vendredi 3 janvier 2014

Le roi Mathias et le berger qui dit la vérité


Conte imaginé par Réka Barandi (8 ans)

Une fois, le roi de Prusse rendit visite au roi Mathias. Ils se saluèrent comme s'ils étaient de bons amis depuis longtemps. Le roi de Prusse dit:

«J'ai entendu dire que vous avez un agneau aux poils d'or.
- C'est vrai, parmi mes agneaux il y a un aux poils d'or, en plus, j'ai un berger qui ne ment jamais», dit le roi Mathias.

Le roi de Prusse répondit:

«Je vais prouver qu'il est capable de mentir.
- Mais non, il ne ment jamais, c'est tout à fait impensable», dit le roi Mathias.
«Je vais le démontrer, vous allez voir. Je vais le tromper de façon à ce qu'il soit obligé de mentir.
- Je vous parie qu'il ne ment pas. Je vous donne la moitié de mon royaume si je perds le pari», dit le roi Mathias.
«Moi, je vous donne la moitié de mon pays s'il ne ment pas», dit le roi de Prusse.

Ils se serrèrent la main, ils se souhaitèrent bonne nuit, et  ils allèrent dans leur logis. Là-bas, le roi de Prusse se déguisa en paysan et sortit afin d'aller voir le berger à la ferme.

Il salua le berger qui lui rendit son salut.

«Bienvenue chez nous, Sire!
- Comment est-ce possible que tu me reconnaisses?
- Je sais d'après vos paroles que vous êtes le roi», répondit le berger.
«Je te donne beaucoup d'argent et six chevaux en échange de l'agneau aux poils d'or», dit le roi de Prusse.
«Je ne vous le donnerai pas pour rien au monde. Le roi Mathias me punira pour cela, et je serai pendu.»

Le roi de Prusse lui promit de l'argent davantage mais le berger ne se laissa pas convaincre.
Le roi de Prusse rentra, il fut triste, très triste. Sa fille qui vit la peine de son père lui dit:

«Ne soyez pas affligé, j'irai voir le berger et je l'attirerai dans un piège moi-même.»

Ce fut ainsi. Elle emporta avec elle un coffre rempli d'or pur et une bouteille de vin. Mais le berger lui dit que l'argent ne lui manquait pas. Par contre, le roi Mathias le pendra haut et court dès qu'il aura pris la nouvelle de la disparition de son agneau aux poils d'or.

La fille lui parla, le taquina tellement qu'ils finirent par boire la bouteille de vin. Une envie folle prit le berger: il promit à la princesse de lui donner l'agneau si en échange elle le prenait pour mari.
La princesse hésita beaucoup mais finalement elle accéda à la demande du berger. Elle lui dit:
    -
«Equarris l'agneau, garde sa viande et donne-moi sa peau.»

Ce fut ainsi. Le berger équarrit l'agneau aux poils d'or, et la princesse alla voir son père avec grand plaisir pour lui donner la peau. Le roi de Prusse se réjouit de constater que sa fille avait réussi à tromper le berger.

Le matin arriva vite, et le berger fortement triste, ne savait pas trop quoi dire et surtout comment annoncer au roi que l'agneau aux poils d'or n'existait plus.
Il partit pour le palais royal. Sur son chemin, il répéta plusieurs fois ce qu'il allait dire comme mensonge quand il se présenterait à la vue du roi. Il piqua son bâton dans un trou de souris, il mit là-dessus son chapeau, il s'en éloigna, ensuite il s'en approcha, il déguisa sa voix et commença à parler.

«Quelles sont les nouvelles à la ferme, mon fidèle serviteur?
- Là, rien de particulier sauf que l'agneau aux poils d'or s'est perdu, le loup l'a mangé.»

Quand il prononça ce mensonge, il fut effrayé.

«Tu me mens, continua en imitant la voix du roi, le loup aurait mangé les autres aussi.»

