vendredi 25 octobre 2013

Les trois bons conseils II

Source: hu.wikipedia.org
Alors le pauvre homme devint furieux et il fut très indigné:

«Comment? C’est encore moi qui devrais prêter un cheval au fiancé?» se dit-il.

Il ne savait pas quoi faire. Il se dit qu’il attendrait jusqu’à l’après-midi que les noces se déroulent et après la cérémonie, devant tout le monde, il divulguerait que la fiancée était jadis sa femme. 

Les invités, les fiancés, tout le monde alla à l’église sauf le pauvre homme qui resta seul dans la maison de son voisin. Quand les gens de la noce rentrèrent à la maison, ils appelèrent le pauvre homme pour lui dire qu’il était invité à aller dîner avec eux. Il essaya de mentir, de refuser l’invitation, et de trouver des excuses alambiquées, mais il finit par accepter d'aller  dîner avec les invités.

Quand il entra dans la maison, il aperçut un joli couple en vêtement de noces. Il vit aussi que ce n’était pas sa femme qui était la fiancée. Sa femme était dans un coin et n’arrêtait pas de pleurer. Elle était inconsolable. Le pauvre homme s’approcha d’elle et lui posa la question suivante:

«Brave femme, pourquoi pleurez-vous maintenant quand vous devriez vous réjouir?
-Comment ne pleurais-je pas quand je pense à notre bonheur d’il y a environ vingt-trois ans! Mon mari est parti il y a vingt ans et depuis je suis sans nouvelles. Il n’y a pas de service postal, je n’ai pas pu lui écrire. Il ne m’a jamais rien envoyé, et aujourd’hui, le jour du mariage de son fils, je ne sais pas s’il vit encore ou il est déjà mort», répondit la femme.
Soudain, l’homme comprit que le jour où il était parti, son fils avait deux ans, maintenant il devait en avoir vingt-deux.

«Hier soir, j’ai bien fait de ne pas tirer par la fenêtre. Mon fermier m’a donné un bon conseil quand il me disait que je laisse ma colère du soir au lendemain matin», pensa-t-il.

«Reconnaîtriez-vous votre mari si vous le voyiez?» demanda-t-il à la femme.
«Je le reconnaîtrais même parmi mille parce qu’il avait une énorme cicatrice sur son cou», répondit la femme.

Sur ce, le pauvre homme déboutonna sa chemise et dit:

«Voilà la cicatrice! Je suis ton mari!»
Ils se donnèrent de grandes accolades et ils s’embrassèrent amoureusement.

«Ça alors, je n’ai jamais eu un aussi grand bonheur de toute ma vie! Je vais chercher le pain pour le couper en tranches comme mon maître m’a conseillé de le faire au moment où j’aurais la plus grande joie de ma vie», dit le mari.

Il alla en courant chez le voisin, il sortit le pain du sac, et en rentant chez lui il le découpa. Tout le monde resta bouche bée parce que le pain du pauvre homme n’était pas du vrai pain. A l’intérieur, il était rempli de pièces d’argent.
Ils donnèrent un repas de noces fabuleux. Le pauvre homme et sa famille ne souffrirent plus jamais de la faim. Ils construisirent une belle et grande maison aux jeunes mariés et ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre-temps.

vendredi 18 octobre 2013

Les trois bons conseils I


Source: hungaria.org 
Il était une fois dans un pays lointain, au-delà de tous les océans, un homme et une femme.
Ils étaient tellement pauvres qu’ils n’avaient rien à manger et rien à donner à manger à leur petit garçon de deux ans. Un jour l’homme dit:

«Écoute-moi, ma femme! Je vais en Moldavie. Je vais bien trouver là-bas une prairie à faucher pour gagner quelques sous.
-Tu fais bien! Vas-y, mon cher mari! Ne te fais pas de souci pour nous, je resterai avec notre fils. Je travaillerai à la journée pour nous entretenir.»

