vendredi 21 février 2014

La femme intelligente du roi Mathias

Conte imaginé par Esztelle Kis (12 ans)




Un jour, le roi Mathias alla voir les moissonneurs qui travaillaient dans les champs. Deux d'entre eux se précipitèrent à la rencontre du roi pour lui dire que la récolte était très faible et elle leur apportera très peu.
Le roi Mathias répondit:

«Vous avez accepté le travail, maintenant continuez-le! Par ailleurs, comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois?»

Les moissonneurs étaient incapables de répondre. Mathias leur dit:

«Demain je repasserai par là. Si vous ne pouvez pas répondre à ma question, je vous priverai du salaire du travail déjà effectué!»

Le soir les moissonneurs rentèrent chez eux. Personne ne trouva la réponse à la question du roi Mathias. L'un des moissonneurs qui était très triste parce qu'il n'avait pas compris ce que le roi Mathias avait voulu dire, avait une fille. Sa fille voulut savoir la raison du chagrin de son père qui lui dit:

«Diable! Je ne comprends pas la question du roi qui est la suivante:
«Comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois.»

Sa fille éclata de rire:

«Donc neuf n'arrivent pas à nourrir trois, mais trois arrivent à nourrir neuf. Alors Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois parce que pendant trois mois la nature produit ce qu'il faut pour toute l'année.»

Lendemain, les hommes allèrent moissonner aux champs. Le roi y arriva, lui aussi et demanda:

«Alors, vous avez deviné la réponse?»

L'un des moissonneurs dit que oui, il l'avait. Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois. Le roi Mathias dit:

«Ce n'est pas vous qui l'avez devinée! Dites-moi qui vous a aidés?»

Après un long silence, l'un des hommes avoua que c'était sa fille.

«D'accord! C'est bien», dit le roi.

Le lendemain, le roi envoya deux de ses adjudants chez la fille afin qu'ils voient son comportement. Ils lui demandèrent:

«Es-tu seule, ma fille?
-Oui, je suis seule.
-Où est ton père?
-Il est allé dans le village voisin.
-Est-ce qu'il va rentrer rapidement?
-S'il vient directement, il n'est pas sûr d'arriver à la maison mais s'il fait un détour, alors il est sûr et certain qu'il rentrera à la maison.
-Et ta mère, où est-elle?
-Elle est allée chez le voisin.
-Que fait-elle là-bas?
-Ce qu'elle n'a jamais fait, et ne fera plus non plus.
-Alors, ta tante, où est-elle?
-Elle est allée dans la ville pour les autres mille.»

Les adjudants s'en retournèrent dans le palais royal et racontèrent au roi comment la fille s'était comportée. Lendemain, le roi fit atteler les chevaux à la voiture et alla chercher la fille.
Au retour, dans le palais il la fit habiller joliment et lui dit que tout ce qu'elle y voyait, lui appartenait.
Elle fut traitée comme une princesse. Le roi lui dit sincèrement qu'elle pourrait rester dans le palais royal tant qu'elle lui obéirait et tant qu'elle ne donnerait de conseil à personne.
Elle développa ses réponses énigmatiques aux questions des adjudants. Premièrement si son père rentrait directement à la maison, alors il heurterait un arbre. S'il faisait un détour, il rentrerait sain et sauf.
Deuxièmement: sa mère était allée chez le voisin pour habiller en toilette funéraire le défunt. Elle a fait avec le défunt ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant et ce qu'elle ne ferait plus non plus par la suite.
Troisièmement: sa tante avait fauté avec le comte. Ella avait déjà reçu deux mille forints, elle allait chercher le troisième mille.

Un jour, pendant que la jeune fille menait la vie de princesse dans le palais royal, le roi se prépara pour aller à l'église en carrosse. Devant le portail du palais, il y avait une grosse meule en travers, le carrosse roula là-dessus, et se cassa immédiatement. Deux gardes étaient là. Le roi Mathias les appela et leur dit:

«Le temps que je rentre, écorchez cette meule, autrement vous serez décapités.»

Les deux gardes étaient très tristes. La princesse les regarda de la fenêtre du deuxième étage. Ils se plaignaient parce que le temps passait et ils n'arrivaient pas à écorcher la meule. La princesse eut pitié d'eux et leur conseilla de dire au roi:

«Majesté! Nous vous prions de saigner la meule, autrement nous ne pouvons pas l'écorcher.»

