vendredi 27 septembre 2013

Pommes contre ordures



Il vivait à Ajak un homme très riche. Il avait un fils unique qui était beau et bien. Il arriva à l'âge de se marier.

«Mon cher Père! Ne cherchez pas à me marier pas parce que j'épouserai la fille que j'aimerai, dit-il à son père.»

Son parrain l'emmena chez les gens riches, chez les gens plus modestes, chez une belle fille, chez une laide, mais riche ou pauvre il ne voulait ni l'une ni l'autre. L'automne arriva, et c'est lui même qui dit à son père:

«Alors mon Père, le moment est venu, je vais me marier.»
«D'accord, mon fils. Combien d'argent veux-tu?» dit son père.
Conte imaginé par Endre Stankowsky

«Je ne demande pas un seul sou, seulement deux charrettes de pommes et parmi tes serviteurs, le plus jeune
», dit le fils. «Mais que je revienne avec n'importe quelle fille, aimez-la comme si elle était votre propre enfant, autrement j'irai partir me cacher et vous ne me retrouverez jamais.»

Le père s'y résigna. En plus de deux charrettes de pommes, le fils demanda une charrette vide, ensuite il dit adieu à son père. Celui-ci laissa partir son fils de bon coeur, mais de son mouchoir il essuya ses larmes.
Le fils traversa sept villages et il s'arrêta au bout du septième. En plein milieu de la place du marché, il se mit à vendre ses pommes en criant:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Les filles riches du village y coururent, et apportèrent beaucoup d'ordures dans leurs paniers.
Le jeune homme d'Ajak les regarda bien, mais aucune d'entre elles ne fut à son goût. La charrette vide était déjà à moitié pleine d'ordures, la moitié des pommes était déjà vendue. Il continua son chemin, et dans le huitième village il proposa ainsi ses pommes:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Les filles vinrent et lui apportèrent des ordures.
Il n'avait plus de pommes, par contre les ordures s'étaient accrues. La nuit commença à tomber. Il ne voulut pas passer la nuit dans le village, il reprit donc la route. Il cria à nouveau:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Il vendit toutes ses pommes, il ne lui en resta qu'une seule bien rouge tout au fond de la deuxième charrette, la plus belle parmi toutes. Le jeune homme vit que dans la pénombre, une jeune fille très timide s'approchait de lui avec un petit panier dans lequel il y avait très peu d'ordures, juste au fond. Il vit que la fille s'arrêtait et ne bougeait plus. Finalement, c'est le jeune homme qui l'apostropha:

«Viens, approche-toi, n'aie pas honte d'avoir peu d'ordures, c'est exactement ce que je cherche.»

La fille se dirigea vers le jeune homme et déversa devant lui une demie poignée d'ordures. En récompense, elle reçut la plus belle pomme et l'amour du jeune homme.
Ils allèrent ensemble chez les parents de la fille qui habitaient une chaumière. Tout était très propre. Un homme âgé portant des chaussures à lanières vint les saluer. Le jeune homme l'embrassa et demanda la main de sa fille.
Le lendemain, le jeune homme mit très peu de temps à charger la charrette avec les affaires de sa fiancée. Il l'emmena chez ses parents à Ajak.

Son père accueillit chaleureusement la fiancée. La fête de noces dura trois jours et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.


vendredi 20 septembre 2013

La musette miraculeuse

Source: www. eotvostarsasag.hu 

Il était une fois un pauvre tzigane. Il avait autant d’enfants qu’il y a de trous sur une écumoire. Il lui arriva assez souvent de n’avoir rien à donner à manger à ses enfants. Un jour dans son malheur il mit la hache sur son épaule et partit pour abattre le Seigneur qui lui avait donné beaucoup d’enfants, mais pas assez de nourriture pour ses pauvres petits innocents. Il marcha, chemina jusqu'à ce qu'il rencontre un très vieux mendiant. Il le salua poliment:

