vendredi 13 juin 2014

La sorcière au nez de fer

Conte imaginé par Béla Tanko

Il était une fois un pauvre bûcheron. Il était tellement pauvre qu’il n’avait que la peau sur les os. Lui-même était déjà maigre, mais alors ses enfants ! Seigneur ! Ses enfants, non seulement n’avaient que la peau sur les os mais ils tombaient dès que la moindre brise soufflait.
Le pauvre bûcheron avait un chagrin immense, et son cœur se brisait à cause de ses nombreux enfants qui restaient souvent sur leur faim. Ils étaient aussi nombreux qu’il y a de trous dans une passoire. Alors, un beau jour, il se décida à mettre sa hache sur son épaule, il ne dit rien aux siens et s’en alla. Il ne savait pas où il allait, mais il avait la ferme intention de ne pas prendre de repos tant que son sort ne se serait pas amélioré. Il marcha, chemina par monts et par vaux jusqu’à ce qu’il arrive dans une forêt. La nuit tombait déjà, mais il ne s’arrêta pas. La forêt était immense, elle n’en finissait pas. "Cela m’est égal, pensa-t-il, je continue même si je dois aller jusqu’au bout du monde."

Tout à coup, il aperçut une faible lumière. Il s’arrêta, puis il continua son chemin dans la direction de la lumière. Il avança, et bientôt il se retrouva devant une maisonnette d’où la lumière venait. Il entra sans hésitation dans la petite maison. "Pas de regrets, pas même si le diable y habite, pensa-t-il, je rentre quand même." Mais il n’y trouva pas le moindre chat. La table a été joliment mise, il y avait des tas de bonnes choses à boire et à manger. Le lit aussi avait été  bien fait, mais il ne trouva pas âme qui vive dans la maisonnette.

"S’il n’y a personne, alors il n’y a personne", pensa-t-il. Il s’installa à table et mangea tant qu’il pouvait. Il voulait se rassasier au moins une fois dans la vie. Il mangea comme quatre !

Il avait encore une pipe de tabac, il l’alluma et fuma comme une cheminée. Tout à coup, il aperçut un grand chat noir assis devant lui sur la table! Il en fut très étonné, il n’arrivait pas à imaginer d’où sortait cette vilaine bête qui était laide comme un pou.
Le pauvre homme pensa la chasser, mais quand il songea à le faire, le chat n’était plus sur la table. Il avait disparu comme par enchantement.

"Ça alors, je n’ai jamais rien vu de pareil! Je ne l’ai pas vu arriver, je ne l’ai pas vu partir! Dieu seul le sait où je suis arrivé! C’est de la sorcellerie!" se dit-il.
«Tu as deviné juste, pauvre homme», dit une voix.

Sur ce, le pauvre homme eut vraiment peur. Devant lui il y avait une vieille femme laide, au nez de fer si long que celui-ci atteignait le sol. La terre résonnait chaque fois qu’elle frappait son nez avec le sol.
Le pauvre homme eut peur. Non seulement il n’avait pas vu arriver la vieille femme, de plus, elle devinait même ses pensées.

«Très bien, très bien, tu es venu dans ma maison, tu es venu au bon endroit, pauvre de toi. Je suis la sorcière au nez de fer, la mère du roi des diables. Mon fils va rentrer et il t’emportera en enfer», dit-elle.

Le pauvre homme s’agenouilla et supplia la vieille sorcière de lui laisser la vie sauve par pitié pour ses enfants qui resteraient sans parents et sans nourriture.

«D’accord, tu peux éviter l’enfer à condition que tu m’emmènes, moi aussi, dans ta maison. Tu vas m’épouser et tu verras, tu auras une belle vie. Je serai une bonne mère pour tes enfants, je serai aux petits soins pour eux», dit-elle.

