vendredi 19 juin 2015

Le renard qui demande l’hospitalité

Source: tudatbazis.sulinet.hu


Il était une fois un vieux renard qui avait faim. Il aurait eu envie de manger un bon rôti. Il mit donc un sac vide sous son aisselle et partit voir le monde.

Il chemina lentement jusqu’à ce qu’il arrive à la maison d’un fermier. Il frappa à la porte et quand on demanda qui était dehors, il répondit:

«Je suis un pauvre voyageur. Je cherche un gîte pour la nuit.»

Le fermier et sa femme étaient généreux. Ils eurent la pitié du renard, et ils le laissèrent entrer. Ils lui offrirent même un dîner. Le renard les en remercia poliment, ensuite il s’allongea sur un banc et posa son sac vide par terre.

Avant d’aller se coucher, il dit au fermier:

«J’espère qu’il n’y a pas de voleur qui rôde la nuit autour de la maison parce que dans ce sac il y a un beau coq, et je n’aimerais pas le perdre.
-Ne te fais pas de souci, compère renard, rien n’a jamais disparu de ma maison. Dors tranquillement!» le rassura le fermier. Il souriait même de voir à quel point le renard avait peur pour son coq.

Bien sûr qu’il n’y avait rien dans le sac! Quand ils se réveillèrent, le renard commença à gémir:

«Aïe! Aïe! Je n’ai plus de coq. On m’a volé mon coq!»

Les gens de la maison tentèrent de le calmer. Ils cherchèrent partout le coq mais ils ne le retrouvèrent nulle part. Le fermier avait de la compassion pour le renard qui se plaignait terriblement. Pour le faire taire, le fermier lui offrit un beau coq, et il lui demanda de partir en paix.

Le renard marcha toute la journée, et le soir il frappa à la porte d’une ferme où les fermiers lui firent bon accueil. Alors que tout le monde s’apprêtait à aller se coucher, le renard regarda autour de lui comme s’il recherchait des voleurs cachés dans la pièce. Il dit au maître de  maison:

«Sachez Patron qu’il y a une belle oie dans mon sac. J’espère qu’il n’y a pas de voleur par là.
-Rien n’a jamais disparu d’ici. Va te coucher, dors tranquillement, ne te fais pas de souci!» lui répondit le maître.

Le renard attendit que tout le monde s’endorme pour sortir le coq de son sac. Il le mangea sans y avoir laissé une plume.

Le matin le renard commença à gémir:

«Aïe! Aïe! Je n’ai plus ma belle oie. On m’a volé ma magnifique oie!»

Tout le monde la chercha partout, en vain. Quand le fermier ne put plus écouter les jérémiades du renard, il lui offrit une grosse oie.

Le renard marcha toute la journée. Il était fou de joie. Il regarda dix fois son sac pour s’assurer que l’oie y était toujours.

Le soir, il arriva à une belle ferme. Il frappa à la porte, et il entra. La famille était autour de la table. Avant d’aller se coucher, le renard dit au fermier:

«Je dépose mon sac sous mon banc mais je n’ose pas dormir tranquillement. Vous savez, il y a mon cochon de lait dedans.
-Ne t’inquiète pas! Dors bien! Chez moi, dans ma maison, tu ne risques rien!» lui répondit le fermier.

Celui-ci se trompait : à peine fut-il endormi que le renard se leva et mangea le cochon de lait. Il n’en laissa pas un seul morceau. Dès l’aube, il commença à pleurer sur son cochon de lait.

«Aïe! Aïe! On m’a volé mon beau petit cochon de lait!»

Tous les gens de la ferme cherchèrent partout la bête. Ils tentèrent de réconforter le renard, sans succès. Le paysan finit par lui donner un beau cochon de lait. Le renard s’en réjouit et quitta la ferme.

Dès qu’il arriva sur la route, il ouvrit le sac et constata que c’était la bête la plus belle qu’il ait jamais vue de sa vie. Il pensa déjà à la délicieuse viande qu’il mangerait le soir.

