vendredi 8 mars 2013

Le roi Mathias et le pauvre bûcheron




Un jour que le roi Mathias se promenait dans la forêt, on ne sait pas comment, il se perdit. Il chercha son chemin, il erra sans retrouver la route qui l'aurait mené hors de la forêt. Il aperçut un pauvre bûcheron, il s'approcha de lui et le salua:

«Que le bon Dieu t'apporte son aide, pauvre bûcheron!
-Cela ne me ferait pas de mal», dit le bûcheron ne reconnaissant pas l'homme qui lui adressait la parole. Il prenait le roi Mathias pour un grand seigneur.
Celui-ci lui dit:

«Alors, mon pauvre homme, est-ce que tu as des enfants?
-Oui, j'en ai quatre, deux beaux garçons et deux filles.
-Dis-moi, as-tu de l’argent?
-J'ai juste ce qu'il me faut. Mais tu sais, je dois le partager en trois.
-Et comment fais-tu cela? demanda le roi.
-Je rembourse mes dettes avec une partie et je prête l'autre partie.
-Et la troisième partie?
-Je la jette dans la boue.
-Dis donc, je n'ai jamais entendu un discours pareil, dit le roi Mathias. Mais dis-moi comment je dois comprendre ce que tu viens de me dire?
-Concernant le remboursement de mes dettes, j'ai voulu dire que mon père et ma mère qui m'ont élevé, sont encore en vie et c'est moi qui les entretiens. C'est pour cela que j’ai dit que je rembourse petit à petit mes dettes.
Pour le prêt, j'ai voulu dire que chaque fois que mes fils ont besoin d’argent, je le leur en prête en espérant qu'ils me le rendront quand je serai vieux.
-Et quelle est la troisième explication?
-Jeter mon argent dans la boue veut dire que je le dépense pour mes deux filles. Je leur achète des vêtements mais elles ne me le rendront jamais. Elles vont se marier et elles vont me quitter.
-Tu as l'esprit vif! dit le roi Mathias. Mais tu sais, pauvre vieux, je me suis perdu dans cette grande forêt. Serais-tu assez gentil pour me reconduire d’ici?
-Hélas, Monsieur, je n'ai pas  le temps de reconduire quiconque. Je suis pauvre, vite je dois aller travailler.
-Je veux bien te payer la journée! Je t’en supplie, conduis-moi hors de la forêt!
-D'accord, si vous me payez, je le fais de bon cœur.»

Sur ce, ils prirent la route. Ils marchaient doucement et bavardaient. Le roi Mathias lui demanda:

«Dis-moi, as-tu déjà vu le roi?
-Jamais, mais je voudrais bien le voir avant de mourir.
-Quand nous serons sortis de la forêt, il y aura beaucoup de gens qui travailleront dans les champs. Quand ils auront vu le roi, ils enlèveront leur chapeau. Seul le roi gardera le sien. Tu le verras à ce moment-là.»

A peine termina-t-il sa phrase qu'ils arrivèrent près des champs. En effet, beaucoup de paysans étaient en plein travail mais quand ils aperçurent le roi, ils ôtèrent tous leur chapeau.
Le pauvre homme dit:

«Regardez, Monsieur, tout le monde est tête nue. Ce n'est que nous qui avons notre chapeau. Alors qui est le roi d’entre nous? Moi ou vous?
-Il est sûr que l'un d'entre nous l’est!», dit le roi Mathias en tapant sur l'épaule du pauvre homme.

Le roi Mathias récompensa largement le pauvre et ils vivent encore aujourd'hui s'ils ne sont pas morts entretemps.
Tout est vrai jusqu'à la dernière lettre. Je vois cela comme si tout s'était passé hier.


Andrásfalva (La Bucovine)


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