Sur ce, le berger sortit son bâton du trou de souris et marcha doucement vers le palais du roi Mathias.
Mais il trouva un autre trou de souris, il piqua à nouveau son bâton, mit là-dessus son chapeau, le salua convenablement et raconta sa petite histoire.

«Quoi de neuf à la ferme?
- L'agneau aux poils d'or s'est noyé dans le puits.
- Tu me mens! Les autres se seraient noyés aussi.»

Il remit son chapeau, prit son bâton et avança tristement.
Il tomba une troisième fois sur un trou de souris, et il joua la même scène.

«Quoi de neuf à la ferme?
- Quelqu'un a volé l'agneau aux poils d'or.
- Tu me mens! On aurait volé les autres aussi.»

Il n'essaya plus de mentir, il remit son chapeau, prit son bâton et frappa à la porte du palais royal. Le roi de Prusse était à table avec sa fille. Ils attendaient déjà les mensonges du berger.

«Quoi de neuf à la ferme?» demanda le roi.
«Rien, sauf que j'ai échangé l'agneau aux poils d'or contre un bel agneau noir.
- Alors, montre-le-moi!» dit le roi d'un ton joyeux.

Le berger lui répondit:

«Il est assis là-bas, au milieu.
- Bravo! Tu n'as pas menti!» s'écria-t-il le roi Mathias. «Pour te récompenser, je te donne la moitié du royaume du roi de Prusse.»
«Alors moi, je te donne ma fille puisque vous vous aimez bien», ajouta celui-ci.

C'est comme cela que le berger qui dit toujours la vérité, devint le roi de Prusse.




vendredi 27 décembre 2013

La bride enchantée

Conte imaginé par Endre Stankowsky


Il était une fois un jeune gardien de chevaux. Il avait si grand appétit qu'il était capable de manger soixante-six boulettes sans avoir besoin de desserrer sa ceinture. Sa force physique fut semblable à son appétit parce qu'il pouvait soulever un cheval de sept ans si l'occasion se présentait.
Quand le jeune homme dépassa ses vingt-sept ans, il dit à son père:

«Ecoutez mon cher Père, il serait grand temps d'aller chercher une fiancée.»

Le vieux gardien de chevaux approuva le projet de son fils et lui dit adieu. Le jeune homme se mit en route à pied. A peine fit-il un bout de chemin, qu'il aperçut dans un champ un cheval se bagarrant avec un loup. Il ne se le fit pas dire deux fois, il sortit son fouet de lanières qu'il fit claquer si bruyamment sur le loup que celui-ci s'allongea par terre immédiatement. A ce moment-là le cheval se tourna vers le jeune homme et dit:

«Tu m'as débarrassé de mon plus grand ennemi, le roi des loups. C'est mon tour de t'aider. Je sais où tu veux aller. Ton parcours s'annonce difficile. Ta future fiancée habite loin d'ici, au delà de la rivière d'acier derrière la montagne de confiture dans la maison d'une sorcière. Enlève ma bride et mets-la dans ta besace. Si tu jettes cette bride à quelqu'un, il ira à toute vitesse jusqu'à ce que tu lui ordonnes de s'arrêter.»

Le jeune homme fit ainsi. Il tapa amicalement sur le cou du cheval et lui dit adieu.

Il était en route depuis plus de six mois quand il arriva à la rivière d'acier.

«Que va-t-il se passer?» se dit-il en se grattant la tête.

Il était complètement affligé quand un grand poisson, gueule ouverte, apparut dans la rivière.

«Va-t'en d'ici, sinon, je vais t'enfourner tout de suite.»

Yantchi parce qu'il s'appelait comme ça, ne se le fit pas dire deux fois, il sortit la bride et la jeta sur la tête du poisson. Alors, voyez le miracle! Le poisson était apprivoisé et devint doux comme un agneau. Il proposa à Yantchi de s'asseoir sur son dos pour l'emmener sur la rive d'en face.

Yantchi se mit immédiatement sur le dos du poisson qui traversa vite la rivière d'acier. Quand ils arrivèrent, Yantchi ôta la bride et sauta sur la berge.