Le pauvre homme fut tellement effrayé qu’il faillit tomber à la renverse. Il ne pouvait plus rien faire. Il dut consentir à emmener la vieille au nez de fer chez lui. Ils remplirent un grand sac de bonne nourriture, puis ils bourrèrent deux autres sacs avec de l’or et de l’argent. Ils les chargèrent le dos d’un âne, puis ils prirent la route du village.
Après une journée de marche, ils s’arrêtèrent dans la clairière d’une forêt pour boire, manger et se reposer. Le bon vin fit tourner la tête de la vieille dame. Le pauvre homme ne se le fit pas dire deux fois, il saisit sa hache et frappa la sorcière sur le nez qui se cassa en deux aussitôt. Elle hurla et ne put plus bouger puisqu’elle avait perdu toute sa force qui se trouvait dans son nez. Après ce coup terrible, le nez raisonna si fort que toute la forêt, et même l’enfer en furent ébranlés.
«Oh là là! Quelqu’un vient de casser le nez de ma mère. Je dois l’attraper!» s’écria le roi des diables.
Il sortit précipitamment de l’enfer comme s’il avait perdu la vue. Entre-temps, le pauvre homme qui ne restait pas inactif, enleva les sacs d’or et d’argent qui étaient sur le dos de l’âne et prit ses jambes à son cou pour rentrer à la maison au plus vite. Il entendit crier le roi des diables:

«Regarde derrière toi, pauvre homme ! Regarde derrière toi, tu ne le regretteras pas!»

Mais il ne perdit pas la raison, et il ne regarda pas derrière lui. Le roi des diables l’attrapa juste au moment où il rentrait dans la cour de sa maison.

«Hop-là! Ça y est ! Enfin, je t’ai eu, toi, malfaiteur! Tu mourras d’une mort terrible!» dit le roi des diables.
«Lâche-moi car dans cette cour c’est moi qui suis le maître!» répondit le pauvre homme.

Mais le roi ne le lâcha pas, au contraire, il le retint avec force.
Attirés par les cris, tous les enfants du pauvre homme sortirent de la maison. Ils furent heureux de revoir leur père et crurent que celui-ci apportait le diable pour le manger. Ils hurlèrent à pleins poumons :
«A moi le diable! A moi!»

Le diable fut effrayé. Il n’avait jamais vu un père avec autant d’enfants et trouva que c’était loin d’être une plaisanterie. Il se voyait déjà dévoré par tant de bouches affamées.
Ce fut à son tour de supplier le pauvre homme de lui laisser la vie.

«Va-t’en! Que Dieu te bénisse!» lui dit le pauvre homme.

Le roi des diables courut autant qu’il pouvait, il n’osa plus regarder en arrière. Pourtant le pauvre homme criait:
«Regarde derrière toi, diable! Regarde derrière toi, diable! Tu ne le regretteras pas!»

Grâce aux sacs d’or et d’argent, le pauvre homme devint riche et il vit heureux comme poisson dans l’eau avec ses enfants.



vendredi 16 mai 2014

Le tzigane qui scie la branche sur laquelle il est assis

Source: www.nemztisegek.hu

Un tzigane alla dans la forêt et grimpa sur une branche. Il coupa la branche sur laquelle il était assis. Le garde forestier entendit le bruit et alla voir qui osait couper du bois. Quand il arriva au pied de l’arbre, il vit le tzigane couper la branche au faîte de l’arbre. Il lui dit:

«Que fais-tu là-bas, tzigane?
-Je coupe du bois», répondit-il.
«Tu vas tomber, je te préviens!» répliqua le garde forestier.

Quelques instants plus tard, le tzigane tomba avec un bruit sourd.

«Alors, tu es Dieu! Comment savais-tu que je tomberais?» demanda le tzigane au garde forestier.

Le tzigane avait un cheval maigre qui tirait sa charrette. Il la chargea des branches et du bois qu’il ramassait ici et là.

«Alors, si tu es Dieu, dis-moi quand est-ce que je vais mourir?» lança le tzigane.
«Quand ton cheval pétera trois fois», répondit le garde forestier.

Il y avait de la boue partout parce qu’il pleuvait abondamment. Le tzigane aurait voulu faire avancer son cheval plus vite mais les roues de la charrette se mirent en travers du chemin de terre boueux. Le cheval péta une fois mais le tzigane insista et frappa la bête. Il fallait passer par une montée pour atteindre la grand-route. Quand ils y arrivèrent, le tzigane frappa son cheval qui lâcha un énorme pet.