L’homme dit adieu à sa femme et à son fils et s’en alla en Moldavie. Là-bas, il tomba sur un fermier charitable qui l’aima bien et lui fit confiance à tel point qu’il lui laissa tout faire. L’homme travailla jour et nuit. Il mit de côté tout son argent, mais, en vérité, vingt ans passèrent depuis qu’il avait quitté sa maison.

Un jour il était tellement triste qu’il ne savait plus quoi faire de son chagrin. Le fermier lui demanda:

«Alors, mon cher serviteur, pourquoi es-tu tellement triste?
-Comment ne le serais-je pas quand il y a déjà vingt ans que j’ai quitté ma famille. Je n’ai plus de nouvelles d’eux. Je devrais rentrer chez moi pour savoir ce qui se passe là-bas. Il est possible que ma femme soit déjà décédée ou malade. Peut-être ma maison s’est-elle déjà effondrée.
-Bien, je vois que tu es prêt à partir. Combien dois-je te payer pour ta fidélité? Tu voudrais de l’or, de l’argent, des pièces ou trois conseils?» demanda le fermier.
«-Il est vrai que l’or, l’argent et les pièces seraient les bienvenus, mais je suis encore jeune, je pourrai encore travailler. J’accepte plutôt les trois conseils», répondit l’homme.
«-D’accord, tu as bien répondu, cela me plaît. Je te donne de l’argent pour la route. Tiens, voilà un sac plein de pièces. Je te donne un cheval pour que tu ne doives pas faire la route à pied, et enfin je te donne un fusil au cas où que quelqu’un voudrait t’agresser dans la forêt, pour que tu puisses te défendre. Mais je te donne aussi trois bons conseils. Retiens bien ceci, que ta colère du matin doive être reportée au soir, et celle du soir au lendemain matin. Je te donne un morceau de pain que tu ne dois manger que si tu as une immense joie telle que tu n’en as jamais connue auparavant dans ta vie», dit le fermier.

L’homme remercia bien le fermier de sa bonté, il rangea l’argent et le pain dans son sac à dos et monta sur son cheval. Le fusil au côté, il se dirigea lentement vers sa maison. Le soir tombait quand il arriva dans son village. Il ne voulait pas rentrer chez lui tout de suite. Il se dit que soit sa femme se réjouirait quand elle le reverrait, soit elle s’était remariée depuis qu’il l’avait quittée. Il demanda donc l’hospitalité pour une nuit à son voisin.
Mais son voisin ne le reconnaissait pas! Pendant vingt ans il avait fortement vieilli, il fut quand même bien reçu. Son cheval fut mis à l’écurie, lui, il eut un bon lit pour la nuit. Mais il ne put trouver de repos tant qu’il n’alla pas épier par la fenêtre de sa maison. Il attendit que tout le monde s’endorme, et il s’approcha de sa fenêtre à pas de loup.

Mon Dieu! Il vit que sa femme donnait à manger à un jeune homme. Elle lui donnait beaucoup de mets de choix, les uns meilleurs que les autres. Après chaque cuillerée, elle lui donnait un baiser. L’homme se mit en colère à tel point qu’il faillit tirer par la fenêtre dans la pièce avec son fusil.

«Moi, je pars loin d’ici pendant vingt ans, je travaille durement et elle, elle est devenue infidèle. Je suis sûr qu’elle s’est remariée», se dit-il avec beaucoup d’amertume.

Mais le conseil de son maître lui vint à l’esprit disant qu’il fallait laisser la colère du matin au soir, celle du soir au matin.

«J’attends demain matin, et alors je m’en occuperai. Je vais faire tambouriner dans tout le village pour que tout le monde sache quelle femme j’ai épousée», se dit-il.

Il rentra chez son voisin et alla se coucher. Le lendemain, ses hôtes lui racontèrent qu’il y aurait une noce chez leur voisin. A la plus grande surprise de tout le monde, le fiancé c’est-à-dire le jeune homme que le pauvre homme avait vu la nuit chez sa femme, vint lui demander de lui prêter son cheval car il le voulait pour aller se marier à l’église.