Il marcha lentement sur la grande route, toute la journée. Le soir, il frappa à la porte d’un paysan. On l’invita à entrer, et il raconta la même histoire qu’aux autres.

«Patron ! Faites attention aux voleurs qui opèrent la nuit pour qu’ils ne puissent pas me chiper le beau cochon qui est dans mon sac!»

Le paysan jeta un coup d’œil sur le sac et pensa qu’un gros cochon n’y rentrerait pas, de plus il entendit bien que ce n’était qu’un cochon de lait qui grognait dedans. Il alla se coucher sans dire un mot. Par contre, le renard ne ferma pas l’oeil. Il engloutit le cochon de lait tout cru.

A l’aube, il se mit à se lamenter.

«Aïe! Aïe! On m’a volé mon beau cochon!»

Le paysan se rendit compte tout de suite de la ruse du renard, et il fit semblant de regretter ce qui s’était passé. Il dit au renard:

«Ne pleure pas! ça n’est pas la peine que tout le village soit au courant de ton chagrin. Je vais te donner plutôt deux cochons. Passe-moi ton sac!»

Le paysan sortit avec le sac du renard. Il avait deux gros chiens de chasse affamés. Il les mit dans le sac qu’il ferma bien fort. Quand il rendit le sac au renard, il lui demanda de se dépêcher de quitter le village.

Il ne fallait pas lui dire deux fois! Il emporta rapidement son sac, et il se léchait déjà les babines en pensant à la viande bien grasse qu’il mangerait à la sortie du village.

Après être arrivé sur la route, il ouvrit le sac pour regarder les cochons. Mais qui sauta du sac? Les deux chiens de chasse affamés et furieux! Le renard laissa tout tomber et courut comme un zèbre. Il ne voulait plus de viande grasse pourvu que sa peau soit sauvée.

Mais il n’était pas assez rapide, les deux chiens de chasse le rattrapèrent, et ils lui mordirent bien fort la peau.
Si les chiens n’avaient pas rattrapé le renard, mon histoire aurait duré plus longtemps.


vendredi 8 mai 2015

L’oiseau qui pond des œufs d’or

Conte imaginé par Hédi Komàromi

Il était une fois, dans une lointaine contrée, une grande montagne. Au sommet de celle-ci, il y avait un arbre. Sur l’une de ses branches, il y avait un nid et dans le nid un oiseau. Mais quel oiseau! Croyez-le ou non, cet oiseau pondait un œuf d’or chaque jour.

Mais que lui arriva-t-il un jour? L’oiseau quitta son nid au moment où un chasseur passait par là tout à fait par hasard. Quand il vit l’oiseau, il grimpa à l’arbre, regarda dans le nid et Seigneur Dieu! … il vit un œuf d’or.

«Ça alors, j’ai déjà vécu le plus clair de ma vie, mais je n’ai jamais vu un oiseau qui pondait des œufs d’or ! Je vais le prendre, je vais l’emporter chez moi pour que désormais il ponde pour moi des œufs d’or. Pour moi, pour moi… pour personne d’autre!» pensa le chasseur.

Il prépara vite un collet, il le posa dans le nid, puis il descendit de l’arbre et se cacha derrière pour attendre l’oiseau. Celui-ci arriva bientôt, mais il n’aperçut pas le piège et il s’en trouva prisonnier. Le chasseur grimpa à l’arbre, il attrapa l’oiseau et il alla en courant chez lui. A peine rentré, il commença à réfléchir:

«Voilà, voilà… j’ai rapporté pour rien cet oiseau qui pond des œufs d’or! Si mes voisins le découvrent, ils vont l’envier et ils vont me dénoncer au roi qui le saisira. Je vais plutôt le lui offrir!»

Il fit ainsi.