Le roi arriva à la maison. Il retrouva les deux gardes au même endroit où ils étaient à son départ.

«Je vous ai donné un ordre. Pourquoi vous ne l'avez pas exécuté?» dit le roi.
«Majesté! Parce que vous n'avez pas saigné la meule.
-Bon, d'accord, je sais que cette réponse ne vient pas de vous», dit le roi.

Le roi Mathias monta dans la salle à manger où la princesse était en train de déjeuner. Il lui dit:

«Après le repas, prépare tes affaires! Tu peux emporter tout ce que tu veux, tout ce que tu aimes.»

La princesse savait d'où vinait la mauvaise humeur du roi. Ils finirent le déjeuner. Elle versa de la poudre soporifique dans le vin du roi qui s'endormit rapidement.
Quand il plongea dans le sommeil profond, la princesse fit appeler le cocher et lui demanda d'atteler les chevaux à la voiture. Le cocher obéit et se mit devant le palais royal. Elle fit mettre le roi dans le carrosse et alla chez son père où le roi fut mis dans un lit. Il dormit bien et quand il se réveilla, il fut très étonné. Il se demanda où il était et pourquoi il était là. Il dit à la princesse:

«Pourquoi m'as-tu amené ici? Je n'ai jamais demandé cela!
-Parce que c'est toi que j'aime le plus», lui répondit la princesse.

Le roi en fut très heureux et épousa la fille d'un pauvre moissonneur.

C'est pour cela que le peuple hongrois formula le dicton selon lequel le roi Mathias est mort, la justice est morte avec lui.





vendredi 14 février 2014

Le cheval gris

Conte imaginé par Judit Somogyvàri (17 ans)



Il était une fois un homme pauvre qui avait deux chevaux. Il était charretier. Un beau jour un de ses chevaux creva et l'autre resta seul. La vie lui devint difficile car il tira seul le chariot lourd. Il était vite lassé de ce double travail et un soir quand son maître le détela, il partit comme l'éclair.

«Il est parti, il n'y a rien à faire, il est parti, il reviendra quand il s'ennuiera. Je n'irai pas le chercher», pensa le charretier.

Le cheval courut, courut jusqu'à la grotte du loup où il se coucha devant l'entrée.
Le vieux loup dit à son cadet:

«Va voir le temps dehors!»

Le fils aurait voulu sortir mais il n'arriva pas à cause du cheval gris. Il retourna en courant:

«Dehors, c'est le plein hiver, mon père.

-L'hiver? Comment ferait-il l'hiver quand nous sommes en été?»

Le vieux loup envoya donc son fils aîné:

«Va voir le temps dehors, mon fils!»

Il revint, lui aussi, en courant et dit:

«En effet, il fait l'hiver, mon père, l'entrée est tellement enneigée que je ne peux pas sortir.

-Alors je vais voir moi-même.»

Il fit ainsi et vit qu'un cheval gris était couché à l'entrée. Il était inerte comme s'il était crevé. Le loup tenta de le déplacer mais il ne parvint pas. Enfin, il attacha sa queue à celle du cheval pour le tirer un peu plus loin. Quand il attacha bien fortement les deux queues, le cheval gris sauta et partit comme une flèche.
Il courut jusqu'à la maison. En arrivant, il se mit à hennir.
L'homme sortit de la maison et se réjouit que son cheval ait apporté un loup. Il frappa l'animal à la nuque, l'écorcha, vendit sa peau et acheta un autre cheval. Le cheval gris n'était plus seul et ne tira plus seul le chariot.



(Conte du Nord de la Hongrie)

vendredi 7 février 2014

Jésus et le berger

Conte imaginé par Jàzmin Lupkovics (12ans)

Jésus Christ était encore sur terre et était accompagné partout par Saint Pierre. Ils allaient de ci, de là, dans la puszta. Ils étaient fatigués et avaient faim mais ils ne trouvaient pas une ferme où ils auraient pu entrer. Saint Pierre promena son regard autour de lui et dit:

«Seigneur! Là-bas, je vois une bergerie, allons-y, sûrement nous trouverons âme qui vive.»

