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vendredi 23 octobre 2015

Le roi Mathias et le jeune juge

Source: antikvarium.hu

Un jour, au cours de ses nombreux déplacements dans son pays,  en arrivant dans un village, le roi Mathias y trouva un grand désordre. Il entendit dire:

«Nous avons élu le fils du juge à la place de son père.
-Et pourquoi pas le vieux?» demanda le roi Mathias.
«Le vieux n’est plus bon à être juge», dirent les gens du village.

Le roi Mathias se rendit à la maison municipale où il rencontra le jeune et courtois juge. Le roi lui dit:

«Tu n’es pas fait pour être juge. Tu es trop jeune. Je ne sais pas si tu conviens déjà à ce poste.»

Sûr de lui, le jeune juge fit savoir qu’il convenait  à toutes les fonctions et à tout le monde. Le roi lui dit:

«Alors si c’est comme ça, je veux bien que tu m’amènes ici, à la maison municipale, trente loups, quarante sages et soixante fous!»

Le jeune juge rentra à la maison. Il était très triste, à tel point qu’il ne demanda ni à manger, ni à boire. Son père ne put pas s’empêcher de lui poser la question:

«Fiston! Dis-moi, pourquoi es-tu si triste?
-Pourquoi? Pourquoi? Parce que le roi Mathias est venu dans notre village et il m’a demandé qu’à son retour je lui présente trente loups, quarante sages et soixante fous à la maison municipale. Si je n’y arrive pas, je serai exclu du tribunal.
-Mais ce n’est rien, mon fils! Ne te casse pas tête!»

Le père n’en dit pas plus à son fils : il le laissa réfléchir puisqu’il voulait devenir grand et célèbre. Cependant, sans rien révéler devant son fils, il rassembla trente hommes ayant trente ans chacun, quarante hommes ayant quarante ans chacun et soixante hommes ayant soixante ans chacun. Quand ce fut fait, il lui annonça:

«Je vais répondre, moi-même, au roi Mathias!»

Quand le roi revint dans le village, le jeune juge eut peur. De plus, il vit arriver beaucoup de gens et il ne savait pas pourquoi. Le roi arriva devant le jeune juge et demanda:

«Alors, les trente loups, les quarante sages et les soixante fous, ils sont tous là?»

Le jeune juge devint tout pâle, il ne pouvait pas prononcer un traître mot. A ce moment-là, son père arriva et dit:

«Majesté! Ils sont tous ici!»

Il présenta au roi Mathias trente jeunes hommes forts comme des loups, quarante sages qui avaient quarante ans chacun et soixante fous qui avaient soixante ans chacun.

«Mais voilà! Vous voyez bien le vieux est plus intelligent que le jeune. A partir de maintenant c’est lui qui est le juge du village!»

Le jeune fut chassé et exclu du tribunal. Le roi Mathias lui dit:

«Je vois que ton père, malgré son âge, est encore plus intelligent que toi. Contrairement à toi, il est fait pour être juge !»

(Conte de la Voïvodine)



vendredi 17 avril 2015

Le roi Mathias et le poirier sauvage



Source de l'image: szcsa.hu
Il y avait deux villages voisins:l’un était plus petit que l’autre. A la limite de ces deux, il y avait un poirier sauvage qui était un motif de discussions permanentes entre les villageois. Ils étaient incapables de se mettre d’accord au sujet de cet arbre.
Le juge du village le plus petit eut l’idée d’aller voir le roi Mathias et de lui demander de départager les deux villages. Il lui apporta une gourde de vin et une bouteille de vinaigre fait avec les fruits du poirier sauvage. Il demanda au roi de rendre l’arbre à son village. Après avoir écouté attentivement les paroles du juge, le roi lui posa cette question:

«Au fait, comment est-il le jus de ce poirier? Doux ou acide?
- Il est acide, répondit le juge.
- Alors, j’irai le voir quand il donnera des fruits», dit le roi Mathias.

Le roi offrit un perroquet au juge et le laissa partir.

Quand le juge de l’autre village apprit la nouvelle de cette visite, il décida d’aller, lui aussi au palais royal. Il apporta un petit tonneau de vin et une bouteille de vinaigre fait avec les fruits du poirier sauvage. Le juge demanda au roi de donner le poirier à son village. Après avoir écouté attentivement les paroles du juge, le roi lui posa cette question:

«Au fait, comment est-il le jus de ce poirier? Doux ou acide?
- Doux, répondit le juge
- Alors, j’irai le voir quand il donnera des fruits», dit le roi Mathias.

Le roi offrit un Sarrasin au juge et le laissa partir.

Quand le juge rentra à la maison, les habitants de l’autre village se disaient entre eux:
«Oh, l’autre village a eu un plus beau cadeau que le nôtre!»

Mais ils se consolèrent dès qu’ils eurent demandé au Sarrasin ce qu’il voulait manger.
«Du citron, de l’orange et des figues», répondit il.
«Alors notre cadeau vaut quand même plus que celui du village voisin. Notre perroquet ne mange que des grains et par-dessus le marché, il sait parler», se dirent les habitants du plus petit village.

L’année suivante, quand les poires furent mûres, le roi alla jusqu’aux villages. Il convoqua autour du poirier les habitants des deux villages. Il demanda d’un ton ferme au juge du plus grand village de prendre une poire et de la goûter:

«Est-elle douce ou acide? » demanda le roi au juge.
«Douce!» répondit-il.

