Petra (5ans) et Luca (6ans)
Il était une fois un homme très pauvre. Il avait trois fils. L’aîné qui avait des jambes filiformes, s'appelait «Tout en jambes», l’enfant du milieu bien potelé «Tout en graisse» et le benjamin, empoté, le «Benêt». Les enfants étaient des gros mangeurs, leur père ne pouvait pas leur donner assez de nourriture. Il n’y avait jamais assez de pain sur la table!

Un jour, quand le père en avait assez de se saigner aux quatre veines, il dit à ses fils:

«Allez gagner votre vie! Je ne peux plus rien faire pour vous!»

L’aîné partit le premier. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il rencontre un vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour une année. Au bout d’un an, le vieil homme lui dit:

«Puisque tu as bien travaillé, je te donne une table. Il suffit que tu lui dises "Ma petite table, couvre-toi de bons plats!" et tu auras toutes sortes de bonnes nourritures. Tu la veux?
-Bien sûr, bien sûr!» répondit Tout en jambes.

Il avait hâte de sortir du village. Au bord de la route, il vit un buisson et s’arrêta. Il installa sa table et lui dit tout de suite:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»

Tout en jambes eut tant de choses à boire et à manger qu’il en resta bouche bée et il mangea comme quatre!

Il était sur le chemin du retour quand il aperçut une auberge. Il y rentra et demanda une chambre. Il y installa sa table et lui demanda de mettre le couvert. Quand il fut rassasié, il sortit de sa chambre et alla voir l’aubergiste pour demander à boire un verre de vin. Mais l’aubergiste réussit à voir ce que Tout en jambes faisait avec la table. Oh là là s’il pouvait en avoir une semblable!

Le soir quand tout le monde alla se coucher et que Tout en jambes dormait profondément, l’aubergiste se faufila dans sa chambre et remplaça la table miraculeuse par une autre identique.

Le lendemain, Tout en jambes reprit le chemin du retour. Quand il arriva à la maison, il se venta d’avoir une table miraculeuse.

«Fais voir! Fais voir! Elle tombe bien parce que nous avons faim comme d’habitude!» lui dit Tout en graisse.

L’aîné obéit et dit à sa table:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»
A sa plus grande surprise, la table ne fit rien. Sa famille, se voyant trompée si vilainement, en eut un creux à l’estomac encore plus grand. Et Tout en jambes fut rossé violemment.

L’enfant bien potelé partit tenter sa chance, lui aussi. Il arriva chez le même vieil homme que son frère. Il s’engagea, lui aussi, pour un an. Quand son contrat fut terminé, le vieil homme appela Tout en graisse et lui dit:

«Alors Fiston, pour te remercier de ton service, je vais te donner, à toi aussi, quelque chose. Voilà un âne. Il suffit de lui dire "Éternue, éternue mon petit âne!" et il va éternuer autant d’or que tu lui demanderas. Tu le veux?
-Bien sûr!» répondit le garçon dodu.

Il se réjouit de l’âne et prit le chemin du retour avec lui. Il s’arrêta dans la même auberge que son frère. Il mangea et but tout ce qu’il put. Il prévint l’aubergiste qu’il ne paierait que le lendemain matin. Il emmena son âne dans sa chambre et le soir, avant d’aller se coucher, il lui dit:

«Éternue, éternue mon petit âne!»

Celui-ci tendit l’oreille et commença à éternuer. Il le fit si abondamment que Tout en graisse eut du mal à ramasser les pièces d’or. Quand il les eut bien rangées, il alla se coucher.

Mais l’aubergiste réussit à voir la scène par le trou de serrure. Quand Tout en graisse dormait profondément, l’aubergiste pénétra dans sa chambre et remplaça l’âne par un autre identique.
Quand Tout en graisse rentra à la maison, il montra fièrement son âne à sa famille. Mais quand il voulut que l’âne éternue des pièces d’or, rien ne se passa. Tout en graisse n’échappa pas au châtiment, lui non plus. Il fut battu comme son frère aîné.
Leur père était complètement désespéré parce que les deux aînés n’arrivaient pas à aider la famille. Il envoya donc le benjamin.
Celui-ci arriva, lui aussi, chez le même vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour un an. Quand l’année se termina, le vieil homme lui dit:

«Alors Fiston, je ne peux pas te laisser partir sans te donner un cadeau. Voilà un sac, il y a un gourdin dedans. Si tu lui dis "Sors du sac, mon petit gourdin", il va le faire. Ensuite, tu peux  frapper qui tu veux.»

