vendredi 14 juin 2013

Les trois frères


Conte illustré par Petra (5ans) et Luca (6ans)
Il était une fois un homme très pauvre. Il avait trois fils. L’aîné qui avait des jambes filiformes, s'appelait «Tout en jambes», l’enfant du milieu bien potelé «Tout en graisse» et le benjamin, empoté, le «Benêt». Les enfants étaient des gros mangeurs, leur père ne pouvait pas leur donner assez de nourriture. Il n’y avait jamais assez de pain sur la table!

Un jour, quand le père en avait assez de se saigner aux quatre veines, il dit à ses fils:

«Allez gagner votre vie! Je ne peux plus rien faire pour vous!»

L’aîné partit le premier. Il marcha, chemina jusqu’à ce qu’il rencontre un vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour une année. Au bout d’un an, le vieil homme lui dit:

«Puisque tu as bien travaillé, je te donne une table. Il suffit que tu lui dises "Ma petite table, couvre-toi de bons plats!" et tu auras toutes sortes de bonnes nourritures. Tu la veux?
-Bien sûr, bien sûr!» répondit Tout en jambes.

Il avait hâte de sortir du village. Au bord de la route, il vit un buisson et s’arrêta. Il installa sa table et lui dit tout de suite:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»

Tout en jambes eut tant de choses à boire et à manger qu’il en resta bouche bée et il mangea comme quatre!

Il était sur le chemin du retour quand il aperçut une auberge. Il y rentra et demanda une chambre. Il y installa sa table et lui demanda de mettre le couvert. Quand il fut rassasié, il sortit de sa chambre et alla voir l’aubergiste pour demander à boire un verre de vin. Mais l’aubergiste réussit à voir ce que Tout en jambes faisait avec la table. Oh là là s’il pouvait en avoir une semblable!

Le soir quand tout le monde alla se coucher et que Tout en jambes dormait profondément, l’aubergiste se faufila dans sa chambre et remplaça la table miraculeuse par une autre identique.

Le lendemain, Tout en jambes reprit le chemin du retour. Quand il arriva à la maison, il se venta d’avoir une table miraculeuse.

«Fais voir! Fais voir! Elle tombe bien parce que nous avons faim comme d’habitude!» lui dit Tout en graisse.

L’aîné obéit et dit à sa table:

«Ma petite table, couvre-toi de bons plats, couvre-toi de bons plats!»
A sa plus grande surprise, la table ne fit rien. Sa famille, se voyant trompée si vilainement, en eut un creux à l’estomac encore plus grand. Et Tout en jambes fut rossé violemment.

L’enfant bien potelé partit tenter sa chance, lui aussi. Il arriva chez le même vieil homme que son frère. Il s’engagea, lui aussi, pour un an. Quand son contrat fut terminé, le vieil homme appela Tout en graisse et lui dit:

«Alors Fiston, pour te remercier de ton service, je vais te donner, à toi aussi, quelque chose. Voilà un âne. Il suffit de lui dire "Éternue, éternue mon petit âne!" et il va éternuer autant d’or que tu lui demanderas. Tu le veux?
-Bien sûr!» répondit le garçon dodu.

Il se réjouit de l’âne et prit le chemin du retour avec lui. Il s’arrêta dans la même auberge que son frère. Il mangea et but tout ce qu’il put. Il prévint l’aubergiste qu’il ne paierait que le lendemain matin. Il emmena son âne dans sa chambre et le soir, avant d’aller se coucher, il lui dit:

«Éternue, éternue mon petit âne!»

Celui-ci tendit l’oreille et commença à éternuer. Il le fit si abondamment que Tout en graisse eut du mal à ramasser les pièces d’or. Quand il les eut bien rangées, il alla se coucher.

Mais l’aubergiste réussit à voir la scène par le trou de serrure. Quand Tout en graisse dormait profondément, l’aubergiste pénétra dans sa chambre et remplaça l’âne par un autre identique.
Quand Tout en graisse rentra à la maison, il montra fièrement son âne à sa famille. Mais quand il voulut que l’âne éternue des pièces d’or, rien ne se passa. Tout en graisse n’échappa pas au châtiment, lui non plus. Il fut battu comme son frère aîné.
Leur père était complètement désespéré parce que les deux aînés n’arrivaient pas à aider la famille. Il envoya donc le benjamin.
Celui-ci arriva, lui aussi, chez le même vieil homme qui l’engagea comme serviteur pour un an. Quand l’année se termina, le vieil homme lui dit:

«Alors Fiston, je ne peux pas te laisser partir sans te donner un cadeau. Voilà un sac, il y a un gourdin dedans. Si tu lui dis "Sors du sac, mon petit gourdin", il va le faire. Ensuite, tu peux  frapper qui tu veux.»

Le Benêt prit le gourdin et rentra à la maison. L’auberge était sur son chemin. Heureusement, car il avait très faim et soif. Il y entra et se rassasia. L’aubergiste lui demanda de payer l’addition, mais le Benêt n’avait pas un sou. L’aubergiste en fut très mécontent et dit qu’il lui confisquerait son manteau ou qu'il l’enverrait en prison si le jeune homme ne payait pas immédiatement tout ce qu’il avait bu et mangé. Le Benêt devint furieux, sortit son sac et dit:

«Sors du sac mon petit gourdin! Bats l’aubergiste!»

Ainsi fit-il. Le petit gourdin attaqua l’aubergiste et le rossa copieusement. L’aubergiste en eut vite assez et commença à gémir:

«Aïe, ça fait mal! Aïe, ça fait mal! Arrêt, arrête, je te rends plutôt tout ce que j’ai volé à tes frères.»

Le Benêt ouvrit de grands yeux.
«Qu’est-ce que vous avez volé à mes frères?
-Eh bien, la table miraculeuse et l’âne éternuant des pièces d’or.»

Pendant ce temps, le petit gourdin continuait à battre l’aubergiste. Le Benêt lui dit:

«Si tu me rends la table et l’âne, je ne te ferai plus mal. Retourne, retourne mon petit gourdin dans le sac!»

Le gourdin obéit, et l’aubergiste alla chercher vite la table et l’âne. Il les rendit tout de suite au Benêt qui rentra à la maison. Il raconta à ses frères comment il avait repris la table et l’âne. Désormais, ils eurent à boire et à manger et autant d’argent qu’ils voulaient.

Ce fut ainsi que la famille pauvre devint très heureuse.

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