jeudi 15 novembre 2018

Dongó et Mohácsi

Source:www.kezmuvesotthon.hu
Il était une fois un roi. Il avait une très belle fille. Elle avait une très jolie bague en or qui n’avait pas sa pareille au monde. La Princesse ne se séparait jamais de sa merveilleuse bague, même la nuit elle la gardait à son doigt.

Personne ne savait comment, mais un beau jour quelqu’un vola la bague. La Princesse était inconsolable. Elle pleurait à chaudes larmes et faillit mourir de chagrin. Cela fit peur au vieux roi. Il convoqua ses ambassadeurs et leur ordonna d’aller chercher la bague aux quatre coins du monde. Il fit publier au son du tambour que celui qui la retrouvera et la rendra à la Princesse, sera généreusement récompensé.

Au palais royal eut lieu d’une agitation générale: des princes, de jeunes bergers, de jeunes tziganes vinrent les uns après les autres mais nul d’entre eux ne retrouva la bague en or. Le roi les chassa, tous.
Dans la ville vivait un soldat démobilisé qui s’appelait Dongó1. Personne ne le vit jamais travailler, il vivait quand même bien. Il avait la réputation d’être diseur de bonne aventure. Il décida de monter au palais royal.

-J’ai entendu dire que la bague en or de la Princesse a été volée. Au prix de ma vie, d’ici trois  jours je vais la retrouver, dit-il.

Au début le vieux roi ne daigna même pas lui prêter attention mais quand il constata que Dongó lui répondait avec panache, il lui demanda:

-Et que demandes-tu en échange?

-Rien, uniquement que je puisse passer trois jours ici dans le palais et que l’on me donne à manger et à boire, répondit-il.

-Bon, d’accord! Mais si tu ne retrouves pas la bague, ta vie prendra fin, dit le vieux roi.

Sur ce, Dongó se chercha une belle pièce dans le palais, il s’y installa, et comme il avait l’habitude, il ne faisait rien.
Le vieux roi avait trois valets. Le premier était habillé tout en blanc, le deuxième tout en noir, le troisième tout en rouge. Il ordonna à ces valets d’apporter à boire et à manger à Dongó.

Le premier jour ce fut le valet habillé tout en blanc qui servit Dongó d’un bon plat et d’un excellent vin au déjeuner. Le valet les déposa devant Dongó qui ne dit même pas merci. Il marmonna:

-Voici le blanc! J’ai déjà eu le premier.

Dongó pensa que le premier jour était déjà presque terminé, et il ne savait rien de plus au sujet de la bague. Mais le valet commença à trembler, et il avait du mal à retrouver la porte pour sortir de la pièce.
Le lendemain c’était le tour du valet en noir de lui apporter le déjeuner. Dongó ne le remercia pas non plus, et il marmonna:

-Voici le noir! J’ai déjà eu le deuxième.

Le valait ne dit rien mais ayant peur, il faillit faire tomber la bouteille de vin.
Le troisième jour arriva, et le valet en rouge lui apporta le déjeuner. Dongó marmonna de nouveau:

-Voici le rouge! J’ai eu le troisième aussi.

Le valet trébucha sur le tapis sans que Dongó s’en soit aperçu. Il se creusa la tête à tel point qu’il n’avait même pas touché au plat. La fin du troisième jour arriva, et bientôt la fin de sa vie aussi.
Les valets se réunirent et se dirent:

-Eh bien, Dongó sait que nous sommes les voleurs de la bague. Nous ferions mieux de la lui rendre en lui demandant de ne pas révéler au roi notre identité.

Ainsi fut fait. Ils allèrent voir Dongó, lui rendirent la bague. Ils lui demandèrent avec insistance de ne pas dire au roi qui étaient les voleurs. Pour cela, ils donnèrent beaucoup d’argent à Dongó.
Celui-ci fut heureux et faisait semblant de tout savoir. Il accepta l’argent, et il ordonna aux valets de lui apporter un morceau de pâte malléable. Il y enroba la bague, ensuite il alla se promener dans le jardin du palais. Le paon de la Princesse s’y pavanait. Dongó lui jeta la pâte qu’il avala d’un seul coup, puis il rentra dans le palais pour parler au roi.

-Qu’il rentre, lui fit dire le roi.

Dongó s’inclina profondément devant le roi et annonça qu’il avait la bague, il suffisait de sortir. Le roi ne voulait pas en croire ses oreilles.

-Alors si tu l’as, montre-la-moi, répondit le roi. Vas-y, fais vite car je ne suis pas d’humeur à plaisanter.

-Elle n’est ni au ciel, ni au grenier mais elle est dans la panse du paon de la Princesse.