Deux jours plus tard, Yantchi glissa sur le versant de la montagne de confiture, ses bottes s'enfonçaient partout où il mettait les pieds.

«J'aurai de gros soucis ici», se dit-il.

Subitement il s'aperçut que derrière la montagne un dragon ailé agitait sa mâchoire et regardait vers lui. Il n'hésita pas beaucoup, il sortit la bride et il se retrouva instantanément sur le dos du dragon qui galopa si vite avec Yantchi que celui-ci entendait siffler le vent dans ses oreilles.

La maison de la sorcière était au milieu d'une forêt très épaisse. Quand elle vit arriver Yantchi, elle sortit de sa maison. Ses cheveux ressemblaient à un tas de foin, ses oreilles à un éventail, son nez descendait jusqu'à sa poitrine.
Elle croassa comme un corbeau. Elle cria comme une crécerelle. Yantchi fut convaincu que leur rencontre se terminera mal mais à l'aide de sa bride miraculeuse, il sauta sur le dos de la sorcière et la poussa pendant sept jours et sept nuits dans la forêt.

Au bout du septième jour, la sorcière s'écroula. Sa peau se fendit et une merveilleuse fille s'en sortit.

Yantchi s'en réjouit, surtout quand la belle lui dit:

«Je te remercie de m'avoir libérée. Une méchante sorcière m'a enchantée et m'a obligée à apparaître et à vivre sous la forme d'une sorcière. Qui sait combien de temps j'aurais souffert si tu ne m'en avais pas délivrée. Maintenant seule la mort nous séparera.»

Yantchi ne se le fit pas dire deux fois. Il appela le cheval magique, lui posa sa bride miraculeuse, et hop-là! Ils furent à la maison.

Ils y vécurent heureux.

   


vendredi 20 décembre 2013

Les fous




Conte imaginé par Andrea Kopacz
Il était une fois dans une lointaine contrée deux bergers. Le jeune berger dit un jour au vieux berger:

«Allons au village, je voudrais me marier.
-As-tu déjà une fiancée?» demanda le vieux berger.
«Je n’ai pas encore, mais j’en aurai», répondit le jeune homme.

Bien, ils arrivèrent dans le village et demandèrent aux gens, ici et là, dans quelle maison il y aurait une fille à épouser. Enfin, un villageois leur indiqua le chemin d’une ferme.
Ils entèrent dans la maison et firent la connaissance du fermier, de sa femme et de sa fille. Le vieux berger raconta ce qui les amenait. Finalement, le fermier et sa femme ne s’opposèrent pas à l’idée du mariage de leur fille et du jeune berger: la fille était bonne à marier, le jeune homme était adroit de ses mains, ils étaient donc faits l’un pour l’autre.
Les deux bergers s’assirent autour de la table. Le fermier envoya sa fille à la cave chercher une bouteille de vin. Elle y trouva une hachette qu’elle prit en mains et en la regardant de tous les côtés elle se sentit tout à coup affligée et se mit à soupirer.

«Mon Dieu, mon Dieu, si je me marie, j'aurai un petit garçon. Il s'appellera Clément et il aura un manteau en peau de mouton retournée et brodée. Si un jour ce petit Clément descend à la cave et trouve cette hachette, si tout à fait par hasard il se coupe, il va mourir. A qui reviendra ce manteau?»

Elle commença à pleurer à chaudes larmes ce qui lui fendit le coeur. Pendant ce temps, son père brûlait d'impatience. Il descendit donc lui aussi à la cave pour voir sa fille.

«Qu'est-ce qui t'arrive? Pourquoi pleures-tu?» demanda-t-il.

Sa fille lui raconta en pleurant à quoi elle pensait. Son père la consola en vain. Elle continua à pleurer à chaudes larmes et elle ne voulait pas remonter.
La mère suivit sa fille dans la cave. Celle-ci raconta à quoi elle pensait. Le vieux berger descendit suivi du fiancé. La fille leur raconta son histoire.

«Mon Dieu, mon Dieu, si un jour ce petit Clément décède, à qui reviendra le manteau?» dit-elle.