Le Benêt prit le gourdin et rentra à la maison. L’auberge était sur son chemin. Heureusement, car il avait très faim et soif. Il y entra et se rassasia. L’aubergiste lui demanda de payer l’addition, mais le Benêt n’avait pas un sou. L’aubergiste en fut très mécontent et dit qu’il lui confisquerait son manteau ou qu'il l’enverrait en prison si le jeune homme ne payait pas immédiatement tout ce qu’il avait bu et mangé. Le Benêt devint furieux, sortit son sac et dit:

«Sors du sac mon petit gourdin! Bats l’aubergiste!»

Ainsi fit-il. Le petit gourdin attaqua l’aubergiste et le rossa copieusement. L’aubergiste en eut vite assez et commença à gémir:

«Aïe, ça fait mal! Aïe, ça fait mal! Arrêt, arrête, je te rends plutôt tout ce que j’ai volé à tes frères.»

Le Benêt ouvrit de grands yeux.
«Qu’est-ce que vous avez volé à mes frères?
-Eh bien, la table miraculeuse et l’âne éternuant des pièces d’or.»

Pendant ce temps, le petit gourdin continuait à battre l’aubergiste. Le Benêt lui dit:

«Si tu me rends la table et l’âne, je ne te ferai plus mal. Retourne, retourne mon petit gourdin dans le sac!»

Le gourdin obéit, et l’aubergiste alla chercher vite la table et l’âne. Il les rendit tout de suite au Benêt qui rentra à la maison. Il raconta à ses frères comment il avait repris la table et l’âne. Désormais, ils eurent à boire et à manger et autant d’argent qu’ils voulaient.

Ce fut ainsi que la famille pauvre devint très heureuse.

vendredi 7 juin 2013

Le Vent et Le Soleil



Source: gondolkodom.hu
Au bon vieux temps, le Vent discutait avec le Soleil. Ils s'étaient mis à discuter pour savoir qui était le plus fort. Un jour, le Soleil dit au Vent:

«Mettons-nous à l’épreuve avec l’homme qui marche là-bas et qui porte une cape. Tentons d’enlever sa cape de ses épaules pour savoir lequel de nous deux est le plus fort.»
C’est le Vent qui tenta d’abord sa chance. Il saisit le col de l’homme, il l’arracha, il tira la cape de tous les côtés, mais plus il la tira, plus le pauvre homme s’y enveloppa et ne le laissa pas lui enlever. Après que le Vent se soit épuisé pour rien, alors c’est le Soleil qui se mit à l'oeuvre. Il sourit sur l’homme de plus en plus chaudement. Toujours plus chaudement. Le brave homme se découvrit tout doucement, ensuite il enleva entièrement sa cape. Peu de temps après, il ôta son manteau et même son gilet.

«Tu vois bien que c'est moi qui suis le plus fort!» dit le Soleil au Vent.

vendredi 31 mai 2013

Le juge de Cluj






Photo:Yanco B.

Ce n'est pas pour rien que le peuple aimait le roi Mathias: les Hongrois auraient eu du mal à trouver quelqu'un comme lui. Dès que Mathias apprit qu'ici ou là les seigneurs ou les percepteurs oppressaient fortement les paysans, il ne put rester tranquille dans son château de Buda. Il se déguisa et alla voir ce qui se passait réellement dans son royaume.

Un jour, on lui annonça, entre autres choses, que le juge de Cluj accablait ses pauvres habitants. Il n'en fallait pas plus au roi Mathias. Il voulait voir le juge avec ses propres yeux! Malheur au juge si les nombreuses plaintes portées contre lui étaient vraies! D'ailleurs, le roi avait envie depuis longtemps d'aller à Cluj. Mais bien sûr qu'il avait envie d'y aller puisqu'il était né dans cette ville!