Le chasseur alla voir le roi, lui donna l’oiseau. Le roi le mit tout de suite en cage. Il ordonna à ses serviteurs de lui donner abondamment à manger et à boire pour qu’il ponde rapidement des œufs d’or car comme tous les rois, lui aussi avait besoin de beaucoup d’argent…
A peine enferma-t-on l’oiseau dans la cage que le majordome arriva et dit:

«Majesté! Pourquoi nourris-tu gratuitement cet oiseau? Tu crois qu’il existe un oiseau au monde qui pond des œufs d’or ? Tu ferais mieux de le relâcher tout de suite!»

Le roi suivit le conseil du majordome. L’oiseau était heureux, il se posa au sommet du portail, il pondit un œuf d’or qui tomba par terre et dit:

«Tout à l’heure je me suis laissé attraper, j’ai fait une sottise. Ensuite, le chasseur en a fait une autre en m’offrant au roi, puis le roi et son majordome en ont fait encore une autre... On était fous, nous tous! Eh bien, moi, je ne ferai plus de sottise!»

Sur ce, l’oiseau regagna son nid. Si l’oiseau n’était pas revenu dans son nid, mon histoire aurait duré plus longtemps.

vendredi 17 avril 2015

Le roi Mathias et le poirier sauvage



Source de l'image: szcsa.hu
Il y avait deux villages voisins:l’un était plus petit que l’autre. A la limite de ces deux, il y avait un poirier sauvage qui était un motif de discussions permanentes entre les villageois. Ils étaient incapables de se mettre d’accord au sujet de cet arbre.
Le juge du village le plus petit eut l’idée d’aller voir le roi Mathias et de lui demander de départager les deux villages. Il lui apporta une gourde de vin et une bouteille de vinaigre fait avec les fruits du poirier sauvage. Il demanda au roi de rendre l’arbre à son village. Après avoir écouté attentivement les paroles du juge, le roi lui posa cette question:

«Au fait, comment est-il le jus de ce poirier? Doux ou acide?
- Il est acide, répondit le juge.
- Alors, j’irai le voir quand il donnera des fruits», dit le roi Mathias.

Le roi offrit un perroquet au juge et le laissa partir.

Quand le juge de l’autre village apprit la nouvelle de cette visite, il décida d’aller, lui aussi au palais royal. Il apporta un petit tonneau de vin et une bouteille de vinaigre fait avec les fruits du poirier sauvage. Le juge demanda au roi de donner le poirier à son village. Après avoir écouté attentivement les paroles du juge, le roi lui posa cette question:

«Au fait, comment est-il le jus de ce poirier? Doux ou acide?
- Doux, répondit le juge
- Alors, j’irai le voir quand il donnera des fruits», dit le roi Mathias.

Le roi offrit un Sarrasin au juge et le laissa partir.

Quand le juge rentra à la maison, les habitants de l’autre village se disaient entre eux:
«Oh, l’autre village a eu un plus beau cadeau que le nôtre!»

Mais ils se consolèrent dès qu’ils eurent demandé au Sarrasin ce qu’il voulait manger.
«Du citron, de l’orange et des figues», répondit il.
«Alors notre cadeau vaut quand même plus que celui du village voisin. Notre perroquet ne mange que des grains et par-dessus le marché, il sait parler», se dirent les habitants du plus petit village.

L’année suivante, quand les poires furent mûres, le roi alla jusqu’aux villages. Il convoqua autour du poirier les habitants des deux villages. Il demanda d’un ton ferme au juge du plus grand village de prendre une poire et de la goûter:

«Est-elle douce ou acide? » demanda le roi au juge.
«Douce!» répondit-il.

Ce fut le tour du juge de l’autre village:
«Est-elle douce ou acide?»
«Acide!» répondit-il.
«Tu as raison. Le poirier sauvage est à vous parce que vous dites la vérité. Les fruits d’un poirier sauvage ne peuvent jamais être doux, ils sont toujours acides. Alors, celui qui ne dit pas la vérité en parlant des petites choses, on ne peut pas le croire pour les grandes affaires non plus!» dit le roi Mathias.