Alors le roi devint encore plus furieux car sa fille portait beaucoup d’affection à son paon. Si on le tuait, et que la bague reste quand même introuvable, la princesse serait morte de chagrin. Le roi dit cela à Dongó qui ne cessa d’affirmer que si le roi ne tuait pas le paon, il ne pourrait rien faire.
Le roi comprit qu’il n’avait pas d’autre solution que d’obéir. Il envoya chercher deux de ses pages,  et il fit appeler son chef cuisinier. Celui-ci tua le paon, et par miracle, la bague en or était dans sa panse.

Le roi était très heureux et fit appeler sa fille. Quand la Princesse vit sa bague en or, elle pleura d’un oeil et rit de l’autre parce qu’elle regrettait beaucoup la paon. Mais finalement elle était plutôt heureuse car elle préférait sa bague en or au paon.

-Tu es quelqu’un de très bien, dit le roi à Dongó. Vas voir mon trésorier qui te donnera deux boisseaux d’or.

Dongó le remercia très poliment, il dit adieu au roi. Quand il eut les pièces d’or, il rentra à la maison par un chemin qui traversait le jardin du palais royal.
A ce moment-là, la fille du roi se promenait dans le jardin et tenait dans sa paume un bourdon. Quand Dongó passait à côté de la Princesse, celle-ci lui dit:

-Alors si tu es vraiment un célèbre diseur de bonne aventure, dis-moi ce qu’il y a dans ma paume!

Dongó eut peur et ne savait pas quoi dire. Il laissa sortir un soupir amer:

-Pauvre Dongó, maintenant elle te tient, se dit-il.

-C’est ça, tu as deviné, dit la Princesse.

Sur ce, elle ouvrit sa paume, et le bourdon s’en vola.
Dongó voulut continuer son chemin mais la princesse le retint et lui demanda.

- Dis-moi encore une chose: qu’est-ce qui est au fond du jardin?

Dongó commençait à avoir sérieusement peur qu’il s’avère qu’il n’était vraiment pas diseur de bonne aventure et qu’il ne savait rien. Dans son embarras, il commença à se gratter: avec sa main gauche son oreille droite, et avec sa main droite son oreille gauche. Il lâcha un soupir encore plus amer que tout à l’heure.

-Même si le renard est très rusé, il tombe quand même dans le piège, dit-il.

La Princesse riait de bon coeur et dit:

-Ça aussi, tu l’as deviné.

Au fond du jardin il y avait vraiment une fosse, et un renard dedans. La Princesse n’avait plus de question à poser, et le laissa partir. Dongó ne rentra pas à la maison mais à l’auberge. Ses poches étaient pleines d’argent, et après les coups de frayeur qu’il avait eus, il avait envie de boire quelque chose.

A l’auberge, il rencontra un de ses camarades qui avait fait son service militaire avec lui. Il s’appelait Mohácsi. Ils burent un coup, ensuite ils regardèrent de tous les côtés, la possibilité d’un vol: où voler et quoi voler parce que ni l’un, ni l’autre n’aimait travailler. Dans l’embrasure de la fenêtre de la salle ils repérèrent une vieille lampe. Dongó alla régler le compte, et, pendant que l’aubergiste tournait le dos, Mohácsi cacha la lampe sous sa cape. Ils se levèrent et allèrent dans la ville. A ce moment là, il commençait à faire nuit.

Arrivant à proximité de l’église, ils entendirent du bruit et comprirent qu’il y avait des gens à l’intérieur. Ils épièrent par le trou de la grosse serrure et virent qu’autour d’un tas d’argent, des brigands de grand chemin se disputaient, ils n’arrivaient pas à le partager.

Mohácsi alla ramasser des pierres, et par l’une des fenêtres ouvertes, il commença à les jeter sur eux. Dongó alluma sa lanterne, et fit des tours autour de l’église. Entre les tombes du cimetière voisin il criait d’une voix tonitruante:

-Ceux qui reposent ici, qu’ils se lèvent! C’est le jour du jugement dernier qui est arrivé.

Les brigands de grand chemin eurent peur quand ils virent que des pierres tombaient sur la tête de l’un, sur le dos d’un autre. Ils ne le comprenaient pas, et ils sortirent tous. Ils virent un fantôme se balader entre les tombes en disant:

-Ceux qui reposent ici, qu’ils se lèvent! C’est le jour du jugement de l’église et se partagèrent l’argent. Ils en eurent suffisamment pour continuer à faire ce dont jusque là ils avaient l’habitude: ne rien faire.