Bref, en un mot comme en mille, le roi Mathias se déguisa en paysan et alla à Cluj. Il s'assit devant la boutique de boucher qui était en face de la maison du juge. Il le fit juste au  bon moment! Un grand nombre de gens étaient en train de rentrer des bûches dans la cour du juge et beaucoup d'autres les fendaient pour en faire des morceaux. A côté d'eux, des haïdouks les bousculaient:

«Apportez les bûches, fendez-les, espèces de fainéants!»

Tout à coup, un haïdouk aperçut le roi Mathias.

«Dis donc, et toi, l'apostropha le haïdouk, pourquoi ne fais-tu rien de tes dix doigts? Lève-toi! Toi, le rustre au long nez, ne traîne donc pas!»

Et pour insister, avec son bâton, il donna un coup sur le dos de cet affreux paysan au long nez. Mathias se leva, se frotta le dos, mais il ne bougea pas.

«Vas-y!!
- D'accord, d'accord, mais combien me payez-vous?
- Voilà ce que je te paie, cria le haïdouk, et  il asséna un coup encore plus fort que tout à l'heure sur le dos de Mathias. Allez, vas-y, marche devant moi!»

Mathias n'avait pas d'autre choix que de marcher devant le haïdouk.

«Rentre dans la cour du juge! Fends les bûches, toi aussi, espèce de plouc au long nez!» dit le haïdouk.

Le juge était accoudé à la galerie de sa maison. Mathias l'interpella:

«C'est vous qui êtes le juge?
- Bien sûr que c'est moi. Mais qu'est-ce que ça peut te faire?
- Cela ne me regarde pas, c'est vrai, mais je voudrais savoir combien vous me payez pour fendre le  bois?
- Voyons, espèce de gros rustre, l'injuria le juge, je vais te payer tout de suite, tu vas voir! Donne-lui des coups de bâton!» ordonna-t-il au haïdouk.

Le juge n'avait pas besoin d'insister, le haïdouk donna, pour la troisième fois, une bonne correction à Mathias.

Mathias ne dit plus rien, il fendit les bûches et les plaça dans un coin de la cour du juge. Mais alors quand personne ne le voyait, il marqua son nom avec de la craie rouge sur trois morceaux de bois. Le soir, il s'en alla sans rien dire. Le lendemain, sans se faire annoncer,  il revint à Cluj. Il ne s'était plus déguisé, mais il était en tenue royale. Il ne s'installa pas devant la boutique de boucher, mais il monta directement dans son palais. Il convoqua le juge et tous les conseillers. Il adressa ses premiers mots au juge:

«Quelles sont les nouvelles dans la ville, Monsieur le Juge?
-Rien de particulier, Majesté! Nous vivons en paix grâce à Vous. Pour vous témoigner notre reconnaissance, nous demandons le matin et le soir que vous soyez béni.
- Ah oui, d'accord! Et les paysans? Ne sont-ils pas accablés par leurs supérieurs?
- Personne n'accable les paysans, Majesté. Cela se passe très bien pour eux.
- D'accord, Monsieur le Juge. Je voudrais quand même faire un tour dans la ville pour tout dans les moindres détails. Messieurs, vous êtes priés de me suivre!»

Le roi Mathias partit accompagné du juge et des conseillers. Ils marchèrent d'une rue à l'autre, quand tout à coup, Mathias s'arrêta devant la cour du juge.

«Tiens, vous avez un grand tas de bois, Monsieur le Juge!
- Dieu est venu à mon aide, répondit le juge humblement.
- A part Dieu, personne ne vous a apporté de l'aide? Mais alors, qui a apporté jusqu'ici ce tas de bois?
- Les braves gens de la ville.
- Et combien les avez-vous payés?
- Ils l'ont fait gratuitement, par gentillesse, dit le juge.
- Mais, il me semble que j'ai entendu un autre son de cloche... Hé! Mes hommes, démontez ce tas de bois là-bas!
» dit le roi à ses serviteurs!