Ce fut le tour du juge de l’autre village:
«Est-elle douce ou acide?»
«Acide!» répondit-il.
«Tu as raison. Le poirier sauvage est à vous parce que vous dites la vérité. Les fruits d’un poirier sauvage ne peuvent jamais être doux, ils sont toujours acides. Alors, celui qui ne dit pas la vérité en parlant des petites choses, on ne peut pas le croire pour les grandes affaires non plus!» dit le roi Mathias.

Ainsi dona-t-il raison au juge du petit village qui disait la vérité.

vendredi 14 mars 2014

Mon bonhomme, parlez plus raisonnablement!


source:www.kedd.hu

Cela s'est passé à l'époque du roi Mathias, quand les plaideurs se parlaient ainsi: "Je ne vous laisserai pas tranquille dans cette affaire, s'il faut, j'irai voir le roi, lui-même!"

Il s'est passé donc que deux voisins sicules se sont fâchés pour le fait que l'un avait jeté du fumier sur la nouvelle clôture d'osier de son voisin. Non seulement la clôture de celui-ci avait pourri mais son chien avait mordu les fesses du cochon du voisin qui se faufila par la clôture.

Les deux voisins sicules se querellèrent pendant longtemps sans que justice soit rendu à l'un et l'autre. Le voisin qui avait subi les deux  préjudices décida d'aller voir le roi Mathias et de lui adresser sa plainte.

Ce fut ainsi. Il raconta son cas au roi Mathias qui lui répondit:

«Mon bonhomme, parlez plus clairement, plus raisonnablement parce que je n'ai pas bien compris votre histoire.»

Alors le sicule reprit l'histoire dès le début comme suit:

«Majesté! Disons que j'ai un voisin. J'ai monté une clôture d'osier mais mon voisin a jeté son fumier là-dessus, par conséquent la clôture a pourri. Supposons maintenant que je sois le cochon, Votre Majesté est le chien. Je me faufile par la clôture pourrie, et Votre Majesté mord dans mes fesses!»

vendredi 21 février 2014

La femme intelligente du roi Mathias

Conte imaginé par Esztelle Kis (12 ans)




Un jour, le roi Mathias alla voir les moissonneurs qui travaillaient dans les champs. Deux d'entre eux se précipitèrent à la rencontre du roi pour lui dire que la récolte était très faible et elle leur apportera très peu.
Le roi Mathias répondit:

«Vous avez accepté le travail, maintenant continuez-le! Par ailleurs, comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois?»

Les moissonneurs étaient incapables de répondre. Mathias leur dit:

«Demain je repasserai par là. Si vous ne pouvez pas répondre à ma question, je vous priverai du salaire du travail déjà effectué!»

Le soir les moissonneurs rentèrent chez eux. Personne ne trouva la réponse à la question du roi Mathias. L'un des moissonneurs qui était très triste parce qu'il n'avait pas compris ce que le roi Mathias avait voulu dire, avait une fille. Sa fille voulut savoir la raison du chagrin de son père qui lui dit:

«Diable! Je ne comprends pas la question du roi qui est la suivante:
«Comment est-ce possible que trois arrivent à nourrir neuf mais neuf n'arrivent pas à nourrir trois.»

Sa fille éclata de rire:

«Donc neuf n'arrivent pas à nourrir trois, mais trois arrivent à nourrir neuf. Alors Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois parce que pendant trois mois la nature produit ce qu'il faut pour toute l'année.»

Lendemain, les hommes allèrent moissonner aux champs. Le roi y arriva, lui aussi et demanda:

«Alors, vous avez deviné la réponse?»

L'un des moissonneurs dit que oui, il l'avait. Mai, Juin et Juillet entretiennent les autres mois. Le roi Mathias dit:

«Ce n'est pas vous qui l'avez devinée! Dites-moi qui vous a aidés?»

Après un long silence, l'un des hommes avoua que c'était sa fille.

«D'accord! C'est bien», dit le roi.

Le lendemain, le roi envoya deux de ses adjudants chez la fille afin qu'ils voient son comportement. Ils lui demandèrent:

«Es-tu seule, ma fille?
-Oui, je suis seule.
-Où est ton père?
-Il est allé dans le village voisin.
-Est-ce qu'il va rentrer rapidement?
-S'il vient directement, il n'est pas sûr d'arriver à la maison mais s'il fait un détour, alors il est sûr et certain qu'il rentrera à la maison.
-Et ta mère, où est-elle?
-Elle est allée chez le voisin.
-Que fait-elle là-bas?
-Ce qu'elle n'a jamais fait, et ne fera plus non plus.
-Alors, ta tante, où est-elle?
-Elle est allée dans la ville pour les autres mille.»

Les adjudants s'en retournèrent dans le palais royal et racontèrent au roi comment la fille s'était comportée. Lendemain, le roi fit atteler les chevaux à la voiture et alla chercher la fille.
Au retour, dans le palais il la fit habiller joliment et lui dit que tout ce qu'elle y voyait, lui appartenait.
Elle fut traitée comme une princesse. Le roi lui dit sincèrement qu'elle pourrait rester dans le palais royal tant qu'elle lui obéirait et tant qu'elle ne donnerait de conseil à personne.
Elle développa ses réponses énigmatiques aux questions des adjudants. Premièrement si son père rentrait directement à la maison, alors il heurterait un arbre. S'il faisait un détour, il rentrerait sain et sauf.
Deuxièmement: sa mère était allée chez le voisin pour habiller en toilette funéraire le défunt. Elle a fait avec le défunt ce qu'elle n'avait jamais fait auparavant et ce qu'elle ne ferait plus non plus par la suite.
Troisièmement: sa tante avait fauté avec le comte. Ella avait déjà reçu deux mille forints, elle allait chercher le troisième mille.