Ainsi dona-t-il raison au juge du petit village qui disait la vérité.

vendredi 27 mars 2015

Les souris

Dessin de Monika Kiss

Il était une fois, un homme très pauvre qui vivait quelque part. Il avait autant d’enfants qu’il y a d’étoiles dans le ciel, et même un de plus. A chaque fois qu’il avait un nouvel enfant, il fallait un nouveau parrain. Aussi, il en avait déjà beaucoup. Quand son dernier né vint au monde, il ne savait plus à qui demander d’en être le parrain. Il partit donc à sa recherche et, en cours de route, il rencontra un mendiant qui lui demanda:

«Où vas-tu, pauvre homme?
-Je vais chercher un parrain pour mon fils.
-Ne va plus loin, je le serai, moi, le parrain!» dit le mendiant.

Le pauvre homme n’eut pas de regrets, il accepta le mendiant, et ils rentrèrent à la maison. Après le baptême, le mendiant sortit un grand clou de la manche de son manteau brodé et le donna au pauvre homme pour qu’il le remette à son fils quand celui-ci aurait dix-huit ans. Il lui recommanda qu’à ce moment là, il aille dans une clairière et qu’il en frappe la terre : ce qu’il y trouvera, ce sera à lui. Sur ce, le mendiant s’en alla.

Le temps passa, le garçon eut dix-huit ans. Un jour, ses frères, en parlant des cadeaux de leurs parrains, commencèrent à se moquer de leur cadet qui n’avait rien eu. Celui-ci se mit à pleurer et alla voir son père pour savoir si les paroles de ses frères étaient vraies.

«Bien sûr que tu as eu quelque chose, mon fils! Voici le clou, prends-le et va à la clairière, frappe la terre, et ce que tu trouveras, sera à toi!» répondit son père.

Le garçon obéit. Il s’en alla, et frappa la terre qui s’ouvrit immédiatement. Un magnifique château  apparut devant lui. Devant sa porte, le vieux mendiant était assis. Il dit au garçon:
«Rentre dans la pièce du milieu, ce que tu trouveras, mets-le de côté, tu en auras besoin pour obtenir ta future épouse.»

Il fit ainsi, et il trouva une pièce d’argent sur un banc. Il la glissa dans sa poche, et sortit de la pièce. Quand il quitta le château par le grand portail, la terre se referma, et il alla de par le vaste monde.

Il marcha, il chemina, jusqu’à ce qu’il arrive à une rivière. En cherchant un pont, il vit une vieille dame qui jetait dans l’eau des chatons qui étaient dans son tablier. Il ne lui restait plus qu’un chaton quand le garçon arriva. Il dit à la vieille:

«Ma petite vieille, ne jetez pas ce chaton dans l’eau, je vous l’achète plutôt!»

La vieille femme le lui donna pour une pièce d’argent. Le jeune homme mit le chaton dans sa besace, et il continua son chemin. Il marcha, il chemina jusqu’à ce qu’il arrive dans une ville dont il n’avait jamais entendu parler. Il y vit des gens qui se dirigeaient vers un beau château. Chacun d’eux avait un balai ou une fourche à la main. Il ne put pas s’empêcher de leur demander où ils allaient et ce qu’ils allaient faire.

«Viens avec nous et tu verras!» lui dit l’un d’eux.

Ils entrèrent par la grande porte du château et ils ne s’arrêtèrent pas jusqu’à ce qu’ils arrivent dans une très belle pièce. Au milieu, autour d’une grande table préparée pour un repas, il y avait des chaises. Les couverts étaient tous en or et en argent car c’était la salle à manger du roi. Le roi arriva avec sa famille suivi par des princes, des comtes et des barons. Ils se mirent à table et derrière chacun d’eux, un homme se tenait debout avec un balai ou une fourche. Quand le premier plat fut servi, la table se remplit de souris. Les hommes qui étaient debout avaient beau frapper avec leurs fourches, cela ne servait à rien. Il y avait tellement de souris que personne n’en avait jamais vu autant nulle part. Il était impossible de manger ! Ahuri, le jeune regarda la scène, et il dit au roi:

«Votre Majesté! Les fourches sont absolument inutiles ici! Si vous me permettez, je vais débarrasser tout de suite votre ville des souris!
-Si tu le fais, je te donne ma fille et la moitié de mon royaume!» répondit le roi.