«Bonjour, mon vieux!
-Bonjour. Où vas-tu, pauvre homme?
-Où je vais? Je vais voir le Seigneur! Je veux l'abattre parce qu’il m’a donné tant d’enfant que je ne sais plus quoi faire avec eux. Non seulement qu'ils sont en guenilles, et en plus ils n’ont rien à manger», dit le pauvre tzigane.
«-Ne va nulle part, pauvre homme!» répondit le vieux mendiant. «Tiens, voici cette musette, je te la donne. Rentre à la maison et dis-lui:«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Le pauvre tzigane accepta la musette, remercia bien de sa bonté le vieil homme, et il rebroussa  chemin. En cours de route il arriva à un puits. Il s’installa près du puits pour se reposer un peu. Il se dit:

«J’ai envie de voir ce qu’il y a dans la musette que le vieil homme m’a offerte!»

Il lui dit:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

...Et ô miracle...elle contenait tant de nourriture et boisson qu’il ne savait plus quoi en faire. Quand il fut rassasié, il mit le reste dans sa musette et reprit son chemin vers la maison. Quand il rentra chez lui, il dit à sa femme:

«Écoute-moi, ma femme! Nous avons tant d’enfants qu’ils ne rentrent plus dans la pièce. Sors avec eux dans la cour, installe-les en demi-cercle et je m'en charge du reste!»

Quand toute la famille fut assise, il dit à sa musette:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Ainsi la musette leur donna à manger et à boire. Ils étaient très heureux. Un jour l’homme dit à sa femme:

«Va voir le roi et invite-le chez nous pour un dîner puisqu'il est le parrain d'un de nos enfants.»

Sa femme y alla, mais la garde ne la laissa pas entrer. Elle eut beau dire qu’elle souhaitait parler à Sa Majesté qui était son parrain, rien à faire. Les gardes annoncèrent au roi qu’une femme tzigane déguenillée voulait à tout prix lui parler. Le roi descendit à la porte et la femme lui transmit tout de suite l’invitation à dîner de son mari. Le roi se mit en colère, il la chassa et il lâcha même les chiens sur la pauvre femme.

Elle rentra chez elle accablée de tristesse. A la maison, elle se plaignit à son mari de la manière dont elle avait été accueillie, que le roi ne l’avait pratiquement pas écoutée, et que, en plus, il avait lâché les chiens sur elle.

«Sacrebleu! Qu’est-ce que tu as fabriqué?» gronda le mari sa femme.
«Retourne au palais royal et dis-lui que c’est moi qui l’appelle! S’il ne vient pas, il n’aura plus de place dans ma maison», dit le mari.

La pauvre femme retourna au palais royal, alla voir le roi et le supplia:

«Mon cher parrain! Mon cher roi! Votre Majesté!» dit-elle comme cela lui vint à l’esprit.
«Viens chez nous déjeuner, n’aie pas honte à cause de notre pauvreté! Si tu ne viens pas, mon mari va te bannir de notre maison.»
«Bon, d’accord! C’est bon! Demain j’irai déjeuner chez vous!» dit le roi.

La pauvre femme rentra chez elle et annonça à son mari que le lendemain le roi viendrait déjeuner. Ils mirent les enfants au grenier afin qu’ils ne soient pas dans leurs jambes.
Le lendemain le roi arriva.

«Bonjour parrain! Je suis là comme tu l’as souhaité!» dit le roi.
«Merci! Assieds-toi!» lui dit le pauvre homme en l’invitant à entrer.
«Ma femme! Rentre la musette!» dit-il à sa femme.

Ainsi fit-elle.

«Allez, ma musette, ouvre-toi mais sache que c’est le roi qui est devant toi!»

Elle prépara une table telle que le roi n’en avait jamais vue dans sa vie. Il y avait là de la viande rôtie, du cochon de lait farci de délicieux ingrédients et du boudin. Le roi resta bouche bée, secoua la tête, et même la couronne faillit tomber de sa tête.

«Mon cher parrain! Comment as-tu réussi à me faire une table pareille? N’as-tu pas peur que quelqu’un rentre chez toi et te vole la musette? Je te fais donc une proposition: donne-moi la musette et en échange je t’envoie tous les jours dix charrettes de viande de porc fumée, un bœuf, du sel et de la farine, enfin tout ce qu’il faut dans la cuisine. Ta femme aura tout ce qu’il faut, elle n’aura rien à faire que préparer les plats et les gâteaux. En plus, j’enverrai des vêtements à tes enfants en guenilles parce qu’il est vrai que la nourriture ne vaut rien s’ils vont nus», dit le roi.

