vendredi 30 août 2013

Le renard et le brochet

Conte imaginé par Hajnalka Lilla Ràcz

Il était une fois un pauvre cordonnier. Son métier ne lui rapportait pas beaucoup d'argent car les gens étaient pauvres et ne lui donnaient pas assez de travail. 

Un jour, il alla pêcher au bord de la rivière afin de trouver quelque nourriture pour donner à manger à sa famille. Alors qu' il regardait attentivement la rivière, il s’aperçut que quelque chose s'agitait dans l’eau. C’était un renard qui se débattait si fort avec un brochet que l’un ne pouvait pas se débarrasser de l’autre. Le cordonnier s’approcha des animaux, il les saisit et les mit, tous les deux, sur ses épaules. Les dents de l’un étaient tellement entrées dans la chair de l’autre qu’ils ne pouvaient plus se séparer. Alors, il se dit qu’il irait voir le roi Mathias dans son palais royal pour lui montrer les deux bêtes dans l’espoir d’être récompensé.

Ainsi fit-il. Quand il atteignit l’entrée du palais royal, la garde ne voulut pas le laisser entrer.
Il raconta en vain ce qui l’amenait au palais, disant qu’il était pauvre et qu’il comptait sur une récompense. Le premier garde lui dit:
«D’accord, je te laisse passer à condition que tu me donnes la moitié de ta récompense.»

Le cordonnier le lui promit, sinon il n’aurait rien obtenu. Arrivé à la deuxième porte, il se trouva face à une garde royale encore plus importante, qui n’avait pas l’intention de le laisser passer. Mais le cordonnier insista, et l’un des gardes dit:
«Si tu me donnes la moitié de ce que le roi te donne, tu peux entrer.»

Le cordonnier fut obligé d’accepter. Quand il fut devant le roi, lui montra ce qu’il lui apportait et dit:

«Majesté! Voici un renard pris par un brochet, un brochet pris par un renard, et un pauvre cordonnier a pris les deux.»

Le roi rit de bon cœur et demanda au cordonnier:
«Quelle récompense puis-je te donner pour cela?»

«Je demande cent coups de noisetier bien sifflant», répondit le cordonnier.

«Mais pourquoi? Tu n’es pas coupable! Tu n’as pas fait de mal à personne! Au contraire, tu m’as apporté un cadeau et je veux t’accorder une récompense», dit le roi.

Le cordonnier se plaignit de ce que les gardes lui demandaient. Il dit au roi qu’il ne lui resterait rien puisqu’il devrait tout donner aux gardes. Le roi répondit:
«Cela n’est pas grave, pauvre cordonnier. Je vais faire en sorte que les gardes aient la récompense que tu viens de demander, par contre toi, tu auras ce que je vais t’offrir.»

Il lui donna alors un boisseau de pièces d’or. Le roi tint la parole et fit subir la bastonnade aux gardes: celui qui était à la première porte eut cinquante coups de noisetier bien cinglants, celui qui était à la deuxième porte en eut autant.

Le cordonnier rentra à la maison avec les pièces d’or. Il vit encore aujourd’hui s’il n’est pas mort entre-temps.

Andràsfalva (La Bukovine)

vendredi 23 août 2013

Le frère envieux

Conte imaginé par Endre Stankowsky


Il était une fois un homme très pauvre. Il avait tant d'enfants qu'il avait du mal à les compter. Il pratiquait la pêche pour gagner sa vie.
Un jour, il tira de la rivière un objet rond qui ressemblait à un anneau. Il le regarda de tous côtés, et se dit que l'objet servirait de jouet à ses enfants.

Comme les enfants jouaient avec l'anneau, celui-ci devint de plus en plus brillant. Le pauvre pêcheur l'entoura d'un torchon, le mit dans sa poche et monta vers le palais royal. Au portail du château, la garde royale ne voulut pas le laisser entrer, mais quand il dit qu'il apportait un cadeau au roi, il put quand même aller le voir.
Le roi lui demanda d'où venait l'anneau en or. L’homme lui répondit poliment. Sur ce, le roi ordonna à ses serviteurs de lui attribuer autant d'argent qu'il serait capable d'en emporter.

Le pauvre pêcheur était plié en deux sous le poids de l'argent. Quand il rentra à la maison, il envoya l'un de ses fils chez son frère pour demander une balance.
Le frère radin dit :

«Et alors, pourquoi avez-vous besoin de la balance quand vous n'avez rien à manger?»