(À suivre)

samedi 12 octobre 2013

Le diable et le porcher



Source: kincsestar.radio.hu
Un jour un porcher faisait paître ses bêtes aux champs. Le diable s'approcha de lui et dit:

«Ces animaux sont à toi?
-Non, je suis seulement le porcher.
-Alors, unissons nos efforts, allons faire du commerce puisque tu t’y entends mieux que moi en cochons. Voilà mon sac d’argent, allons au marché.»

Le diable acheta beaucoup de cochons. Le pauvre porcher par contre n’avait de l’argent que pour acheter sept cochons bien maigres. Ils lâchèrent toutes les bêtes dans une porcherie commune. Le lendemain le diable se gratta la tête.

«Nous les avons enfermés tous ensemble, mais maintenant comment allons-nous les départager? Je n’en reconnais pas un seul!
-J’ai donné un tour à la queue de chacun de ceux qui m’appartiennent», répondit le porcher. «Toutes les bêtes à la queue en tire-bouchon sont à moi.»

Connaissant bien son métier, le porcher savait que les cochons à la queue en tire-bouchon étaient en bonne santé. Ainsi il devint riche, le diable par contre s’appauvrit.
Un peu plus tard le diable sema du blé dans un grand champ. Quand les blés furent mûrs, il demanda au porcher:

«Choisis! Tu veux le haut ou le bas de la récolte de céréales?
-Je veux le haut de la récolte, autant que je puisse en ramasser avec mes deux mains», répondit le porcher. Il eut donc tous les épis.

Le diable était content d'en avoir la plus grande partie. Mais il comprit plus tard qu'il était encore une fois perdant. L'année suivante ils semèrent des oignons. Cette-fois-ci, c'était le diable qui devait choisir. Il pensa être plus malin que le porcher et il choisit la partie haute des oignons. Il eut les tiges, le porcher garda les bulbes.
Le diable s'appauvrissait de plus en plus, tandis que le porcher avait déjà gagné un sac d'argent. Le diable était en colère contre le porcher.

«Puisque j'ai déjà perdu tout mon argent, battons-nous au moins! Celui qui gagnera, aura l'argent!»

Le porcher donna son accord. Le lendemain, tôt le matin, le diable se fit apporter un énorme gourdin en fer afin de tuer le porcher et de mettre ensuite la main sur le sac d'argent. Il frappa à la porte du porcher et lui dit:

«Lève-toi, sors et battons-nous!»

Le porcher avait un bâton ferré. Il le prit et se mit face au diable. Pendant que le diable soulevait son lourd gourdin, le porcher cogna la tête du diable qui se sauva en gémissant de douleur.

Le porcher resta riche et il vit encore aujourd'hui s'il n'est pas mort entre-temps.

vendredi 4 octobre 2013

Le Roi chat

Conte imaginé par Emese CS.Gyenes
Il était une fois une femme qui était veuve. Elle avait un chat si gourmand qu’il mettait le nez dans toutes les marmites et dans toutes les casseroles. Un jour, alors qu’il avait entièrement vidé la casserole de lait, la pauvre femme en eut assez de sa gourmandise. Elle saisit son balai et battit bien fort le chat en lui disant:

«Dehors! Quitte ma maison! Va où tu veux, mais ne reviens plus jamais ici.»

