vendredi 24 janvier 2014

Le jeune porcher qui était bon à rien...


Conte imaginé par Bàlint Deàk  (10 ans) 

Il était une fois au-delà de tous les océans une femme pauvre. Elle avait un fils. Il aurait dû garder des cochons s'il avait pu le faire! Mais malheureusement il ne faisait que des dégâts partout où il passait. En un mot, il était une personne inutile. Sa mère tentait en vain de lui apprendre des choses. C'était peine perdue.
Un jour, ce garçon qui ne servait strictement à rien, entendit dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher et de rester introuvable.

«Alors, petit porcher, pensa-t-il, ton moment est arrivé pour montrer ce que tu vaux en réalité. Tu peux gagner beaucoup si tu es un peu futé.»

Il rassembla vite ses affaires, il mit quelques pogatchas cuits sur la braise dans sa besace, il mit son manteau joliment brodé, et il partit.

Il marcha, il marcha par monts et par vaux, il traversa d'immenses forêts et de grandes plaines. Il n'avait presque plus de provisions. Le château du roi restait introuvable. Il marcha encore pendant une semaine entière, il mangea son dernier pogatcha mais il ne réussit pas à trouver le château.

«Qu'est-ce que je fais? Dois-je mourir de faim? Si j'avais su, je serais resté à la maison», pensa-t-il.

En marchant sur la route, il aperçut un puits. Sur la margelle du puits deux pigeons blancs étaient assis. Il s'approcha d'eux et dit :

«Alors, mes deux pigeons blancs, je vais vous manger parce que je meurs de faim.»

Les deux pigeons blancs lui répondirent.

«Ne nous mange pas, petit porcher! Donne-nous plutôt à boire parce que nous avons soif. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Les pigeons le supplièrent tellement qu'il ne les mangea pas. Il tira un sceau d'eau fraiche du puits, leur donna à boire, et il but le reste afin de remplir son ventre.

Il continua son chemin. En traversant une steppe, il tomba sur un renard qui boitait.

«Alors, mon renard, que le diable m'emporte si je ne te mange pas.»

Le renard le supplia afin qu'il ne le mange pas parce qu'il était en train d'apporter à manger à son petit.

«Un bienfait n'est jamais perdu, dit le renard. Je peux encore t'aider un jour.»

Il continua à marcher à pas lent. Il ramassa les dernières miettes dans sa besace et il les mangea. Mais ce n'était rien pour son ventre vide!

Soudainement il aperçut de loin un lac. Il décida d'aller le voir quoi qu'il arrive. Il descendit au bord du lac et vit qu'un petit poisson se débattait dans l'eau peu profonde. Il l'attrapa brusquement et le poisson lui dit :

«Ne me mange pas, mon petit porcher, un jour je serai reconnaissant envers toi. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Le jeune porcher regarda longtemps le poisson. Il eut pitié pour lui et rejeta dans l'eau. La faim est très curieuse, elle suit l'homme partout !

Il reprit son chemin. Enfin, au bout d'une très longue marche, il arriva au château. Le roi était devant l'entrée. Le jeune chenapan le salua poliment, le roi fit pareil.

«Que fais-tu ici? Que cherches-tu ici au bout du monde?»

Le jeune dit au roi le but de son arrivée:il a entendu dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher d'elle et qu'il se sentait assez courageux pour tenter cela.

«C'est bien, c'est bien fiston. Mais tu vois, il y a déjà quatre-vingt-dix-neuf têtes sur les pieux, la tienne sera la centième si tu échoues», dit le roi.
Le porcher ne se découragea pas pour autant et se dit :

«Cela finira bien par s'arranger.»

Les deux hommes entrèrent dans le château, et le porcher annonça qu'il avait faim et demanda à manger. On lui en servit autant qu'il pouvait s'empiffrer.
Lendemain, au réveil, c'est le roi qui lui rendit visite et lui demanda de se cacher avant que sa fille ne se réveille.

Le porcher chenapan se prépara lentement à sortir du lit et à s'habiller. Tout à coup, il aperçut les deux pigeons blancs sur le rebord de fenêtre. Ils lui dirent :

«Viens vite, nous t'emmenons avec nous.»