Un jour, pendant que la jeune fille menait la vie de princesse dans le palais royal, le roi se prépara pour aller à l'église en carrosse. Devant le portail du palais, il y avait une grosse meule en travers, le carrosse roula là-dessus, et se cassa immédiatement. Deux gardes étaient là. Le roi Mathias les appela et leur dit:

«Le temps que je rentre, écorchez cette meule, autrement vous serez décapités.»

Les deux gardes étaient très tristes. La princesse les regarda de la fenêtre du deuxième étage. Ils se plaignaient parce que le temps passait et ils n'arrivaient pas à écorcher la meule. La princesse eut pitié d'eux et leur conseilla de dire au roi:

«Majesté! Nous vous prions de saigner la meule, autrement nous ne pouvons pas l'écorcher.»

Le roi arriva à la maison. Il retrouva les deux gardes au même endroit où ils étaient à son départ.

«Je vous ai donné un ordre. Pourquoi vous ne l'avez pas exécuté?» dit le roi.
«Majesté! Parce que vous n'avez pas saigné la meule.
-Bon, d'accord, je sais que cette réponse ne vient pas de vous», dit le roi.

Le roi Mathias monta dans la salle à manger où la princesse était en train de déjeuner. Il lui dit:

«Après le repas, prépare tes affaires! Tu peux emporter tout ce que tu veux, tout ce que tu aimes.»

La princesse savait d'où vinait la mauvaise humeur du roi. Ils finirent le déjeuner. Elle versa de la poudre soporifique dans le vin du roi qui s'endormit rapidement.
Quand il plongea dans le sommeil profond, la princesse fit appeler le cocher et lui demanda d'atteler les chevaux à la voiture. Le cocher obéit et se mit devant le palais royal. Elle fit mettre le roi dans le carrosse et alla chez son père où le roi fut mis dans un lit. Il dormit bien et quand il se réveilla, il fut très étonné. Il se demanda où il était et pourquoi il était là. Il dit à la princesse:

«Pourquoi m'as-tu amené ici? Je n'ai jamais demandé cela!
-Parce que c'est toi que j'aime le plus», lui répondit la princesse.

Le roi en fut très heureux et épousa la fille d'un pauvre moissonneur.

C'est pour cela que le peuple hongrois formula le dicton selon lequel le roi Mathias est mort, la justice est morte avec lui.





vendredi 3 janvier 2014

Le roi Mathias et le berger qui dit la vérité


Conte imaginé par Réka Barandi (8 ans)

Une fois, le roi de Prusse rendit visite au roi Mathias. Ils se saluèrent comme s'ils étaient de bons amis depuis longtemps. Le roi de Prusse dit:

«J'ai entendu dire que vous avez un agneau aux poils d'or.
- C'est vrai, parmi mes agneaux il y a un aux poils d'or, en plus, j'ai un berger qui ne ment jamais», dit le roi Mathias.

Le roi de Prusse répondit:

«Je vais prouver qu'il est capable de mentir.
- Mais non, il ne ment jamais, c'est tout à fait impensable», dit le roi Mathias.
«Je vais le démontrer, vous allez voir. Je vais le tromper de façon à ce qu'il soit obligé de mentir.
- Je vous parie qu'il ne ment pas. Je vous donne la moitié de mon royaume si je perds le pari», dit le roi Mathias.
«Moi, je vous donne la moitié de mon pays s'il ne ment pas», dit le roi de Prusse.

Ils se serrèrent la main, ils se souhaitèrent bonne nuit, et  ils allèrent dans leur logis. Là-bas, le roi de Prusse se déguisa en paysan et sortit afin d'aller voir le berger à la ferme.

Il salua le berger qui lui rendit son salut.

«Bienvenue chez nous, Sire!
- Comment est-ce possible que tu me reconnaisses?
- Je sais d'après vos paroles que vous êtes le roi», répondit le berger.
«Je te donne beaucoup d'argent et six chevaux en échange de l'agneau aux poils d'or», dit le roi de Prusse.
«Je ne vous le donnerai pas pour rien au monde. Le roi Mathias me punira pour cela, et je serai pendu.»

Le roi de Prusse lui promit de l'argent davantage mais le berger ne se laissa pas convaincre.
Le roi de Prusse rentra, il fut triste, très triste. Sa fille qui vit la peine de son père lui dit:

«Ne soyez pas affligé, j'irai voir le berger et je l'attirerai dans un piège moi-même.»

Ce fut ainsi. Elle emporta avec elle un coffre rempli d'or pur et une bouteille de vin. Mais le berger lui dit que l'argent ne lui manquait pas. Par contre, le roi Mathias le pendra haut et court dès qu'il aura pris la nouvelle de la disparition de son agneau aux poils d'or.

La fille lui parla, le taquina tellement qu'ils finirent par boire la bouteille de vin. Une envie folle prit le berger: il promit à la princesse de lui donner l'agneau si en échange elle le prenait pour mari.
La princesse hésita beaucoup mais finalement elle accéda à la demande du berger. Elle lui dit:
    -
«Equarris l'agneau, garde sa viande et donne-moi sa peau.»