«Il n’en faut plus qu’une et le compte sera bon», se dit le tzigane.

Il se coucha par terre sur la grand-route pour ne pas mourir debout. Il voulait mourir couché pour éviter de se cogner en tombant. Un motard arriva et klaxonna mais le tzigane resta immobile. Il ne leva même pas la tête. Quand le motard vit que le tzigane ne bougeait pas, il s’arrêta pour ne pas écraser le cheval et le tzigane.

«Lève-toi, tzigane!» dit-il.
«Ne parlez pas à un mort», répondit le tzigane.
«Est-il mort celui qui parle?» se dit le motard qui avait une baguette sur lui. Il en tapa bien fort sur le tzigane qui constata que c’était loin d’être une plaisanterie et qui bondit comme un diable hors de sa boîte. Il y avait une meule de foin près de la route. Il pleuvait à verse et pour se mettre à l’abri, il se cacha dans la meule.

«Alors, se dit-il, je cache ma tête dans la meule, cela n’est pas grave si un éclair touche mes fesses.»
Mais il y avait un autre homme de l’autre côté de la meule.  Il se tourna vers le tzigane et avec sa baguette il tapa autant qu’il pouvait sur les fesses du tzigane.

«Dis donc, mon Dieu, je n’ai pas dit ce que je viens de dire pour que tu le fasses aussitôt», dit le tzigane.
Il sortit de la meule et rentra à la maison avec son cheval, avec sa charrette chargée de peu de bois. S’il n’était pas sorti de la meule, il y serait toujours.

vendredi 11 avril 2014

Le petit menteur

Conte imaginé par Daniel Craymer(9ans)

Comme je suis né avant ma mère, mon père, pour se préparer à ses propres noces, m’envoya au moulin pour faire scier la farine.

Je mis mes bœufs sur une voiture à cheval et j’attelai les sacs de blé au timon. Quand les sacs arrivèrent au moulin, ils virent que celui-ci était allé au café. Je plantai mon fouet dans le sol et j’allai chercher le moulin. Je le retrouvai au bord d’une rivière, il était en train de manger son casse-croûte au lard. Je lui donnai un coup de gourdin. Pour me rassurer, il se mit à forger la farine.

Pendant ce temps, un arbre poussant de mon gourdin, arriva jusqu’au ciel. Je cherchai autour de cet arbre mes bœufs qui étaient déjà grimpés à sa cime. Je les suivis, mais, Seigneur Dieu, il y avait mille étourneaux sur ses branches. Je les mis dans ma chemise et ils s’envolèrent avec moi. Quand nous volâmes au-dessus du Maros1, les femmes qui y lavaient leur linge, furent étonnées:
«Oh là là! Quel grand oiseau!» s’exclamèrent-elles.

Je crus comprendre que je devais desserrer mon pantalon. Ce fut fait. Les étourneaux s’échappèrent de sous ma chemise, moi par contre, je tombais vers le sol. J’avais sur moi une demie poignée de son, j’en torsadai vite une corde, ainsi je pus descendre plus doucement. Mais une souris rongea la corde. Je tombai dans le Maros. Des poissons en sortirent en si grande quantité que douze chars à bœufs ne pouvaient pas les porter. Un enfant tzigane mit les poissons dans les poches de son manteau et partit en courant.

Je m’extirpai du Maros en me tirant par les cheveux. Le temps que j’atteigne la berge de la rivière, j’avais perdu ma tête. Comment pourrais-je vivre sans elle? Sur quoi mettrai-je mon chapeau? J’en fabriquai vite une avec la boue. Heureusement parce que mon père me recherchait partout. Nous emportâmes la farine à la maison pour en faire la pâte du strudel2.
A ce moment-là, j’eus très faim. Dans notre cour, des chevaux pétrissaient de la pâte avec des œufs de moineau pour en faire des épis de maïs. Je cassai moi-même un œuf. Les moineaux qui se trouvaient sur le bord, étaient en train de picorer  la coquille. Par malheur, je fis tomber dans l’œuf mon couteau. Comment pourrais-je le récupérer? J’arrachai mes sourcils pour en faire une échelle et je mis trois jours pour descendre. J’étais très malheureux, je pleurais la perte de mon couteau. Jusque tard dans la soirée j’errai au fond de l’œuf de moineau. Un hussard sans cheval s’approcha de moi. Il me consola en disant que lui, il cherchait depuis une semaine son cheval qui était parti pour paître dans l’œuf.