Le pauvre homme ne se fit pas prier longtemps, il donna la musette au roi qui tint parole. Le pauvre homme était heureux parce que ses enfants ne sortaient plus nus. Le roi était très fier de la musette.
Un jour il proclama dans son pays que tout le monde était invité chez lui pour déjeuner. Il envoya un message au tzigane afin qu’il vienne lui aussi faire chauffer les poêles, ainsi il profiterait de bien des choses.

J’ai failli oublier de dire qu’au bout d’un moment le roi manqua à sa promesse, et qu’il n’envoya plus de nourriture, ni de vêtements aux indigents. Quand le pauvre père alla se plaindre, il ne le laissa même pas entrer. Il mit sa hache sur son épaule et retourna voir le Seigneur. Quand il le rencontra, il lui raconta ses ennuis: que ses enfants mouraient de faim parce que le roi ne leur envoyait ni nourriture, ni vêtements.

«Ne te lamente pas, cela n’en vaut pas la peine! Voilà une autre musette, elle va faire l’affaire aussi bien que l’autre!» dit le Seigneur.

Le pauvre homme remercia pour la musette, et il prit le chemin du retour. Quand il arriva au puits, il eut envie d’essayer la nouvelle musette et il lui dit:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»
Dès qu’il prononça ces mots, il sortit de la musette autant de badines qu’il y avait d’étoiles sur le ciel. Le pauvre tzigane reçut des coups de badines jusqu’à ce qu’il n’ait pas dit:

«Allez! Retourne dans la musette!»

Le pauvre homme fut ainsi sauvé. Mais il eut du mal à rentrer chez lui. Il se dit:

«Eh bien, maintenant je vais tester sur la famille ce que la musette sait faire!»

Le savoir de la musette était vrai. Les badines battirent bien les enfants, même quand ils montèrent dans le grenier.
Le pauvre homme prit la musette et alla au palais royal où se tenait un grand festin. Il rentra tout doucement sans être repéré et il échangea les musettes. Il donna l’ancienne à sa femme afin qu’elle rentre avec à la maison. Au palais, il y avait de la musique, des rois, des princes, des comtes, des barons qui se mirent à table et attendaient les services. A ce moment-là, le roi, qui était très fier, se leva et encouragea ainsi sa musette:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Il y eut un charivari infernal! Les badines tapaient les invités qui tentaient de se sauver par les portes et par les fenêtres. C’était presque au tour du roi quand le pauvre homme donna aux badines l’ordre de retourner dans la musette. Le roi fut tout de même déshonoré. Les pauvres tziganes vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre-temps.


Conte tzigane, collecte de Sándor Sáfár


vendredi 13 septembre 2013

La grenouille et le corbeau

 
 
 
Source:www.residentevil.hu
 
Un jour un corbeau attrapa une grenouille et l’emporta sur le toit d'une maison. Dès qu’ils furent installés, la grenouille se mit à glousser.
 
«Qu'est-ce qui te fait rire, Grenouille?» demanda le corbeau.
«Rien, rien, frère Corbeau, répondit la grenouille, ne t'en fais pas. Je ris parce que je trouve que j'ai de la chance. Mon père habite juste sur ce toit. Il est extrêmement fort et coléreux, et il se vengerait de celui qui oserait me faire du mal.»
 
Le corbeau ne fut pas content d'entendre ces paroles. Il préféra trouver un endroit plus sûr pour manger sa proie. Il s'envola donc de l'autre côté du toit, et il s'installa près de la gouttière. Il se reposa quelques instants, et il s'apprêtait à entamer le festin quand il s'aperçut que la grenouille gloussait de nouveau.
 
«Alors, maintenant qu'est-ce qui te fait rire, soeur Grenouille?» demanda-t-il.
«Rien, rien de particulier, frère Corbeau, répondit la grenouille, ne t'en fais pas. Je suis en train de penser à mon oncle qui est bien plus fort que mon père, et qui vit à cet endroit. Celui qui oserait me toucher, aurait peu de chance lui échapper.»
 
