vendredi 9 août 2013

Le village fou III - IV


Source:www.szinhaz.szeged.hu 


III.

Un jour, un voyageur arriva dans le village de Silda avec un chat sous le bras. Les habitants du village n'avaient jamais vu de chat. Et les souris proliféraient à tel point qu’elles attaquaient même les blés des greniers. Les villageois demandèrent au voyageur:

«Qu’est-ce que vous vendez?
-Un chat.
-Quelle sorte d’animal est-ce?
-Il fait disparaître les souris.
-Alors, nous avons besoin de votre chat. Combien ça coûte?
-Un boisseau de pièces d’or.
-D’accord, nous sommes preneurs», dirent les villageois.

Quand le voyageur eut l’argent, il se dépêcha de quitter le village pour éviter que les gens reviennent sur leur décision. La famille du juge se demanda ce qu’il convenait de donner à manger au chat. Le juge dit à son fil:

«Rattrape le voyageur et demande-lui ce qu’il faut donner à manger au chat.»

Le garçon courut et cria après le voyeur:

«Qu’est-ce qu’il mange le chat?
-De tout», répondit-il à la hâte de loin.

Le fils du juge crut comprendre que le chat mangeait des hommes et des boeufs. Quand il rentra à la maison, il dit à son père:

«Monsieur le Juge, le chat mange des hommes et des boeufs.
-Aïe! Cela veut dire que nous sommes fichus. Maintenant, je comprends mieux pourquoi le voyageur était si pressé de partir. Nous n’avons pas le choix, il faut tuer le chat. »

Ils mirent ainsi le feu à la maison du juge, mais le chat s’en échappa et monta sur le toit du grenier. Ils incendièrent le grenier aussi. La moitié du village fut ainsi brûlée.


IV.


Un jour, le juge dit aux habitants du village:

«J’ai une idée. Si nous la réalisons, nous serons les premiers dans le comitat. Je vais monter jusqu'à la lune.
-Comment, Monsieur le Juge? demandèrent les gens.
-Comment? Comment? répliqua le juge. Vous voyez bien la montagne, là-bas. Vous voyez aussi que la lune est tout près d’elle. Nous apporterons des tonneaux sur la montagne, nous les empilons. Comme ça j’arriverai à la lune.»

Ainsi firent-ils. Les villageois empilèrent les tonneaux, et le juge grimpa là-dessus.

«Donnez-m'en encore deux. Je vais les hisser avec ma canne!» cria-t-il.
«Monsieur le juge, il n’y en a plus.
-Espèce d’idiots! Tirez alors deux des tonneaux qui sont tout en bas puisqu’on n’en a plus besoin. »

Les hommes obéirent au juge. Les tonneaux s'éparpillèrent, le juge se brisa la nuque et mourut sur le coup. Et même si le juge n’était pas mort, le village de Silda serait à ce jour habité par des gens stupides.

samedi 3 août 2013

Le village fou I - II

Source: www..nagyhazi.hu


Le grand-père de mon grand-père était allé dans le village de Silda. Il nous raconta qu'il avait rencontré là-bas des gens si farfelus qu'il n'en existe nulle part ailleurs dans le monde.

Un jour, une femme se plaignit ainsi au juge du village:

«-Ah! Monsieur le Juge, il y aura une noce chez nous, mais nous n'avons qu'une pincée de sel, et au magasin on ne peut pas en acheter.
-Alors, ma Chère, sème le sel que tu as dans une terre bien fumée et tu vas voir comment il va se multiplier», répondit le juge.

Ainsi fit-elle. Elle bécha le terrain le plus fertile de la famille, elle le ratissa et y sema sa pincée de sel. Le temps passa, beaucoup d'orties levèrent. Les hommes et les femmes du village les léchèrent et en goutèrent.

«Oh qu'elles sont petites, mais elles sont déjà bien fortes!» constatèrent-ils tous.

Ils attendaient, ils attendaient, mais les orties ne blanchissaient pas quand le jour de la noce arriva. La fiancée vint du village voisin. A Silda, les gens étaient petits ainsi que les maisons. Le cortège de noces arriva en une longue file. C'était la grande et belle fiancée qui ouvrait la marche. Elle s'immobilisa devant la porte car celle-ci était trop basse. Les gens du cortège attendaient derrière elle.