Alors mon père, étant très impatient, me fit dire par la fourche qu’il fallait que j’aille tout de suite chercher du vin au puits à balancier. Je sellai le cheval aubère, je montai sur le gris et je galopai sur le jaune. Le soir, je laissai paître la selle, je donnai à boire à la bride, et pour avoir un oreiller, je fourrai sous ma tête le cheval jaune.

Quand je fus réveillé, j’avais de nouveau faim. Je grimpai à l’arbre à concombre, et en le secouant je fis tomber tant de pommes de terre que beaucoup de carottes, de radis et de noisettes en tombèrent. Les écureuils arrivèrent et mangèrent ce que je voulais manger, moi-même. J’attrapai un écureuil par la queue. Son saut fut si grand qu’il me lança jusqu’au ciel étoilé où je n’étais jamais allé. Je me suis dit que puisque l’occasion se présentait, j’irai voir la femme de mon frère aîné. Elle était en plein travail. Elle raccommodait le fond du chaudron à confiture à l’aide de la flèche de l’église. Elle se réjouit de mon arrivée et en signe de reconnaissance, elle m’invita à manger une omelette qu’elle me jeta sur le dos. Elle la prépara avec des œufs de moustiques. Le reste que je ne pouvais pas manger, elle le tartina sur mes cheveux.

A peine eus-je fait un tour que je sentais déjà l’odeur des galettes au fromage blanc qui se préparaient en bas. Sept tailleurs affûtèrent le vêtement du marié qui faisait des étincelles partout.
La brioche fut taillée avec une bêche, le gâteau au chocolat caramélisé fut goudronné, les boulettes aux prunes furent rasées avec une hache qui avait couvé neuf petits.

J’eus très envie de partir puisque j’étais si attendu en bas que je risquais d’être oublié depuis longtemps. Je ramassai les moutons du ciel et j’en fis une échelle. Quand je mis mes pieds sur la terre, mon père était en train de dormir. Il était si en colère qu’il faillit mourir de rire. Il se demandait où j’étais passé depuis si longtemps puisque ma mère venait de naître. Il m’envoya chercher de l’eau pour un bain à la Tisza. Ce fut un été très chaud, l’eau de la rivière était gelée. J’ôtai ma tête pour en casser la glace, et je puisai de l’eau avec un tamis dans un sceau sans fond. Midi sonnait à minuit quand je rentrai à la maison où la fête des noces battait son plein, et je me mis à danser. Dans un coin de la pièce, le Danube, la Tisza, la Drave et la Save étaient ensachés, une ficelle leur servait d’appui avec une poignée de porte en bois sur chaque sac. Les musiciens jouèrent de la cithare de la musique de danse qui n’était autre que le chant des grillons. Quand j’arrivai au milieu des danseurs, je m’endormis. Mes éperons découpèrent les sacs du Danube, de la Tisza, de la Drave et de la Save et l’eau emporta la noce.

Je courus chez l’accoucheuse pour qu’elle me brode un crochet en forme de deux bras. Je traînai les noyés par leur nez. Depuis ce jour tout le monde a deux trous dans le nez.

Si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-même.


1 Le Maros est une rivière de 725 km de long environ. Il prend sa source est dans les Carpates Orientales en Roumanie. C’est un sous-affluent du Danube. Il rejoint la Tisza à Szeged, dans le sud-est de la Hongrie.
2 Spécialité pâtissière d’Europe centrale



vendredi 14 mars 2014

Mon bonhomme, parlez plus raisonnablement!


source:www.kedd.hu

Cela s'est passé à l'époque du roi Mathias, quand les plaideurs se parlaient ainsi: "Je ne vous laisserai pas tranquille dans cette affaire, s'il faut, j'irai voir le roi, lui-même!"