Ils marchèrent jusqu’à la bergerie. Un pauvre berger y habitait et gardait les moutons de son maître. Jésus et Saint Pierre le saluèrent et le berger les accueillit de bonne grâce. Il leur proposa de s'installer et ils entamèrent une conversation.

Le Seigneur qui avait très faim dit au berger:

«Alors, mon pauvre homme, donne-nous quelque chose à manger car nous avons très faim.»

Le berger réfléchit. Il n'avait à lui rien qu'un bout de pain sec et un petit agneau. Son maître avait pourtant assez de moutons mais il n'osait pas en tuer un, il avait tellement peur de sa colère. En plus, le bien d'autrui lui était sacré. Il se dit: "Est-ce que je tue mon seul agneau, ou non? Si je le tue, je ne l'aurai plus. Mais avec un seul, je ne vais pas loin, donc je le tue."
Il sortit son couteau, saisit son agneau, le saigna, et en fit un ragoût au paprika.
Quand il fut cuit, Jésus et Saint Pierre se mirent autour du chaudron, ils mangèrent de bon appétit. Le berger attendit qu'ils lui en laissent un peu, car il avait faim, lui aussi. Mais Jésus et Saint Pierre mangèrent tout, ne laissèrent pas une seule bouchée. Quand ils eurent fini de dîner, Jésus dit à Saint Pierre:

«Pierre, va ramasser les os jusqu'au dernier morceau!»

Pierre lui obéit, et Jésus les mit dans une manche de sa pelisse. Au soir, quand le berger s'endormit, Jésus alla à la bergerie, et dispersa les os parmi les moutons. Chaque os se transforma en mouton avec la marque du berger sur la croupe.
Jésus et Saint Pierre quittèrent la bergerie sans avoir dit un traître mot.

Le lendemain matin, quand le berger se leva, il inspecta les moutons dans la bergerie et constata qu'il y avait beaucoup de moutons étrangers dans le troupeau. Trois fois plus que ceux du maître! Ce qui était merveilleux, c'est que tous avaient sa marque sur la croupe.
Il ne pouvait pas imaginer comment cela s'était produit puisqu'il n'avait plus ni mouton, ni gigot:il avait tué son dernier agneau pour ses invités, la veille, au soir.

Il alla chercher ses invités mais il ne trouva que des buissons vides. Alors il comprit que personne d'autre que Dieu seul n'avait pu lui donner les moutons. Il se promit que tant qu'il aurait un kreutzer, il aiderait les nécessiteux autant qu'il le pourrait.

vendredi 31 janvier 2014

L'oeuf de poulain de Rátót




Conte imaginé par Endre Stankowsky
Il était une fois un village qui s'appelait Rátót. Un jour, le garde champêtre du village trouva au champ un immense potiron.

«Alors, Mon Dieu, s'étonna-t-il, qu'est-ce que cela peut bien être?»

Il avait déjà vu dans sa vie des citrouilles longues à cuire dans l'eau mais jamais une qu'il fallait cuire dans le four.

Il le ramassa, le tâta longuement de tous les côtés, ensuite il le sentit. Tout seul, il était incapable de deviner ce que c'était. Il pensa qu'il valait mieux le porter à la Maison communale où les conseillers étaient en train de réunir. Le garde champêtre déposa la citrouille sur la table devant eux. Les braves édiles étaient tous ahuris. Ils la regardèrent pendant longtemps sans rien dire, ensuite ils se regardèrent d'un air interrogatif.

Le conseiller le plus âgé et le plus sage rompit le premier le silence:

«J'ai déjà vu beaucoup de choses mais jamais une telle création du Bon Dieu. Qu'est-ce que cela peut bien être?»

Un autre qui atteignit un grand âge, dit:

«J'ai eu, moi aussi, beaucoup d'avatars mais je n'ai jamais mangé quelque chose de pareil.»

Il se tourna d'un air dubitatif vers son collègue qui était un peu plus jeune que lui. Il dit:

«En ce qui me concerne, je ne suis pas né aujourd'hui, moi non plus, mais je ne sais pas ce que c'est, ce truc bizarre. Mais le juge est là, lui, il doit le savoir.»