Le pauvre chat s’en alla donc de par le monde. Il était très triste en sortant du village. Il traîna de-ci de-là, et en arrivant à un pont, il s’assit et se mit à ronronner. Le temps passait quand le chat aperçut un renard. Il était assis, lui aussi. Le chat s’approcha tout doucement du renard et commença à jouer avec sa queue. Le renard eut peur, regarda bien attentivement le chat, mais il ne pouvait pas imaginer de quel animal il s’agissait. Il n’avait jamais rien vu de semblable dans sa vie. Il recula un peu, le chat aussi parce qu’il n’avait jamais vu de renard dans sa vie. Le chat eut peur du renard, le renard eut peur du chat.
C’est le renard qui prononça les premiers mots. Tremblant de peur, il demanda au chat:
«De nous deux, qui sera le maître?»
«Ah! Tiens donc! Il me semble qu’il a peur de moi!» pensa le chat. Il prit son courage à deux mains et dit avec beaucoup de fierté:


«Alors quoi, tu ne me reconnais pas? Je suis le Roi chat. Il n’y a pas d’animal au monde qui n’aurait pas peur de moi.
-Oh! J’ai vraiment honte, mais je n’ai jamais entendu parler de toi», dit le renard.

Il invita le Roi chat à lui rendre visite chez lui, à son modeste domicile. Il lui promit de servir pour le dîner de la viande de poulet, de canard, d’oie et tout ce qu’il y de meilleur au monde.

«D’accord, j’accepte ton invitation, je viens avec toi», répondit le Roi chat.

Arrivé à la maison, le renard s’activa dans la cuisine. Il se mit au fourneau, prépara des plats délicieux et les servit au Roi chat.

«Prenez-en Majesté, prenez-en Majesté! Ici, chez moi, ce n’est pas comme chez vous, vous pouvez manger autant que vous voulez!» dit le renard.
Quand le repas fut terminé, le renard prépara un lit douillet au Roi chat qui demanda du silence dans la maison et que personne n’ose le déranger pendant son sommeil. Le renard sortit et fit les cent pas devant chez lui. Il veilla à ce que personne n’entre dans la maison et que tout le monde l’évite même de loin.
Un lapin s’approcha, et le renard lui dit:

«Pars d’ici, pauvre bête! Ne sais-tu pas que le Roi chat dort chez moi? Si tu le réveilles, ce sera la fin de ta vie.»

Il n’en fallait pas plus au lapin, il s’enfuit et courut à toutes jambes. Un ours arriva en face de lui et demanda:

«Eh bien toi, où cours-tu? Peut-être les chiens de chasse te poursuivent-ils?
-Ne me posez même pas la question, Compère Ours! Je suis passé devant la maison du renard qui m’a dit de courir autant je peux parce que c’est le Roi chat qui dort chez lui et si je le réveille, ce sera la fin de ma vie.
-Quoi? dit l’ours. Écoute-moi! J’ai déjà parcouru beaucoup de pays, mais je n’ai jamais vu le Roi chat et je n’en ai jamais entendu parler. Alors, je vais voir Compère Renard pour savoir ce qui est ce Roi chat.»

Ainsi fit-il. Il retrouva le renard qui faisait les cent pas devant sa maison et quand il aperçut l’ours, il lui dit:

«Oh, mon dieu, ne venez pas par là, Compère Ours, parce que si vous réveillez le Roi chat, ce sera la fin de votre vie et de la mienne aussi!»

L’ours eut peur, il se retourna et courut à toute vitesse. Il s’arrêta quand il rattrapa le lapin qui était déjà entouré de toutes sortes d’animaux. Le lapin leur parla du Roi chat, et tous étaient effrayés.

«Mon dieu, qu’est-ce qui va se passer quand le Roi chat sera réveillé et fera une balade dans la forêt?»

Le loup, le chevreuil, le cerf, la corneille, l’aigle, le corbeau, tous étaient effrayés, et ils ne savaient pas quoi faire. Le lapin dit le premier:

«J’ai une proposition! Unissons nos efforts, préparons un dîner et invitons le Roi chat. S’il est allé dîner chez le renard, il viendra peut-être chez nous aussi.
-C’est une bonne idée, dit la corneille. Si vous me faites confiance, je vais chez le renard et j’invite Sa Majesté.»

Les autres, bien sûr, avaient confiance en elle. La corneille alla chez le renard, le salua poliment et lui dit pourquoi elle était venue.

«D’accord, je vais voir s’il est déjà réveillé pour lui présenter votre invitation», dit le renard.