Il s'est passé donc que deux voisins sicules se sont fâchés pour le fait que l'un avait jeté du fumier sur la nouvelle clôture d'osier de son voisin. Non seulement la clôture de celui-ci avait pourri mais son chien avait mordu les fesses du cochon du voisin qui se faufila par la clôture.

Les deux voisins sicules se querellèrent pendant longtemps sans que justice soit rendu à l'un et l'autre. Le voisin qui avait subi les deux  préjudices décida d'aller voir le roi Mathias et de lui adresser sa plainte.

Ce fut ainsi. Il raconta son cas au roi Mathias qui lui répondit:

«Mon bonhomme, parlez plus clairement, plus raisonnablement parce que je n'ai pas bien compris votre histoire.»

Alors le sicule reprit l'histoire dès le début comme suit:

«Majesté! Disons que j'ai un voisin. J'ai monté une clôture d'osier mais mon voisin a jeté son fumier là-dessus, par conséquent la clôture a pourri. Supposons maintenant que je sois le cochon, Votre Majesté est le chien. Je me faufile par la clôture pourrie, et Votre Majesté mord dans mes fesses!»

vendredi 7 mars 2014

Les miracles de Saint Ladislas

Simone Martini: Saint Ladilas  

Le roi Saint Ladislas livra bataille aux Russes quand il arriva avec ses soldats à des contrées riantes où ils ne rencontrèrent ni d'êtres humains, ni d'animaux.

Quand le roi constata que ses soldats n'avaient rien à manger, il se mit à l'écart, s'agenouilla et supplia le Seigneur.

Le Seigneur écouta ses prières et quand Saint Ladislas se leva, un miracle se produisit instantanément. Une grande troupe de cerfs, de chevreuils et de buffles s'approcha dans la steppe.

Les soldats furent étonnés de voir l'arrivée silencieuse des bêtes. Ils remercièrent tout de suite le Seigneur et le roi également.

Un autre jour, près de Döbröd, les soldats souffrirent la soif dévorante. Ils avaient soif à tel point qu'ils commencèrent à crier.

Même le chef des Tatars entendit leurs cris désespérés et demanda le roi à un ton narquois:

«Pourquoi pleurent-ils tellement tes soldats?
-Parce qu'ils veulent affronter tes soldats», répondit Saint Ladislas.

Avant la bataille, le roi fit sa prière au Seigneur afin que celui-ci revigore ses soldats assoiffés.

Le Seigneur écouta à nouveau ses implorations. Sur les traces de son fer à cheval un filet d'eau jaillit et se transforma en source abondante.

Cette eau fraîche revigora les soldats. La source ne s'épuisa jamais, et les gens même aujourd'hui l'appellent le puits de Saint Ladislas.

vendredi 28 février 2014

Je ne te crois plus!


Conte imaginé par Endre Stankowsky



Il était une fois à l'autre bout du monde, au-delà de tous les océans, un pauvre homme qui avait trois fils.
Un jour, le roi de ce pays lointain fit annoncer dans tout le pays qu'il donnerait sa fille à celui qui saurait dire quelque chose qu'il ne pourrait pas croire.
Pierre, le fils aîné du pauvre homme, entendit cette annonce. Il prit son courage à deux mains et se rendit au château. Il s'adressa à un serviteur lui disant qu'il voulait parler au roi.
Le roi devina tout de suite l’intention du jeune homme et donna l'ordre de le faire entrer sur le champ.
Pourtant avant Pierre, il était venu des princes charmants aussi nombreux que les étoiles dans le ciel ou les brins d'herbe dans un champ! Ils avaient tous voulu épouser la fille du roi, mais leur tentatives avaient été vaines! Tout ce qu'ils avaient pu dire était tout à fait crédible et le roi n'avait donc pas été surpris par leurs propos.