Le jeune homme n’hésita pas à jeter son chaton sur la table, et les souris se sauvèrent  comme elles pouvaient. Le roi et sa cour purent enfin se mettre à table et prendre leur déjeuner confortablement. Le jeune homme était à table, lui aussi, à côté de la princesse. Ils célébrèrent tout de suite les fiançailles. Le lendemain, le jeune homme rentra chez lui et apporta un sac plein de chats pour qu’il y en ait dans chaque maison.

Ils donnèrent un grand repas de noces, ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre-temps.

dimanche 15 février 2015

Les trois vagabonds


Source:itineraireiconographique.com
Un jour, tout à fait par hasard, trois compagnons bien dégourdis se rencontrèrent. Ils avaient tout ce qui leur fallait pour cette vie terrestre, sauf de l’argent. Pourtant ils en auraient eu bien besoin car la mère de l’un des trois était très malade. Le prix de la petite maison au fin fond du village était déjà dépensé pour les médicaments, pour le docteur, pour la carriole et pour le bac. Les trois amis se creusèrent la tête pour trouver une nouvelle source d’argent.
L’un dit:

«Vous savez comment nous allons faire? Entre Eger et Pest il n’y a personne de plus avare que le passeur d’ici. Ma mère n’arrête pas de se plaindre de lui. Voilà mon idée : je me présente comme saint Pierre. Toi, mon ami, tu seras saint Paul et toi, saint Jean. Avec l’argent de la vente de mes bottes et de ma cape, nous trouverons bien un beau poisson, un  joli pain rond bien cuit et une cruche de vin. Je me charge du reste…»

Ainsi fut fait. Ils passèrent par la cabane du pêcheur et achetèrent un beau poisson. Ils allèrent chercher un grand pain rond, puis ils rentèrent dans une auberge pour une cruche de vin. Ils allèrent voir le sacristain pour lui emprunter deux chemises blanches et son manteau de soie. Saint Pierre mit le manteau, les deux autres les chemises blanches. Ils fabriquèrent deux toques en carton et les mirent sur leur tête.
Ils allèrent ainsi chez le passeur et frappèrent à sa porte.

«Entrez!» répondit le passeur.

Sur la table il y avait une petite lampe à huile. Pierre s’arrêta à côté de la table, Paul resta sur la galerie et Jean devant le portail. Le passeur qui était avare, et sa femme encore plus avare, restèrent bouche bée.

«Je suis saint Pierre. Voilà l’apôtre Paul et dehors, le troisième, c’est saint Jean», dit l’aîné de trois vagabonds.

Les deux vieux joignirent les mains. C’est la femme qui sortit les premiers mots:

«Mon Dieu! Qu’est-ce que nous avons fait pour mériter votre visite sous notre modeste toit?»

Ensuite, elle apostropha brusquement son mari.

«Dépêchez-vous, apportez-nous quelque chose!»

Puis elle se retourna vers saint Pierre:

«Excusez-nous, ne nous en voulez pas de cet accueil ! Asseyez-vous, je vous en prie!»

A ce moment-là, le vieux passeur revint avec un piètre poisson. Il dit à sa femme:

«Faites griller ce poisson!
- Je préfère le faire bouillir comme cela je n’utiliserai pas de graisse!»

Sur ce, saint Pierre intervint:

«Passez-le-moi! Saint Paul, sors avec le poisson et demande à Jean qu’il le bénisse!»

Paul l’avait emporté et revint avec le gros poisson que Pierre avait acheté au pêcheur. Les vieux étaient épatés par la taille du poisson que la femme prépara. Il aurait été suffisant pour cinq personnes même s’il n’y avait pas eu une seule miette de pain sur la table.

«Le pain n’est pas encore inventé chez vous?» demanda Pierre.

Sur ce, la vieille alla chercher un morceau qui était sec et noir comme de la terre.

«Ecoute, saint Paul, sors avec ce pain et dis à Jean qu’il le bénisse!» dit Pierre.