Le corbeau eut peur et décida de quitter le toit. Il prit sa proie dans son bec, et il atterrit sur la margelle d'un puits proche. Il y déposa sa proie, et il s'apprêtait à manger quand la grenouille lui dit:
«Je vois, frère Corbeau, que ton bec est peu émoussé. Ne devrais-tu pas l'affûter avant de commencer à manger? Regarde, là-bas, il y a une grosse pierre! Tu pourrais l'aiguiser parfaitement dessus!»
 
Le corbeau suivit ce conseil, il se mit sur la pierre et aiguisa son bec. Dès qu’il tourna le dos à la grenouille, celle-ci sauta dans l'eau profonde et disparut.
Le corbeau s'en aperçut dès qu’il eut fini d'aiguiser son bec. Il revint sur la margelle du puits et regarda à gauche et à droite, tourna la tête de tous côtés, mais il ne voyait plus nulle part la grenouille.
Il finit par comprendre qu'elle était dans le puits et il poussa des cris:
 
«Soeur Grenouille, Soeur Grenouille, j'ai eu peur pour toi! Je te croyais perdu! Mon bec est bien aiguisé, sors et laisse-moi te dévorer!
-Ah, je regrette beaucoup frère Corbeau, mais je ne peux pas monter sur la paroi du puits. Descends si tu veux me manger», répondit la grenouille, et elle disparut sous l'eau.

vendredi 6 septembre 2013

Saint Pierre à la foire

Source: www.sulinet.hu 



Jésus et Saint Pierre voyageaient beaucoup avec un vieil âne maigre et malade. Ils décidèrent de le vendre à la foire. C'est Pierre qui se chargea de la vente. Nombreux étaient les intéressés par l'âne mais beaucoup d'entre eux n'avaient pas assez d'argent pour l'acheter. Ils croyaient qu'ils pourraient acheter à bas prix le vieil âne.
Un homme dit:

«Je voudrais acheter l'âne mais il est très petit.»

Pierre lui répondit:

«Il est petit parce qu'il est vieux.»

L'homme, bien évidemment, prit le large. Un peu plus tard, un autre homme arriva:

«Je voudrais bien l'acheter mais il est très maigre.»

«Il est maigre parce qu'il est malade», répondit Saint Pierre.

L'homme s'en alla sans acheter l'âne. Saint Pierre resta avec l'âne sur les bras. Quand il rentra à la maison, Jésus l'interrogea:

«Alors, Pierre, as-tu vendu l'âne?
- Non.
- Pourquoi?
- Parce que l'homme qui aurait voulu l'acheter, l'a trouvé trop petit.
- Et qu'est-ce que tu lui as répondu?
- Qu'il était petit parce qu'il était vieux.
- Ah, Pierre, tu aurais dû lui dire qu'il était petit, c'est vrai, mais qu'il allait grandir.
- Ensuite, un autre homme était également intéressé, mais il l'a trouvé maigre.
- Et qu'est-ce que tu lui as dit?
- Qu'il était maigre parce qu'il était malade.
- Ah, Pierre, tu aurais dû lui répondre qu'il était maigre, c'est vrai, mais qu'il allait engraisser. Alors tu aurais sûrement vendu l'âne.»

Depuis ce jour, ce n'est plus un crime de noyer le poisson au marché.


vendredi 30 août 2013

Le renard et le brochet

Conte imaginé par Hajnalka Lilla Ràcz

Il était une fois un pauvre cordonnier. Son métier ne lui rapportait pas beaucoup d'argent car les gens étaient pauvres et ne lui donnaient pas assez de travail. 

Un jour, il alla pêcher au bord de la rivière afin de trouver quelque nourriture pour donner à manger à sa famille. Alors qu' il regardait attentivement la rivière, il s’aperçut que quelque chose s'agitait dans l’eau. C’était un renard qui se débattait si fort avec un brochet que l’un ne pouvait pas se débarrasser de l’autre. Le cordonnier s’approcha des animaux, il les saisit et les mit, tous les deux, sur ses épaules. Les dents de l’un étaient tellement entrées dans la chair de l’autre qu’ils ne pouvaient plus se séparer. Alors, il se dit qu’il irait voir le roi Mathias dans son palais royal pour lui montrer les deux bêtes dans l’espoir d’être récompensé.