Ainsi fit-il. Quand le renard entra dans la chambre, le Roi chat était en train de se frotter les yeux et de s’étirer si fort que ses os craquaient.

«Alors, quoi de neuf, mon ami?» demanda le Roi chat.
«Majesté!  Une corneille est ici, elle a été envoyée par les animaux de la forêt afin de vous présenter leur invitation à un dîner», dit le renard.
Le Roi chat retroussa sa moustache et dit au renard:

«D’accord! Tu peux dire à la corneille que j’irai au dîner.»

La corneille retourna avec la bonne nouvelle chez les autres animaux qui se mirent tout de suite au travail. Ils firent un grand feu au milieu de la forêt, l’ours alla chercher de la viande de bœuf, le loup de la viande de cheval, l’aigle de la viande de petits oiseaux. Le lapin s’improvisa cuisinier, tourna la broche, cuisit les meilleurs morceaux de viande. Les autres entouraient le feu et attendaient le Roi chat.
Le Roi chat se préparait, lui aussi: il tortilla sa moustache et partit en compagnie du renard. La corneille s’offrit pour accueillir le Roi chat, elle lui indiqua la route, mais pour rien au monde elle n’aurait osé descendre à terre. Elle s’envolait d’un arbre à l’autre et croassait:

«Par là, par là Majesté!»

Quand les autres virent arriver le Roi chat en compagnie du renard, leur courage les abandonna.

«Oh, le Roi chat arrive là-bas et il va me piquer avec sa moustache», cria le lapin.
«Sauve qui peut!» cria l’ours.

Sur ce, les animaux partirent en courant dans tous les sens. Si ces bêtes ne s’étaient pas sauvées, mon conte durerait encore.



vendredi 27 septembre 2013

Pommes contre ordures



Il vivait à Ajak un homme très riche. Il avait un fils unique qui était beau et bien. Il arriva à l'âge de se marier.

«Mon cher Père! Ne cherchez pas à me marier pas parce que j'épouserai la fille que j'aimerai, dit-il à son père.»

Son parrain l'emmena chez les gens riches, chez les gens plus modestes, chez une belle fille, chez une laide, mais riche ou pauvre il ne voulait ni l'une ni l'autre. L'automne arriva, et c'est lui même qui dit à son père:

«Alors mon Père, le moment est venu, je vais me marier.»
«D'accord, mon fils. Combien d'argent veux-tu?» dit son père.
Conte imaginé par Endre Stankowsky

«Je ne demande pas un seul sou, seulement deux charrettes de pommes et parmi tes serviteurs, le plus jeune
», dit le fils. «Mais que je revienne avec n'importe quelle fille, aimez-la comme si elle était votre propre enfant, autrement j'irai partir me cacher et vous ne me retrouverez jamais.»

Le père s'y résigna. En plus de deux charrettes de pommes, le fils demanda une charrette vide, ensuite il dit adieu à son père. Celui-ci laissa partir son fils de bon coeur, mais de son mouchoir il essuya ses larmes.
Le fils traversa sept villages et il s'arrêta au bout du septième. En plein milieu de la place du marché, il se mit à vendre ses pommes en criant:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Les filles riches du village y coururent, et apportèrent beaucoup d'ordures dans leurs paniers.
Le jeune homme d'Ajak les regarda bien, mais aucune d'entre elles ne fut à son goût. La charrette vide était déjà à moitié pleine d'ordures, la moitié des pommes était déjà vendue. Il continua son chemin, et dans le huitième village il proposa ainsi ses pommes:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Les filles vinrent et lui apportèrent des ordures.
Il n'avait plus de pommes, par contre les ordures s'étaient accrues. La nuit commença à tomber. Il ne voulut pas passer la nuit dans le village, il reprit donc la route. Il cria à nouveau:

«Pommes contre ordures, pommes contre ordures!»