Le jeune s'en remit aux pigeons, il les suivit jusqu'à ce qu'ils soient arrivés derrière le Soleil.
Entre-temps, la princesse s'habilla convenablement, elle était prête à sortir de sa chambre. Elle descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tour sur elle-même et cria :

«Sors, jeune homme, je sais que tu es derrière le Soleil.»

Il était en colère mais n'ayant pas le choix, il dût se montrer.

Le lendemain arriva, le jeune homme se réveilla et jeta un coup d'oeil sur la fenêtre. Il vit que le renard se dressait sur la pointe des pieds et il l'attendait.
Le renard l'emmena dans la terre à un endroit qui était sept fois plus profond que celui qu'un être humain aurait été capable de creuser.
La princesse sortit dans le jardin, cueillit la plus belle rose, et fit un tour sur elle-même.

«Montre-toi, jeune homme, sors de la septième profondeur.»

Il fut obligé d'obéir.

Le troisième jour, il alla voir le petit poisson au lac. Grâce à son aide, il descendit dans un coin du lac. Quand la princesse descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tout sur elle-même, et appela le jeune homme.

«Ca y est, je suis perdu! Le centième poteau sera pour moi, se dit le porcher. Si elle m'a retrouvé trois fois, je ne pourrais pas me cacher la quatrième fois sans qu'elle ne tombe sur moi.»

Mais lendemain, à la première heure, il vit devant sa fenêtre l'un des pigeons blancs qui luit dit :

«Viens vite! Transforme-toi en rose, je ferai pareil.»

Ce fut ainsi.

La princesse descendit et chercha la plus belle rose. Elle en trouva deux. Elle les ramassa et les piqua au devant de sa robe. Elle fit un tour sur elle-même, mais elle ne voyait plus le jeune homme. Elle fit encore un tour, mais rien.

«Alors, mon père, je ne vois pas le jeune porcher. Il s'est tellement bien caché que je ne le retrouve plus.
Mais si, mais si! Fais encore un tour, peut-être cela marchera», dit le roi.

La princesse fit un troisième tour mais elle aurait pu en faire tant qu'elle voulait, elle n'aurait pas retrouvé le jeune homme.

A ce moment-là, l'une des roses transformée en pigeon s'envola de sa robe, tandis que l'autre se transforma en jeune porcher.

La princesse le regarda avec émerveillement et lui, il la serra contre lui.

«Mon bel amour! Je suis à toi, tu es à moi. Seule la mort peut nous séparer.»

Ils s'enlacèrent et s'embrassèrent longuement. Ils étaient si beaux ensemble comme un bouquet de fleur. Ils donnèrent un grand repas de noces, et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.



vendredi 17 janvier 2014

Le rêve du roi

Source : www.mozaweb.hu


Il était une fois un roi qui avait deux fils. Il promit la couronne à l'aîné. Sur ce, le cadet déclara que ce sera bien lui qui montera sur le trône quand son père sera décédé. Le peuple ne souhaitait que l'aîné comme futur roi. Suite à ce différend, les deux princes ne se parlèrent plus.

Le roi ne dormit plus, il fut très triste. Une fois quand le clair de lune resplendit le ciel, le roi sortit sur son balcon au palais royal. Il regarda longuement la lune et il s'endormit. Il rêva qu'il avait deux peupliers devant son balcon et entre les arbres un beau lys blanc. La belle fleur poussa à tel point que les peupliers se couvrirent d'ombre et se desséchèrent. Le roi en eut peur et se réveilla. Il souhaita connaître le sens de son rêve. Il réfléchit et il pensa à un mage qu'il avait fait mettre en prison. Il fit venir le voyant et lui dit:

«Si tu résous l'énigme de mon rêve, et si c'est vrai, tu pourras sortir de prison.»

Le voyant résolut le secret. Il dit que la reine serait enceinte, elle aurait une fille. Il dit aussi que les deux princes se battraient à mort pour elle.

La reine eut vraiment une fillette. Le roi l'envoya tout de suite dans un couvent. Les princes ne surent même pas la naissance de leur petite soeur.