«Qu'allons-nous faire? Qu'allons-nous faire?» se demandèrent-ils ici et là. Le garçon d'honneur dit:

«Il faut couper un bout de la jambe de la fiancée.
-Ah non, pas ça! C'est la tête qui ne rentre pas, donc il faut la couper», répliqua le juge.
«Voulez-vous que j'aille chercher une hache?» dit une jeune femme.

Mais le propriétaire de la maison s'y opposa:

«Nous n'avons pas besoin de la hache, nous allons faire autrement. Je vais faire sauter d'un coup le montant de la porte.»

Mais c'est le grand-père de mon grand-père qui eut le dernier mot:

«Ne vous salissez pas! C'est le moment du banquet de noces! Ce serait mieux si la fiancée se courbait un peu!»

Ainsi fit-elle. Elle s'inclina un peu et passa facilement par la porte. Ah, tout le monde était heureux! Le propriétaire de la maison fit asseoir à la place d'honneur le grand-père de mon grand-père. Qu'il mange et qu'il boive tant qu'il veut! Tout le monde reconnut qu'il avait la tête sur les épaules pour sortir une idée pareille.

Après la noce, vint le temps de l'accueil. Tous les habitants du village s'y préparèrent. Le juge les convoqua et leur adressa ainsi la parole:

«Villageois! Le jour de la réception approche à grands pas. Par contre, les orties et les mauvaises herbes envahissent les abords de notre église. Je vous conseille d'aller vous reposer, de manger et de boire pendant une semaine. Pendant ce temps, les femmes vont travailler jour et nuit. Elles vont tresser une corde longue pour nous permettre de déplacer l'église.»

Ainsi firent-ils. Les hommes mangèrent, burent et se prélassèrent dans l'herbe pendant que les femmes tressaient la corde. Quand celle-ci fut finie, les femmes en enserrèrent l'église et le juge cria d'un ton martial:

«Allez! Tirons ensemble! Ho hisse! Ho hisse!»

La corde se tendit. Le juge demanda aux hommes:

«Alors, avance-t-elle notre église?»

Bien évidemment, elle ne bougeait pas d'un pouce! Il resta autant de mauvaises herbes devant son portail qu'il y en avait auparavant.

II.

Dans le village de Silda, au bord d'une rivière, il y avait un grand noyer qui donnait tant de noix que ses branches ployaient sous leur poids. Le juge arriva et dit aux hommes:

«Hé, vous, vous ne voyez pas que ce noyer a soif? Il faut que deux d'entre vous montent à la cime pour nous aider à tirer les branches vers le bas.»

Mais personne n'avait envie de grimper à l'arbre.

«Je n'y vais pas parce que j'ai mal aux jambes», dit l'un d'entre eux.
Un autre qui était grand et fort dit: «Je veux bien monter et pousser les branches seul.»

Les hommes s'appliquèrent avec ardeur jusqu'à ce qu’une branche craque et coupa la tête de celui qui était en haut.

«Avait-il une tête quand il est monté sur l'arbre?» demanda un homme.

Le juge répondit:

«Je ne sais pas. Allez voir sa femme!»

Ainsi fit-il.

«Alors, Rosalie, avait-il une tête ton mari quand il est parti de chez lui?
-Comment voulez-vous que je le sache? Mais je vais voir si son chapeau est là!» répondit la femme.

Elle cherchait partout le chapeau de son mari.

«Puisque je ne le retrouve nulle part, alors il devait avoir une tête», dit-elle aux hommes. Ceux-ci finalement retrouvèrent la tête et l'ensevelirent.

vendredi 5 juillet 2013

Le prêtre et les oeufs


Source: kiralyudvar.lapunk.hu

Il était une fois un prêtre qui avait pour serviteur un vieux garçon tzigane venant de  Transylvanie1. C'est lui qui s'occupait de tout à la maison.
Le prêtre allait chaque jour dans une autre famille prendre son petit déjeuner, son déjeuner et son dîner. Il mangeait des oeufs, un à chaque repas. Un mois passa et il dut payer pour ses repas. Il alla voir le maître de maison pour convenir du prix à payer. Quand on mange, on doit solder son compte, c'est normal.