Ce fut ainsi. Le berger équarrit l'agneau aux poils d'or, et la princesse alla voir son père avec grand plaisir pour lui donner la peau. Le roi de Prusse se réjouit de constater que sa fille avait réussi à tromper le berger.

Le matin arriva vite, et le berger fortement triste, ne savait pas trop quoi dire et surtout comment annoncer au roi que l'agneau aux poils d'or n'existait plus.
Il partit pour le palais royal. Sur son chemin, il répéta plusieurs fois ce qu'il allait dire comme mensonge quand il se présenterait à la vue du roi. Il piqua son bâton dans un trou de souris, il mit là-dessus son chapeau, il s'en éloigna, ensuite il s'en approcha, il déguisa sa voix et commença à parler.

«Quelles sont les nouvelles à la ferme, mon fidèle serviteur?
- Là, rien de particulier sauf que l'agneau aux poils d'or s'est perdu, le loup l'a mangé.»

Quand il prononça ce mensonge, il fut effrayé.

«Tu me mens, continua en imitant la voix du roi, le loup aurait mangé les autres aussi.»

Sur ce, le berger sortit son bâton du trou de souris et marcha doucement vers le palais du roi Mathias.
Mais il trouva un autre trou de souris, il piqua à nouveau son bâton, mit là-dessus son chapeau, le salua convenablement et raconta sa petite histoire.

«Quoi de neuf à la ferme?
- L'agneau aux poils d'or s'est noyé dans le puits.
- Tu me mens! Les autres se seraient noyés aussi.»

Il remit son chapeau, prit son bâton et avança tristement.
Il tomba une troisième fois sur un trou de souris, et il joua la même scène.

«Quoi de neuf à la ferme?
- Quelqu'un a volé l'agneau aux poils d'or.
- Tu me mens! On aurait volé les autres aussi.»

Il n'essaya plus de mentir, il remit son chapeau, prit son bâton et frappa à la porte du palais royal. Le roi de Prusse était à table avec sa fille. Ils attendaient déjà les mensonges du berger.

«Quoi de neuf à la ferme?» demanda le roi.
«Rien, sauf que j'ai échangé l'agneau aux poils d'or contre un bel agneau noir.
- Alors, montre-le-moi!» dit le roi d'un ton joyeux.

Le berger lui répondit:

«Il est assis là-bas, au milieu.
- Bravo! Tu n'as pas menti!» s'écria-t-il le roi Mathias. «Pour te récompenser, je te donne la moitié du royaume du roi de Prusse.»
«Alors moi, je te donne ma fille puisque vous vous aimez bien», ajouta celui-ci.

C'est comme cela que le berger qui dit toujours la vérité, devint le roi de Prusse.




vendredi 30 août 2013

Le renard et le brochet

Conte imaginé par Hajnalka Lilla Ràcz

Il était une fois un pauvre cordonnier. Son métier ne lui rapportait pas beaucoup d'argent car les gens étaient pauvres et ne lui donnaient pas assez de travail. 

Un jour, il alla pêcher au bord de la rivière afin de trouver quelque nourriture pour donner à manger à sa famille. Alors qu' il regardait attentivement la rivière, il s’aperçut que quelque chose s'agitait dans l’eau. C’était un renard qui se débattait si fort avec un brochet que l’un ne pouvait pas se débarrasser de l’autre. Le cordonnier s’approcha des animaux, il les saisit et les mit, tous les deux, sur ses épaules. Les dents de l’un étaient tellement entrées dans la chair de l’autre qu’ils ne pouvaient plus se séparer. Alors, il se dit qu’il irait voir le roi Mathias dans son palais royal pour lui montrer les deux bêtes dans l’espoir d’être récompensé.

Ainsi fit-il. Quand il atteignit l’entrée du palais royal, la garde ne voulut pas le laisser entrer.
Il raconta en vain ce qui l’amenait au palais, disant qu’il était pauvre et qu’il comptait sur une récompense. Le premier garde lui dit:
«D’accord, je te laisse passer à condition que tu me donnes la moitié de ta récompense.»

Le cordonnier le lui promit, sinon il n’aurait rien obtenu. Arrivé à la deuxième porte, il se trouva face à une garde royale encore plus importante, qui n’avait pas l’intention de le laisser passer. Mais le cordonnier insista, et l’un des gardes dit:
«Si tu me donnes la moitié de ce que le roi te donne, tu peux entrer.»

Le cordonnier fut obligé d’accepter. Quand il fut devant le roi, lui montra ce qu’il lui apportait et dit:

«Majesté! Voici un renard pris par un brochet, un brochet pris par un renard, et un pauvre cordonnier a pris les deux.»

Le roi rit de bon cœur et demanda au cordonnier:
«Quelle récompense puis-je te donner pour cela?»

«Je demande cent coups de noisetier bien sifflant», répondit le cordonnier.

«Mais pourquoi? Tu n’es pas coupable! Tu n’as pas fait de mal à personne! Au contraire, tu m’as apporté un cadeau et je veux t’accorder une récompense», dit le roi.

Le cordonnier se plaignit de ce que les gardes lui demandaient. Il dit au roi qu’il ne lui resterait rien puisqu’il devrait tout donner aux gardes. Le roi répondit:
«Cela n’est pas grave, pauvre cordonnier. Je vais faire en sorte que les gardes aient la récompense que tu viens de demander, par contre toi, tu auras ce que je vais t’offrir.»

Il lui donna alors un boisseau de pièces d’or. Le roi tint la parole et fit subir la bastonnade aux gardes: celui qui était à la première porte eut cinquante coups de noisetier bien cinglants, celui qui était à la deuxième porte en eut autant.