Un jour le roi mourut, et l'enterrement eut lieu. Après les funérailles, la reine convoqua ses fils et dit:

«Faites la paix car votre père est décédé.»

L'aîné dit:

«Je cède la couronne pourvu que nous ne soyons plus fâchés. Mais je vais me chercher une belle femme.»

La reine se réjouit de cette nouvelle. Le cadet dit à son tour:

«Je vais me chercher une belle femme, moi aussi.»

Le prince aîné alla voir son amoureuse et ils passèrent un moment ensemble. Le prince cadet arriva et surprit son frère avec son amoureuse.

Il lui dit:

«Qu'est-ce que tu es menteur! D'un côté tu t'es réconcilié avec moi, de l'autre côté tu veux me faire la peine.»

Le cadet tira l'épée et poignarda son frère en plein coeur.

La reine entendit sonner les cloches pour le prince décédé. Elle eut peur car elle en ignorait la raison. Elle apprit vite la nouvelle de la mort de son fils. A ce moment, le prince cadet arriva chez elle avec son amoureuse qu'il lui présenta. La reine reconnut sa fille et lui dit:

«Mon Dieu! Lui, c'est ton frère!»

Le prince maudit sa mère car elle lui avait caché l'existence de sa soeur. Il alla au cercueil de son frère, il se repentit et se poignarda en plein coeur.

C'est comme cela les peupliers tombèrent, et le lys resta comme le roi en avait rêvé.
La reine vécut longtemps avec sa fille.


(Conte transylvain)


vendredi 10 janvier 2014

L'apparition de saint Ladislas

Source : latribunedelart.com

Sur le conseil d'un joupan malveillant, Vid, le roi Salomon lança une offensive contre les princes. Ladislas alla en Russie pour réclamer du secours, Géza fut battu à Tokaj par le roi Salomon. Géza traversa la rivière Tisza et rencontra Ladislas qui revint avec une grande troupe.

L'armée du roi Salomon fut cantonnée à Ràkos tandis que les princes établirent leur campement près de Vàc où à cette époque là il y avait une immense forêt. Elle était habitée par un seul ermite qui se consacrait entièrement à la vie religieuse. Le prince Géza donna le nom de cet ermite à la ville de Vàc qui fut construite plus tard.

Un jour, le matin, les princes se réunirent pour tenir un conseil de guerre à cheval sur la future place de la Chapelle Saint Pierre.
Pendant leur réunion, en plein jour, Saint Ladislas eut une apparition divine.
Il adressa ainsi la parole à son frère, au Prince Géza:

«As-tu vu quelque chose?
-Rien», répondit Géza.
«Pendant notre conseil, l'ange du Seigneur est descendu du ciel, nous a apporté une couronne en or, et l'a déposée sur ta tête. Il m'est donc évident que nous allons vaincre et bannir le roi Salomon de notre pays, et le Seigneur te donnera la couronne», dit Ladislas.
«Si le Bon Dieu est avec nous et nous aide à triompher de notre adversaire, je donnerai l'ordre de construire une église sur cet endroit à la Sainte Vierge», répondit Géza.

Sa vision se réalisa. Les troupes des princes remportèrent une large victoire sur le roi Salomon qui prit la fuite. Le Prince Géza, à la demande des hongrois, fut couronné roi à Székesfehérvàr.

Après les cérémonies du couronnement, ils allèrent à l'endroit où l'apparition avait eu lieu. Pendant qu'ils se réunissaient aux alentours de Vàc, un cerf parut devant eux. Sur ses cornes, il y avait des bougies allumées. Quand ils l'aperçurent, le cerf se mit à courir. Il s'arrêta dans la forêt à l'endroit où bien plus tard le monastère fut bâti.

Les soldats tirèrent avec leurs flèches sur le cerf mais ils ne l'atteignirent pas. Pour se sauver, le cerf sauta dans le Danube, et les soldats ne le revirent plus jamais.

«Ce n'était pas un cerf mais l'ange du Seigneur. L'endroit où il s'est implanté, nous a été fixé comme terrain de construction pour l'église de la Vierge Marie», dit saint Ladislas.