Ce fut le tour du juge:

«Alors, mes Chers Compères, comme la forme montre, cela ne peut être qu'un oeuf.»

Sur ce, la lumière se fit subitement dans l'esprit des autres également.

«Bien sûr que c'est un oeuf! Qu'est-ce que cela peut être autre qu'un oeuf!»

Le garde champêtre se rappela même que l'oeuf était encore chaud quand il le ramassa.
Ce n'était pas pour rien que le juge se crut très intelligent. Du coup, il voulut savoir de quel oeuf il s'agissait.

«C'est l'oeuf d'une vouivre», dit le plus âgé.

«C'est l'oeuf du vampire.»

Mais le juge écouta plutôt le garde champêtre qui dit qu'au moment où il trouva l'oeuf, il y avait un animal à quatre pattes très étrange qui rodait dans la région. Il courait vite, il avait une crinière et une queue poilue.

A cette époque là, le cheval était rare dans la région de Rátót. Les paysans labouraient la terre avec charrue à boeuf. Ils transportaient tout et même, ils allaient au repas de noces en charrette tirée par un boeuf.
Mais le juge avait déjà vu cheval et poulain. Il cria:

«Un poulain! C'est un poulain qui l'a pondu.»

Les vieux commencèrent à murmurer, eux aussi.

«C'est ça! C'est le poulain qui l'a pondu. Qui d'autre aurait pu nous pondre un truc pareil?»

Sur ce, ils furent tous d'accord.

«Jusqu'ici tout va bien. Mais dites-moi, chers Compères, que devons-nous en faire?» demanda le juge.

«Nous allons le mettre à couver!

-Mais qui va le faire? Nous n'avons pas de chevaux!»

Tout le monde se creusa la tête. Mais seul le juge qui avait des idées.

«Vous savez quoi, Chers Compères? Je suis d'avis que nous le fassions, nous-mêmes.»

Ils furent tous d'accord.

Pour montrer l'exemple, c'est le juge qui s'assit le premier sur l'oeuf. Ensuite ce fut le tour des autres, suivant leur âge, l'un après l'autre. Chacun fit un jour comme une poule couveuse couve ses oeufs.

Peut-être même aujourd'hui l'un d'entre eux serait encore assis sur la citrouille si dans le village voisin une rumeur n'avait pas couru selon laquelle les conseillers de Rátót avaient laissé pourrir l'oeuf de poulain puisque le poussin n'était pas éclos.
Les rumeurs arrivèrent jusqu'aux oreilles des conseillers qui commencèrent à rouspéter. Ils ne voulurent plus couver l'oeuf de poulain de quiconque.

Le juge fut attristé. Il crut dur comme fer que le poulain gigotait déjà à l'intérieur de l'oeuf. Il le secoua, il le renifla. Il le fit flairer aux conseillers aussi. Mais eux étaient incrédules. D'après leur odorat, l'oeuf sentait déjà mauvais. Il était même pourri!

Enfin, ils se mirent d'accord d'emporter l'oeuf pourri sur la colline qui entourait le village afin de le faire rouler vers le centre de Rátót dont les habitants dénigraient le plus haut et fort leurs conseillers. Tous les habitants du village, du plus petit au plus grand, étaient dans la rue. Tout le monde voulut voir comment les mauvaises langues en prendraient pour leur grade. Les conseillers sortirent l'oeuf qui sentait très mauvais de loin. Quand ils se bouchèrent le nez tous, le juge prit l'oeuf sur la brouette et commença à le faire rouler. L'oeuf roula, roula vers le bas de la colline. En arrivant, il entra dans une aubépine. Il heurta une pierre quelconque, et se cassa en morceaux. Au même moment, un petit lapin sauta du buisson et les villageois hurlèrent à pleins poumons.

«Le poulain! Tiens! Il court, le poulain! Suivons-le!»

Ils coururent tous après le lapin. Seul le juge resta sur la colline.

Il constata qu'il était inutile de courir à toutes jambes pour rattraper la petite bête. Il soupira tristement:

«N'avais-je pas dit que le poulain bougeait déjà? Pourquoi n'avons-nous pas été plus patients? Pourquoi n'avons-nous pas couvé encore un ou deux jours ce sacré oeuf de poulain?»