Le cordonnier rentra à la maison avec les pièces d’or. Il vit encore aujourd’hui s’il n’est pas mort entre-temps.

Andràsfalva (La Bukovine)

vendredi 31 mai 2013

Le juge de Cluj






Photo:Yanco B.

Ce n'est pas pour rien que le peuple aimait le roi Mathias: les Hongrois auraient eu du mal à trouver quelqu'un comme lui. Dès que Mathias apprit qu'ici ou là les seigneurs ou les percepteurs oppressaient fortement les paysans, il ne put rester tranquille dans son château de Buda. Il se déguisa et alla voir ce qui se passait réellement dans son royaume.

Un jour, on lui annonça, entre autres choses, que le juge de Cluj accablait ses pauvres habitants. Il n'en fallait pas plus au roi Mathias. Il voulait voir le juge avec ses propres yeux! Malheur au juge si les nombreuses plaintes portées contre lui étaient vraies! D'ailleurs, le roi avait envie depuis longtemps d'aller à Cluj. Mais bien sûr qu'il avait envie d'y aller puisqu'il était né dans cette ville!

Bref, en un mot comme en mille, le roi Mathias se déguisa en paysan et alla à Cluj. Il s'assit devant la boutique de boucher qui était en face de la maison du juge. Il le fit juste au  bon moment! Un grand nombre de gens étaient en train de rentrer des bûches dans la cour du juge et beaucoup d'autres les fendaient pour en faire des morceaux. A côté d'eux, des haïdouks les bousculaient:

«Apportez les bûches, fendez-les, espèces de fainéants!»

Tout à coup, un haïdouk aperçut le roi Mathias.

«Dis donc, et toi, l'apostropha le haïdouk, pourquoi ne fais-tu rien de tes dix doigts? Lève-toi! Toi, le rustre au long nez, ne traîne donc pas!»

Et pour insister, avec son bâton, il donna un coup sur le dos de cet affreux paysan au long nez. Mathias se leva, se frotta le dos, mais il ne bougea pas.

«Vas-y!!
- D'accord, d'accord, mais combien me payez-vous?
- Voilà ce que je te paie, cria le haïdouk, et  il asséna un coup encore plus fort que tout à l'heure sur le dos de Mathias. Allez, vas-y, marche devant moi!»

Mathias n'avait pas d'autre choix que de marcher devant le haïdouk.

«Rentre dans la cour du juge! Fends les bûches, toi aussi, espèce de plouc au long nez!» dit le haïdouk.

Le juge était accoudé à la galerie de sa maison. Mathias l'interpella:

«C'est vous qui êtes le juge?
- Bien sûr que c'est moi. Mais qu'est-ce que ça peut te faire?
- Cela ne me regarde pas, c'est vrai, mais je voudrais savoir combien vous me payez pour fendre le  bois?
- Voyons, espèce de gros rustre, l'injuria le juge, je vais te payer tout de suite, tu vas voir! Donne-lui des coups de bâton!» ordonna-t-il au haïdouk.

Le juge n'avait pas besoin d'insister, le haïdouk donna, pour la troisième fois, une bonne correction à Mathias.

Mathias ne dit plus rien, il fendit les bûches et les plaça dans un coin de la cour du juge. Mais alors quand personne ne le voyait, il marqua son nom avec de la craie rouge sur trois morceaux de bois. Le soir, il s'en alla sans rien dire. Le lendemain, sans se faire annoncer,  il revint à Cluj. Il ne s'était plus déguisé, mais il était en tenue royale. Il ne s'installa pas devant la boutique de boucher, mais il monta directement dans son palais. Il convoqua le juge et tous les conseillers. Il adressa ses premiers mots au juge:

«Quelles sont les nouvelles dans la ville, Monsieur le Juge?
-Rien de particulier, Majesté! Nous vivons en paix grâce à Vous. Pour vous témoigner notre reconnaissance, nous demandons le matin et le soir que vous soyez béni.
- Ah oui, d'accord! Et les paysans? Ne sont-ils pas accablés par leurs supérieurs?
- Personne n'accable les paysans, Majesté. Cela se passe très bien pour eux.
- D'accord, Monsieur le Juge. Je voudrais quand même faire un tour dans la ville pour tout dans les moindres détails. Messieurs, vous êtes priés de me suivre!»

Le roi Mathias partit accompagné du juge et des conseillers. Ils marchèrent d'une rue à l'autre, quand tout à coup, Mathias s'arrêta devant la cour du juge.

«Tiens, vous avez un grand tas de bois, Monsieur le Juge!
- Dieu est venu à mon aide, répondit le juge humblement.
- A part Dieu, personne ne vous a apporté de l'aide? Mais alors, qui a apporté jusqu'ici ce tas de bois?
- Les braves gens de la ville.
- Et combien les avez-vous payés?
- Ils l'ont fait gratuitement, par gentillesse, dit le juge.
- Mais, il me semble que j'ai entendu un autre son de cloche... Hé! Mes hommes, démontez ce tas de bois là-bas!
» dit le roi à ses serviteurs!