Ce fut ainsi. Mais le lieu de la première apparition ne resta pas non plus sans bâtiment. Sur l'ordre des princes une chapelle fut construite pour rendre hommage à Saint Pierre.

vendredi 3 janvier 2014

Le roi Mathias et le berger qui dit la vérité


Conte imaginé par Réka Barandi (8 ans)

Une fois, le roi de Prusse rendit visite au roi Mathias. Ils se saluèrent comme s'ils étaient de bons amis depuis longtemps. Le roi de Prusse dit:

«J'ai entendu dire que vous avez un agneau aux poils d'or.
- C'est vrai, parmi mes agneaux il y a un aux poils d'or, en plus, j'ai un berger qui ne ment jamais», dit le roi Mathias.

Le roi de Prusse répondit:

«Je vais prouver qu'il est capable de mentir.
- Mais non, il ne ment jamais, c'est tout à fait impensable», dit le roi Mathias.
«Je vais le démontrer, vous allez voir. Je vais le tromper de façon à ce qu'il soit obligé de mentir.
- Je vous parie qu'il ne ment pas. Je vous donne la moitié de mon royaume si je perds le pari», dit le roi Mathias.
«Moi, je vous donne la moitié de mon pays s'il ne ment pas», dit le roi de Prusse.

Ils se serrèrent la main, ils se souhaitèrent bonne nuit, et  ils allèrent dans leur logis. Là-bas, le roi de Prusse se déguisa en paysan et sortit afin d'aller voir le berger à la ferme.

Il salua le berger qui lui rendit son salut.

«Bienvenue chez nous, Sire!
- Comment est-ce possible que tu me reconnaisses?
- Je sais d'après vos paroles que vous êtes le roi», répondit le berger.
«Je te donne beaucoup d'argent et six chevaux en échange de l'agneau aux poils d'or», dit le roi de Prusse.
«Je ne vous le donnerai pas pour rien au monde. Le roi Mathias me punira pour cela, et je serai pendu.»

Le roi de Prusse lui promit de l'argent davantage mais le berger ne se laissa pas convaincre.
Le roi de Prusse rentra, il fut triste, très triste. Sa fille qui vit la peine de son père lui dit:

«Ne soyez pas affligé, j'irai voir le berger et je l'attirerai dans un piège moi-même.»

Ce fut ainsi. Elle emporta avec elle un coffre rempli d'or pur et une bouteille de vin. Mais le berger lui dit que l'argent ne lui manquait pas. Par contre, le roi Mathias le pendra haut et court dès qu'il aura pris la nouvelle de la disparition de son agneau aux poils d'or.

La fille lui parla, le taquina tellement qu'ils finirent par boire la bouteille de vin. Une envie folle prit le berger: il promit à la princesse de lui donner l'agneau si en échange elle le prenait pour mari.
La princesse hésita beaucoup mais finalement elle accéda à la demande du berger. Elle lui dit:
    -
«Equarris l'agneau, garde sa viande et donne-moi sa peau.»

Ce fut ainsi. Le berger équarrit l'agneau aux poils d'or, et la princesse alla voir son père avec grand plaisir pour lui donner la peau. Le roi de Prusse se réjouit de constater que sa fille avait réussi à tromper le berger.

Le matin arriva vite, et le berger fortement triste, ne savait pas trop quoi dire et surtout comment annoncer au roi que l'agneau aux poils d'or n'existait plus.
Il partit pour le palais royal. Sur son chemin, il répéta plusieurs fois ce qu'il allait dire comme mensonge quand il se présenterait à la vue du roi. Il piqua son bâton dans un trou de souris, il mit là-dessus son chapeau, il s'en éloigna, ensuite il s'en approcha, il déguisa sa voix et commença à parler.

«Quelles sont les nouvelles à la ferme, mon fidèle serviteur?
- Là, rien de particulier sauf que l'agneau aux poils d'or s'est perdu, le loup l'a mangé.»

Quand il prononça ce mensonge, il fut effrayé.

«Tu me mens, continua en imitant la voix du roi, le loup aurait mangé les autres aussi.»