Le vieux berger dit au fiancé:

«Alors mon fils, je te conseille de trouver trois fous identiques avant d'épouser cette fille.
-Je vais suivre bien volontiers votre conseil», répondit le jeune berger.

Sur ce, ils laissèrent la fille seule dans la cave. Le vieux berger rentra chez lui, le jeune partit pour trouver des fous. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il arrive dans un village. Il s’arrêta dans la cour d’une maison, et il vit qu’un homme jetait des noix dans le grenier avec une fourche en fer.

«Que faites-vous, vous là?» demanda-t-il.
«Ne m’en parlez pas ! Depuis trois ans j’essaie de jeter ces noix au grenier, mais je n’y arrive pas!» répondit l’homme.
«Eh bien alors, se dit le jeune homme, j’ai déjà trouvé un fou.»

Il demanda un sac à l’homme puis il ramassa les noix et les mit dedans. Après être monté avec le sac au grenier, il redescendit, et il continua son chemin.
Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il voie une femme dans une cour. Elle était en train de filer la laine en ayant attaché le mouton à son rouet. Le jeune l’interpella ainsi:

«Que faites-vous, vous là?»
«Je file la laine, mon garçon!» répondit la femme.
«Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut faire, ma pauvre dame», répondit le jeune homme.

Il le lui montra tout de suite. Quand il eut fini de tondre la laine sur le dos du mouton, il dit à la femme:

«Maintenant, il faut laver la laine et quand elle sera sèche, vous devrez la carder, ensuite vous pourrez l’attacher au rouet.»

Sur ce, il quitta la femme et en sortant de la cour, il se dit avec satisfaction:«j’ai trouvé le deuxième fou.»

Il continua son chemin. Il arriva dans un village où les gens étaient en train de construire une église sans fenêtre. Le juge ordonna aux villageois d’apporter de la lumière dans l’église. Tout le village s’y appliqua, même les plus petits. Ils arrivèrent avec des sacs dont les ouvertures étaient tournées vers le soleil. Quand ils pensèrent que les sacs étaient pleins de lumière, ils les fermèrent rapidement et coururent avec les sacs jusqu’à l’église. Là-bas, ils les ouvrirent pour laisser sortir la lumière.

«Alors ça, c’est génial! J’ai trouvé le troisième fou, j’en ai même plus que trois!» se dit le jeune berger.

Il apprit aux gens à faire une fenêtre pour avoir de la lumière. Quand il eut fini, il fit demi-tour et alla voir sa fiancée. Le jour même ils donnèrent un grand repas de noces.

L’histoire est finie, sauve-toi avec!


Collecte d’Elek Benedek



vendredi 13 décembre 2013

Jésus, Saint Pierre et les charpentiers


Source: pix.ie
Jésus Christ et Saint Pierre arrivèrent tard le soir dans une ville. Ils entrèrent dans une auberge où il n’y avait que des chambres à cinq lits. Quatre lits étaient déjà pris par quatre charpentiers qui chantaient et dansaient dans le restaurant de l’auberge. Ivres, ils tapaient sur la table avec des bâtons. L’aubergiste proposa le cinquième lit à Jésus et à Saint Pierre.
Pendant le dîner, Pierre en eut vite assez de la débauche des charpentiers et dit à Jésus:

«Montons dans notre chambre, n’écoutons plus ce vacarme!
D’accord! Allons-y!» acquiesça Jésus.

Quand ils montèrent dans leur chambre, Saint Pierre dit à Jésus:

«Mettez-vous près du mur pour ne pas entendre ce chahut. Moi, je supporterai mieux être à l’extérieur.»

A peine s’endormirent-ils que les charpentiers entrèrent dans la chambre et continuèrent leur fête. Celui qui avait les mailloches en bois, s’approcha du lit et commença à taper sur le côté de Saint Pierre qui se retourna. Le charpentier tapa alors sur l’autre côté. Saint Pierre n’en pouvant plus, secoua Jésus et lui dit:

«Changeons de place, il se peut que vous soyez trop coincé contre le mur!
D’accord, changeons de place!» répondit Jésus.