Il fit ainsi et revint avec un beau pain rond. Les vieux se regardèrent.

«Il n’y a rien à boire chez vous? Du vin par exemple qui irait bien avec le poisson?» demanda Pierre.

Sur ce, le vieux passeur sortit une vieille cruche de vin de piètre qualité. Il en versa dans les verres. Mais à peine Pierre eut-il mis le nez dedans, qu’il envoya Paul pour qu’il le fasse bénir. Quand il revint, la vieille cruche était pleine, ils pouvaient en boire autant qu’ils voulaient.

A partir de ce moment, le vieux couple commença à croire aux miracles. Ils échangèrent un regard complice et la vieille chuchota à l’oreille de son mari.
«Ecoutez, mon homme! Nous avons un vieux paneton plein de pièces d’or. Ne devrions-nous pas profiter de saint Jean tant qu’il est là et le faire bénir?
-Si, bien sûr, ce serait bien!» dit le vieux à haute voix.

La vieille alla chercher le paneton, et saint Pierre comprit tout de suite ce qu’elle voulait faire.

«Sors, Paul et dis à Jean qu’il le bénisse!» dit Pierre.

C’est Jean qui était le meilleur coureur parmi eux et dès qu’il eut le paneton plein de pièces d’or, il prit ses jambes à son cou, et il courut jusqu’à Eger.
Peu de temps après, saint Paul entra et dit:

«Je vais voir si la bénédiction a bien réussi!»

Dès qu’il fut dehors, il courut comme un zèbre.

Saint Pierre attendit quelques minutes, et poussa un soupir:

«Je vais le bénir moi aussi en espérant qu’il y en aura encore plus!»

Pierre sortit avec une mine de tartuffe mais quand il arriva dans la cour, il ne cherchait que les deux autres. Sauve qui peut! Il les suivit sans avoir enlevé son manteau de soie qui s’enroulait autour de ses jambes. Il faillit tomber à plat ventre.
Les vieux trouvèrent long le temps de la bénédiction, et le mari sortit pour savoir ce que les trois autres avaient bien pu faire. Mais il les vit tout comme moi je les vois! Les trois vagabonds n’étaient nulle part, il n’y avait même pas un chat dehors, de plus, il faisait déjà noir. Il rentra et dit à sa femme:

«Aie! Aie! Nous n’avons plus d’argent! Saint Pierre l’a emporté! Saint Paul l’a emporté! Saint Jean l’a emporté! Où devons-nous aller pour le retrouver?»

Une voix répondit de loin:

«En enfer!»


Conte transylvain, collecte de János Kriza

samedi 24 janvier 2015

Les trois sottes

Dessin de Blanka Berde
Il était une fois un homme qui avait trois filles et un garçon. Quand le temps des moissons arriva, les deux cadettes et le garçon allèrent dans les champs. L’aînée resta à la maison pour préparer le déjeuner qu’elle devait leur apporter.

Elle trouva pourtant qu’il était bien trop tôt et qu’elle aurait le temps de faire la cuisine un peu plus tard. Elle préféra aller rendre visite à sa voisine. Quand elle s’aperçut que le soleil était déjà très haut, elle prit peur. Elle rentra à la maison en courant pour éplucher les légumes et faire du feu. Une fois dans la cuisine, elle pensa qu’elle avait oublié de dire quelque chose à sa voisine. Elle s’en retourna donc chez elle. Quand elle revint, elle vit que la soupe aux haricots secs avait brûlé. Elle enleva la casserole du feu pour jeter la soupe et en faire une autre. Elle avait peur d’être sévèrement grondée par son frère à cause de la soupe brûlée. Elle était en train de verser la soupe aux cochons quand derrière elle, un veau beugla. Elle pensa que le veau irait dans le village et allait raconter à tout le monde qu’elle avait brûlé la soupe, ce qui lui rendrait le mariage impossible. Elle attrapa le veau et ne se soucia plus du déjeuner.