Ils s'activèrent et démontèrent rapidement le tas de bois. Mathias attendait que les trois morceaux de bois qu'il avait marqués soient retrouvés. Quand ils apparurent, il dit au juge:

«Regardez-les, Monsieur le Juge! Est-ce que vous savez lire?
- Je sais, Majesté! balbutia le juge. Il commença à être mal à l'aise.
- Lisez ce qui est marqué sur ces trois bûches!
- Mathias... Mathias... Mathias..., bredouilla le juge.
- Bien, si c'est écrit Mathias, c'est donc moi qui l'ai marqué. C'est moi qui étais le paysan au long nez que vous avez fait frapper trois fois parce qu'il ne voulait pas apporter les bûches sans être payé.
- Ah, Majesté! Ayez pitié de moi!»

Sur ce, le juge et le haïdouk se jetèrent aux pieds du roi Mathias. Mathias dit au haïdouk:

«Lève-toi! Tu n'es qu'un serviteur, tu as fait ce que le juge t'avait demandé. Par contre, Monsieur le Juge, je vais t'infliger une punition exemplaire. Tu mériterais que je t'envoie à la potence, mais tu auras des coups de bâton, toi, l'oppresseur des pauvres!»

Les gens qui entendaient les paroles du roi, crièrent avec enthousiasme:

«Vive le roi Mathias! Vive la justice!»

... Mais avec la mort de Mathias, la justice fut également morte... les gens disent même aujourd'hui: «Mathias est mort, la justice est perdue...

vendredi 3 mai 2013

Qui sont les plus nombreux au monde?


Conte imaginé par Vivien Fehér (10 ans)

Un jour, le roi Mathias invita ses vassaux au palais royal. En bavardant ils se demandèrent qui étaient les plus nombreux au monde. Les idées divergeaient quand Miko, le fou du roi dit qu'il savait qui ils étaient.
 «Alors, quelle est ton idée? demandèrent les seigneurs au fou du roi. Si tu le dis, tu auras dix forints, mais si tu ne le sais pas, tu auras des coups de bâton. Alors, qui sont les plus nombreux au monde?

-Je n'en connais pas d'autres que les médecins, répondit le fou du roi.

-Ce n'est pas vrai! Retourne dans ta chambre, réfléchis et reviens avec la réponse!» lui dirent les seigneurs.

Le fou du roi obéit mais à peine entré dans sa chambre, il tomba à terre en gémissant atrocement. Le roi Mathias apprit tout de suite la nouvelle et  se demanda  avec stupéfaction:

«Le fou est-il en train de mourir?»

Le roi Mathias prit peur et, avec les seigneurs, il se précipita dans la chambre de Miko. Ils constatèrent qu'il gisait à terre. Ils en ressentirent une peine immense car le fou  les avait souvent fait rire. Chacun proposa son propre remède universel: l'un recommanda de lui mettre une compresse sur le front, l'autre de le saigner, le troisième de lui poser une sangsue. Chacun avait son idée propre. Miko les écoutait et il sursauta en entendant toutes les propositions. Il se mit devant le roi et lui dit:

 «Qui a gagné Majesté? S'il y a autant de médecins dans le palais royal, combien doit-il en avoir dans le monde entier?»

vendredi 19 avril 2013

L'hospitalité au roi Mathias





Conte imaginé par Endre Stankowsky 
Une fois, le roi Mathias allait à la chasse dans une grande forêt. A midi, pendant que le cuisinier préparait le déjeuner, il partit traquer un gibier. Il s'éloigna de ses gardes et se perdit dans la forêt. Il chercha en vain les autres. Il était épuisé quand du fin fond de la forêt, une petite lumière attira  son attention. Elle venait d'une toute petite maison isolée mais très accueillante.

«Alors, pensa-t-il, je vais demander l'hébergement ici pour une nuit!»

Une vieille femme ouvrit la porte.

«Plaise à Dieu, la vieille, dit le roi. Je me suis perdu et je n'arrive pas à retrouver mes compagnons!»

«Plaise à Dieu, mon fils!» dit aimablement la vieille femme.
«Si tu ne les retrouves pas en plein jour, tu retrouveras encore moins ton chemin la nuit. Voici un banc, tu peux y dormir. Mais je n'ai rien à te servir à dîner», dit elle.

La vieille femme sentait bien que son hôte avait l'estomac dans les talons. Elle pluma et découpa sa dernière poule pour en faire une délicieuse soupe. Le roi Mathias était très ému quand la vieille femme présenta devant lui la soupe chaude et savoureuse. Il compta les yeux de gras qui flottaient sur la soupe et il dit à la vieille femme:

«Sache, la vieille que je suis le roi Mathias. Je voudrais te récompenser pour ton sacrifice. Tu as tué ta seule et unique poule pour me faire plaisir. Je te donne autant de pièces d'or qu'il y d'yeux de gras sur ta soupe.
-Oh, mon fils,  ne m'en veuille pas mais je ne t'ai pas reconnu et je ne t'ai pas reçu comme il convient à ton rang.»

Le roi Mathias sortit sa bourse et compta précisément  la somme promise. A ce moment, les gardes du roi entrèrent dans la petite maison.

«Majesté! Nous vous avons cherché partout toute la nuit! Nous nous sommes inquiétés pour vous!»

Tous aperçurent le tas de pièces d'or sur la table. Le roi Mathias leur raconta la raison pour laquelle il donnait une récompense si importante à la vieille femme.

«Alors, pensa le cuisinier, je vais lui faire, moi aussi une soupe avec tant d'yeux que toutes les pièces d'or empilées dans la salle du trésor n'y suffiront pas.»

Dès qu'ils rentèrent au palais royal, le cuisinier se mit à faire une soupe de poule. Quand il la servit au roi, celui-ci en sut tout de suite l'origine et  il entra dans une terrible colère.