Le maître de maison compta combien d'oeufs le prêtre avait mangés. Il compta aussi le nombre de poulets et de poules qu’il aurait eu si le prêtre n'avait pas mangé ses oeufs. Il calcula un montant tel que tous les biens du prêtre n'auraient pas suffi. La facture était bien salée.

«Oh là là, je ne peux pas régler ce montant», dit le prêtre.

«Si tu ne peux pas payer, alors je vais porter plainte contre toi au Tribunal. Trop, c'est trop!» dit le maître de maison.

Il saisit son bâton et fit route vers le Tribunal. Il avait l’intention d'y déposer une plainte pour récupérer la somme mangée par le prêtre. Tous les oeufs avalés auraient pu donner encore bien des poules, des poulets et combien d'autres oeufs.
Sainte Mère!
Toujours est-il que le prêtre fut convoqué au Tribunal. Oh là là! Il était tout abattu, cette affaire lui causait bien du tracas. Il pensait sans cesse à ce qui se passerait au Tribunal.

Le tzigane qui était à son service, remarqua son angoisse et demanda:

«Alors, Monsieur le Prêtre! Qu'est-ce qui te peine en ce moment? Je te trouve très pensif! Tu dois avoir de gros soucis!
-Ne m’en parle pas! Pourquoi veux-tu que je te raconte tout ça?
-Pas de ça entre nous, dis-moi tout! Peut-être que même moi, je pourrais t'aider dans ton malheur.
-Mais non, mais non...
-Du courage, Monsieur le Prêtre! Allez, raconte-moi tout et je t'aiderai!»

Alors le prêtre céda et raconta son histoire.

«Tu sais quoi, Monsieur le Prêtre, je t'accompagnerai au Tribunal», dit le serviteur.
«A quoi, toi, tu me servirais là-bas?
-Si, je dois y aller! Je dois entendre ce qu'on va te dire.
-Bon, d'accord! Accompagne-moi!»

Quand arriva enfin le jour de l'audition, tous les deux s'habillèrent convenablement. Le prêtre donna à son serviteur quelques vêtements afin qu'il soit correctement habillé. Alors qu'ils étaient prêts à partir, le serviteur trouva la moitié d'une brique. Hop! Il la prit et la cacha sous sa chemise. Il dut la tenir pour qu'elle ne tombe pas par terre.
Ils arrivèrent sans problème au Tribunal. Le juge énuméra le nombre d'oeufs que le prêtre avait mangés et qu'il ne pouvait payer.

Mais que faisait donc pendant ce temps le serviteur? Il se frappait sans cesse la poitrine, plus exactement la moitié de la brique de tout à l'heure. Voyant cela, le juge crut que le serviteur serait le payeur et que l'argent était sur lui. Mais non! Le serviteur s'impatienta et dit au prêtre:

«Quand en aurons-nous fini ici parce que j'ai des choses à faire à la maison. Tu sais bien qu'un grand travail m'attend là-bas!»

Le juge dit:

«Alors, quel travail t'attend?
-Le chaudron est plein de blé qui est en train de cuire sur le feu. Dès que nous serons rentrés, je le sèmerai.
-Comment? Tu cuis d'abord le blé, ensuite tu le sèmes?
-Oui, je veux le semer.
-Mais enfin, c'est impossible. Cela ne donnera rien du tout. Le blé cuit ne lèvera jamais.
-Ah oui, le blé cuit ne lèvera pas? Alors, les oeufs cuits? Ils auraient donné combien de poules et de poulets?» demanda le serviteur au juge.

Et voilà, le juge se mit à réfléchir.

«Tu as raison», dit-il.
«Alors, Monsieur le Juge, si tu ne m'avais pas donné raison, je t'aurais cassé le nez avec ce morceau de brique que tu vois ici. Si le blé cuit ne donne rien, alors les oeufs cuits ne donnent rien non plus», répliqua pour finir le serviteur.

Le prêtre et son serviteur rentrèrent à la maison et c'est ainsi que le prêtre obtint gain de cause.