Ils s'activèrent et démontèrent rapidement le tas de bois. Mathias attendait que les trois morceaux de bois qu'il avait marqués soient retrouvés. Quand ils apparurent, il dit au juge:

«Regardez-les, Monsieur le Juge! Est-ce que vous savez lire?
- Je sais, Majesté! balbutia le juge. Il commença à être mal à l'aise.
- Lisez ce qui est marqué sur ces trois bûches!
- Mathias... Mathias... Mathias..., bredouilla le juge.
- Bien, si c'est écrit Mathias, c'est donc moi qui l'ai marqué. C'est moi qui étais le paysan au long nez que vous avez fait frapper trois fois parce qu'il ne voulait pas apporter les bûches sans être payé.
- Ah, Majesté! Ayez pitié de moi!»

Sur ce, le juge et le haïdouk se jetèrent aux pieds du roi Mathias. Mathias dit au haïdouk:

«Lève-toi! Tu n'es qu'un serviteur, tu as fait ce que le juge t'avait demandé. Par contre, Monsieur le Juge, je vais t'infliger une punition exemplaire. Tu mériterais que je t'envoie à la potence, mais tu auras des coups de bâton, toi, l'oppresseur des pauvres!»

Les gens qui entendaient les paroles du roi, crièrent avec enthousiasme:

«Vive le roi Mathias! Vive la justice!»

... Mais avec la mort de Mathias, la justice fut également morte... les gens disent même aujourd'hui: «Mathias est mort, la justice est perdue...

samedi 25 mai 2013

Ladislas sauve la fille kidnappée

Maksa : Saint Ladislas peinture murale


Le Prince Ladislas, second fils du roi Béla,  vivait en paix avec le roi Salomon de Hongrie quand un jour, les Coumans1 franchirent la  frontière Est, entrèrent dans le pays et se livrèrent au pillage. Ils pillèrent toute la région de Nyirség2 jusqu'à la ville de Bihar. Ils emmenèrent  un grand nombre d'hommes, de femmes et d'animaux. Ils traversèrent le ruisseau Lapos, puis la rivière Szamos sans se heurter à la moindre résistance, ce qui leur permit de passer tranquillement avec le butin.

Mais le roi Salomon, les Princes Géza et Ladislas  n'en restèrent pas là: ils rassemblèrent leurs troupes et se mirent à la poursuite des Coumans. Ils traversèrent rapidement la Porte calcaire3 avant que les Coumans atteignent les montagnes. Pendant près d'une semaine, les soldats hongrois attendirent leurs ennemis dans la ville de Doboka.

Un jour, un espion avertit les Hongrois de l'arrivée des Coumans. Présomptueux, ceux-ci ne déployèrent que leurs réserves pour la bataille, mais quand ils virent les Hongrois, ils prirent peur et se réfugièrent au sommet d'une colline. Les Hongrois lancèrent alors l'offensive à l'issue de laquelle le Prince Ladislas coupa la tête des quatre meilleurs Coumans.
Le Prince Ladislas aperçut alors un païen qui s'enfuyait, enlevant une jeune Hongroise sur son cheval. Ne se préoccupant plus de sa blessure, le Prince éperonna son destrier et galopa à la poursuite du Couman à tête rasée. 
 Il pourchassa le Couman à la vitesse du vent, mais une portée de lance persistait à les séparer. Son cheval ne pouvait suivre l'allure du Couman. Comprenant qu'il n'arriverait pas à les rattraper, il cria à la jeune fille hongroise de faire tomber le Couman en le tirant par la ceinture. La jeune fille obéit. Quand ils furent à terre, le Prince Ladislas se jeta sur ennemi. La jeune fille pourtant l'implora de ne pas tuer le Couman mais le Prince n'en tint pas compte.

Vainqueurs, le Prince et son armée libérèrent alors tous les chrétiens que les Coumans avaient kidnappés.