1 Dongó signifie en français 'bourdon' 

Collecte de László Arany

lundi 9 avril 2018

Pierre le tricheur



Source: nol.hu 
Il était une fois un homme très malin. Il s’appelait Pierre le tricheur. Il allait d’une foire à l’autre et trompait honteusement tous ceux qu’il pouvait tromper.
Lors d’une foire, il acheta un chapeau en fourrure d’agneau. Puis il entra dans une auberge, et en donnant une poignée de main au patron, il lui glissa de l’argent. Il lui dit à haute voix:


- Apportez-moi une pinte de vin et du ragoût!
 

Il mangea tout de bon coeur, et au moment de régler l’addition, il saisit son chapeau en fourrure d’agneau, et le jeta par terre en faisant un bruit sourd.
- Patron, voici, l’addition est réglée! Est-ce que j’ai bien payé le déjeuner et le vin? demanda-t-il au patron.
- Bien sûr! Tu as donné même un peu plus! répondit l’aubergiste.


Il y avait du monde dans l’auberge. Tout le monde vit comment il venait de régler son compte. Le chapeau était tombé par terre avec un bruit sourd et l’addition avait été réglée! Il avait une dette, il n’en avait plus!


Trois hommes, tous du pays, étaient en train de réfléchir. Finalement l’un d’eux se posta devant Pierre le tricheur et dit:
- Ton chapeau serait-il à vendre?
- Je le vendrai volontiers s’il y avait quelqu’un qui voulait bien l’acheter, répondit-il. Il coûte trois cents florins, ni  plus, ni moins.


Les trois hommes réfléchirent. Ils se disaient que tous les trois aimaient bien manger et boire et que bien sûr cela valait la peine d’acheter le chapeau: au lieu de payer, il suffisait de le jeter par terre, et l’addition serait réglée. Ils se mirent d’accord pour réunir l’argent ensemble.
Ainsi fut fait. Ils donnèrent la somme à Pierre le tricheur.
Ensuite ils commandèrent à tour de bras: du canard rôti, du ragoût de boeuf, du vin.
A la fin du repas, l’un des trois dit:


- Nous allons voir ce que va faire le chapeau.
Il fit signe à l’aubergiste, et quand celui-ci fut devant eux, il jeta par terre le chapeau qui tomba avec un bruit sourd.
- Monsieur l’addition est-elle réglée? demanda-t-il le visage triomphant.
- Comment serait-elle payée? répondit l’aubergiste indigné.
Sur ce, il répéta son geste avec colère, et le chapeau tomba avec un bruit sourd devant l’aubergiste qui secoua sa tête.
Le troisième dit:
- Donne-le-moi compère, parce que tu ne le fais pas bien. Je veux essayer, moi aussi!
Il jeta le chapeau par terre de telle manière qu’il se déchira en lambeaux.
- Tout est payé ? demanda-t-il à l’aubergiste.
- L’addition n’est pas réglée et ne sera même pas réglée tant que vous n’ouvrirez pas votre bourse.
- Eh! Sapristi! Ce voleur était plus malin que nous! Malheur à lui si nous l’attrapons!


Mais ils le cherchèrent en vain. Pierre le tricheur était déjà depuis belle lurette près du Danube où il menait son troupeau de boeufs volés.
Il y rencontra trois hommes qui furent séduits par son troupeau.
- D’où viennent tes boeufs? demandèrent-ils.
- Je les ai tous sortis du Danube. Quelques uns se promènent encore au bord de l’eau. Allez là-bas, et sortez-en pour vous autant que vous voulez.


Deux hommes allèrent dans l’eau mais il n’y avait pas un seul boeuf dans le Danube. Ils eurent du mal à s’en sortir. Le troisième envoya la maréchaussée à la recherche de Pierre. Ils l’arrêtèrent et traduisirent en justice. Le jugement tomba:
- Afin qu’il ne puisse plus nuire à personne, Pierre le tricheur doit être mis dans un tonneau dont le couvercle sera fermé. Ensuite, le tonneau sera roulé jusqu’au Danube. Que l’eau l’emporte loin d’ici!


Ainsi fut fait. Le tonneau flottait en plein milieu du Danube avec Pierre dedans. Il descendit doucement le fleuve jusqu’à ce qu’un homme l’aperçut.
- Que j’aimerais avoir ce tonneau! Il est bien grand, il pourrait me rendre service. Mais comment pourrais-je le récupérer? se dit-il.
Regardant le tonneau, il entendit du bruit en sortir. Il tendit l’oreille. C’était Pierre le tricheur qui criait à l’intérieur.
- Un type ignoble est sous-préfet à Buda, et il le sera toujours! cria Pierre le tricheur dans le tonneau.
- Qu’est-ce que vous racontez? Pourquoi parlez-vous du sous-préfet de Buda?
- Parce qu’on veut m’emmener à Buda pour que je devienne sous-préfet, mais moi, je ne veux pas.