Sur ce, le berger sortit son bâton du trou de souris et marcha doucement vers le palais du roi Mathias.
Mais il trouva un autre trou de souris, il piqua à nouveau son bâton, mit là-dessus son chapeau, le salua convenablement et raconta sa petite histoire.

«Quoi de neuf à la ferme?
- L'agneau aux poils d'or s'est noyé dans le puits.
- Tu me mens! Les autres se seraient noyés aussi.»

Il remit son chapeau, prit son bâton et avança tristement.
Il tomba une troisième fois sur un trou de souris, et il joua la même scène.

«Quoi de neuf à la ferme?
- Quelqu'un a volé l'agneau aux poils d'or.
- Tu me mens! On aurait volé les autres aussi.»

Il n'essaya plus de mentir, il remit son chapeau, prit son bâton et frappa à la porte du palais royal. Le roi de Prusse était à table avec sa fille. Ils attendaient déjà les mensonges du berger.

«Quoi de neuf à la ferme?» demanda le roi.
«Rien, sauf que j'ai échangé l'agneau aux poils d'or contre un bel agneau noir.
- Alors, montre-le-moi!» dit le roi d'un ton joyeux.

Le berger lui répondit:

«Il est assis là-bas, au milieu.
- Bravo! Tu n'as pas menti!» s'écria-t-il le roi Mathias. «Pour te récompenser, je te donne la moitié du royaume du roi de Prusse.»
«Alors moi, je te donne ma fille puisque vous vous aimez bien», ajouta celui-ci.

C'est comme cela que le berger qui dit toujours la vérité, devint le roi de Prusse.




vendredi 27 décembre 2013

La bride enchantée

Conte imaginé par Endre Stankowsky


Il était une fois un jeune gardien de chevaux. Il avait si grand appétit qu'il était capable de manger soixante-six boulettes sans avoir besoin de desserrer sa ceinture. Sa force physique fut semblable à son appétit parce qu'il pouvait soulever un cheval de sept ans si l'occasion se présentait.
Quand le jeune homme dépassa ses vingt-sept ans, il dit à son père:

«Ecoutez mon cher Père, il serait grand temps d'aller chercher une fiancée.»

Le vieux gardien de chevaux approuva le projet de son fils et lui dit adieu. Le jeune homme se mit en route à pied. A peine fit-il un bout de chemin, qu'il aperçut dans un champ un cheval se bagarrant avec un loup. Il ne se le fit pas dire deux fois, il sortit son fouet de lanières qu'il fit claquer si bruyamment sur le loup que celui-ci s'allongea par terre immédiatement. A ce moment-là le cheval se tourna vers le jeune homme et dit:

«Tu m'as débarrassé de mon plus grand ennemi, le roi des loups. C'est mon tour de t'aider. Je sais où tu veux aller. Ton parcours s'annonce difficile. Ta future fiancée habite loin d'ici, au delà de la rivière d'acier derrière la montagne de confiture dans la maison d'une sorcière. Enlève ma bride et mets-la dans ta besace. Si tu jettes cette bride à quelqu'un, il ira à toute vitesse jusqu'à ce que tu lui ordonnes de s'arrêter.»

Le jeune homme fit ainsi. Il tapa amicalement sur le cou du cheval et lui dit adieu.

Il était en route depuis plus de six mois quand il arriva à la rivière d'acier.

«Que va-t-il se passer?» se dit-il en se grattant la tête.

Il était complètement affligé quand un grand poisson, gueule ouverte, apparut dans la rivière.

«Va-t'en d'ici, sinon, je vais t'enfourner tout de suite.»

Yantchi parce qu'il s'appelait comme ça, ne se le fit pas dire deux fois, il sortit la bride et la jeta sur la tête du poisson. Alors, voyez le miracle! Le poisson était apprivoisé et devint doux comme un agneau. Il proposa à Yantchi de s'asseoir sur son dos pour l'emmener sur la rive d'en face.

Yantchi se mit immédiatement sur le dos du poisson qui traversa vite la rivière d'acier. Quand ils arrivèrent, Yantchi ôta la bride et sauta sur la berge.

Deux jours plus tard, Yantchi glissa sur le versant de la montagne de confiture, ses bottes s'enfonçaient partout où il mettait les pieds.