Le garçon ne dit rien. Avant de lui donner la balance, le frère avare passa du goudron à l'intérieur de la mesure.
A la maison toute la famille se réunit et pesa ensemble l'argent. Mais personne ne s'aperçut qu'une pièce était restée collée à la paroi. Le fiston rendit la mesure. Le radin retrouva l'argent collé à la paroi et comprit tout de suite ce que son frère avait pesé dedans. Il se précipita chez lui et commença à le harceler de questions pour savoir où il avait gagné ce tas d'argent.

Le pauvre frère pensa faire une bonne blague à son frère radin qui était toujours aussi orgueilleux et insensible à son égard. Il lui dit qu'il avait amené au roi des chats parce qu'il y avait tant de souris dans le palais royal que celles-ci rongeaient même les oreilles du roi. Il n’en fallut pas plus au frère radin.

«Alors, nous lui en amènerons, nous aussi», pensa-t-il.

Il rentra à la maison, il en discuta avec sa femme, ensuite tous deux vendirent tous leurs biens et ils achetèrent des chats.
A l'entrée du palais, la garde royale les arrêta mais ils finirent par rentrer.
Après être arrivés devant le roi, ils ne dirent un traître mot ni le motif de leur venue. Ils ouvrirent les sacs, et les chats affamés et furieux en sortirent. Ils se jetèrent directement sur le roi. Ils le mordirent, le griffèrent partout. Les gardes du corps eurent du mal à chasser et à rouer de coups les chats fous de rage.

Ensuite ce fut le tour du radin! Les gardes du corps lui demandèrent des comptes, ensuite il reçut une bonne correction et fut chassé pour toujours du palais royal.





vendredi 16 août 2013

Le berger aux yeux d'étoiles


Conte imaginé par Endre Stankowsky  

Il était une fois un roi si puissant que chaque fois qu'il éternuait tous les habitants du royaume devaient dire: «A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
Quand il était enrhumé, on n'entendait pas d'autres mots à travers son royaume que «A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
Tous faisaient ainsi excepté le berger aux yeux d'étoiles. Le roi ayant eu vent de cela, se mit en colère et fit appeler le berger. Celui‑ci se présenta devant le roi qui se tenant sur son trône était très furieux.

«Dis tout de suite: A mes souhaits! Dieu me bénisse!» cria-t-il.
«A mes souhaits! Dieu me bénisse!» dit le berger aux yeux d'étoiles.
«A moi, à moi, misérable que tu es!» cria le roi.
«A moi, à moi, Majesté!» répondit le berger.
«Mais à mes souhaits, aux miens! Dis immédiatement: A vos souhaits! Dieu vous bénisse, Votre Majesté!» hurla à pleins poumons le roi, hors de lui.
«Quoi qu'il arrive, moi, je ne le dirai pas tant que je n'épouserai pas la Princesse», riposta le berger.

La Princesse, elle-même, se trouvait dans la pièce, et se tenait assise sur un petit trône. Elle appréciait beaucoup ce courageux berger cependant elle ne fit pas entendre qu'elle ne l'épouserait pas.
Par contre, le roi, pris d'une colère noire, ordonna aussitôt que le berger soit emprisonné dans la cellule de l'ours blanc.
Les soldats le saisirent et s'exécutèrent. Mais quand l'ours aperçut les yeux d'étoiles du berger, il recula et se recroquevilla dans le coin opposé de la cellule. Pour rien au monde il n'aurait osé toucher au berger.
Le lendemain, le chambellan vint pour ramasser les os du berger et vit que celui-ci se portait comme un charme. Il reconduisit le berger devant le roi.

«Alors, misérable que tu es! Et maintenant que tu es passé si près de la mort, vas-tu enfin dire:A mes souhaits! Que dieu me bénisse!»

Le berger rétorqua:
«Mais mourir dix fois ne me fait pas peur à moi! Je le dirais à la seule condition que vous me donniez la main de la Princesse.»
«Eh bien, tu vas donc mourir dix fois!»

Le roi ordonna que le berger soit jeté en prison dans la cellule des hérissons géants. Les soldats s'exécutèrent mais dès qu'ils refermèrent la porte, le berger sortit une flûte de la manche de son manteau brodé et joua si bien que les hérissons se mirent à danser bras dessus, bras dessous.