Pierre entra donc chez le roi, et le salua:

«Bonjour, mon Roi!
-Bonjour, à toi aussi, mon fils. Qu'est-ce qui t'amène ici!
-Eh bien, je veux me marier, mon Roi.
-C'est très bien, mon fils, mais où iras-tu avec ta femme?
-Seul le Bon Dieu le sait. Je finirai par me débrouiller d'une manière et d'une autre... Mon père a une petite maison ainsi qu'un bout de terrain.
-Je te crois, dit le roi.
-En plus, nous avons trois boeufs.
-Je te crois.
-Il n'y a pas longtemps, dans notre cour, tant de fumier s'accumula que nous manquions de place.
-Je te crois.

Un jour notre père nous a dit:"Mes fils, jetez le fumier sur notre bout de terrain, peut être cela lui fera-t-il du bien."
-Je te crois.
-Avec mes frères, nous avons sorti le fumier pendant trois semaines sur deux chariots.
-Je te crois.
-Mais par erreur nous avons déposé tout fumier sur le terrain du voisin.
-Je te crois.
-Après être rentré à la maison, j'ai tout raconté à mon père.
-Je te crois.
-Alors mon père, mes deux frères et moi, nous sommes allés voir notre terre.
-Je te crois.
-Nous avons pris les quatre coins du terrain du voisin, nous les avons soulevés comme on a l'habitude de le faire avec une nappe, et nous avons renversé le fumier sur notre terrain.
-Je te crois.
-Ensuite nous avons semé du gazon.
-Je te crois.
-Une belle forêt y a poussé. Mon père aurait regretté de faire couper les beaux arbres, donc il a acheté un troupeau de cochon.
-Je te crois.
-Ensuite il a engagé le grand père de Votre majesté comme porcher...
-Menteur! Cela n'est plus vrai! s'écria le roi qui était prêt à le faire pendre.»

Mais il s'arrêta brusquement car son offre lui revint à l'esprit et il venait de se rendre compte qu'il avait perdu son pari.
Il fit appeler le prêtre immédiatement pour bénir l'union du fils du pauvre homme avec sa fille.
Il y eut un grand repas de noces dont la nouvelle se répandit dans sept pays. Tout le monde fut bien servi dans tout le royaume.
On donna même à un orphelin un bout de brioche gros comme mon bras. Il y eut de la viande, du pot-au-feu en si grande quantité que tous les chiens du royaume s'en remplirent le ventre.


vendredi 21 février 2014

La femme intelligente du roi Mathias

Conte imaginé par Esztelle Kis (12 ans)




Un jour, le roi Mathias alla voir les moissonneurs qui travaillaient dans les champs. Deux d'entre eux se précipitèrent à la rencontre du roi pour lui dire que la récolte était très faible et elle leur apportera très peu.
Le roi Mathias répondit:

«Vous avez accepté le travail, maintenant continuez-le! Par ailleurs, comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois?»

Les moissonneurs étaient incapables de répondre. Mathias leur dit:

«Demain je repasserai par là. Si vous ne pouvez pas répondre à ma question, je vous priverai du salaire du travail déjà effectué!»

Le soir les moissonneurs rentèrent chez eux. Personne ne trouva la réponse à la question du roi Mathias. L'un des moissonneurs qui était très triste parce qu'il n'avait pas compris ce que le roi Mathias avait voulu dire, avait une fille. Sa fille voulut savoir la raison du chagrin de son père qui lui dit:

«Diable! Je ne comprends pas la question du roi qui est la suivante:
«Comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois.»

Sa fille éclata de rire:

«Donc neuf n'arrivent pas à nourrir trois, mais trois arrivent à nourrir neuf. Alors Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois parce que pendant trois mois la nature produit ce qu'il faut pour toute l'année.»

Lendemain, les hommes allèrent moissonner aux champs. Le roi y arriva, lui aussi et demanda:

«Alors, vous avez deviné la réponse?»

L'un des moissonneurs dit que oui, il l'avait. Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois. Le roi Mathias dit:

«Ce n'est pas vous qui l'avez devinée! Dites-moi qui vous a aidés?»

Après un long silence, l'un des hommes avoua que c'était sa fille.

«D'accord! C'est bien», dit le roi.