Il vendit toutes ses pommes, il ne lui en resta qu'une seule bien rouge tout au fond de la deuxième charrette, la plus belle parmi toutes. Le jeune homme vit que dans la pénombre, une jeune fille très timide s'approchait de lui avec un petit panier dans lequel il y avait très peu d'ordures, juste au fond. Il vit que la fille s'arrêtait et ne bougeait plus. Finalement, c'est le jeune homme qui l'apostropha:

«Viens, approche-toi, n'aie pas honte d'avoir peu d'ordures, c'est exactement ce que je cherche.»

La fille se dirigea vers le jeune homme et déversa devant lui une demie poignée d'ordures. En récompense, elle reçut la plus belle pomme et l'amour du jeune homme.
Ils allèrent ensemble chez les parents de la fille qui habitaient une chaumière. Tout était très propre. Un homme âgé portant des chaussures à lanières vint les saluer. Le jeune homme l'embrassa et demanda la main de sa fille.
Le lendemain, le jeune homme mit très peu de temps à charger la charrette avec les affaires de sa fiancée. Il l'emmena chez ses parents à Ajak.

Son père accueillit chaleureusement la fiancée. La fête de noces dura trois jours et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.


vendredi 20 septembre 2013

La musette miraculeuse

Source: www. eotvostarsasag.hu 

Il était une fois un pauvre tzigane. Il avait autant d’enfants qu’il y a de trous sur une écumoire. Il lui arriva assez souvent de n’avoir rien à donner à manger à ses enfants. Un jour dans son malheur il mit la hache sur son épaule et partit pour abattre le Seigneur qui lui avait donné beaucoup d’enfants, mais pas assez de nourriture pour ses pauvres petits innocents. Il marcha, chemina jusqu'à ce qu'il rencontre un très vieux mendiant. Il le salua poliment:

«Bonjour, mon vieux!
-Bonjour. Où vas-tu, pauvre homme?
-Où je vais? Je vais voir le Seigneur! Je veux l'abattre parce qu’il m’a donné tant d’enfant que je ne sais plus quoi faire avec eux. Non seulement qu'ils sont en guenilles, et en plus ils n’ont rien à manger», dit le pauvre tzigane.
«-Ne va nulle part, pauvre homme!» répondit le vieux mendiant. «Tiens, voici cette musette, je te la donne. Rentre à la maison et dis-lui:«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Le pauvre tzigane accepta la musette, remercia bien de sa bonté le vieil homme, et il rebroussa  chemin. En cours de route il arriva à un puits. Il s’installa près du puits pour se reposer un peu. Il se dit:

«J’ai envie de voir ce qu’il y a dans la musette que le vieil homme m’a offerte!»

Il lui dit:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

...Et ô miracle...elle contenait tant de nourriture et boisson qu’il ne savait plus quoi en faire. Quand il fut rassasié, il mit le reste dans sa musette et reprit son chemin vers la maison. Quand il rentra chez lui, il dit à sa femme:

«Écoute-moi, ma femme! Nous avons tant d’enfants qu’ils ne rentrent plus dans la pièce. Sors avec eux dans la cour, installe-les en demi-cercle et je m'en charge du reste!»

Quand toute la famille fut assise, il dit à sa musette:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Ainsi la musette leur donna à manger et à boire. Ils étaient très heureux. Un jour l’homme dit à sa femme:

«Va voir le roi et invite-le chez nous pour un dîner puisqu'il est le parrain d'un de nos enfants.»

Sa femme y alla, mais la garde ne la laissa pas entrer. Elle eut beau dire qu’elle souhaitait parler à Sa Majesté qui était son parrain, rien à faire. Les gardes annoncèrent au roi qu’une femme tzigane déguenillée voulait à tout prix lui parler. Le roi descendit à la porte et la femme lui transmit tout de suite l’invitation à dîner de son mari. Le roi se mit en colère, il la chassa et il lâcha même les chiens sur la pauvre femme.