Ainsi fit-il. Quand il atteignit l’entrée du palais royal, la garde ne voulut pas le laisser entrer.
Il raconta en vain ce qui l’amenait au palais, disant qu’il était pauvre et qu’il comptait sur une récompense. Le premier garde lui dit:
«D’accord, je te laisse passer à condition que tu me donnes la moitié de ta récompense.»

Le cordonnier le lui promit, sinon il n’aurait rien obtenu. Arrivé à la deuxième porte, il se trouva face à une garde royale encore plus importante, qui n’avait pas l’intention de le laisser passer. Mais le cordonnier insista, et l’un des gardes dit:
«Si tu me donnes la moitié de ce que le roi te donne, tu peux entrer.»

Le cordonnier fut obligé d’accepter. Quand il fut devant le roi, lui montra ce qu’il lui apportait et dit:

«Majesté! Voici un renard pris par un brochet, un brochet pris par un renard, et un pauvre cordonnier a pris les deux.»

Le roi rit de bon cœur et demanda au cordonnier:
«Quelle récompense puis-je te donner pour cela?»

«Je demande cent coups de noisetier bien sifflant», répondit le cordonnier.

«Mais pourquoi? Tu n’es pas coupable! Tu n’as pas fait de mal à personne! Au contraire, tu m’as apporté un cadeau et je veux t’accorder une récompense», dit le roi.

Le cordonnier se plaignit de ce que les gardes lui demandaient. Il dit au roi qu’il ne lui resterait rien puisqu’il devrait tout donner aux gardes. Le roi répondit:
«Cela n’est pas grave, pauvre cordonnier. Je vais faire en sorte que les gardes aient la récompense que tu viens de demander, par contre toi, tu auras ce que je vais t’offrir.»

Il lui donna alors un boisseau de pièces d’or. Le roi tint la parole et fit subir la bastonnade aux gardes: celui qui était à la première porte eut cinquante coups de noisetier bien cinglants, celui qui était à la deuxième porte en eut autant.

Le cordonnier rentra à la maison avec les pièces d’or. Il vit encore aujourd’hui s’il n’est pas mort entre-temps.

Andràsfalva (La Bukovine)

vendredi 23 août 2013

Le frère envieux

Conte imaginé par Endre Stankowsky


Il était une fois un homme très pauvre. Il avait tant d'enfants qu'il avait du mal à les compter. Il pratiquait la pêche pour gagner sa vie.
Un jour, il tira de la rivière un objet rond qui ressemblait à un anneau. Il le regarda de tous côtés, et se dit que l'objet servirait de jouet à ses enfants.

Comme les enfants jouaient avec l'anneau, celui-ci devint de plus en plus brillant. Le pauvre pêcheur l'entoura d'un torchon, le mit dans sa poche et monta vers le palais royal. Au portail du château, la garde royale ne voulut pas le laisser entrer, mais quand il dit qu'il apportait un cadeau au roi, il put quand même aller le voir.
Le roi lui demanda d'où venait l'anneau en or. L’homme lui répondit poliment. Sur ce, le roi ordonna à ses serviteurs de lui attribuer autant d'argent qu'il serait capable d'en emporter.

Le pauvre pêcheur était plié en deux sous le poids de l'argent. Quand il rentra à la maison, il envoya l'un de ses fils chez son frère pour demander une balance.
Le frère radin dit :

«Et alors, pourquoi avez-vous besoin de la balance quand vous n'avez rien à manger?»

Le garçon ne dit rien. Avant de lui donner la balance, le frère avare passa du goudron à l'intérieur de la mesure.
A la maison toute la famille se réunit et pesa ensemble l'argent. Mais personne ne s'aperçut qu'une pièce était restée collée à la paroi. Le fiston rendit la mesure. Le radin retrouva l'argent collé à la paroi et comprit tout de suite ce que son frère avait pesé dedans. Il se précipita chez lui et commença à le harceler de questions pour savoir où il avait gagné ce tas d'argent.