Entre temps, l’eau emportait le tonneau vers la rive du fleuve. L’homme le tira de l’eau et en laissa sortir Pierre le tricheur qui lui dit:
- Ecoute-moi, bonhomme! Ne voudrais-tu pas aller à Buda à ma place? Tu aurais même le tonneau, en plus!
- J’ai déjà suffisamment travaillé dans ma vie, pourquoi ne pourrais-je pas devenir un notable, se dit gaiement l’homme. Il s’installa tout de suite dans le tonneau.
Pierre le tricheur l’enferma dedans, et roula le tonneau dans l’eau. Le tonneau commença à flotter dans la direction de Buda. Sifflotant une chanson joueuse, Pierre le tricheur continua son chemin au bord du fleuve.


Tout à coup, il aperçut un petit troupeau de porcelets dans la forêt, non loin du fleuve. Ne voyant personne alentour, il se mit à poursuivre ce joli troupeau. Il s’était déjà bien éloigné quand il entendit un galop de chevaux derrière lui. Il conduisit les porcelets au profond de la forêt, et il se mit sous un saule courbé bien penché au bord du fleuve. Il se mit en dessous comme s’il le tenait. Il gémissait même quand deux gendarmes à cheval arrivèrent à côté de lui.


- Hé, bonhomme! N’as-tu pas vu passer par là un troupeau de porcelets et un homme qui le menait? demandèrent-ils sans descendre de leurs chevaux.
- Bien sûr, bien sûr que je les ai vus. Mais c’était il y a déjà un bon moment! Depuis ils ont dû  arriver à la ville, répondit Pierre le tricheur.
- Alors poursuivons-les! crièrent les gendarmes.
- Cela ne sert à rien d’aller par là, vous ne pourrez plus les rattraper. Par contre moi, je connais un raccourci, en passant par ce chemin, je peux les pincer. Mais j’aurai besoin d’un cheval, et de quelqu’un qui termine mon travail, leur dit Pierre le tricheur.
- Et quel est ton travail? demanda le gendarme.
- Je soutiens ce saule plein de nœuds pour qu’il ne tombe pas. Si vous le faites à ma place, j’irai récupérer le troupeau de porcelets auprès des voleurs!


Les deux gendarmes moustachus se mirent sous l’arbre pour le soutenir avec leur dos. Pierre le tricheur monta rapidement sur le plus beau cheval aux  poils brillants, et partit au grand galop. En passant à côté d’un lac magnifique, il pataugea au bord de l’eau avec le cheval afin qu’il laisse les traces de ses sabots. Il découpa un morceau de touffe de sa queue, et avec un crochet à long manche, il le fixa au fond du lac pour qu’un petit morceau de queue sorte de l’eau.
Ensuite il galopa gaiement jusqu’à la ville où il vendit le cheval, et retourna à pied à l’endroit où il avait laissé les gendarmes.


Ils étaient toujours au même endroit et soutenaient le saule tordu. Ils n’osaient pas bouger ayant peur qu’il ne tombe. Quand ils virent de loin Pierre le tricheur, ils lui crièrent:
- Alors, où sont les porcelets? Où est le voleur? Qu’as-tu fait du cheval, toi, espèce de voyou?
- Ne me réprimandez pas! J’ai failli y laisser ma peau! Je n’ai rattrapé ni le troupeau, ni la personne qui les conduisait. Mon cheval s’est emballé en route et a sauté dans un lac. Si vous ne me croyez pas, allez voir vous-mêmes!
Ils y allèrent tous les trois.
- Accrochez-vous bien fort à la queue du cheval, il se peut que nous arrivions à le retirer du lac! dit Pierre le tricheur aux gendarmes.


Ceux-ci prirent la queue à pleines mains et s’y agrippèrent. Tout à coup le morceau de queue du cheval leur échappa des mains, et tous les deux tombèrent dans la boue. Leur vêtement était plein de vase, les gens qui passaient par là, se moquèrent d’eux.


C’est ainsi que Pierre le tricheur fut plus malin que les gendarmes. Il retourna dans la forêt où il récupéra les porcelets puis alla en ville et les vendit un bon prix.

dimanche 8 janvier 2017

L’invincible

Source: meseorszag1.webnode.hu

Il était une fois un vieil homme.
Il travaillait aux champs. Il s’apprêtait à rentrer à la maison quand il vit une petite souris sur la route. Il l’attrapa aussitôt. Arrivée à la maison, elle se transforma en une jeune demoiselle.

Elle grandir, et rapidement devint une belle jeune fille. Un jour, elle dit au paysan :
«Je vais me marier à condition de trouver quelqu’un qui serait invincible.»