«J'aurai de gros soucis ici», se dit-il.

Subitement il s'aperçut que derrière la montagne un dragon ailé agitait sa mâchoire et regardait vers lui. Il n'hésita pas beaucoup, il sortit la bride et il se retrouva instantanément sur le dos du dragon qui galopa si vite avec Yantchi que celui-ci entendait siffler le vent dans ses oreilles.

La maison de la sorcière était au milieu d'une forêt très épaisse. Quand elle vit arriver Yantchi, elle sortit de sa maison. Ses cheveux ressemblaient à un tas de foin, ses oreilles à un éventail, son nez descendait jusqu'à sa poitrine.
Elle croassa comme un corbeau. Elle cria comme une crécerelle. Yantchi fut convaincu que leur rencontre se terminera mal mais à l'aide de sa bride miraculeuse, il sauta sur le dos de la sorcière et la poussa pendant sept jours et sept nuits dans la forêt.

Au bout du septième jour, la sorcière s'écroula. Sa peau se fendit et une merveilleuse fille s'en sortit.

Yantchi s'en réjouit, surtout quand la belle lui dit:

«Je te remercie de m'avoir libérée. Une méchante sorcière m'a enchantée et m'a obligée à apparaître et à vivre sous la forme d'une sorcière. Qui sait combien de temps j'aurais souffert si tu ne m'en avais pas délivrée. Maintenant seule la mort nous séparera.»

Yantchi ne se le fit pas dire deux fois. Il appela le cheval magique, lui posa sa bride miraculeuse, et hop-là! Ils furent à la maison.

Ils y vécurent heureux.

   


vendredi 20 décembre 2013

Les fous




Conte imaginé par Andrea Kopacz
Il était une fois dans une lointaine contrée deux bergers. Le jeune berger dit un jour au vieux berger:

«Allons au village, je voudrais me marier.
-As-tu déjà une fiancée?» demanda le vieux berger.
«Je n’ai pas encore, mais j’en aurai», répondit le jeune homme.

Bien, ils arrivèrent dans le village et demandèrent aux gens, ici et là, dans quelle maison il y aurait une fille à épouser. Enfin, un villageois leur indiqua le chemin d’une ferme.
Ils entèrent dans la maison et firent la connaissance du fermier, de sa femme et de sa fille. Le vieux berger raconta ce qui les amenait. Finalement, le fermier et sa femme ne s’opposèrent pas à l’idée du mariage de leur fille et du jeune berger: la fille était bonne à marier, le jeune homme était adroit de ses mains, ils étaient donc faits l’un pour l’autre.
Les deux bergers s’assirent autour de la table. Le fermier envoya sa fille à la cave chercher une bouteille de vin. Elle y trouva une hachette qu’elle prit en mains et en la regardant de tous les côtés elle se sentit tout à coup affligée et se mit à soupirer.

«Mon Dieu, mon Dieu, si je me marie, j'aurai un petit garçon. Il s'appellera Clément et il aura un manteau en peau de mouton retournée et brodée. Si un jour ce petit Clément descend à la cave et trouve cette hachette, si tout à fait par hasard il se coupe, il va mourir. A qui reviendra ce manteau?»

Elle commença à pleurer à chaudes larmes ce qui lui fendit le coeur. Pendant ce temps, son père brûlait d'impatience. Il descendit donc lui aussi à la cave pour voir sa fille.

«Qu'est-ce qui t'arrive? Pourquoi pleures-tu?» demanda-t-il.

Sa fille lui raconta en pleurant à quoi elle pensait. Son père la consola en vain. Elle continua à pleurer à chaudes larmes et elle ne voulait pas remonter.
La mère suivit sa fille dans la cave. Celle-ci raconta à quoi elle pensait. Le vieux berger descendit suivi du fiancé. La fille leur raconta son histoire.

«Mon Dieu, mon Dieu, si un jour ce petit Clément décède, à qui reviendra le manteau?» dit-elle.

Le vieux berger dit au fiancé:

«Alors mon fils, je te conseille de trouver trois fous identiques avant d'épouser cette fille.
-Je vais suivre bien volontiers votre conseil», répondit le jeune berger.