Quand le changement fut fait, le joueur de cymbalum dit:

«Donnons un coup à celui qui est près du mur car jusqu’ici l’autre est le seul à en avoir reçu.»

vendredi 6 décembre 2013

Le domestique coupable

Source : hesykhia.blog.hu 
Il était une fois un seigneur qui avait un serviteur. Celui-ci était depuis sept ans déjà à son service.
Un jour le domestique frappa à la porte du seigneur et demanda son salaire.

Le seigneur répondit:

«Comment? Que c'est moi qui paie quand c'est toi qui me dois de l'argent!»

Il dénigra avec une telle ferveur le domestique que celui-ci resta encore sept ans. La pauvre domestique était tellement déguenillé que ses chaussettes étaient en lambeaux.

Sept ans de service passèrent. Il frappa à nouveau à la porte du seigneur et demanda son salaire car il voulut se retirer.

Le seigneur lui dit:

«Tu ne peux pas quitter ton service tant que tu as des dettes.»

Et le domestique resta encore sept ans. A la fin de la septième année il alla revoir et dit:

«Je demande mon salaire, j'ai passé suffisamment de temps à votre service.
«Tant pis, dit le seigneur, va-t'en mais tu me dois encore d'après ton ancienneté.»

Le domestique sortit et pensa à mettre le feu chez le seigneur. A ce moment un vieil homme croisa son chemin et lui dit:

«Qu'est-ce que tu mijotes, mon fils?»

Le serviteur répondit:

«Je pense, cher monsieur que j'étais au service du seigneur pendant vingt-et-un ans et il ne m'a jamais donné ma rémunération. Je vais incendier tout ce qu'il a.»

Le vieillard répondit:

«Ne mets pas le feu aux biens du seigneur car c'est toi qui as l'amour du bon Dieu pas le seigneur. Si tu mets le feu à sa maison, le bon Dieu ne t'aimera plus.»

Le serviteur répondit:

«Bien, j'irai le faire quand même.»

Le vieillard dit:

«Quand tu mettras le feu, regarde derrière toi. Ensuite viens me voir pour me raconter ce que tu as vu.»

A midi pile, la propriété du seigneur prit feu. Le seigneur était en train de déjeuner  avec sa femme et sa fille. Au-dessus des flammes, trois pigeons volèrent, et on vit aussi un pilier chauffé au rouge avec une chaîne. Un homme était attaché au pilier avec la chaîne.

Le serviteur alla voir le vieillard et lui raconta ce qu'il avait vu.

Le vieil lui dit:

«Le pilier c'est toi, les trois pigeons c'est ton seigneur et sa famille.»

Ainsi dit, le vieil homme s'en alla, la terre s'ouvrit et le serviteur tomba dedans.


(Conte transylvain)

vendredi 29 novembre 2013

La punition de la mouche



Armoiries de Ràtot
Une réunion importante se tenait à la Maison communale de Rátót1. Une mouche insolente ne cessait de se poser sur le nez du juge du village. Agacé, il se mit en colère, et les supérieurs hiérarchiques décidèrent de punir immédiatement la mouche. 

« Pendons-la! - proposa l'un. - Abattons-la! - cria un autre. - Jetons-la depuis la Tour! », conseilla un troisième. 

Ils attrapèrent la mouche, ils montèrent tous avec elle en haut de la tour et ils la jetèrent. La mouche s'envola et elle vit encore aujourd'hui si elle n'est pas morte entretemps. 