1 Peuple turcophone semi-nomade
2 Région de l'est de la Hongrie
3 La Porte calcaire équivaut Meszesi-kapu en hongrois

vendredi 17 mai 2013

Les deux boeufs miniatures

Source de l'image:www.mesekonyv.hu


Il était une fois un homme. Il était très pauvre, mais son voisin était plus pauvre que lui. L'un avait un fils, l'autre une fille. Les parents décidèrent de les marier. Un jour, la jeune femme dit à son mari:

«Il est vrai que vous n'êtes pas très papiste,1 mais essayez de jeûner un vendredi en espérant que le Bon Dieu vous fera un don.»

Le mari obéit à sa femme et le vendredi suivant, il ne mangea rien. Mais le Bon Dieu ne lui donna rien.

«Tant pis, ce n'est pas grave. Je vais aussi jeûner vendredi prochain», se dit-il.

Ainsi fit-il le troisième vendredi. Il se mit à jeûner si assidûment qu'il ne mangea rien les sept vendredis successifs. Pourtant, le Bon Dieu ne lui donna toujours rien au bout du septième vendredi non plus.

«Cela suffit! S'il avait voulu me donner quelque chose, il aurait déjà pu le faire», se dit-il.

Il réfléchit et un jour il dit à sa femme:

«Ecoute-moi ma femme! Prépare-moi quelques pogatchas2 parce que je veux rendre visite au Bon Dieu. Je veux savoir d'où vient le problème.»

Dès que les pogatchas furent cuits, le mari qui se mit en route. Vers midi, il arriva dans un champ où il rencontra un homme aux cheveux gris qui labourait un terrain en friche avec deux  boeufs. Ils étaient petits comme deux grains d'orge. Il salua le vieil homme qui lui demanda ce qui l'amenait là.

«Je souhaite rendre visite au Bon Dieu parce que j'ai jeûné sept vendredis et il ne m'a pas récompensé. Je voudrais savoir pourquoi il ne m'a rien donné.
-Ne te tourmente pas! Par contre, je te donne ces deux petits boeufs qui vont te rendre service, mais ne les vends jamais à personne pour tout l'or du monde.»

Le mari rentra à la maison avec les bêtes. Le lendemain, il alla avec elles dans la forêt. Il fabriqua sa charrette de bric et de broc: un voisin lui donna une roue, un autre un timon et le troisième un essieu. Quand il eut fini d'assembler la charrette, il n'osa la charger que de deux morceaux de bois parce qu'il ne faisait pas confiance à ses petits boeufs. Quand il donna le signal du départ, l'un des boeufs dit:

«Alors, mon maître, pourquoi n'avez-vous mis que deux morceaux de bois? Vous pouvez charger la charrette à fond parce que nous avons honte d'aller au village avec si peu de chargement.»

Le pauvre homme hocha la tête, et il se décida à charger davantage la charrette.
En sortant de la forêt, il rencontra le comte et le juge du village. Ils étaient très étonnés de voir la charrette chargée de la sorte et tirée par les deux petits boeufs. Le comte demanda au pauvre:

«Dis-moi, combien les vends-tu?
-Je ne les vends pas, Monsieur le Comte!» répondit le pauvre homme.

Le comte se mit en colère et dit au pauvre homme que si au cours d'une journée il ne défrichait pas le champ, il ne labourait pas et ne hersait pas la terre, il lui confisquerait les boeufs.
La pauvre homme s'abandonna à son chagrin. Il ne savait pas quoi faire.

«Ne soyez pas triste, mon Maître! Allez, procurez-vous les pièces nécessaires au montage d'une charrette, nous nous occuperons du reste!» dit l'un des boeufs.

Ainsi fit-il. Il réussit à rafistoler la charrette. Ils allèrent aux champs et l'un de ses boeufs lui dit:

«Maintenant, ne faites rien, mon Maître, allongez-vous, dormez si vous voulez, nous nous occuperons du reste!»

Le pauvre homme obéit: il se coucha par terre et s'endormit aussitôt. Quand il se réveilla, la terre était labourée. Il alla chez le juge et annonça qu'il venait de finir le travail. Le juge et le comte allèrent voir les lieux et ils ne trouvèrent à rien à reprocher.