«Hé! Cuisinier! Tu as raté ta soupe! Elle est immangeable! Ce n'est que du gras! Va-t-en!»

Le cuisinier dut quitter son poste en faisant triste mine. Il voulait beaucoup d'or mais il n'en eut rien.


vendredi 8 mars 2013

Le roi Mathias et le pauvre bûcheron




Un jour que le roi Mathias se promenait dans la forêt, on ne sait pas comment, il se perdit. Il chercha son chemin, il erra sans retrouver la route qui l'aurait mené hors de la forêt. Il aperçut un pauvre bûcheron, il s'approcha de lui et le salua:

«Que le bon Dieu t'apporte son aide, pauvre bûcheron!
-Cela ne me ferait pas de mal», dit le bûcheron ne reconnaissant pas l'homme qui lui adressait la parole. Il prenait le roi Mathias pour un grand seigneur.
Celui-ci lui dit:

«Alors, mon pauvre homme, est-ce que tu as des enfants?
-Oui, j'en ai quatre, deux beaux garçons et deux filles.
-Dis-moi, as-tu de l’argent?
-J'ai juste ce qu'il me faut. Mais tu sais, je dois le partager en trois.
-Et comment fais-tu cela? demanda le roi.
-Je rembourse mes dettes avec une partie et je prête l'autre partie.
-Et la troisième partie?
-Je la jette dans la boue.
-Dis donc, je n'ai jamais entendu un discours pareil, dit le roi Mathias. Mais dis-moi comment je dois comprendre ce que tu viens de me dire?
-Concernant le remboursement de mes dettes, j'ai voulu dire que mon père et ma mère qui m'ont élevé, sont encore en vie et c'est moi qui les entretiens. C'est pour cela que j’ai dit que je rembourse petit à petit mes dettes.
Pour le prêt, j'ai voulu dire que chaque fois que mes fils ont besoin d’argent, je le leur en prête en espérant qu'ils me le rendront quand je serai vieux.
-Et quelle est la troisième explication?
-Jeter mon argent dans la boue veut dire que je le dépense pour mes deux filles. Je leur achète des vêtements mais elles ne me le rendront jamais. Elles vont se marier et elles vont me quitter.
-Tu as l'esprit vif! dit le roi Mathias. Mais tu sais, pauvre vieux, je me suis perdu dans cette grande forêt. Serais-tu assez gentil pour me reconduire d’ici?
-Hélas, Monsieur, je n'ai pas  le temps de reconduire quiconque. Je suis pauvre, vite je dois aller travailler.
-Je veux bien te payer la journée! Je t’en supplie, conduis-moi hors de la forêt!
-D'accord, si vous me payez, je le fais de bon cœur.»

Sur ce, ils prirent la route. Ils marchaient doucement et bavardaient. Le roi Mathias lui demanda:

«Dis-moi, as-tu déjà vu le roi?
-Jamais, mais je voudrais bien le voir avant de mourir.
-Quand nous serons sortis de la forêt, il y aura beaucoup de gens qui travailleront dans les champs. Quand ils auront vu le roi, ils enlèveront leur chapeau. Seul le roi gardera le sien. Tu le verras à ce moment-là.»

A peine termina-t-il sa phrase qu'ils arrivèrent près des champs. En effet, beaucoup de paysans étaient en plein travail mais quand ils aperçurent le roi, ils ôtèrent tous leur chapeau.
Le pauvre homme dit:

«Regardez, Monsieur, tout le monde est tête nue. Ce n'est que nous qui avons notre chapeau. Alors qui est le roi d’entre nous? Moi ou vous?
-Il est sûr que l'un d'entre nous l’est!», dit le roi Mathias en tapant sur l'épaule du pauvre homme.

Le roi Mathias récompensa largement le pauvre et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.
Tout est vrai jusqu'à la dernière lettre. Je vois cela comme si tout s'était passé hier.


Andrásfalva (La Bucovine)


vendredi 1 février 2013

Ce n'est pas tous les jours fête!





"Ce n'est pas tous les jours fête", imaginé par Luca (6 ans)
Le roi Mathias parcourait son royaume. Un jour, sur son chemin, il aperçut deux paysans. L'un labourait la terre avec deux bœufs, l'autre avec huit bœufs. Il s'approcha alors de ce dernier et lui demanda:
«Pourquoi ne donnes-tu pas deux bœufs à l'autre paysan, lui qui n'en a que deux? Ainsi, il en aurait quatre!»

Le paysan qui possédait huit bœufs répondit:
«Sapristi, je ne partage avec personne ! Un jour il en aura huit, lui aussi!»

Le roi Mathias, très étonné de sa réponse, décida soudain de faire cette proposition au paysan qui n'avait que deux bœufs:
«Vends tes bœufs et pour le prix que tu en obtiendras achète des chiens ! Ensuite, mène-les à Buda, à la cour royale!»

Ainsi fit le paysan. Il vendit ses bœufs et acheta des chiens. Il les mena à Buda, à la cour royale. Il se présenta aux gardes et dit qu'il souhaitait voir le roi.

Quand le roi constata que le paysan avait suivi son conseil, il lui donna assez d'argent pour qu'il puisse acheter huit bœufs. Peu de temps après, le paysan qui avait huit bœufs apprit la nouvelle. Il vendit ses bœufs, acheta des chiens et les mena à Buda à la cour royale. Il se présenta aux gardes et dit qu'il souhaitait voir le roi. Les gardes le laissèrent entrer et il présenta au roi le but de sa visite.