 1 Village du comitat de Vas en Hongrie

vendredi 22 novembre 2013

Le père adoptif

Tableau de Cecilia Papp 


Il était une fois trois frères. Ils étaient orphelins, ils avaient perdu leur père et leur mère depuis longtemps. Ils n'avaient rien, ni une maison, ni un lopin de terre. Un jour, ils décidèrent de partir travailler comme serviteurs. Sur le chemin, un vieil homme avec une barbe blanche, arriva en face d'eux:

«Où allez-vous, mes enfants?» demanda-t-il.
«Nous partons chercher quelqu'un qui nous prendrait à son service», répondirent-ils.
«Pourquoi? Vous-mêmes, vous n'avez pas de terre à cultiver?» demanda le vieil homme.
«Non, nous n'avons rien. Mais si un brave homme nous engageait, nous serions ses fidèles serviteurs. Nous serions très obéissants, nous le respecterions comme s'il était notre propre père» répondirent-ils.

Le vieil homme dit:

«D'accord. Si cela vous convient, soyez mes fils, et moi, je serai votre père. Si vous m'obéissez, je ferai de vous des hommes, je vous apprendrai à vivre afin que vous soyez toujours fidèles à la justice.»

Les trois frères acceptèrent la proposition du vieil homme et ils partirent tous ensemble. Ils allèrent par monts et par vaux quand ils aperçurent une petite maison blanche dans une clairière. De jolies fleurs et des cerisiers entouraient la petite maison. Une jeune fille sortit de la maison. Elle était belle comme une rose. Le frère aîné lui jeta un coup d'oeil et dit:

«Oh, si seulement je pouvais épouser cette belle fille et j'avais beaucoup de boeufs et de vaches!»

Le vieil homme répondit vivement:

«D'accord, mon fils. Donnons un grand repas de noces! Tu auras la fille et tu auras des boeufs et des vaches aussi. Sois heureux mais n'oublie jamais la justice!»

Le frère aîné demanda la fille en mariage et ils donnèrent un grand repas de noces. L'aîné devint le maître de la maison. Il resta là à cultiver la terre et à gérer la propriété.
Le vieil homme continua son chemin avec les deux autres frères. Ils arrivèrent de nouveau devant une belle maison. Près d'elle, se trouvaient un moulin et un petit étang. Une belle fille s'activait dans le jardin. Le frère cadet lui jeta un coup d'oeil et dit:

«Pourvu que je puisse épouser cette jeune fille! J'aurais de plus, un moulin et un étang. Je ferai du pain moi-même jusqu'à la fin de ma vie!»

Le vieil homme répondit vivement:

«D'accord, mon fils. Comme tu veux!»

Ils entrèrent dans la maison, demandèrent la fille en mariage. Ils donnèrent un grand banquet de noces. Avant de quitter les jeunes mariés, le vieil homme dit:

«Eh bien mon fils, sois heureux mais n'oublie pas la justice!»

Ils n'avaient plus qu'à continuer la route, le vieil homme et le benjamin. Ils marchèrent, cheminèrent jusqu'à ce qu'ils aperçoivent une petite maison en piteux état. Une très belle fille en sortit. Elle était aussi belle qu'une étoile mais aussi pauvre qu'un rat d'église. Le benjamin soupira ainsi:

«Si je pouvais l'épouser, nous travaillerions ensemble, nous aurions du pain, mais nous n'oublierions pas les pauvres gens: nous aurions de quoi manger, et nous leur en donnerions, à eux aussi.»

Le vieil homme répondit:

«Très bien, mon fils. Ce sera ainsi. Mais n'oublie jamais la justice!»

Le vieil homme maria le benjamin et il partit dans le vaste monde. Le temps passa. Les trois frères vivaient en paix. L'aîné devint si riche qu'il se fit construire plusieurs maisons, il mit de côté de grandes quantités de roubles et il n'avait qu'une idée en tête: comment en gagner plus. Il ne pensa jamais à aider les pauvres, il était trop avare pour cela. Le frère cadet s'enrichit également. Des valets de ferme travaillaient à sa place, il n'avait qu'à se  dorer au soleil, manger, boire et donner des ordres. Par contre, le benjamin partageait tout ce qu'il avait  avec les autres.