Conte imaginé par Endre Stankowsky

vendredi 24 janvier 2014

Le jeune porcher qui était bon à rien...


Conte imaginé par Bàlint Deàk  (10 ans) 

Il était une fois au-delà de tous les océans une femme pauvre. Elle avait un fils. Il aurait dû garder des cochons s'il avait pu le faire! Mais malheureusement il ne faisait que des dégâts partout où il passait. En un mot, il était une personne inutile. Sa mère tentait en vain de lui apprendre des choses. C'était peine perdue.
Un jour, ce garçon qui ne servait strictement à rien, entendit dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher et de rester introuvable.

«Alors, petit porcher, pensa-t-il, ton moment est arrivé pour montrer ce que tu vaux en réalité. Tu peux gagner beaucoup si tu es un peu futé.»

Il rassembla vite ses affaires, il mit quelques pogatchas cuits sur la braise dans sa besace, il mit son manteau joliment brodé, et il partit.

Il marcha, il marcha par monts et par vaux, il traversa d'immenses forêts et de grandes plaines. Il n'avait presque plus de provisions. Le château du roi restait introuvable. Il marcha encore pendant une semaine entière, il mangea son dernier pogatcha mais il ne réussit pas à trouver le château.

«Qu'est-ce que je fais? Dois-je mourir de faim? Si j'avais su, je serais resté à la maison», pensa-t-il.

En marchant sur la route, il aperçut un puits. Sur la margelle du puits deux pigeons blancs étaient assis. Il s'approcha d'eux et dit :

«Alors, mes deux pigeons blancs, je vais vous manger parce que je meurs de faim.»

Les deux pigeons blancs lui répondirent.

«Ne nous mange pas, petit porcher! Donne-nous plutôt à boire parce que nous avons soif. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Les pigeons le supplièrent tellement qu'il ne les mangea pas. Il tira un sceau d'eau fraiche du puits, leur donna à boire, et il but le reste afin de remplir son ventre.

Il continua son chemin. En traversant une steppe, il tomba sur un renard qui boitait.

«Alors, mon renard, que le diable m'emporte si je ne te mange pas.»

Le renard le supplia afin qu'il ne le mange pas parce qu'il était en train d'apporter à manger à son petit.

«Un bienfait n'est jamais perdu, dit le renard. Je peux encore t'aider un jour.»

Il continua à marcher à pas lent. Il ramassa les dernières miettes dans sa besace et il les mangea. Mais ce n'était rien pour son ventre vide!

Soudainement il aperçut de loin un lac. Il décida d'aller le voir quoi qu'il arrive. Il descendit au bord du lac et vit qu'un petit poisson se débattait dans l'eau peu profonde. Il l'attrapa brusquement et le poisson lui dit :

«Ne me mange pas, mon petit porcher, un jour je serai reconnaissant envers toi. Un bienfait n'est jamais perdu.»

Le jeune porcher regarda longtemps le poisson. Il eut pitié pour lui et rejeta dans l'eau. La faim est très curieuse, elle suit l'homme partout !

Il reprit son chemin. Enfin, au bout d'une très longue marche, il arriva au château. Le roi était devant l'entrée. Le jeune chenapan le salua poliment, le roi fit pareil.

«Que fais-tu ici? Que cherches-tu ici au bout du monde?»

Le jeune dit au roi le but de son arrivée:il a entendu dire que le roi donnerait sa fille à celui qui serait capable de se cacher d'elle et qu'il se sentait assez courageux pour tenter cela.

«C'est bien, c'est bien fiston. Mais tu vois, il y a déjà quatre-vingt-dix-neuf têtes sur les pieux, la tienne sera la centième si tu échoues», dit le roi.
Le porcher ne se découragea pas pour autant et se dit :

«Cela finira bien par s'arranger.»

Les deux hommes entrèrent dans le château, et le porcher annonça qu'il avait faim et demanda à manger. On lui en servit autant qu'il pouvait s'empiffrer.
Lendemain, au réveil, c'est le roi qui lui rendit visite et lui demanda de se cacher avant que sa fille ne se réveille.

Le porcher chenapan se prépara lentement à sortir du lit et à s'habiller. Tout à coup, il aperçut les deux pigeons blancs sur le rebord de fenêtre. Ils lui dirent :

«Viens vite, nous t'emmenons avec nous.»