Le paysan alla donc chercher celui qui serait le meilleur à tous  les points de vue.
Il alla voir le Soleil. Son lieutenant lui dit que le Soleil n’était pas à la maison car il était allé éclairer la Terre. Le paysan devait donc attendre son retour.
Quand il fit noir, le Soleil rentra à la maison. Le veux paysan lui demanda d’épouser sa fille puisque c’est bien le Soleil qui est invincible.

«Mais ce n’est pas moi, répondit le Soleil. Le Nuage est plus fort que moi car il est capable de me couvrir.»

Le vieux paysan alla voir le Soleil, et lui demanda d’épouser sa fille.
«Le Vent est plus fort que moi car il est capable de me chasser», répondit le Soleil.

Le vieux paysan reprit son chemin, et il arriva chez le Vent.
«Ce n’est pas moi qui suis le plus fort parce que je ne peux pas déplacer le mont Mátra», répondit-il au paysan.

Arrivé chez le mont Mátra, il lui demanda d’épouser sa fille.
«Je ne suis pas le meilleur du monde car je ne peux pas écraser les petites souris qui courent çà et là, en bas, sous mes pieds», dit lui le Mátra.

Le vieil homme rendit visite au roi des souris. Il lui demanda d’épouser sa fille.
Le roi attela une souris à sa calèche, et il alla chercher la fille du paysan. Elle redevint souris, et aussitôt ils se marièrent.

Ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre-temps.

dimanche 11 décembre 2016

Le sel


Source:vfmk.hu
Il était une fois un vieux roi qui avait trois filles. Il décida de donner son royaume à celle des trois qui l’aimait le plus. Il fit venir donc ses filles pour leur demander à quel point elles l’aimaient.
D’abord, il s’adressa à son aînée:

«Dis-moi, ma chère fille, est-ce que tu m’aimes?
-Oui, mon cher père, comme une tourterelle aime les grains de blé», répondit-elle.

Ce fut le tour de sa deuxième fille:
«Je vous aime, mon cher père comme j’aime la brise pendant la grande chaleur.»

Il s’adressa alors à sa cadette:
«Moi, je cous aime comme les gens aiment le sel», répondit-elle.

Le roi fut déçu de la réponse de sa fille. Il se fâcha tellement qu’il lui donna l’ordre de quitter le palais royal. La jeune princesse partit en pleurant. Elle se retrouva dans une grande forêt. Elle s’abrita au creux d’un vieil arbre. Elle ramassa des fraises sauvages, des mûres et des noisettes pour se nourrir. Elle vivota seule ainsi.

Une année étant passée, alors que le prince du royaume voisin passait par là. Il aperçut la princesse qui ramassait les mûres. Ayant eu peur, elle se cacha dans le creux du vieil arbre. Le prince la suivit et cria:

«Qui est là?»

La princesse tremblait comme une feuille, et elle ne dit pas un traitre mot. Le prince cria de nouveau:

«Qui est là? Dites si vous êtes un homme ou le diable sinon j’ouvre le feu!»

Sur ce, la princesse sortit du creux de l’arbre et commença à pleurer. Ses vêtements étaient sales et déchirés. Elle en avait honte, et en pleurant elle raconta son histoire au prince.
Elle plut beaucoup au jeune prince car elle était belle malgré ses vêtements sales et déchirés. Il la prit tendrement par la main et l’emmena au palais royal. Il l’habilla de robes dorées et argentées.

Ils se marièrent et firent la noce avec beaucoup d’invités. Nul n’avait jamais vu auparavant un aussi beau mariage.

Le temps passa, ils s’aimaient comme deux tourtereaux. Un jour, le roi dit à sa femme:

«Ma chère épouse, quand je t’ai vue la première fois, je n’ai pas insisté pour savoir pourquoi ton père t’avait chassée. Mais maintenant dis-moi la vérité.
-Je vais te le raconter volontiers. Mon père m’a demandé à quel point je l’aimais, et moi, je lui ai répondu : « comme les gens aiment le sel», répondit-elle.
«Très bien, tu regagneras bientôt l’amour de ton père», dit le roi.

Il s’en alla pour écrire une lettre au vieux roi et lui demanda de venir déjeuner. Trois jours plus tard, le carrosse royal tiré par six chevaux, arriva dans la cour du château. Le jeune roi accompagna le vieux roi dans la plus belle salle du palais où une table pour deux personnes était déjà mise.