1 La Transylvanie qui signifie en latin au-delà des forêts, est une région du centre-ouest de la Roumanie

vendredi 28 juin 2013

Les trois noix

Source: amatoralkotok.network.hu 


Il était une fois un homme très pauvre. Il n'avait rien à part ses trois enfants orphelins de mère. Il n'avait rien à leur donner à manger. Un jour, il leur dit:

«Alors, mes enfants, partez où vous voulez parce que je ne peux plus subvenir à vos besoins. Je n'ai rien, je suis un homme pauvre.»

Les trois frères prirent la route et quand ils se trouvèrent à la croisée des chemins, ils se mirent d'accord que dans trois ans ils se rencontrent au même endroit et que chacun montre ce qu'il a obtenu pendant ces trois années. Ils se séparèrent, et ils partirent dans des directions différentes.

Quand les trois ans furent passés, le plus jeune se dit qu'il devait rentrer à la maison. Il était au service d'un vieil homme. Il faisait très honnêtement son travail, souvent même mieux que ce qu''il lui était demandé. Un jour, il dit au vieil homme:

«Eh bien, mon brave vieux, les trois années ont passé, je pars parce que je dois rencontrer mes frères. Donne-moi le salaire que j'ai bien mérité.»

Le vieil homme se leva et sortit trois cents pièces d'or ainsi que trois noix et il les déposa sur la table.

«Tiens, fiston, si tu prends les pièces d'or, sache que je ne te les donne pas de bon coeur. Mais si tu prends les noix, cela est bien, je te les donne de grand coeur.»

Le jeune homme se dit: «S'il me donne les noix aussi volontiers que j'ai travaillé ici, alors je prendrai plutôt les noix.»

Il dit alors au vieil homme:

«-Ne vous inquiétez pas, mon petit vieux! Je prendrai les trois noix parce que vous me les donnez de bon coeur et si nous sommes encore en vie, un jour, je reviendrai peut-être chez vous.
-Que la paix et la chance t'accompagnent, fiston. Je sais que tu ne devras plus jamais revenir ici!» dit le vieil homme.

Le jeune homme alla à la croisée des chemins et rencontra ses frères. Ils s'interrogèrent sur leurs gains. Les deux aînés avaient beaucoup de pièces d'or. Quand ce fut le tour du benjamin, il montra les trois noix et il fut immédiatement accablé d'injures par ses frères.

«Ce n'est pas grave, j'aime les noix. Elles me conviennent très bien parce qu'on me les a données de bon coeur», se dit-il.

Les deux aînés chassèrent leur petit frère pour qu'ils ne rentrent pas ensemble à la maison. Ils avaient peur de la colère de leur père qui ne pourrait pas s'empêcher de les réprimander en voyant les noix. Le benjamin rentra dans la forêt pour laisser aller ses frères en premier, puis il les suivit.

Pendant la route, il eut subitement faim, mais il n'avait rien à manger. Il arriva à un puits et se dit que puisqu'il manquait de nourriture, au moins il pourrait boire. Mais quelle idée lui vint-elle à l'esprit? Il pourrait casser une noix, la manger et boire ensuite. Comme ça, il se sentirait quand même mieux. Il sortit une noix de sa poche, mais quand il la cassa, il eut peur. Un troupeau de moutons commença à en sortir. Les moutons avaient des clochettes autour de leur cou. Il y avait tant de moutons qu'il n'arrivait pas à les compter.

«Oh! se dit-il, j'ai enfin quelque chose à rapporter à mon père!»

Il oublia qu'il avait faim et soif! Il voulait rentrer à la maison le plus rapidement possible. Pendant la route, il pensa qu'il devrait casser une autre noix. Quand il la cassa, des vaches et des boeufs commencèrent à en sortir, et en dernier lieu, deux boeufs magnifiques attelés à une charrette. Il monta sur la charrette, et les moutons et les boeufs marchèrent doucement derrière lui comme s'ils le faisaient sur commande. Ils étaient tout près de la maison quand le jeune homme pensa à la troisième noix.

«Et si je la cassais? Je ne rentrerais pas à la maison avec une noix entière!» se dit-il.

Ainsi fit-il. Une belle fille en sortait. Quand il l'aperçut, il s'en réjouit tellement qu'il ne savait plus où il était.