Le jeune s'en remit aux pigeons, il les suivit jusqu'à ce qu'ils soient arrivés derrière le Soleil.
Entre-temps, la princesse s'habilla convenablement, elle était prête à sortir de sa chambre. Elle descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tour sur elle-même et cria :

«Sors, jeune homme, je sais que tu es derrière le Soleil.»

Il était en colère mais n'ayant pas le choix, il dût se montrer.

Le lendemain arriva, le jeune homme se réveilla et jeta un coup d'oeil sur la fenêtre. Il vit que le renard se dressait sur la pointe des pieds et il l'attendait.
Le renard l'emmena dans la terre à un endroit qui était sept fois plus profond que celui qu'un être humain aurait été capable de creuser.
La princesse sortit dans le jardin, cueillit la plus belle rose, et fit un tour sur elle-même.

«Montre-toi, jeune homme, sors de la septième profondeur.»

Il fut obligé d'obéir.

Le troisième jour, il alla voir le petit poisson au lac. Grâce à son aide, il descendit dans un coin du lac. Quand la princesse descendit dans le jardin, elle cueillit la plus belle rose, fit un tout sur elle-même, et appela le jeune homme.

«Ca y est, je suis perdu! Le centième poteau sera pour moi, se dit le porcher. Si elle m'a retrouvé trois fois, je ne pourrais pas me cacher la quatrième fois sans qu'elle ne tombe sur moi.»

Mais lendemain, à la première heure, il vit devant sa fenêtre l'un des pigeons blancs qui luit dit :

«Viens vite! Transforme-toi en rose, je ferai pareil.»

Ce fut ainsi.

La princesse descendit et chercha la plus belle rose. Elle en trouva deux. Elle les ramassa et les piqua au devant de sa robe. Elle fit un tour sur elle-même, mais elle ne voyait plus le jeune homme. Elle fit encore un tour, mais rien.

«Alors, mon père, je ne vois pas le jeune porcher. Il s'est tellement bien caché que je ne le retrouve plus.
Mais si, mais si! Fais encore un tour, peut-être cela marchera», dit le roi.

La princesse fit un troisième tour mais elle aurait pu en faire tant qu'elle voulait, elle n'aurait pas retrouvé le jeune homme.

A ce moment-là, l'une des roses transformée en pigeon s'envola de sa robe, tandis que l'autre se transforma en jeune porcher.

La princesse le regarda avec émerveillement et lui, il la serra contre lui.

«Mon bel amour! Je suis à toi, tu es à moi. Seule la mort peut nous séparer.»

Ils s'enlacèrent et s'embrassèrent longuement. Ils étaient si beaux ensemble comme un bouquet de fleur. Ils donnèrent un grand repas de noces, et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.



vendredi 17 janvier 2014

Le rêve du roi

Source : www.mozaweb.hu


Il était une fois un roi qui avait deux fils. Il promit la couronne à l'aîné. Sur ce, le cadet déclara que ce sera bien lui qui montera sur le trône quand son père sera décédé. Le peuple ne souhaitait que l'aîné comme futur roi. Suite à ce différend, les deux princes ne se parlèrent plus.

Le roi ne dormit plus, il fut très triste. Une fois quand le clair de lune resplendit le ciel, le roi sortit sur son balcon au palais royal. Il regarda longuement la lune et il s'endormit. Il rêva qu'il avait deux peupliers devant son balcon et entre les arbres un beau lys blanc. La belle fleur poussa à tel point que les peupliers se couvrirent d'ombre et se desséchèrent. Le roi en eut peur et se réveilla. Il souhaita connaître le sens de son rêve. Il réfléchit et il pensa à un mage qu'il avait fait mettre en prison. Il fit venir le voyant et lui dit:

«Si tu résous l'énigme de mon rêve, et si c'est vrai, tu pourras sortir de prison.»

Le voyant résolut le secret. Il dit que la reine serait enceinte, elle aurait une fille. Il dit aussi que les deux princes se battraient à mort pour elle.

La reine eut vraiment une fillette. Le roi l'envoya tout de suite dans un couvent. Les princes ne surent même pas la naissance de leur petite soeur.