Ils s’installèrent autour de la table, et les serviteurs arrivèrent avec les plats délicieux. Et ce n’était que le déjeuner! Le vieux roi se servit le premier, il goûta la soupe et posa tout de suite la cuillère car celle-là n’était pas salée du tout. Il se dit que la viande du pot au feu serait sûrement salée. Mais il n’y avait pas un grain de sel. Les rôtis arrivèrent, l’un après l’autre, mais le vieux roi les goûta à peine puisque, sans sel, ils étaient fades.

Il ne put s’empêcher de dire au jeune roi:

«Dis-moi, comment est-ce possible d’avoir un cuisinier qui ne met pas de sel dans les plats?
-Il met toujours du sel dans les plats mais j’ai entendu dire que vous n’aimiez pas le sel. Je lui ai ordonné de ne rien saler, sinon il le paiera de sa tête.
-Mais tu t’es trompé parce que j’aime bien les plats salés. Qui t’a dit le contraire?
-Votre fille», répondit le jeune roi.

A cet instant la porte s’ouvrit, et la reine entra dans la salle. Elle n’était nulle autre que la fille cadette du vieux roi qui fut très heureux de la revoir. Il avait déjà regretté mille fois de l’avoir chassée du palais, et il la recherchait partout.

Il donna tout de suite son royaume à sa fille, et le jeune roi prit en main les affaires du palais.

Ils vivent encore heureux s’ils ne sont pas morts entre temps.


jeudi 17 novembre 2016

C’est en forgeant qu’on devient forgeron


Source: emf-kyron.blogspot.com 
Il était une fois un roi qui était jeune et beau. Il décida de se marier. La mariée était très belle et en plus, elle était très intelligente.

Après les noces, ils allèrent visiter leur domaine ainsi que les montagnes à l’entour. Le roi emporta son fusil, et il abattit les petits oiseaux qui se reposaient sur les arbres. La reine ne dit pas un traitre mot.

«Tu ne me fais même pas de compliments pour mon habileté?» lui demanda le roi avec un brin de déception dans la voix.

«Mais ce n’est rien, mon cher mari, c’est en forgeant qu’on devient forgeron», répondit la reine.

Le roi se vexa à tel point qu’il ne dit plus rien à son épouse.

«Tu n’es pas une épouse digne, sors tout de suite du palais royal!» ordonna-t-il à la reine.

«D’accord, je m’en vais mais d’abord donne-moi la vache qui est à l’étable», répondit la reine.

Le roi s’acquitta de sa demande, et la reine se mit en route en tenant la vache au bout de sa corde.

Elle marcha, elle chemina. Dans les montagnes, elle vit une grotte où elle trouva refuge. Sa vache était pleine, elle allait bientôt mettre bas. La reine, tous les matins, prit dans ses bras le petit veau qui était né et monta avec lui au sommet de la montagne pour redescendre ensuite, toujours avec lui, dans la grotte. Elle le fit pendant un an.

L’année suivante, le roi organisa une grande chasse. Les chasseurs remarquèrent quelque chose de bizarre sur le versant de la montagne. Ils n’arrivaient pas à distinguer les contours d’un animal. Celui-ci ressemblait à une bête mais il marchait sur deux pattes.

«Mais quelle est cette bête?» se demandèrent-ils ahuris.

Ils s’approchèrent pour mieux la voir mais dès qu’ils furent montés, ils ne voyaient plus rien. Ils suivirent les traces de pas d’une femme, et ils tombèrent sur la grotte. Ils crièrent pour appeler la personne qui était à l’intérieur.

Une voix leur répondit qu’il lui était impossible de sortir nue. Les chasseurs lui tendirent un manteau, et la femme sortit de la grotte. Elle leur raconta que c’était elle qu’ils avaient aperçue, transportant le veau sur ses épaules.

Les princes, les barons et les comtes se réunirent pour savoir comment elle avait pu monter le veau sur ses épaules.

«Je l’emmène tous les jours là-haut depuis qu’il est venu au monde. Vous savez, c’est en forgeant qu’on devient forgeron», répondit la reine.

Le roi reconnut tout de suite son épouse. Il se précipita vers elle, et il l’embrassa chaleureusement. Il lui demanda de revenir dans le palais royal. Il avoua qu’il regrettait déjà mille fois l’avoir mise impoliment dehors.

La chasse fut immédiatement interrompue. Le roi fit venir le carrosse royal, et il rentra au palais royal avec sa femme toujours très belle et intelligente. Bien sûr, ils étaient accompagnés de la vache et du veau.

Ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre temps.


vendredi 23 septembre 2016

Le petit carassin


Source:tarkabarka.cafeblog.hu 
Il était une fois un homme pauvre. Avec sa femme, aussi pauvre que lui, ils étaient les plus démunis de leur village. L’homme allait pêcher chaque jour pour qu’ils aient de quoi manger.
Un jour, quand il tira son filet, il y trouva un petit carassin.