Le roi Mathias lui répondit très brièvement:
«Mon brave, tu peux rentrer avec tes chiens, je n'en ai pas besoin! Et retiens bien ceci, que ce n'est pas tous les jours fête1.»

Conte transylvain, collecte Jànos Kriza

1 Le titre hongrois de ce conte: "Egyszer volt Budàn kutyavàsàr" est un dicton dont le sens équivaut au dicton français: "Ce n’est pas tous les jours fête", signifiant au XVIIe siècle que les privilèges, les avantages accordés à l’un ne sont pas forcément répétés pour l’autre.

dimanche 6 janvier 2013

Les questions du Roi Mathias

Le roi Mathias jouissait d’une réputation de roi équitable. Un jour, il alla en compagnie de grands seigneurs visiter ses terres. Là, il rencontra un paysan qui jadis avait fait son service militaire dans son armée. Le roi le salua:
«Mes hommages, mon vieux!
- Je remercie ma femme, Majesté, répondit le paysan.»

Le roi enchaîna:
«Dis-moi, mon brave, est-il encore loin le lointain?
- Ma parole, il est juste aux cornes de mon bœuf, Majesté!
- Dis-moi, vieil homme, combien faut-il jusqu’à trente-deux?
- Seulement douze, Majesté.
- Pour combien de sous travailles-tu?
- Pour cinq, Majesté.
- A quoi servent les cinq sous?
- Je vis de trois et j’en perds deux.
- Dis-moi, mon brave, pourrais-tu traire les boucs?
- Bien sûr, Majesté!
- Mais tant que tu ne me revois pas, je t’interdis de fournir des explications à quiconque.»

Sur ce, le roi dit adieu au paysan et alla avec son escorte dans une ferme pour déjeuner. Après le repas, le roi se reposa pendant une ou deux heures. Pendant ce temps, les grands seigneurs retournèrent chez le paysan pour l’interroger:
«Dis, quand le roi te salua ainsi: «Mes hommages, mon vieux.» et que tu lui as répondu: «Je remercie ma femme.» Que voulait dire tout cela?
- Pour cinq pièces d’or, je vais vous donner la réponse.»

Les grands seigneurs sortirent les cinq pièces d’or, les donnèrent au paysan qui répondit ainsi:
«La formule de salutation du roi: «Mes hommages, mon vieux», voulait dire que je portais une chemise propre. Et moi, je lui ai répondu que je remerciais ma femme qui lavait mes vêtements.
- C’est très bien, brave homme», dirent les grands seigneurs et ils continuèrent à lui poser des questions.
«Que voulait dire le roi quand il t’a demandé si le lointain était encore loin et que tu lui as répondu: «Ma parole, il est juste aux cornes de mon bœuf, Majesté!
- Pour dix pièces d’or, je vais répondre à cette question aussi», dit le paysan.

Après avoir mis dans sa poche les pièces d’or, il se mit à parler:
«Cette réponse voulait dire que je suis déjà âgé et je ne vois pas plus loin que les cornes de mon bœuf.»

Les grands seigneurs se regardèrent et dirent au vieil homme:
«C’est très juste ce que tu dis. Mais explique-nous ce que voulait dire la question du roi : «Combien jusqu’à trente-deux?» et que tu lui as répondu : «Seulement douze, Majesté.»
- Je vais vous expliquer si vous me donnez vingt pièces d’or.»

Chacun compta les vingt pièces d’or devant le paysan sur la table et les seigneurs l’écoutèrent:
«Quand j’étais jeune et célibataire, j’avais trente-deux dents. J’en ai perdu vingt, actuellement j’en ai encore douze.»

Les grands seigneurs échangèrent un regard et approuvèrent les propos du vieux.
«Nous avons encore une question à te poser. Dis-nous ce que le roi voulait savoir quand il t’a interrogé sur l’usage de cinq sous et que tu lui as répondu que tu vivais de trois sous et que tu en perdais deux.
- Je vais vous le dire pour dix pièces d’or», dit le paysan.

Les grands seigneurs comptèrent la somme et le vieux donna l’explication suivante:
«Cela voulait dire que j’ai deux fils dont je paie les études moi-même. Quant aux filles, elles se marieront et me quitteront. Tout l’argent que je dépense pour elles, je ne le reverrai jamais. C’est comme si je le perdais.»

Les grands seigneurs se regardèrent et approuvèrent les paroles du vieux.
«Alors maintenant nous t’adressons notre dernière question. Quand le roi t’a demandé si tu pourrais traire les boucs, tu lui as répondu : «Bien sûr, Majesté !» Mais le roi t’as demandé également de ne pas donner l’explication à quiconque avant de le revoir.»

Le vieux répondit ainsi:
«Je vais éclaircir cela aussi pour trente pièces d’or.»

Chacun d’entre eux sortit les trente pièces d’or, ensuite le vieux parla ainsi:
«Messieurs, ne vous sentez pas vexés mais c’est vous qui êtes les boucs que je viens de traire.»

Il sortit les pièces d’or dans sa poche et montra le portrait du roi sur les pièces.
«Voyez, Messieurs, c’est la raison pour laquelle je n’ai pas pu vous répondre avant que je ne voie le portrait du roi.»

Le roi était sûr que les grands seigneurs seraient curieux de savoir le sens des réponses du vieillard. Baissant la tête, ils partirent tous, honteux.

Ainsi finir l’histoire du roi Mathias, des grands seigneurs et du vieux.