Le lendemain, le chambellan vint voir s'il restait des os. Mais le berger jouait encore de la flûte et les hérissons dansaient toujours. Il n'y avait rien d'autre à faire que de le reconduire devant le roi qui lui dit:
«Alors, misérable que tu es! Maintenant que tu es passé si près de la mort, vas-tu enfin dire : A mes souhaits! Que dieu me bénisse!
-Mais moi, mourir cent fois ne me fait même pas peur! Je le dirais à la seule condition que vous me donniez la main de la Princesse.
-Eh bien, tu vas donc mourir cent fois!» cria le roi dans une immense colère et il ordonna que le berger soit jeté dans un gouffre dont les murs étaient hérissés de faux.

Les soldats se saisirent du berger. Mais avant d'être jeté dans le gouffre aux faux, il les pria de s'écarter un instant pour y jeter un oeil. Peut-être reviendrait-il sur sa décision?

Les soldats sortirent et le laissèrent seul dans le cachot, devant le gouffre. De son côté, il dressa sa masse hérissée de pointes et la déguisa de son manteau brodé et de son chapeau, puis cria aux soldats qu'il ne changerait pas d'avis.
Ceux-ci rentrèrent à nouveau, saisirent la masse habillée du manteau et du chapeau et la jetèrent dans le gouffre pensant qu'il s'agissait du berger alors que celui‑ci s'était caché dans un coin du cachot.

Le lendemain, le chambellan arriva avec sa lanterne et faillit tomber à la renverse en apercevant le berger. Il le reconduisit devant le roi dont la colère ne cessa d'augmenter. Il posa tout de même la question au berger:
«Alors maintenant que tu es revenu du centième cercle de la Mort, vas-tu dire enfin:A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répondit sèchement:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi finit par comprendre qu'il n'arriverait pas à tuer le berger et fit atteler le carrosse royal. Le berger prit place à ses côtés et le roi donna l'ordre d'être conduit dans la Forêt d'argent.

Une fois arrivé, il dit au berger:
«Vois-tu cette Forêt d'argent? Je te la donne si tu dis:A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le courageux berger s'entêta et donna la même réponse:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi donna l'ordre d'être conduit au Château d'or.
Une fois arrivé, il dit au berger:
«Vois-tu ce Château d'or? Je te l'offre ainsi que la Forêt d'argent pourvu que tu me dises: A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répéta inlassablement:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Ils poursuivirent leur route jusqu'au Lac de diamant. Le roi dit:
«Vois-tu ce Lac de diamant? Je te l'offre ainsi que le Château d'or et la Forêt d'argent pourvu que tu me dises: A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répéta sans cesse:
«Non, non, je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi finit par comprendre qu'il n'y avait rien à tirer du berger. Il poussa un grand soupir et dit:
«Sacrebleu! Je te donne la main de ma fille mais alors dis-moi tout de suite: A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
«Bien sûr, bien sûr, je vous le dis! Pourquoi je ne le ferais pas?»

Le roi s'en réjouit et annonça à tous les habitants du royaume que sa fille allait se marier. La Princesse, qui avait éconduit tant de prétendants, était désormais la plus heureuse au monde car elle était tombée sincèrement amoureuse du berger aux yeux d'étoiles.

Ils donnèrent un si grand repas de noces que tout le pays buvait, mangeait et dansait. Mais c'est au palais royal que fut célébrée la plus belle fête, que se joua la meilleure musique et que l'on servit les meilleurs plats.

Quand le garçon d'honneur présenta la tête de porc au raifort, le roi plaça le plat devant lui pour le partager, comme il se doit avec tous les invités, quand soudainement l'odeur du raifort le fit éternuer:
«A vos souhaits! Dieu vous bénisse!» cria le premier le berger. Le roi s'en réjouit tellement qu'il tomba de son siège et mourut sur-le-champ.

C'est ainsi que le berger aux yeux d'étoiles devint le roi.
Il devint même un excellent roi qui jamais n'imposait à son peuple de lui présenter ses voeux à contre coeur.
Cependant, tous lui souhaitaient tout le bien possible de tout leur coeur parce qu'il était un très bon roi et tous l'aimaient beaucoup.

vendredi 9 août 2013

Le village fou III - IV


Source:www.szinhaz.szeged.hu 


III.