«Puisque tu es rentré dans mon filet, je te prends. Je t’emporte à la maison, et je vais te donner à mon chat», dit le pauvre.
«Ecoute mon pauvre, dit le petit poisson, si tu ne me donnes pas au chat, en échange de ta bonne action, je te ferai du bien. Tu sais, un bienfait n’est jamais perdu.»

Le pauvre homme remit alors le petit poisson dans l’eau.
En rentrant, sa femme lui posa tout de suite la question:

«Alors, as-tu pris quelque chose?»
«Rien», répondit-il et il raconta son histoire avec le poisson. Sa femme lui dit:

«Retourne, et dis au petit poisson qu’il fasse de toi un juge.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le juge de mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, tu seras élu dimanche matin», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, tu t’en es bien tiré?»

Il lui raconta que dimanche il sera élu juge.

Ce fut ainsi. Il était le juge de son village pendant trois ans. Il ne devait plus aller pêcher puisque avec sa femme ils vécurent à l’aise de son salaire.
Un jour sa femme luit dit:

«Etre juge n’est pas assez. C’est la fonction la moins appréciée dans le village. Va voir le petit carassin et dis lui que tu veux devenir notaire.»

Ce fut ainsi. Le pauvre cria:
«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?» répondit le carassin.
«Je souhaite devenir le plus important notaire dans mon village», dit le pauvre homme.
«D’accord, rentre chez toi, demain tu seras élu notaire», dit le petit carassin.

Le pauvre homme rentra à la maison, sa femme lui demanda:
«Alors, ta journée, qu’est-ce qu’elle a donné?»
«Il dit que demain je serai élu le notaire le plus important du village! Mais maintenant calmons-nous!» répondit le pauvre homme.

Sa femme ne disait rien. Les années passèrent, un jour elle dit à son mari:

«Ecoute-moi! Cela ne me va plus! Sois juge du comitat!1»

Le pauvre homme alla le lieu où il rencontrait le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être juge du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, tu le seras!» répondit le petit poisson.

En rentrant à la maison, le pauvre homme dit à sa femme:

«Je souhaite que nous nous soyons d’accord pour que je reste sur ce poste. Cela me suffira!»
«D’accord!» céda sa femme.

Mais au bout de cinq ans, elle n’en pouvait plus et recommença:
«Je veux que tu sois le premier dignitaire! Sois préfet du comitat!»

Le pauvre homme alla au bord de la rivière où il avait rencontré le poisson et se mit à crier:

«Petit carassin! Petit carassin! Où es-tu?»
Le petit poisson fit son apparition et lui demanda:
«Je suis ici! Que puis-je faire pour toi?»
«Je veux être le préfet du comitat!» dit le pauvre homme.
«Rentre chez toi, ne t’inquiète de rien, tu seras élu!» répondit le petit carassin.

Six ans passés, sa femme lui dit:
«Tu sais ce que je pense? Tu dois être roi!»

Le pauvre homme cria au bord de la rivière:

«Petit carassin! Petit carassin!»
Le poisson sautilla et lui demanda:
«Dis-moi ce que tu veux, je t’écoute!»
«Je veux être roi!» dit le pauvre homme.
«Ton vœu sera exaucé», répondit le petit carassin.

Ce fut ainsi, le pauvre homme devint le roi de son pays.

Mais un beau jour la femme murmura à l’oreille de son mari:
«Chaque pays a son roi, c’est normal. Mais je veux que tu dises au petit poisson que c’est toi qui veux diriger la Lune et le Soleil.»

La pauvre homme alla voir le petit poisson et cria:
«Petit carassin! Petit carassin!»
«Que puis-je faire pour toi, pauvre homme?» répondit le carassin.
«Je veux diriger la Lune et le Soleil», répondit le pauvre homme.

Le petit carassin se mit en colère, et répondit au pauvre homme:
«Rentre chez toi pour reprendre ta vie misérable. Remercie ta femme qui n’a jamais été contente de tes fonctions et qui demandait toujours plus. Tu ne peux pas être Dieu!»

1 En latin : comitatus, en français moderne : département

samedi 18 juin 2016

Une femme bien appréciée


Source:lovagok.hu
Il était une fois un couple. Pendant que l’homme travaillait aux champs, sa femme s’occupait du ménage à la maison. Mais un jour, il trouva qu’il en faisait déjà assez, et il commença à dire à sa femme:

«Je travaille dur dans les champs pendant que tu traînes toute la journée à la maison.»


Une autre fois il lui dit:


«Je suis très fatigué contrairement à toi, qui ne dois pas l’être puisque tu n’as pas grand chose à faire à la maison.»