Les deux aînés venaient de montrer leurs pièces d'or à leur père quand le benjamin rentra à la maison avec un troupeau de moutons et de boeufs, avec une jolie fille sur la charrette tirée par deux boeufs magnifiques. Les deux aînés eurent peur quand ils les virent car leur frère n'avait que trois noix quand ils s'étaient séparés à la croisée des chemins.

«Je vous ai bien dit qu'on m'avait donné les noix de bon coeur! Il est impossible que l'argent seul soit capable de nous faire plaisir. Tout ce que vous voyez ici est sorti de trois noix. Maintenant riez, si vous pouvez!» dit le benjamin à ses frères.

Les aînés partirent pour aller voir le vieil homme. Mais ils ne le retrouvèrent jamais, et eux-mêmes ne rentrèrent plus jamais à la maison.
Le benjamin resta avec son père et s'occupa de lui. Il vit encore aujourd'hui s'il n'est pas mort entre-temps, et il est en train de traire son troupeau de brebis.

vendredi 21 juin 2013

Le lièvre et le hérisson

Source: magyarovi.blog.de

Un jour, par une belle journée d'été, un lièvre rencontra un hérisson dans les champs. Il commença à le taquiner en lui disant:

«Hé! Hérisson! Comment arrives-tu à marcher avec tes pattes crochues?»

Le hérisson ne se laissa pas faire et répliqua d'un ton acerbe:

«Moi, je cours plus vite avec mes pattes crochues que toi, avec tes pattes droites.
-Je ne le crois pas», répondit le lièvre.
«Si tu ne le crois pas, alors parions!» proposa le hérisson.

Après avoir fait leur pari, le lièvre demanda au hérisson:

«Quand allons-nous courir?
-Demain matin quand le train de huit heures sera passé», répondit le hérisson.
«Pourquoi pas maintenant?» demanda le lièvre.
«Parce que maintenant je dois rentrer à la maison pour manger. Mais demain matin, à huit heures pile retrouvons-nous ici, tous les deux», proposa le hérisson.

Le hérisson rentra donc à la maison. Sa femme l'attendait déjà avec un plat tout prêt. Après le dîner, le hérisson raconta à sa femme ce qui s'était passé dans les champs. Elle lui dit:

«Ne sois pas bête! Comment serais-tu capable de courir plus vite que le lièvre?
-Ne t'inquiète pas! Nous allons bien trouver une ruse!»

Le lendemain, ils se levèrent, prirent le petit déjeuner et allèrent ensemble dans les champs. Mais ils n'allèrent pas à l'endroit où le rendez-vous était fixé, mais à l'autre bout du champ. Là-bas, le hérisson dit à sa femme qu'elle se mette dans un sillon. Il lui dit:

«Quand le lièvre sera arrivé ici, dans l'autre sillon, toi, tu vas crier bien fort: "Moi, je suis déjà là!"»

Sur ce, le hérisson quitta sa femme et alla au lieu du rendez-vous.

«Bonjour, Compère Lièvre!
-Bonjour, Compère Hérisson!
-Tu es venu?» dit le hérisson.
«Oui, je suis là», répondit le lièvre.
«Alors, nous allons faire la course?» demanda le hérisson.
«Bien sûr. Mais comment allons-nous faire?» demanda le lièvre.
«Je vais courir dans un sillon, et toi, dans un autre pour que nous ne nous gênions pas l'un l'autre pendant la course», répondit le hérisson.
«D'accord, c'est très bien», acquiesça le lièvre.

Ainsi firent-ils. L'un se mit dans un sillon, l'autre dans un autre. Alors, le hérisson dit au lièvre:

«Je compte à haute voix un-deux-trois et à trois, je me lance!»

Ainsi firent-ils. Le hérisson compta:

«Un, deux, trois!»

Mais quand tous les deux se lancèrent, le hérisson ne faisait que deux sauts, ensuite il se cacha dans son sillon. Quand le lièvre arriva au bout du sillon, la hérissonne cria:

«Moi, je suis déjà là!»

Alors, le lièvre dit:

«Ce n'était pas juste! Courons encore une fois!»