Sur ce, ils laissèrent la fille seule dans la cave. Le vieux berger rentra chez lui, le jeune partit pour trouver des fous. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il arrive dans un village. Il s’arrêta dans la cour d’une maison, et il vit qu’un homme jetait des noix dans le grenier avec une fourche en fer.

«Que faites-vous, vous là?» demanda-t-il.
«Ne m’en parlez pas ! Depuis trois ans j’essaie de jeter ces noix au grenier, mais je n’y arrive pas!» répondit l’homme.
«Eh bien alors, se dit le jeune homme, j’ai déjà trouvé un fou.»

Il demanda un sac à l’homme puis il ramassa les noix et les mit dedans. Après être monté avec le sac au grenier, il redescendit, et il continua son chemin.
Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il voie une femme dans une cour. Elle était en train de filer la laine en ayant attaché le mouton à son rouet. Le jeune l’interpella ainsi:

«Que faites-vous, vous là?»
«Je file la laine, mon garçon!» répondit la femme.
«Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut faire, ma pauvre dame», répondit le jeune homme.

Il le lui montra tout de suite. Quand il eut fini de tondre la laine sur le dos du mouton, il dit à la femme:

«Maintenant, il faut laver la laine et quand elle sera sèche, vous devrez la carder, ensuite vous pourrez l’attacher au rouet.»

Sur ce, il quitta la femme et en sortant de la cour, il se dit avec satisfaction:«j’ai trouvé le deuxième fou.»

Il continua son chemin. Il arriva dans un village où les gens étaient en train de construire une église sans fenêtre. Le juge ordonna aux villageois d’apporter de la lumière dans l’église. Tout le village s’y appliqua, même les plus petits. Ils arrivèrent avec des sacs dont les ouvertures étaient tournées vers le soleil. Quand ils pensèrent que les sacs étaient pleins de lumière, ils les fermèrent rapidement et coururent avec les sacs jusqu’à l’église. Là-bas, ils les ouvrirent pour laisser sortir la lumière.

«Alors ça, c’est génial! J’ai trouvé le troisième fou, j’en ai même plus que trois!» se dit le jeune berger.

Il apprit aux gens à faire une fenêtre pour avoir de la lumière. Quand il eut fini, il fit demi-tour et alla voir sa fiancée. Le jour même ils donnèrent un grand repas de noces.

L’histoire est finie, sauve-toi avec!


Collecte d’Elek Benedek



vendredi 13 décembre 2013

Jésus, Saint Pierre et les charpentiers


Source: pix.ie
Jésus Christ et Saint Pierre arrivèrent tard le soir dans une ville. Ils entrèrent dans une auberge où il n’y avait que des chambres à cinq lits. Quatre lits étaient déjà pris par quatre charpentiers qui chantaient et dansaient dans le restaurant de l’auberge. Ivres, ils tapaient sur la table avec des bâtons. L’aubergiste proposa le cinquième lit à Jésus et à Saint Pierre.
Pendant le dîner, Pierre en eut vite assez de la débauche des charpentiers et dit à Jésus:

«Montons dans notre chambre, n’écoutons plus ce vacarme!
D’accord! Allons-y!» acquiesça Jésus.

Quand ils montèrent dans leur chambre, Saint Pierre dit à Jésus:

«Mettez-vous près du mur pour ne pas entendre ce chahut. Moi, je supporterai mieux être à l’extérieur.»

A peine s’endormirent-ils que les charpentiers entrèrent dans la chambre et continuèrent leur fête. Celui qui avait les mailloches en bois, s’approcha du lit et commença à taper sur le côté de Saint Pierre qui se retourna. Le charpentier tapa alors sur l’autre côté. Saint Pierre n’en pouvant plus, secoua Jésus et lui dit:

«Changeons de place, il se peut que vous soyez trop coincé contre le mur!
D’accord, changeons de place!» répondit Jésus.

Quand le changement fut fait, le joueur de cymbalum dit:

«Donnons un coup à celui qui est près du mur car jusqu’ici l’autre est le seul à en avoir reçu.»