Midi venait de sonner, et dans les champs ils attendaient avec impatience le déjeuner. Mais personne n’arriva. Le frère envoya une des sœurs à la maison pour voir ce qui se passait. L’aînée lui raconta ce qui lui était arrivé et pourquoi elle ne lâchait plus le veau. Il ne fallut pas le dire deux fois à sa petite sœur! Elle l’aida à tenir la bête, elle aussi. Les autres attendaient toujours leur déjeuner!

Au bout d’un moment, le frère dit à sa sœur:

«Rentre à la maison, toi aussi, autrement nous n’allons jamais déjeuner!»

Ainsi fit-elle. A la maison, elle resta à côté du veau et ne bougea plus, elle non plus. Le frère n’en pouvait plus, il se décida de rentrer chez lui pour voir ce qui se passait avec ses soeurs. Quand il les vit, il s’écria:

«Trois filles maudites que vous êtes, que faites-vous là?»

Les filles lui racontèrent pourquoi elles tenaient le veau. Il se mit en colère après elles et leur dit:
«Je vais vous tuer!»

Les sœurs étaient désespérées. Elles le supplièrent de tenir plutôt le veau, lui aussi. Quand il entendit cette demande, il se dirigea vers le portail et dit en partant:

«Je m’en vais par le monde. Si je tombe sur  trois filles aussi écervelées que vous, ça ira, vous serez sauvées. Si non, je vais vous tuer!»

Ainsi fit-il.

Quand il arriva dans un village, il vit une poule et autour d’elle ses petits poussins. Une vieille femme tapait sur la poule. Il lui dit:

«Alors, ma vieille, pourquoi lui tapez-vous dessus?»
Elle répondit:
«Parce qu’elle n’allaite pas ses poussins.»
«Il ne faut pas la taper pour cela. Avez-vous de la semoule à la maison?
- Oui, j’en ai.
- Faites-en une bouillie et donnez-en aux poussins!» dit le jeune homme.

La vieille femme fit ainsi. Quand elle déposa  la bouillie, la poule appela immédiatement ses poussins pour manger. On ne lui fit plus aucun mal.

Le jeune homme continua son chemin. Plus loin, dans un autre village, des ouvriers étaient en train de construire une maison. Il les salua et dit:

«Bon courage!»

Ils lui répondirent:

«Merci mais vous savez, nous construisons cette maison depuis deux ans déjà. Nous avons une petite poutre que nous tirons à gauche, ensuite à droite pour qu’elle soit assez longue, mais on n’y arrive pas. Elle ne s’allonge pas.»

Le jeune homme sortit une autre poutre, l’ajouta à la petite et comme ça, cela allait bien.

Sur ce, il continua son chemin. Au crépuscule, il arriva dans un village et vit que dans une cour des gens agitaient des morceaux de chiffon. Il leur demanda:

«Que faites-vous là?»
Une femme lui répondit:
«Vous ne voyez pas! Nous voulons chasser les mouches au grenier.
- Pourquoi faire?» demanda le jeune homme.
«Parce qu’elles prolifèrent et dérangent nos bêtes», répondit une femme.
«Vous le faites en vain, elles vont redescendre», dit le jeune homme.
«Elles redescendraient si elles le pouvaient parce que nous allons enlever l’échelle», répondit une autre femme.

Le jeune homme ne pouvait rien dire, il tourna les talons et rentra à la maison où il raconta à ses sœurs qu’il avait rencontré plusieurs fous donc qu’il ne les tuerait pas. Les sœurs en furent heureuses mais la nouvelle se propageait déjà et elles ne se marièrent jamais.

Si elles s’étaient mariées, ce conte aurait duré plus longtemps.

vendredi 5 décembre 2014

La légende du cheval blanc

Source :Wikimedia Commons


Quand l’ambassadeur  Kusid, fils de Kond1 arriva dans la Bassin des Carpates où la terre était rendue fertile par le Danube, il apprécia le beau paysage et sa terre riche et féconde ainsi que les rives du fleuve très verdoyantes. Il se rendit immédiatement chez Svatopluk2, prince de la province. Il le salua au nom de son peuple et lui présenta le motif de sa venue en faisant l’éloge de sa belle et riche région. Svatopluk  s’en réjouit et pensa que Kusid et sa troupe étaient des paysans et qu’ils venaient pour cultiver la terre. Pour cette raison il se montra bienveillant à son égard, et il laissa partir l’ambassadeur.