Un jour, un voyageur arriva dans le village de Silda avec un chat sous le bras. Les habitants du village n'avaient jamais vu de chat. Et les souris proliféraient à tel point qu’elles attaquaient même les blés des greniers. Les villageois demandèrent au voyageur:

«Qu’est-ce que vous vendez?
-Un chat.
-Quelle sorte d’animal est-ce?
-Il fait disparaître les souris.
-Alors, nous avons besoin de votre chat. Combien ça coûte?
-Un boisseau de pièces d’or.
-D’accord, nous sommes preneurs», dirent les villageois.

Quand le voyageur eut l’argent, il se dépêcha de quitter le village pour éviter que les gens reviennent sur leur décision. La famille du juge se demanda ce qu’il convenait de donner à manger au chat. Le juge dit à son fil:

«Rattrape le voyageur et demande-lui ce qu’il faut donner à manger au chat.»

Le garçon courut et cria après le voyeur:

«Qu’est-ce qu’il mange le chat?
-De tout», répondit-il à la hâte de loin.

Le fils du juge crut comprendre que le chat mangeait des hommes et des boeufs. Quand il rentra à la maison, il dit à son père:

«Monsieur le Juge, le chat mange des hommes et des boeufs.
-Aïe! Cela veut dire que nous sommes fichus. Maintenant, je comprends mieux pourquoi le voyageur était si pressé de partir. Nous n’avons pas le choix, il faut tuer le chat. »

Ils mirent ainsi le feu à la maison du juge, mais le chat s’en échappa et monta sur le toit du grenier. Ils incendièrent le grenier aussi. La moitié du village fut ainsi brûlée.


IV.


Un jour, le juge dit aux habitants du village:

«J’ai une idée. Si nous la réalisons, nous serons les premiers dans le comitat. Je vais monter jusqu'à la lune.
-Comment, Monsieur le Juge? demandèrent les gens.
-Comment? Comment? répliqua le juge. Vous voyez bien la montagne, là-bas. Vous voyez aussi que la lune est tout près d’elle. Nous apporterons des tonneaux sur la montagne, nous les empilons. Comme ça j’arriverai à la lune.»

Ainsi firent-ils. Les villageois empilèrent les tonneaux, et le juge grimpa là-dessus.

«Donnez-m'en encore deux. Je vais les hisser avec ma canne!» cria-t-il.
«Monsieur le juge, il n’y en a plus.
-Espèce d’idiots! Tirez alors deux des tonneaux qui sont tout en bas puisqu’on n’en a plus besoin. »

Les hommes obéirent au juge. Les tonneaux s'éparpillèrent, le juge se brisa la nuque et mourut sur le coup. Et même si le juge n’était pas mort, le village de Silda serait à ce jour habité par des gens stupides.

samedi 3 août 2013

Le village fou I - II

Source: www..nagyhazi.hu


Le grand-père de mon grand-père était allé dans le village de Silda. Il nous raconta qu'il avait rencontré là-bas des gens si farfelus qu'il n'en existe nulle part ailleurs dans le monde.

Un jour, une femme se plaignit ainsi au juge du village:

«-Ah! Monsieur le Juge, il y aura une noce chez nous, mais nous n'avons qu'une pincée de sel, et au magasin on ne peut pas en acheter.
-Alors, ma Chère, sème le sel que tu as dans une terre bien fumée et tu vas voir comment il va se multiplier», répondit le juge.

Ainsi fit-elle. Elle bécha le terrain le plus fertile de la famille, elle le ratissa et y sema sa pincée de sel. Le temps passa, beaucoup d'orties levèrent. Les hommes et les femmes du village les léchèrent et en goutèrent.

«Oh qu'elles sont petites, mais elles sont déjà bien fortes!» constatèrent-ils tous.

Ils attendaient, ils attendaient, mais les orties ne blanchissaient pas quand le jour de la noce arriva. La fiancée vint du village voisin. A Silda, les gens étaient petits ainsi que les maisons. Le cortège de noces arriva en une longue file. C'était la grande et belle fiancée qui ouvrait la marche. Elle s'immobilisa devant la porte car celle-ci était trop basse. Les gens du cortège attendaient derrière elle.

«Qu'allons-nous faire? Qu'allons-nous faire?» se demandèrent-ils ici et là. Le garçon d'honneur dit:

«Il faut couper un bout de la jambe de la fiancée.
-Ah non, pas ça! C'est la tête qui ne rentre pas, donc il faut la couper», répliqua le juge.
«Voulez-vous que j'aille chercher une hache?» dit une jeune femme.