Elle rentra chez elle accablée de tristesse. A la maison, elle se plaignit à son mari de la manière dont elle avait été accueillie, que le roi ne l’avait pratiquement pas écoutée, et que, en plus, il avait lâché les chiens sur elle.

«Sacrebleu! Qu’est-ce que tu as fabriqué?» gronda le mari sa femme.
«Retourne au palais royal et dis-lui que c’est moi qui l’appelle! S’il ne vient pas, il n’aura plus de place dans ma maison», dit le mari.

La pauvre femme retourna au palais royal, alla voir le roi et le supplia:

«Mon cher parrain! Mon cher roi! Votre Majesté!» dit-elle comme cela lui vint à l’esprit.
«Viens chez nous déjeuner, n’aie pas honte à cause de notre pauvreté! Si tu ne viens pas, mon mari va te bannir de notre maison.»
«Bon, d’accord! C’est bon! Demain j’irai déjeuner chez vous!» dit le roi.

La pauvre femme rentra chez elle et annonça à son mari que le lendemain le roi viendrait déjeuner. Ils mirent les enfants au grenier afin qu’ils ne soient pas dans leurs jambes.
Le lendemain le roi arriva.

«Bonjour parrain! Je suis là comme tu l’as souhaité!» dit le roi.
«Merci! Assieds-toi!» lui dit le pauvre homme en l’invitant à entrer.
«Ma femme! Rentre la musette!» dit-il à sa femme.

Ainsi fit-elle.

«Allez, ma musette, ouvre-toi mais sache que c’est le roi qui est devant toi!»

Elle prépara une table telle que le roi n’en avait jamais vue dans sa vie. Il y avait là de la viande rôtie, du cochon de lait farci de délicieux ingrédients et du boudin. Le roi resta bouche bée, secoua la tête, et même la couronne faillit tomber de sa tête.

«Mon cher parrain! Comment as-tu réussi à me faire une table pareille? N’as-tu pas peur que quelqu’un rentre chez toi et te vole la musette? Je te fais donc une proposition: donne-moi la musette et en échange je t’envoie tous les jours dix charrettes de viande de porc fumée, un bœuf, du sel et de la farine, enfin tout ce qu’il faut dans la cuisine. Ta femme aura tout ce qu’il faut, elle n’aura rien à faire que préparer les plats et les gâteaux. En plus, j’enverrai des vêtements à tes enfants en guenilles parce qu’il est vrai que la nourriture ne vaut rien s’ils vont nus», dit le roi.

Le pauvre homme ne se fit pas prier longtemps, il donna la musette au roi qui tint parole. Le pauvre homme était heureux parce que ses enfants ne sortaient plus nus. Le roi était très fier de la musette.
Un jour il proclama dans son pays que tout le monde était invité chez lui pour déjeuner. Il envoya un message au tzigane afin qu’il vienne lui aussi faire chauffer les poêles, ainsi il profiterait de bien des choses.

J’ai failli oublier de dire qu’au bout d’un moment le roi manqua à sa promesse, et qu’il n’envoya plus de nourriture, ni de vêtements aux indigents. Quand le pauvre père alla se plaindre, il ne le laissa même pas entrer. Il mit sa hache sur son épaule et retourna voir le Seigneur. Quand il le rencontra, il lui raconta ses ennuis: que ses enfants mouraient de faim parce que le roi ne leur envoyait ni nourriture, ni vêtements.

«Ne te lamente pas, cela n’en vaut pas la peine! Voilà une autre musette, elle va faire l’affaire aussi bien que l’autre!» dit le Seigneur.

Le pauvre homme remercia pour la musette, et il prit le chemin du retour. Quand il arriva au puits, il eut envie d’essayer la nouvelle musette et il lui dit:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»
Dès qu’il prononça ces mots, il sortit de la musette autant de badines qu’il y avait d’étoiles sur le ciel. Le pauvre tzigane reçut des coups de badines jusqu’à ce qu’il n’ait pas dit:

«Allez! Retourne dans la musette!»