Ils rebroussèrent chemin, mais la hérissonne ne fit que deux sauts, ensuite elle se cacha dans le sillon. Par contre, le lièvre courut plus vite que jamais. Quand il arriva au bout du sillon, le hérisson cria:

«Moi, je suis déjà là!
-Cela ne va pas! Courons encore une fois!» proposa le lièvre.

Il fit demi-tour. Le hérisson fit deux sauts, ensuite il se cacha dans le sillon. Par contre, le lièvre fit tout son possible pour gagner. Quand il arriva au bout du sillon, la hérissonne cria:

«Moi, je suis déjà là!
-Cela ne va pas! Courons une quatrième fois!» dit le lièvre.

Mais ses pattes étaient déjà très fatiguées des courses intensives qu’il venait de faire. Il tomba à mi-chemin, il ne pouvait plus avancer. Les hérissons riaient du lièvre et ils gagnèrent leur pari. Ils rentrèrent chez eux et vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entre-temps.




vendredi 14 juin 2013

Les trois frères


Conte illustré par Petra (5ans) et Luca (6ans)
Il était une fois un homme très pauvre. Il avait trois fils. L’aîné qui avait des jambes filiformes, s'appelait «Tout en jambes», l’enfant du milieu bien potelé «Tout en graisse» et le benjamin, empoté, le «Benêt». Les enfants étaient des gros mangeurs, leur père ne pouvait pas leur donner assez de nourriture. Il n’y avait jamais assez de pain sur la table!

Un jour, quand le père en avait assez de se saigner aux quatre veines, il dit à ses fils:

«Allez gagner votre vie! Je ne peux plus rien faire pour vous!»

L’aîné partit le premier. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il rencontre un vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour une année. Au bout d’un an, le vieil homme lui dit:

«Puisque tu as bien travaillé, je te donne une table. Il suffit que tu lui dises "Ma petite table, couvre-toi de bons plats!" et tu auras toutes sortes de bonnes nourritures. Tu la veux?
-Bien sûr, bien sûr!» répondit Tout en jambes.

Il avait hâte de sortir du village. Au bord de la route, il vit un buisson et s’arrêta. Il installa sa table et lui dit tout de suite:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»

Tout en jambes eut tant de choses à boire et à manger qu’il en resta bouche bée et il mangea comme quatre!

Il était sur le chemin du retour quand il aperçut une auberge. Il y rentra et demanda une chambre. Il y installa sa table et lui demanda de mettre le couvert. Quand il fut rassasié, il sortit de sa chambre et alla voir l’aubergiste pour demander à boire un verre de vin. Mais l’aubergiste réussit à voir ce que Tout en jambes faisait avec la table. Oh là là s’il pouvait en avoir une semblable!

Le soir quand tout le monde alla se coucher et que Tout en jambes dormait profondément, l’aubergiste se faufila dans sa chambre et remplaça la table miraculeuse par une autre identique.

Le lendemain, Tout en jambes reprit le chemin du retour. Quand il arriva à la maison, il se venta d’avoir une table miraculeuse.

«Fais voir! Fais voir! Elle tombe bien parce que nous avons faim comme d’habitude!» lui dit Tout en graisse.

L’aîné obéit et dit à sa table:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»
A sa plus grande surprise, la table ne fit rien. Sa famille, se voyant trompée si vilainement, en eut un creux à l’estomac encore plus grand. Et Tout en jambes fut rossé violemment.

L’enfant bien potelé partit tenter sa chance, lui aussi. Il arriva chez le même vieil homme que son frère. Il s’engagea, lui aussi, pour un an. Quand son contrat fut terminé, le vieil homme appela Tout en graisse et lui dit:

«Alors Fiston, pour te remercier de ton service, je vais te donner, à toi aussi, quelque chose. Voilà un âne. Il suffit de lui dire "Éternue, éternue mon petit âne!" et il va éternuer autant d’or que tu lui demanderas. Tu le veux?
-Bien sûr!» répondit le garçon dodu.

Il se réjouit de l’âne et prit le chemin du retour avec lui. Il s’arrêta dans la même auberge que son frère. Il mangea et but tout ce qu’il put. Il prévint l’aubergiste qu’il ne paierait que le lendemain matin. Il emmena son âne dans sa chambre et le soir, avant d’aller se coucher, il lui dit:

«Éternue, éternue mon petit âne!»