Un jour le roi mourut, et l'enterrement eut lieu. Après les funérailles, la reine convoqua ses fils et dit:

«Faites la paix car votre père est décédé.»

L'aîné dit:

«Je cède la couronne pourvu que nous ne soyons plus fâchés. Mais je vais me chercher une belle femme.»

La reine se réjouit de cette nouvelle. Le cadet dit à son tour:

«Je vais me chercher une belle femme, moi aussi.»

Le prince aîné alla voir son amoureuse et ils passèrent un moment ensemble. Le prince cadet arriva et surprit son frère avec son amoureuse.

Il lui dit:

«Qu'est-ce que tu es menteur! D'un côté tu t'es réconcilié avec moi, de l'autre côté tu veux me faire la peine.»

Le cadet tira l'épée et poignarda son frère en plein coeur.

La reine entendit sonner les cloches pour le prince décédé. Elle eut peur car elle en ignorait la raison. Elle apprit vite la nouvelle de la mort de son fils. A ce moment, le prince cadet arriva chez elle avec son amoureuse qu'il lui présenta. La reine reconnut sa fille et lui dit:

«Mon Dieu! Lui, c'est ton frère!»

Le prince maudit sa mère car elle lui avait caché l'existence de sa soeur. Il alla au cercueil de son frère, il se repentit et se poignarda en plein coeur.

C'est comme cela les peupliers tombèrent, et le lys resta comme le roi en avait rêvé.
La reine vécut longtemps avec sa fille.


(Conte transylvain)


vendredi 10 janvier 2014

L'apparition de saint Ladislas

Source : latribunedelart.com

Sur le conseil d'un joupan malveillant, Vid, le roi Salomon lança une offensive contre les princes. Ladislas alla en Russie pour réclamer du secours, Géza fut battu à Tokaj par le roi Salomon. Géza traversa la rivière Tisza et rencontra Ladislas qui revint avec une grande troupe.

L'armée du roi Salomon fut cantonnée à Ràkos tandis que les princes établirent leur campement près de Vàc où à cette époque là il y avait une immense forêt. Elle était habitée par un seul ermite qui se consacrait entièrement à la vie religieuse. Le prince Géza donna le nom de cet ermite à la ville de Vàc qui fut construite plus tard.

Un jour, le matin, les princes se réunirent pour tenir un conseil de guerre à cheval sur la future place de la Chapelle Saint Pierre.
Pendant leur réunion, en plein jour, Saint Ladislas eut une apparition divine.
Il adressa ainsi la parole à son frère, au Prince Géza:

«As-tu vu quelque chose?
-Rien», répondit Géza.
«Pendant notre conseil, l'ange du Seigneur est descendu du ciel, nous a apporté une couronne en or, et l'a déposée sur ta tête. Il m'est donc évident que nous allons vaincre et bannir le roi Salomon de notre pays, et le Seigneur te donnera la couronne», dit Ladislas.
«Si le Bon Dieu est avec nous et nous aide à triompher de notre adversaire, je donnerai l'ordre de construire une église sur cet endroit à la Sainte Vierge», répondit Géza.

Sa vision se réalisa. Les troupes des princes remportèrent une large victoire sur le roi Salomon qui prit la fuite. Le Prince Géza, à la demande des hongrois, fut couronné roi à Székesfehérvàr.

Après les cérémonies du couronnement, ils allèrent à l'endroit où l'apparition avait eu lieu. Pendant qu'ils se réunissaient aux alentours de Vàc, un cerf parut devant eux. Sur ses cornes, il y avait des bougies allumées. Quand ils l'aperçurent, le cerf se mit à courir. Il s'arrêta dans la forêt à l'endroit où bien plus tard le monastère fut bâti.

Les soldats tirèrent avec leurs flèches sur le cerf mais ils ne l'atteignirent pas. Pour se sauver, le cerf sauta dans le Danube, et les soldats ne le revirent plus jamais.

«Ce n'était pas un cerf mais l'ange du Seigneur. L'endroit où il s'est implanté, nous a été fixé comme terrain de construction pour l'église de la Vierge Marie», dit saint Ladislas.

Ce fut ainsi. Mais le lieu de la première apparition ne resta pas non plus sans bâtiment. Sur l'ordre des princes une chapelle fut construite pour rendre hommage à Saint Pierre.