«Alors, mon pauvre homme, dit le comte, sache que si tu ne rentres pas la récolte sur mon terrain en une journée, je te confisquerai les boeufs.»

Le pauvre homme s'abandonna de nouveau à son chagrin, mais l'un des boeufs le consola ainsi:

«Ne soyez pas triste, mon Maître! Allongez-vous dans le sillon, dormez si vous voulez, nous nous occuperons du reste!»

Ainsi firent-ils. Pendant la journée ils récoltèrent le fourrage. Ils entassèrent les meules de foin si haut que le pauvre homme avait mal au cou quand il les apercevait. Quand ils arrivèrent au château, la pauvre homme rentra chez le comte et lui dit:

«Monsieur le Comte, je suis arrivé avec la récolte, mais si vous ne faites pas tourner le château, nous ne pourrons pas rentrer dans la cour.»

Le comte attendait impatiemment que le pauvre homme termine sa phrase et il le jeta dehors en le frappant. Quand les boeufs virent cela, ils bougèrent à peine la charrette et le château fut tout de suite renversé. Le comte était très contrarié.

«Ecoute-moi, mon pauvre homme! Si tu ne nous fais pas entrer, moi et le juge en enfer, je te confisquerai les boeufs et toi, tu finiras mal. Je veux voir l'enfer, le monde qui est là-bas.» dit le comte.

Le pauvre homme s'abandonna de nouveau à son chagrin. Comment les transporter en enfer quand lui-même n'y était jamais allé? L'un de ses boeufs lui dit:

«Ne soyez jamais triste à cause de cela, mon Maître! Ils méritent, tous les deux, cet endroit. Il est fait pour eux!»

Sur ce, le pauvre homme s'arrêta avec la charrette devant le comte et le juge qui y prirent place. Et les deux petits boeufs se dirigèrent vers l'enfer. La nuit était tombée quand ils arrivèrent devant l'entrée de l'enfer. Les boeufs prirent l'élan pour franchir la porte qui s'ouvra immédiatement. Le comte entra le premier et le juge le suivit.

«Alors, mon Maître, maintenant enfermez-les!» proposa l'un des boeufs.

Ainsi fit-il. Ni le comte, ni le juge n'en sortirent plus jamais. Le pauvre homme vit heureux encore aujourd'hui avec sa femme et ses boeufs s'ils ne sont pas morts entre-temps.



1 Nom que les protestants donnaient aux catholiques romains
2 Provisions de voyage: sorte de fougasse de la taille d'une tartelette


vendredi 10 mai 2013

Les jambes emmêlées


Un jour, les femmes de Rátót1 allèrent s'asseoir au bord d'un fossé pour papoter. Elles bavardaient, elles bavardaient, le temps passa,  midi arriva et elles entendirent le clocher marquer les heures. Elles voulurent se relever mais pendant ce long bavardage,  leurs jambes s'étaient tellement enchevêtrées qu'elles n'arrivaient pas à déterminer quelles jambes appartenaient à quelle femme.
Source de l'image: www.demotivalo.net

Elles firent un grand vacarme! Elles s'arrachèrent mutuellement les cheveux, elles criaillèrent  ce qui les amena à un mélange encore plus confus de leurs jambes! Un jeune homme arriva par là. Il regarda et regarda encore les femmes et les interpella ainsi:

«Que faites-vous ici, Mesdames?
-Aide-nous! Nos jambes se sont tellement mélangées qu'il nous est impossible de les trier. Nos maris seront bientôt à la maison pour manger et nous n'avons encore rien préparé. Ils vont faire du grand grabuge si nous ne sommes pas à la maison!»

Les femmes étaient pieds nus.

Le jeune homme  extirpa une belle ortie bien grande qu'il avait trouvée au bord du fossé et il se mit à fouetter les jambes des femmes. Sous l'effet de la douleur, chacune d'entre elles rétracta  les siennes, comme cela elles purent vite rentrer faire la cuisine.



1 Village du comitat de Vas en Hongrie