Mais le propriétaire de la maison s'y opposa:

«Nous n'avons pas besoin de la hache, nous allons faire autrement. Je vais faire sauter d'un coup le montant de la porte.»

Mais c'est le grand-père de mon grand-père qui eut le dernier mot:

«Ne vous salissez pas! C'est le moment du banquet de noces! Ce serait mieux si la fiancée se courbait un peu!»

Ainsi fit-elle. Elle s'inclina un peu et passa facilement par la porte. Ah, tout le monde était heureux! Le propriétaire de la maison fit asseoir à la place d'honneur le grand-père de mon grand-père. Qu'il mange et qu'il boive tant qu'il veut! Tout le monde reconnut qu'il avait la tête sur les épaules pour sortir une idée pareille.

Après la noce, vint le temps de l'accueil. Tous les habitants du village s'y préparèrent. Le juge les convoqua et leur adressa ainsi la parole:

«Villageois! Le jour de la réception approche à grands pas. Par contre, les orties et les mauvaises herbes envahissent les abords de notre église. Je vous conseille d'aller vous reposer, de manger et de boire pendant une semaine. Pendant ce temps, les femmes vont travailler jour et nuit. Elles vont tresser une corde longue pour nous permettre de déplacer l'église.»

Ainsi firent-ils. Les hommes mangèrent, burent et se prélassèrent dans l'herbe pendant que les femmes tressaient la corde. Quand celle-ci fut finie, les femmes en enserrèrent l'église et le juge cria d'un ton martial:

«Allez! Tirons ensemble! Ho hisse! Ho hisse!»

La corde se tendit. Le juge demanda aux hommes:

«Alors, avance-t-elle notre église?»

Bien évidemment, elle ne bougeait pas d'un pouce! Il resta autant de mauvaises herbes devant son portail qu'il y en avait auparavant.

II.

Dans le village de Silda, au bord d'une rivière, il y avait un grand noyer qui donnait tant de noix que ses branches ployaient sous leur poids. Le juge arriva et dit aux hommes:

«Hé, vous, vous ne voyez pas que ce noyer a soif? Il faut que deux d'entre vous montent à la cime pour nous aider à tirer les branches vers le bas.»

Mais personne n'avait envie de grimper à l'arbre.

«Je n'y vais pas parce que j'ai mal aux jambes», dit l'un d'entre eux.
Un autre qui était grand et fort dit: «Je veux bien monter et pousser les branches seul.»

Les hommes s'appliquèrent avec ardeur jusqu'à ce qu’une branche craque et coupa la tête de celui qui était en haut.

«Avait-il une tête quand il est monté sur l'arbre?» demanda un homme.

Le juge répondit:

«Je ne sais pas. Allez voir sa femme!»

Ainsi fit-il.

«Alors, Rosalie, avait-il une tête ton mari quand il est parti de chez lui?
-Comment voulez-vous que je le sache? Mais je vais voir si son chapeau est là!» répondit la femme.

Elle cherchait partout le chapeau de son mari.

«Puisque je ne le retrouve nulle part, alors il devait avoir une tête», dit-elle aux hommes. Ceux-ci finalement retrouvèrent la tête et l'ensevelirent.

vendredi 5 juillet 2013

Le prêtre et les oeufs


Source: kiralyudvar.lapunk.hu

Il était une fois un prêtre qui avait pour serviteur un vieux garçon tzigane venant de  Transylvanie1. C'est lui qui s'occupait de tout à la maison.
Le prêtre allait chaque jour dans une autre famille prendre son petit déjeuner, son déjeuner et son dîner. Il mangeait des oeufs, un à chaque repas. Un mois passa et il dut payer pour ses repas. Il alla voir le maître de maison pour convenir du prix à payer. Quand on mange, on doit solder son compte, c'est normal.

Le maître de maison compta combien d'oeufs le prêtre avait mangés. Il compta aussi le nombre de poulets et de poules qu’il aurait eu si le prêtre n'avait pas mangé ses oeufs. Il calcula un montant tel que tous les biens du prêtre n'auraient pas suffi. La facture était bien salée.

«Oh là là, je ne peux pas régler ce montant», dit le prêtre.

«Si tu ne peux pas payer, alors je vais porter plainte contre toi au Tribunal. Trop, c'est trop!» dit le maître de maison.