Le pauvre frère pensa faire une bonne blague à son frère radin qui était toujours aussi orgueilleux et insensible à son égard. Il lui dit qu'il avait amené au roi des chats parce qu'il y avait tant de souris dans le palais royal que celles-ci rongeaient même les oreilles du roi. Il n’en fallut pas plus au frère radin.

«Alors, nous lui en amènerons, nous aussi», pensa-t-il.

Il rentra à la maison, il en discuta avec sa femme, ensuite tous deux vendirent tous leurs biens et ils achetèrent des chats.
A l'entrée du palais, la garde royale les arrêta mais ils finirent par rentrer.
Après être arrivés devant le roi, ils ne dirent un traître mot ni le motif de leur venue. Ils ouvrirent les sacs, et les chats affamés et furieux en sortirent. Ils se jetèrent directement sur le roi. Ils le mordirent, le griffèrent partout. Les gardes du corps eurent du mal à chasser et à rouer de coups les chats fous de rage.

Ensuite ce fut le tour du radin! Les gardes du corps lui demandèrent des comptes, ensuite il reçut une bonne correction et fut chassé pour toujours du palais royal.





vendredi 16 août 2013

Le berger aux yeux d'étoiles


Conte imaginé par Endre Stankowsky  

Il était une fois un roi si puissant que chaque fois qu'il éternuait tous les habitants du royaume devaient dire: «A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
Quand il était enrhumé, on n'entendait pas d'autres mots à travers son royaume que «A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
Tous faisaient ainsi excepté le berger aux yeux d'étoiles. Le roi ayant eu vent de cela, se mit en colère et fit appeler le berger. Celui‑ci se présenta devant le roi qui se tenant sur son trône était très furieux.

«Dis tout de suite: A mes souhaits! Dieu me bénisse!» cria-t-il.
«A mes souhaits! Dieu me bénisse!» dit le berger aux yeux d'étoiles.
«A moi, à moi, misérable que tu es!» cria le roi.
«A moi, à moi, Majesté!» répondit le berger.
«Mais à mes souhaits, aux miens! Dis immédiatement: A vos souhaits! Dieu vous bénisse, Votre Majesté!» hurla à pleins poumons le roi, hors de lui.
«Quoi qu'il arrive, moi, je ne le dirai pas tant que je n'épouserai pas la Princesse», riposta le berger.

La Princesse, elle-même, se trouvait dans la pièce, et se tenait assise sur un petit trône. Elle appréciait beaucoup ce courageux berger cependant elle ne fit pas entendre qu'elle ne l'épouserait pas.
Par contre, le roi, pris d'une colère noire, ordonna aussitôt que le berger soit emprisonné dans la cellule de l'ours blanc.
Les soldats le saisirent et s'exécutèrent. Mais quand l'ours aperçut les yeux d'étoiles du berger, il recula et se recroquevilla dans le coin opposé de la cellule. Pour rien au monde il n'aurait osé toucher au berger.
Le lendemain, le chambellan vint pour ramasser les os du berger et vit que celui-ci se portait comme un charme. Il reconduisit le berger devant le roi.

«Alors, misérable que tu es! Et maintenant que tu es passé si près de la mort, vas-tu enfin dire:A mes souhaits! Que dieu me bénisse!»

Le berger rétorqua:
«Mais mourir dix fois ne me fait pas peur à moi! Je le dirais à la seule condition que vous me donniez la main de la Princesse.»
«Eh bien, tu vas donc mourir dix fois!»

Le roi ordonna que le berger soit jeté en prison dans la cellule des hérissons géants. Les soldats s'exécutèrent mais dès qu'ils refermèrent la porte, le berger sortit une flûte de la manche de son manteau brodé et joua si bien que les hérissons se mirent à danser bras dessus, bras dessous.