Celui-ci tendit l’oreille et commença à éternuer. Il le fit si abondamment que Tout en graisse eut du mal à ramasser les pièces d’or. Quand il les eut bien rangées, il alla se coucher.

Mais l’aubergiste réussit à voir la scène par le trou de serrure. Quand Tout en graisse dormait profondément, l’aubergiste pénétra dans sa chambre et remplaça l’âne par un autre identique.
Quand Tout en graisse rentra à la maison, il montra fièrement son âne à sa famille. Mais quand il voulut que l’âne éternue des pièces d’or, rien ne se passa. Tout en graisse n’échappa pas au châtiment, lui non plus. Il fut battu comme son frère aîné.
Leur père était complètement désespéré parce que les deux aînés n’arrivaient pas à aider la famille. Il envoya donc le benjamin.
Celui-ci arriva, lui aussi, chez le même vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour un an. Quand l’année se termina, le vieil homme lui dit:

«Alors Fiston, je ne peux pas te laisser partir sans te donner un cadeau. Voilà un sac, il y a un gourdin dedans. Si tu lui dis "Sors du sac, mon petit gourdin", il va le faire. Ensuite, tu peux  frapper qui tu veux.»

Le Benêt prit le gourdin et rentra à la maison. L’auberge était sur son chemin. Heureusement, car il avait très faim et soif. Il y entra et se rassasia. L’aubergiste lui demanda de payer l’addition, mais le Benêt n’avait pas un sou. L’aubergiste en fut très mécontent et dit qu’il lui confisquerait son manteau ou qu'il l’enverrait en prison si le jeune homme ne payait pas immédiatement tout ce qu’il avait bu et mangé. Le Benêt devint furieux, sortit son sac et dit:

«Sors du sac mon petit gourdin! Bats l’aubergiste!»

Ainsi fit-il. Le petit gourdin attaqua l’aubergiste et le rossa copieusement. L’aubergiste en eut vite assez et commença à gémir:

«Aïe, ça fait mal! Aïe, ça fait mal! Arrêt, arrête, je te rends plutôt tout ce que j’ai volé à tes frères.»

Le Benêt ouvrit de grands yeux.
«Qu’est-ce que vous avez volé à mes frères?
-Eh bien, la table miraculeuse et l’âne éternuant des pièces d’or.»

Pendant ce temps, le petit gourdin continuait à battre l’aubergiste. Le Benêt lui dit:

«Si tu me rends la table et l’âne, je ne te ferai plus mal. Retourne, retourne mon petit gourdin dans le sac!»

Le gourdin obéit, et l’aubergiste alla chercher vite la table et l’âne. Il les rendit tout de suite au Benêt qui rentra à la maison. Il raconta à ses frères comment il avait repris la table et l’âne. Désormais, ils eurent à boire et à manger et autant d’argent qu’ils voulaient.

Ce fut ainsi que la famille pauvre devint très heureuse.

vendredi 7 juin 2013

Le Vent et Le Soleil



Source: gondolkodom.hu
Au bon vieux temps, le Vent discutait avec le Soleil. Ils s'étaient mis à discuter pour savoir qui était le plus fort. Un jour, le Soleil dit au Vent:

«Mettons-nous à l’épreuve avec l’homme qui marche là-bas et qui porte une cape. Tentons d’enlever sa cape de ses épaules pour savoir lequel de nous deux est le plus fort.»
C’est le Vent qui tenta d’abord sa chance. Il saisit le col de l’homme, il l’arracha, il tira la cape de tous les côtés, mais plus il la tira, plus le pauvre homme s’y enveloppa et ne le laissa pas lui enlever. Après que le Vent se soit épuisé pour rien, alors c’est le Soleil qui se mit à l'oeuvre. Il sourit sur l’homme de plus en plus chaudement. Toujours plus chaudement. Le brave homme se découvrit tout doucement, ensuite il enleva entièrement sa cape. Peu de temps après, il ôta son manteau et même son gilet.

«Tu vois bien que c'est moi qui suis le plus fort!» dit le Soleil au Vent.