Il saisit son bâton et fit route vers le Tribunal. Il avait l’intention d'y déposer une plainte pour récupérer la somme mangée par le prêtre. Tous les oeufs avalés auraient pu donner encore bien des poules, des poulets et combien d'autres oeufs.
Sainte Mère!
Toujours est-il que le prêtre fut convoqué au Tribunal. Oh là là! Il était tout abattu, cette affaire lui causait bien du tracas. Il pensait sans cesse à ce qui se passerait au Tribunal.

Le tzigane qui était à son service, remarqua son angoisse et demanda:

«Alors, Monsieur le Prêtre! Qu'est-ce qui te peine en ce moment? Je te trouve très pensif! Tu dois avoir de gros soucis!
-Ne m’en parle pas! Pourquoi veux-tu que je te raconte tout ça?
-Pas de ça entre nous, dis-moi tout! Peut-être que même moi, je pourrais t'aider dans ton malheur.
-Mais non, mais non...
-Du courage, Monsieur le Prêtre! Allez, raconte-moi tout et je t'aiderai!»

Alors le prêtre céda et raconta son histoire.

«Tu sais quoi, Monsieur le Prêtre, je t'accompagnerai au Tribunal», dit le serviteur.
«A quoi, toi, tu me servirais là-bas?
-Si, je dois y aller! Je dois entendre ce qu'on va te dire.
-Bon, d'accord! Accompagne-moi!»

Quand arriva enfin le jour de l'audition, tous les deux s'habillèrent convenablement. Le prêtre donna à son serviteur quelques vêtements afin qu'il soit correctement habillé. Alors qu'ils étaient prêts à partir, le serviteur trouva la moitié d'une brique. Hop! Il la prit et la cacha sous sa chemise. Il dut la tenir pour qu'elle ne tombe pas par terre.
Ils arrivèrent sans problème au Tribunal. Le juge énuméra le nombre d'oeufs que le prêtre avait mangés et qu'il ne pouvait payer.

Mais que faisait donc pendant ce temps le serviteur? Il se frappait sans cesse la poitrine, plus exactement la moitié de la brique de tout à l'heure. Voyant cela, le juge crut que le serviteur serait le payeur et que l'argent était sur lui. Mais non! Le serviteur s'impatienta et dit au prêtre:

«Quand en aurons-nous fini ici parce que j'ai des choses à faire à la maison. Tu sais bien qu'un grand travail m'attend là-bas!»

Le juge dit:

«Alors, quel travail t'attend?
-Le chaudron est plein de blé qui est en train de cuire sur le feu. Dès que nous serons rentrés, je le sèmerai.
-Comment? Tu cuis d'abord le blé, ensuite tu le sèmes?
-Oui, je veux le semer.
-Mais enfin, c'est impossible. Cela ne donnera rien du tout. Le blé cuit ne lèvera jamais.
-Ah oui, le blé cuit ne lèvera pas? Alors, les oeufs cuits? Ils auraient donné combien de poules et de poulets?» demanda le serviteur au juge.

Et voilà, le juge se mit à réfléchir.

«Tu as raison», dit-il.
«Alors, Monsieur le Juge, si tu ne m'avais pas donné raison, je t'aurais cassé le nez avec ce morceau de brique que tu vois ici. Si le blé cuit ne donne rien, alors les oeufs cuits ne donnent rien non plus», répliqua pour finir le serviteur.

Le prêtre et son serviteur rentrèrent à la maison et c'est ainsi que le prêtre obtint gain de cause.

1 La Transylvanie qui signifie en latin au-delà des forêts, est une région du centre-ouest de la Roumanie

vendredi 28 juin 2013

Les trois noix

Source: amatoralkotok.network.hu 


Il était une fois un homme très pauvre. Il n'avait rien à part ses trois enfants orphelins de mère. Il n'avait rien à leur donner à manger. Un jour, il leur dit:

«Alors, mes enfants, partez où vous voulez parce que je ne peux plus subvenir à vos besoins. Je n'ai rien, je suis un homme pauvre.»

Les trois frères prirent la route et quand ils se trouvèrent à la croisée des chemins, ils se mirent d'accord que dans trois ans ils se rencontrent au même endroit et que chacun montre ce qu'il a obtenu pendant ces trois années. Ils se séparèrent, et ils partirent dans des directions différentes.