Après avoir rempli une gourde avec de l’eau du Danube, et avoir mis dans sa besace de la terre et de l’herbe, Kusid retourna chez les siens qui furent très contents d’entendre tout ce qu’il leur raconta. Puis Kusid leur montra l’eau, la terre et l’herbe qu’il avait rapportées.

Ils humèrent  la terre et  ils furent convaincus qu’elle était excellente, l’eau était douce, et l’herbe était comme Kusid leur décrivait. Árpàd, le chef des sept tribus, en présence de tout le monde, remplit son cor de l’eau du Danube et demanda la grâce du Seigneur tout puissant pour que celui-ci leur cède définitivement cette terre fertile. Quand il termina son discours, les Hongrois crièrent trois fois: «Seigneur! Seigneur! Seigneur!» Les Hongrois gardent encore aujourd’hui cette habitude.

Ils décidèrent ensemble de renvoyer l’ambassadeur chez Svatopluk avec un beau cheval équipé d’une selle d’or et d’une bride en or en échange de la terre. Quand Svatopluk le vit, il fut encore plus heureux que lors de la première visite de l’ambassadeur car il pensait que ce cadeau venait de la part des nouveaux cultivateurs en échange de la terre. L’ambassadeur demanda donc de la terre, de l’herbe et de l’eau à Svatopluk qui lui répondit avec le sourire qu’il en prenne autant qu’il voulait.

L’ambassadeur retourna chez les siens. Entre-temps, Árpàd et les chefs des sept tribus, rentrèrent en Pannonie3 non pas en tant qu’invités mais comme ceux qui détenaient la terre par héritage. Ils envoyèrent un deuxième ambassadeur chez le Prince Svatoplouk avec le message suivant:

«Árpàd et son peuple te font dire que tu ne restes  plus sur la terre qu’ils t’ont achetée pour un cheval, l’herbe pour une bride et l’eau pour une selle. Puisque tu étais à la fois dans le besoin et cupide, tu leur as cédé la terre, l’herbe et l’eau.»

Quand Svatoplouk entendit le message, il répondit en souriant:

«Que l’on abatte le cheval avec un maillet, que l’on jette la bride au champ et la selle d’or dans le Danube.»

L’ambassadeur répondit ainsi:

«Qu’avons-nous à perdre avec cela? Si tu tues le cheval, tu donneras à manger à nos chiens, si tu jettes la bride dans l’herbe, nos faucheurs vont tomber sur la bride en or, si tu jettes la serre d’or, nos pêcheurs vont la retrouver et vont l’emporter chez eux. Donc si la terre, l’herbe et l’eau sont à nous, tout est à nous.»

En entendant ces paroles, le Prince mobilisa vite son armée. Ayant peur des Hongrois, il demanda de l’aide de ses amis. Quand les troupes se furent regroupées, ils allèrent voir les Hongrois qui arrivaient entre-temps au bord du Danube. A l’aube, sur un champ magnifique, la bataille éclata. Avec l’aide du Seigneur, les Hongrois mirent l’ennemi en déroute. Jusqu’au Danube les Hongrois poursuivirent Svatopluk qui, étant pris de peur, se jeta dans le fleuve et fut emporté par le courant rapide. Le Seigneur rendit ainsi aux Hongrois la Pannonie.


1 L’un des chefs de sept tribus des Magyars
2 Prince de Grande-Moravie (870-894)
3 La Pannonie est une ancienne région de l’Europe centrale située à l’emplacement de l’actuelle Hongrie, partiellement de la Croatie, de la Serbie, de la Bosnie-Herzégovine, de la Slovénie, de l’Autriche et de la Slovaquie