La femme en avait plus qu’assez et décida à ne plus écouter les reproches de son mari. Elle lui annonça qu’à partir du lendemain c’est elle qui irait travailler aux champs où elle ferait de son  mieux.

Ce fut ainsi. Le matin, elle mit sur son dos sa besace et sa houe, elle prit sa gourde dans sa main et dit à son mari:

«Reste à la maison et fais le travail d’une femme au foyer pendant que je laboure la terre. Aujourd’hui il faut cuire du pain, puis il faut baratter la crème fraîche pour avoir du beurre. La poule est avec ses poussins, il faut faire attention afin que le milan noir ne les emporte pas. Une poule couve des œufs  sous le lit. Fais attention à ce qu’elle mange, qu’elle boive et qu’elle ne casse pas ses œufs.»


Elle s’en alla. L’homme était heureux d’être seul, sans sa femme. Il alla voir le cordonnier pour fumer une pipe, c’était plus amusant d’être à deux que seul.

Ils papotaient, ils papotaient quand l’homme constata que le temps avait passé, il était déjà presque midi et il ne faisait rien : ni le levain pour le pain, ni autre chose. Il se précipita donc à la maison. Il faut savoir qu’avant de partir de chez lui, il avait attaché les pattes des poussins avec une ficelle pour qu’ils restent ensemble et pour que le milan noir ne les emporte pas. Un souci de moins, la ficelle fera l’affaire, pensa-t-il.

Mais en rentrant à la maison il constata qu’il n’y avait plus un seul poussin parce que le milan noir qui n’en voulait qu’un seul,  avait tout emporté car ils étaient tous attachés.

Que faire? Par où commencer? Il aurait dû tamiser la farine et s’occuper de la crème fraîche. Il se mit à tamiser et pour avancer plus vite, il suspendit la cruche par son anse avec un torchon en pensant que les gestes de tamisage aideraient à baratter la crèche fraîche. Mais bon, il fallait déjà pétrir la pâte pour le pain et la crème fraîche n’avançait même pas.

Il alla chercher un peu d’eau. La farine manquait, il devait aller en chercher. Dans sa précipitation, la cruche heurta le montant de la porte, et la crème fraîche coula partout : sur le mur et par terre. Il passa tout son temps à s’occuper de la crème fraîche. Ce n’était pas grave, se dit-il, mais il fallait pétrir tout de suite la pâte car le coucher du soleil n’était plus loin. Il mélangea comme il pouvait les ingrédients : le peu de crème qui lui restait, et la farine. Il n’avait pas le temps d’attendre que le four soit chaud, il mit tout de suite le pain à cuire.


Il retenait son souffle et il ferma pendant quelques secondes les yeux quand il pensa à la poule qui devait être sous le lit et qu’il ne voyait pas sur ses œufs. Il se pencha pour la regarder. Il ramassa rapidement une vingtaine d’œufs, il les mit dans le panier, et il s’installa doucement dessus. S’il n’y a pas de poule, il couvera les œufs, lui-même, pensa-t-il.


Le soir, en rentrant chez elle, sa femme trébucha sur les morceaux de la cruche, et dit:


«Alors, qu’est-ce que c’est que ça?»


Elle vit la crème fraîche qui avait coulé par terre. C’était déjà un mauvais signe. Elle alla voir la poule et les poussins. Pas de poussins ! Elle alla voir le four, et en ouvrant sa porte elle vit que la pâte coulait. Elle referma alors vite la porte du four. Le pain aussi était raté, constata-t-elle. Elle cria alors:


«Où es-tu? Où es-tu?»

«Cot-cot, cot-cot-codêêêk», répondit une voix.
«Hé, toi, où es-tu? Que se passe-t-il ici?» dit la femme.
«Cot-cot, cot-cot-codêêêk.»

Elle s’approcha du lit, regarda dessous, et elle vit son mari assis sur les oeufs.


«Ah, toi! malheureux! Que fais-tu ici?» demanda-t-elle.


«Que veux-tu que je fasse ! Le milan noir est passé par là, et il a emporté les poussins, la poule a cassé ses œufs. J’assume, je suis responsable de tout ce qui s’est passé. Je dois couver coûte que coûte moi-même les œufs.» dit-il.


Finalement, il se leva, et il éprouva une estime infinie pour sa femme. Il comprit qu’elle avait beaucoup de tâches à faire à la maison : tenir propre toute la maison, laver le linge, cuire le pain. Tout cela servait au confort de leur ménage.


Dès ce jour, il ne fit plus aucun reproche à sa femme, au contraire, il avait la plus grande estime pour elle.


Ils vivent encore aujourd’hui s’ils ne sont pas morts entre temps.