Quand les trois ans furent passés, le plus jeune se dit qu'il devait rentrer à la maison. Il était au service d'un vieil homme. Il faisait très honnêtement son travail, souvent même mieux que ce qu''il lui était demandé. Un jour, il dit au vieil homme:

«Eh bien, mon brave vieux, les trois années ont passé, je pars parce que je dois rencontrer mes frères. Donne-moi le salaire que j'ai bien mérité.»

Le vieil homme se leva et sortit trois cents pièces d'or ainsi que trois noix et il les déposa sur la table.

«Tiens, fiston, si tu prends les pièces d'or, sache que je ne te les donne pas de bon coeur. Mais si tu prends les noix, cela est bien, je te les donne de grand coeur.»

Le jeune homme se dit: «S'il me donne les noix aussi volontiers que j'ai travaillé ici, alors je prendrai plutôt les noix.»

Il dit alors au vieil homme:

«-Ne vous inquiétez pas, mon petit vieux! Je prendrai les trois noix parce que vous me les donnez de bon coeur et si nous sommes encore en vie, un jour, je reviendrai peut-être chez vous.
-Que la paix et la chance t'accompagnent, fiston. Je sais que tu ne devras plus jamais revenir ici!» dit le vieil homme.

Le jeune homme alla à la croisée des chemins et rencontra ses frères. Ils s'interrogèrent sur leurs gains. Les deux aînés avaient beaucoup de pièces d'or. Quand ce fut le tour du benjamin, il montra les trois noix et il fut immédiatement accablé d'injures par ses frères.

«Ce n'est pas grave, j'aime les noix. Elles me conviennent très bien parce qu'on me les a données de bon coeur», se dit-il.

Les deux aînés chassèrent leur petit frère pour qu'ils ne rentrent pas ensemble à la maison. Ils avaient peur de la colère de leur père qui ne pourrait pas s'empêcher de les réprimander en voyant les noix. Le benjamin rentra dans la forêt pour laisser aller ses frères en premier, puis il les suivit.

Pendant la route, il eut subitement faim, mais il n'avait rien à manger. Il arriva à un puits et se dit que puisqu'il manquait de nourriture, au moins il pourrait boire. Mais quelle idée lui vint-elle à l'esprit? Il pourrait casser une noix, la manger et boire ensuite. Comme ça, il se sentirait quand même mieux. Il sortit une noix de sa poche, mais quand il la cassa, il eut peur. Un troupeau de moutons commença à en sortir. Les moutons avaient des clochettes autour de leur cou. Il y avait tant de moutons qu'il n'arrivait pas à les compter.

«Oh! se dit-il, j'ai enfin quelque chose à rapporter à mon père!»

Il oublia qu'il avait faim et soif! Il voulait rentrer à la maison le plus rapidement possible. Pendant la route, il pensa qu'il devrait casser une autre noix. Quand il la cassa, des vaches et des boeufs commencèrent à en sortir, et en dernier lieu, deux boeufs magnifiques attelés à une charrette. Il monta sur la charrette, et les moutons et les boeufs marchèrent doucement derrière lui comme s'ils le faisaient sur commande. Ils étaient tout près de la maison quand le jeune homme pensa à la troisième noix.

«Et si je la cassais? Je ne rentrerais pas à la maison avec une noix entière!» se dit-il.

Ainsi fit-il. Une belle fille en sortait. Quand il l'aperçut, il s'en réjouit tellement qu'il ne savait plus où il était.

Les deux aînés venaient de montrer leurs pièces d'or à leur père quand le benjamin rentra à la maison avec un troupeau de moutons et de boeufs, avec une jolie fille sur la charrette tirée par deux boeufs magnifiques. Les deux aînés eurent peur quand ils les virent car leur frère n'avait que trois noix quand ils s'étaient séparés à la croisée des chemins.

«Je vous ai bien dit qu'on m'avait donné les noix de bon coeur! Il est impossible que l'argent seul soit capable de nous faire plaisir. Tout ce que vous voyez ici est sorti de trois noix. Maintenant riez, si vous pouvez!» dit le benjamin à ses frères.

Les aînés partirent pour aller voir le vieil homme. Mais ils ne le retrouvèrent jamais, et eux-mêmes ne rentrèrent plus jamais à la maison.
Le benjamin resta avec son père et s'occupa de lui. Il vit encore aujourd'hui s'il n'est pas mort entre-temps, et il est en train de traire son troupeau de brebis.