Le pauvre homme fut ainsi sauvé. Mais il eut du mal à rentrer chez lui. Il se dit:

«Eh bien, maintenant je vais tester sur la famille ce que la musette sait faire!»

Le savoir de la musette était vrai. Les badines battirent bien les enfants, même quand ils montèrent dans le grenier.
Le pauvre homme prit la musette et alla au palais royal où se tenait un grand festin. Il rentra tout doucement sans être repéré et il échangea les musettes. Il donna l’ancienne à sa femme afin qu’elle rentre avec à la maison. Au palais, il y avait de la musique, des rois, des princes, des comtes, des barons qui se mirent à table et attendaient les services. A ce moment-là, le roi, qui était très fier, se leva et encouragea ainsi sa musette:

«Allez, ma musette, ouvre-toi!»

Il y eut un charivari infernal! Les badines tapaient les invités qui tentaient de se sauver par les portes et par les fenêtres. C’était presque au tour du roi quand le pauvre homme donna aux badines l’ordre de retourner dans la musette. Le roi fut tout de même déshonoré. Les pauvres tziganes vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre-temps.


Conte tzigane, collecte de Sándor Sáfár


vendredi 13 septembre 2013

La grenouille et le corbeau

 
 
 
Source:www.residentevil.hu
 
Un jour un corbeau attrapa une grenouille et l’emporta sur le toit d'une maison. Dès qu’ils furent installés, la grenouille se mit à glousser.
 
«Qu'est-ce qui te fait rire, Grenouille?» demanda le corbeau.
«Rien, rien, frère Corbeau, répondit la grenouille, ne t'en fais pas. Je ris parce que je trouve que j'ai de la chance. Mon père habite juste sur ce toit. Il est extrêmement fort et coléreux, et il se vengerait de celui qui oserait me faire du mal.»
 
Le corbeau ne fut pas content d'entendre ces paroles. Il préféra trouver un endroit plus sûr pour manger sa proie. Il s'envola donc de l'autre côté du toit, et il s'installa près de la gouttière. Il se reposa quelques instants, et il s'apprêtait à entamer le festin quand il s'aperçut que la grenouille gloussait de nouveau.
 
«Alors, maintenant qu'est-ce qui te fait rire, soeur Grenouille?» demanda-t-il.
«Rien, rien de particulier, frère Corbeau, répondit la grenouille, ne t'en fais pas. Je suis en train de penser à mon oncle qui est bien plus fort que mon père, et qui vit à cet endroit. Celui qui oserait me toucher, aurait peu de chance lui échapper.»
 
Le corbeau eut peur et décida de quitter le toit. Il prit sa proie dans son bec, et il atterrit sur la margelle d'un puits proche. Il y déposa sa proie, et il s'apprêtait à manger quand la grenouille lui dit:
«Je vois, frère Corbeau, que ton bec est peu émoussé. Ne devrais-tu pas l'affûter avant de commencer à manger? Regarde, là-bas, il y a une grosse pierre! Tu pourrais l'aiguiser parfaitement dessus!»
 
Le corbeau suivit ce conseil, il se mit sur la pierre et aiguisa son bec. Dès qu’il tourna le dos à la grenouille, celle-ci sauta dans l'eau profonde et disparut.
Le corbeau s'en aperçut dès qu’il eut fini d'aiguiser son bec. Il revint sur la margelle du puits et regarda à gauche et à droite, tourna la tête de tous côtés, mais il ne voyait plus nulle part la grenouille.
Il finit par comprendre qu'elle était dans le puits et il poussa des cris:
 
«Soeur Grenouille, Soeur Grenouille, j'ai eu peur pour toi! Je te croyais perdu! Mon bec est bien aiguisé, sors et laisse-moi te dévorer!
-Ah, je regrette beaucoup frère Corbeau, mais je ne peux pas monter sur la paroi du puits. Descends si tu veux me manger», répondit la grenouille, et elle disparut sous l'eau.