Le lendemain, le chambellan vint voir s'il restait des os. Mais le berger jouait encore de la flûte et les hérissons dansaient toujours. Il n'y avait rien d'autre à faire que de le reconduire devant le roi qui lui dit:
«Alors, misérable que tu es! Maintenant que tu es passé si près de la mort, vas-tu enfin dire : A mes souhaits! Que dieu me bénisse!
-Mais moi, mourir cent fois ne me fait même pas peur! Je le dirais à la seule condition que vous me donniez la main de la Princesse.
-Eh bien, tu vas donc mourir cent fois!» cria le roi dans une immense colère et il ordonna que le berger soit jeté dans un gouffre dont les murs étaient hérissés de faux.

Les soldats se saisirent du berger. Mais avant d'être jeté dans le gouffre aux faux, il les pria de s'écarter un instant pour y jeter un oeil. Peut-être reviendrait-il sur sa décision?

Les soldats sortirent et le laissèrent seul dans le cachot, devant le gouffre. De son côté, il dressa sa masse hérissée de pointes et la déguisa de son manteau brodé et de son chapeau, puis cria aux soldats qu'il ne changerait pas d'avis.
Ceux-ci rentrèrent à nouveau, saisirent la masse habillée du manteau et du chapeau et la jetèrent dans le gouffre pensant qu'il s'agissait du berger alors que celui‑ci s'était caché dans un coin du cachot.

Le lendemain, le chambellan arriva avec sa lanterne et faillit tomber à la renverse en apercevant le berger. Il le reconduisit devant le roi dont la colère ne cessa d'augmenter. Il posa tout de même la question au berger:
«Alors maintenant que tu es revenu du centième cercle de la Mort, vas-tu dire enfin:A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répondit sèchement:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi finit par comprendre qu'il n'arriverait pas à tuer le berger et fit atteler le carrosse royal. Le berger prit place à ses côtés et le roi donna l'ordre d'être conduit dans la Forêt d'argent.

Une fois arrivé, il dit au berger:
«Vois-tu cette Forêt d'argent? Je te la donne si tu dis:A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le courageux berger s'entêta et donna la même réponse:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi donna l'ordre d'être conduit au Château d'or.
Une fois arrivé, il dit au berger:
«Vois-tu ce Château d'or? Je te l'offre ainsi que la Forêt d'argent pourvu que tu me dises: A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répéta inlassablement:
«Je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Ils poursuivirent leur route jusqu'au Lac de diamant. Le roi dit:
«Vois-tu ce Lac de diamant? Je te l'offre ainsi que le Château d'or et la Forêt d'argent pourvu que tu me dises: A mes souhaits! Dieu me bénisse!»

Mais le berger répéta sans cesse:
«Non, non, je ne le dirais pas tant que vous ne me donnerez pas la main de la Princesse!»

Le roi finit par comprendre qu'il n'y avait rien à tirer du berger. Il poussa un grand soupir et dit:
«Sacrebleu! Je te donne la main de ma fille mais alors dis-moi tout de suite: A vos souhaits! Dieu vous bénisse!»
«Bien sûr, bien sûr, je vous le dis! Pourquoi je ne le ferais pas?»

Le roi s'en réjouit et annonça à tous les habitants du royaume que sa fille allait se marier. La Princesse, qui avait éconduit tant de prétendants, était désormais la plus heureuse au monde car elle était tombée sincèrement amoureuse du berger aux yeux d'étoiles.

Ils donnèrent un si grand repas de noces que tout le pays buvait, mangeait et dansait. Mais c'est au palais royal que fut célébrée la plus belle fête, que se joua la meilleure musique et que l'on servit les meilleurs plats.

Quand le garçon d'honneur présenta la tête de porc au raifort, le roi plaça le plat devant lui pour le partager, comme il se doit avec tous les invités, quand soudainement l'odeur du raifort le fit éternuer:
«A vos souhaits! Dieu vous bénisse!» cria le premier le berger. Le roi s'en réjouit tellement qu'il tomba de son siège et mourut sur-le-champ.

C'est ainsi que le berger aux yeux d'étoiles devint le roi.
Il devint même un excellent roi qui jamais n'imposait à son peuple de lui présenter ses voeux à contre coeur.
Cependant, tous lui souhaitaient tout le bien possible de tout leur coeur parce qu'il était un très bon roi et tous l'aimaient beaucoup.