Le vieil homme alla dans plusieurs pays du monde. Un beau jour il revint pour voir comment vivaient ses fils et pour savoir s'ils restaient fidèles à la justice. Il alla chez son fils aîné vêtu comme un pauvre en guenilles. Quand il arriva, son fils se promenait dans la cour. Il s'inclina devant lui et dit:

«Aie pitié de moi, donne-moi l'aumône!
-Et quoi encore! Tu n'es pas encore si vieux, si tu veux, vas donc travailler. Moi-même je viens de m'en sortir ainsi!» répondit l'aîné ne reconnaissant pas son père adoptif.

Il avait bien des maisons en pierre, des meules, des silos à grains, des réserves pleines de bonne nourriture et évidemment, beaucoup d'argent... mais il ne lui fit pas la charité... le vieil homme s'en alla, il fit environ mille pas, il s'arrêta, regarda en arrière la maison et toute la propriété de son fils et tout s'enflamma.

Il alla chez son fils cadet. Il vit un beau moulin à côté d'un étang entouré d'une belle propriété. Son fils était assis dans le moulin. Le père s'inclina devant lui et dit:

«Donne-moi un peu de farine, je suis très pauvre, je n'ai rien à manger!»
«Désolé mais je n'ai même pas moulu pour mes propres besoins, donc encore moins pour toi. Beaucoup de gens dans ton genre passent par là!» répondit le jeune homme.
Le vieil homme sortit du moulin, s'éloigna un peu de la maison, puis il regarda en arrière et le moulin s'enflamma.

Il arriva chez son troisième fils qui vivait chichement. Sa maison était petite mais propre. En y arrivant, le père se transforma en un pauvre vieux en guenilles.

«Donnez-moi un bout de pain!» dit-il.
«Rentre dans la maison, tu y trouveras de quoi manger. Ma femme va même te préparer un casse-croute pour la route», répondit le jeune homme.

Il rentra dans la maison et quand la jeune femme vit ses vêtements miséreux, elle eut pitié de lui. Elle alla tout de suite lui chercher un pantalon et une chemise dans son débarras. Le vieil homme les mit aussitôt. Pendant qu'il se changeait, la jeune femme aperçut une plaie profonde sur sa poitrine. Le jeune couple fit asseoir le vieil homme à table, ils lui donnèrent à manger et à boire. Après le repas, le jeune homme s'adressa ainsi à son hôte:

«Dis-moi, vieil homme, d’où vient cette plaie sur ta poitrine?
-Malheureusement c’est une plaie qui mettra bientôt fin à ma vie. Je n’ai plus qu’un jour à vivre», répondit le vieux.
«Quelle mauvaise nouvelle! Et il n’existe aucun remède pour la soigner?» demanda la jeune femme.
«Si, il y en a un mais personne ne me le donne bien que n’importe qui puisse le faire.
-Pourquoi ne le ferait-on pas? Si vous connaissez le remède, dites-le nous!» insista le jeune homme.
«Ce remède est tel qu’il demande au propriétaire d’incendier tout ses biens et qu'ensuite il verse les cendres sur ma plaie pour la guérir. Mais crois-tu qu’il existe au monde quelqu’un qui serait capable de le faire?» répliqua le vieil homme.

Le jeune homme réfléchit longuement, puis il s’adressa à sa femme:

«Et toi ma femme, qu’en penses-tu?
-Je pense que nous pourrons acquérir une autre maison mais si cet homme meurt, il n’aura plus jamais une autre vie», répondit la jeune femme.
«D’accord! Si c’est ton avis, sors avec les enfants de la maison!» dit le mari.

Ainsi fut fait. Le jeune homme jeta un dernier regard sur sa maison qu’il regrettait beaucoup mais il avait plus de regret pour la vie du vieil homme. Il incendia sa maison qui brûla entièrement. Mais à sa place, une autre maison apparut, une belle et magnifique maison. Le vieil homme n'arrêtait pas de rire:

«Je vois mon fils qu’entre vous trois, c’est toi seul qui es resté fidèle à la justice. Sois heureux et réussis dans ta vie!»

Et c’est à ce moment-là que le jeune homme reconnut son père adoptif. Il alla vers lui mais il avait disparu et il ne trouva plus sa trace.


Conte ukrainien