Le lendemain, le roi envoya deux de ses adjudants chez la fille afin qu'ils voient son comportement. Ils lui demandèrent:

«Es-tu seule, ma fille?
-Oui, je suis seule.
-Où est ton père?
-Il est allé dans le village voisin.
-Est-ce qu'il va rentrer rapidement?
-S'il vient directement, il n'est pas sûr d'arriver à la maison mais s'il fait un détour, alors il est sûr et certain qu'il rentrera à la maison.
-Et ta mère, où est-elle?
-Elle est allée chez le voisin.
-Que fait-elle là-bas?
-Ce qu'elle n'a jamais fait, et ne fera plus non plus.
-Alors, ta tante, où est-elle?
-Elle est allée dans la ville pour les autres mille.»

Les adjudants s'en retournèrent dans le palais royal et racontèrent au roi comment la fille s'était comportée. Lendemain, le roi fit atteler les chevaux à la voiture et alla chercher la fille.
Au retour, dans le palais il la fit habiller joliment et lui dit que tout ce qu'elle y voyait, lui appartenait.
Elle fut traitée comme une princesse. Le roi lui dit sincèrement qu'elle pourrait rester dans le palais royal tant qu'elle lui obéirait et tant qu'elle ne donnerait de conseil à personne.
Elle développa ses réponses énigmatiques aux questions des adjudants. Premièrement si son père rentrait directement à la maison, alors il heurterait un arbre. S'il faisait un détour, il rentrerait sain et sauf.
Deuxièmement: sa mère était allée chez le voisin pour habiller en toilette funéraire le défunt. Elle a fait avec le défunt ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant et ce qu'elle ne ferait plus non plus par la suite.
Troisièmement: sa tante avait fauté avec le comte. Ella avait déjà reçu deux mille forints, elle allait chercher le troisième mille.

Un jour, pendant que la jeune fille menait la vie de princesse dans le palais royal, le roi se prépara pour aller à l'église en carrosse. Devant le portail du palais, il y avait une grosse meule en travers, le carrosse roula là-dessus, et se cassa immédiatement. Deux gardes étaient là. Le roi Mathias les appela et leur dit:

«Le temps que je rentre, écorchez cette meule, autrement vous serez décapités.»

Les deux gardes étaient très tristes. La princesse les regarda de la fenêtre du deuxième étage. Ils se plaignaient parce que le temps passait et ils n'arrivaient pas à écorcher la meule. La princesse eut pitié d'eux et leur conseilla de dire au roi:

«Majesté! Nous vous prions de saigner la meule, autrement nous ne pouvons pas l'écorcher.»

Le roi arriva à la maison. Il retrouva les deux gardes au même endroit où ils étaient à son départ.

«Je vous ai donné un ordre. Pourquoi vous ne l'avez pas exécuté?» dit le roi.
«Majesté! Parce que vous n'avez pas saigné la meule.
-Bon, d'accord, je sais que cette réponse ne vient pas de vous», dit le roi.

Le roi Mathias monta dans la salle à manger où la princesse était en train de déjeuner. Il lui dit:

«Après le repas, prépare tes affaires! Tu peux emporter tout ce que tu veux, tout ce que tu aimes.»

La princesse savait d'où vinait la mauvaise humeur du roi. Ils finirent le déjeuner. Elle versa de la poudre soporifique dans le vin du roi qui s'endormit rapidement.
Quand il plongea dans le sommeil profond, la princesse fit appeler le cocher et lui demanda d'atteler les chevaux à la voiture. Le cocher obéit et se mit devant le palais royal. Elle fit mettre le roi dans le carrosse et alla chez son père où le roi fut mis dans un lit. Il dormit bien et quand il se réveilla, il fut très étonné. Il se demanda où il était et pourquoi il était là. Il dit à la princesse:

«Pourquoi m'as-tu amené ici? Je n'ai jamais demandé cela!
-Parce que c'est toi que j'aime le plus», lui répondit la princesse.

Le roi en fut très heureux et épousa la fille d'un pauvre moissonneur.

C'est pour cela que le peuple hongrois formula le dicton selon lequel le roi Mathias est mort, la justice est morte avec lui.